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Full text of "Histoire de l'Empire ottoman, depuis son origine jusqu'à nos jours"

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HISTOIRE 



DK 



L'EMPIRE OTTOMAN 



1 



I 






.^ 



8S TBOUTS iOA&SMSMT 



à BRU1II.LU, 


chez P« Meline. 


Faavgbort , 


Jûgel. 


GAiris, 


Yves-Gravier. 


FLoaurcB , 


Piatti. 


Lkxpzio, 


Brockhauss. 




Bossange père. 


Tisinri, 


Bohnoan et Schweigerd. 


Varsovu, 


£• Giucksberg. 


Moscou, 


A. Semen. 




y* Gautier et fils. 




Ch. Urbain et &. 


Omusa, 


J. Sauron. 


CoifSTAirTIllOPLl, 


J.-B. Dubois. 



IMPRIMERIE DR HEVRI DUPDT ,11, RUR DR LA MOHITAIE. 



HISTOIRE 



DE 



L'EMPIRE OTTOMAN 

DEPUIS SON ORiaiNE JUSQu'a NOS JOUBS ♦ . 

PAR J. DE H AMMER. 

omrmAom vvisi kvx mvbcm tu »l«s ▲vniMTiQOU vt Risioii nm su BoctmMt 
BT BU HAinigcRiTs tA nvtÂMr meommvê m Bvmon; 

QLrabtttt be r^Uemanb 
PAR J.-J. HELLERT; 

ikCCOVrAOak l>*Vlf ATLA« COWARB DB t*B»»tBB OTTOMAa , COUTWMÂjn 31 CABTU 
BT iS PhkM» 9B SATAILLU BRBUS9 VAR LB TBAVVCTBVB. 



TOME SIXIÈME. 



DBFUIS I.B PaXMlBR TRAITS DE l'aUTRIGHE AVEC LA PORTE OTTOMAITE, ^ 

jusqu'à la mort de siLm u. 

1547 — 1574. 



PARIS 

BELLIZARD, BARTHÈS, DUFOUR BT LOWELL , 

I Bis, RUE DE VERWEUIL. 



BOSSANG£, BARTHÈS £T LOWELL, 
■4 1 Oreat Marlborongh Stref t. 



Saiiit-|lrt(r0bout0. 

Fd. BELLIZARD ET Ci», LIBRAIRES, 
an PoDt-{le>Palîce. 



M DCGG XXXYI 






HISTOIRE 



DE 



L'EMPIRE OTTOMAN. 



LIVRE XXXI. 



Le grand-vîsir Mohammed Sokolli, le moufti Ebousoaoud et le moufti 
Elkass Mirza.— - Mort du grand-vizir Souléîman-Pascha et de Khosrew- 
Pascha. — Campagne de Perse. — Prise de Becse, Becskerek, Csanad, 
Illadia et Lîppa. — Siège de Temeswan — Assassinat de MartinuszL — 
Attaque de Ssegedin par les Hongrois et de Wesprim par les Turcs. — 
Chute de Temeswar et d*autres châteaux hongrois. — Prise de Solnok et 
siège d'Erlau. — Exécution du prince Moustafa. — - Fin de la guerre de 
Pene. — Négodatioas de Ferdinand conduites par Yerantius , Za j et 
Busbek. — Changement des princes de la Moldavie et de la Crimée. -^ 
Révolte du faux Moustafa. 



Dans le livre précédent , nous avons rapidement 
esqiBssé les événemens qui se sont accomplis depuis 
la paix avec Venise jusqu*à l'époque où l'Ajutriche 
j^gna l'aveu de sa faiblesse , en s'obligeant envers la 
Porte au paiement annuel d'une sonmie de trente mille 
ducats. Ces événemens embrassent un laps de temps 
de sept ans. Il nous reste à donner Thistoire des sept 
années qui s'écoulèrent entre ce traité si honteux pour 



T. VI. 



* ♦ 



* * 



HISTOIRE 

■ » 

r Allemagne et celui que la Porte conclut plus tard 
avec là Perse. La première de ces deux époques coiv 
tient les can^pagnes en Hongrie et les négociations de 
cette puissance auprès de Souleïman ; la seconde ren- 
ferme les deux expéditions de Perse et celle de Tran- 
sylvanie. Cette fois encore la mort tragique d'un prince 
du sang vint jeter un voile de deuil sur la joie qu'on 
ressentait des victoires des armes ottomanes. Vers le 
n^ême temps, eurent lieu de nombreux mouvemens 
administratifs, dont la fréquence eût été en toute autre 
circonstance alarmante pour Tordre et la stabilité de 
TEtdt; mais l'esprit du gouvernement resta le même, 
parce qu'il émanait directement du monarque, et mal- 
gré les guerres continuelles avec l'étranger, auxquelles 
se joignirent de funestes querelles à l'intérieur, la puis- 
sance ottomane fut consolidée par de sages institutions. 
L'empire, sous la main créatrice de Souleïman, vit 
naître tous les genres de mérites : des savans, des gé- 
néraux et des hommes d'Etat distingués parurent tour 
à tour sur la scène; et, à côté de toutes ces gloires, 
s'élevèrent des mosquées, des écoles, des casernes 
et des hôpitaux . Au commencement du règne de Sou- 
leïman, nous avons donné, avec le portrait du grand- 
vizir Ibrahim , celui des trois autres vizirs , afin de 
faire connaître les instrumens dont ce prince se ser- 
vait pour exécuter ses grands projets ; c'est dans le 
même but que nous ajouterons ici quelques mots sur 
les hommes les plus marquans qui , depuis lors , eu- 
rent pendant de longues années une haute influence 
sur la constitution et l'administration de l'empire. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 






Nous avons beaucoup parlé, dans le livre précé- 
(lent , du grand-vizir Roustem-Fascha ; quant aul trois 
autres vizirs, auxquels d'ailleurs nous reviendront 
dans la suite , ils ne sauraient fixer long-temps nos 
regards. H n'en est pas de même de deux homme» 
qui, à dater de l'époque dont nous allons retracer les 
événemens, furent jusqu*à la fin du règne de Souleï- 
man, et même pendant celui de son fils Sélim, à la 
tête de la législation et du gouvernement, et se mon* 
trèrait les plus fermes appuis de la puissance otto- 
mane. Ces deux hommes d'Etat sont Mohammed 
Sdcolli et Ebousououd el-Âmadi ; le premier fut par 
la suite le vainqueur de Szigeth, et occupa la place de 
grand- vizir ^us le régne de trois sultans; le second, 
en qualité de moufd, fait autorité dans la législation 
turque , et son nom figure sur les fetwas qui garan- 
tirent la légalité des nouvelles institutions féodales, 
ainsi que sur une foule d'autres. Ebousououd et So- 
koUi sont, de tous les hauts dignitaires qui se sont suc- 
cédé dans l'empire depuis Osman, ceux qui ont con- 
servé le plus long-temps leurs fonctions. Ebousououd 
r^nplit pendant trente ans la chai^ de moufti ; Mo- 
hammed-SokolIi sut pendant quinze ans se maintenir 
dans le poste dangereux du grand-vizirat '. Aucun 
de ceux qui ont écrit l'histoire ottomane en langue 
européenne n'a démontré suffisamment la cause qui 
prolongea la prospérité de l'empire long-temps après 

» SokoUi, (le Tannée de l'hégire 97a (i564) à Tannée 987 (1579); ®^ 
Ebousououd, de 95a (î545) à 98a (1574). Tables chronologiques de 
Hadji Khalfa. 



* I 



4 HISTOIRE 

là mort de Scmleïman, sons le r^e de son indigne 
auccesseur SéHm, bien que cette cause fût facile à 
trouver. En efiel , la permanence de cet état flori&^ 
sant s'explique par le maintien dans leurs foncticHis 
du grand- vizir Sokolli et du moufd Ebousououd, 
qui continuant l'impuMon donnée par Souleïman à 
l'einpire. 

Mdiàmmed le Bosnien , né au château de Sokol , 
9ppAé nid de faucon à cause de sa position sur u 
rocher escarpé , avait été élevé parmi les pages dû 
har^. Souleïman le nomma son trésorier, et lui 
donna, aussitôt après la niort de Khaïreddin-Barbe- 
rousse , le commandement de la flotte avec le litre 
de grand-amiral. Quant aux phases ultérieures de sa 
carrière politique et militaii^e , nious aurons souvent 
occasion d'y revëmr dans le cours de cette histoire. 

Ebousououd eU Ama£, fils du séhëikh Mohammed, 
se livra d'abord à TéUide des lois, et occupa soc- 
cessâvement tes placés de professeur et de juge. II 
exerçait depuis huit ans là haute fonction de juge 
de l'armée de Roumilie , lorsque Souleinian l'éleva à 
la plus haute <iiarge législative , celle de moufti oii 
sckéikh de l'iskamsme. Auteinr de plusieurs traités , 
Ebousououd a surtout obtenu une grande réputation , 
cœnnae légiste, par un conunentaire sur le Koran, le 
plus étendu que l'on connaisse, â dms lequel il a 
'fo«du les deux grands commentaires de Kari Bofd- 
hawi et le Keschafàe Samakhschari. Le Sultan, après 
avoir reçu le premier volume de cet ouvrage et en 
avoir pris connaissance , porta le traitement d'Ebou- 



DE L'EMPIIΠOTTOMAN. 5 

soaoud (Je Irois cents aspre» par jour (û ducats)^ au- 
quel il était fixé, à cinq cents Bspre& (dix ducats), et, 
sur la présentation di| second volume^ il l'augmenta 
^core de cent aspres; ainsi, grâce à son savoir et à 
ses travaux , le moufti vit doubler ses revenus quoti* 
diens ' . Ebousououd d- Amadi et Mohanuned SokolK 
étaient l'un et l'autre d'une taille élevée, et maigres 
comme Souleïman; tous deux avaient des palais sur 
le bord de la mer à Sûdludjé ^, port et faidxiurg de 
Constantinople, dont le Qom (le laiteux) rappelle celui 
de la source de laie (Gr^Iakrene) que dans l'origine 
ce port avait reçu des Byzantins ; tous lea deux enfin 
reposent en face de Sûdludjé à côté l'un de l'aufre, 
aupi;ès de la mosquée d'Ëyoub, lieu consacsé à la 
vénération des Musulmans par la tombe dui porte- 
étendard du Prophète; ebousououd est enseveli au 
milieu de ses enfans, Sokolli sous un dôme construit 
par l'architecte Sinan ^. 

Le moufti Ebousououd, le kapitan-pascha Sokolli 
et le grand* vizir Roustem étaient à cette époque les 
trois hommes les plus éminens de l'empire, tant par 
leur position que par leurs talens. C'est en appelant 
de tels hommes aux charges les plus importantes que 



' Ali, dans la Lisie des Oulémas du rôgne de Sélim II, f. 374. Almos- 
nino, p. 14a, dit, d'accord avec lui : Le sennaib seiseientos aspros de 
la&irso. Almosnino raconte, au sujet de la visite qu'il fit à Ebousououd, que 
le savant moufti le reçut avec la plus grande distinction , et qu'il entra avec 
lui en conversation sur Aristote et Galène. 

a Sûdludjé. Voyez Constantinople et le Bosphore, II; p. 44. 

3 Eyoub, Voyez Constantinople et le Bosphore, II, p. a^. 



f) HISTOIRE 

V SQuIeïman montra de nouveau cette qualité d'un grand 
souverain , qui consiste principalement à choisir dés 
ministres capables , et à les maintenir dans leurs em- 
plois sans jalousie pour la supériorité de leur esprit où 
de leur caractère. Souleïman avait naguère destitué un 
de ses meilleurs généraux , Khosrew -Pacha , ancien 
ffouverneur de Bosnie, ainsi que le vieux grand- vizir 
Souleïman-Pascha ; mais cette destitution avait été 
provoquée par une dispute inconvenante des deux 
vizirs dans le diwan. Tous deux ne survécurent pas 
long-temps à la perte de leurs charges et de leur in- 
fluence; le dernier cependant, eunuque octogénaire, 
traîna pendant trois ans encore une vie solitaire à 
Malgàra, tandis que Khosrew, trop faible pour sup- 
porter une existence sans pouvoir, y mit un terme en 
se laissant mourir de faim. Lorsque pour la première 
fois depuis sa disgrâce il lui prit envie de monter à 
cheval, et qu'en regardant autour de lui il ne vit ni 
pages, ni gardes, ni bonnets, ni kaftans brodés d*or, 
il renonça à Tinstant à sa promenade et prit la vie en 
d^oût : « Mieux vaut rester au lit , s*écria-t-il , que 
d'être à cheval ainsi. » En disant cela, il ôta son pied 
de rétrier, rentra chez lui et se coucha. Les médecins 
qui voulurent lui donner des médicamens furent ren- 
voyés, tt Vous voulez me faire avaler du poison ! » leur 
dit-il ; et depuis il ne prit plus aucune nourriture ; huit 
jours après, il avait cessé d'exister. Le suicide, dont 
on trouve de fréquens exemples chez les Grecs et le^ 
Romains, est un fait presque inouï dans l'histoire des 
Musulmans, que leur aveugle soumission à la volonté 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ^ 

divine protège ordinairement contre le désespoir. Is ' 
grand-vizir Loutfi-Pascha , que le même sort avait 
frappé naguère , se conduisit à cette occasion avec 
plus de sagesse : il employa ses loisirs à écrire une 
histoire de l'empire, dans laquelle il raconte cet évé- 
nement avec toutes ses circonstances \ 

Ce fiit dans Tannée i 547 (954), si remarquable par 
le traité de paix conclu avec Ferdinand de Hongrie et 
Fempereur Charles-Quint, qu'on vit arriver à Con- 
stantinople , en même temps que les ambassadeurs des 
monarques chrétiens , un envoyé d'un sultan indien , 
Alaeddin , chargé d'implorer l'assistance de Souleï- 
man contre les Portugais. 

L'ambassadeur d'Âlaeddin offrit au Sultan des ani- 
maux fort rares, des perroquets de couleurs merveil- 
leuses, des épices et des parfums précieux, des bau- 
mes, des nègres, et des eunuques parmi lesquels il s*en 
trouvait un qui ne mangeait que de la chair humaine ^. 
Mais un spectacle bien plus imposant que celui du 
cortège de l'ambassadeur indien fut donné au peuple 
lors de l'arrivée à Constantinople du prince persan , 
ElkassMirza, qui s'était révolté contre son frère, le 
schah Tahmasp. Elkass, emporté par la crainte d'une 
juste punition , se réfugia en Europe , en passant par 
le Deschtkipdjak et la Mer-Noire , et vint chercher 
protection à la Porte. Le Sultan, voulant lui donner 
le spectacle d'une entrée solennelle dans l'une de ses 

* 

> Loutfi, Histoire^ à l'anuce gSa (1542), f. 98 el 99. 
a Ali, xmV récit, f. 256. Petschewi, f. 88. Djelalzadé,!, 265. Sola^Lzadr. 
f. 114. Loutfi, f. 99. Abdoulaziz, f, 160. Le Ilttouzaioui-eùntr, f. 562. 



8 HISTOIRE 

capitales et d^loyer à ses yeux tontes les magtûfi^ 
cences de sa cour, retarda Taiidieiice du prince jus* 
qu'à son retour à Andrinq;>le. Lorsque les différens 
corps des armuriers, de l'artillerie, des «pahis et des 
silihdars défilèrent devant le prince, il se leva ée «on 
siège, croyant que chaque chef de corps était le Sul- 
tan. Il ne lui resta aucun doute lorsqu'il vit apparaître 
Taga des janissaires entouré de son brillant état-major. 
Son erreur se prolongea lorsque le grand- vizir, pré- 
cédé des trois vizirs et suivi des gens de son palais et 
des hauts fonctionnaires de l'empre, vint à passer. Le 
prince fut tellanent épuisé par ses agitations conti- 
nuelles et son admiration 9ans cesse renaissante à la 
vue de tant de splendeur et de magnificence , que , 
lorsqu'à la fin Souleïman lui-même arriva au milieu 
de Téclat des casques et des panaches , des bonnets 
d'or et d'une forêt de lances dorées, il demeura assfe 
presque sans connaissance. Le lendemain, avant l'au- 
dience, le Sultan lui fit offrir au diwan un repas splen - 
dide, après lequel il lui envoya de nombreux pré- 
sens , auxquels étaient joints ceux du harem et de& 
vizirs. Les présens du Sultan consistaient surtout en 
bourses remplies d'or et d'argent, en châles et en étoffes 
précieuses, en chevaux et mules, et en une nombreuse 
troupe d'esclaves noirs et blancs. Par une condescen- 
dance inouïe, la sultane Khouirem, mère de Sélim, fit 
remettre au prince des chemises ^ des tabliers de soie 
cousus par elle-même. De pareilles richesses prodi- 
guées au bonnet rouge (sobriquet que donnaient alors 
les Turcs aux Persans, à cause de la pointe rouge de 



DE L'ERIPIllË OTTOMAN. 9 

lem turbans à douze plis) eidtârënt les murmures 
des auBnis zélés qui ne voyaient dans le prince schiite 
qu'un mécréant danmé, peiit-étre même un traître. 
Soul^man^ lorsqu'on hà rapporta les bruits qui' cou- 
raiast parmi le peuple , s6 contenta de répondre : 
« Nous ayons Êdt ce que l'honneur et la dignité de 
Fempire exigeaient. S'il y a trahison , nous en re- 
mettons la punition entre les mains de ÏMéu , notre 
srigneuri ' » La réception extraordinaire accordée au 
prince par le Sultan révélait, par son àf^àrdl de 
forces militaires, les dispositions hostiles de la Turquie 
à regard de la Pct^se, et les présens de la sultane in- 
diquèrent suffisamment que la nouvelle guerre contre 
ce royaume avait été résidue sur les instigations du 
harem. 

La sultane Khourrem (la joyeuse), Russe de nais- 
sance , que des historiais français ont prétendu ap- 
partenir à leur naâcm sous le nom de Roxelane, fut 
d'abord la concubine favorite, et ensuite la femme 
légitime de Souleunan. Dix ans avant l'époque dont 
noas parloir, elle avait d^à miné le crédit du grand- 
viar Ibrsdmn, en le représentant comme secrètanent 
dévoué aux Persans, et appuyimt son accusation sur 
œ qu'il avait refusé à ses troupes le pillage dé Tebriz 
et de Bs^dad. Ce fut donc Farrivée du prince Elkass 
(pii fit éclater une guerre méditée depuis dix ans ; le 
traité réoratunent conclu avec T Allemagne en favorisa 
d'ailleurs l'explosion. L'épouse bien-aimée de Sou- 

» Pelschewi, f. 88. 



lo HISTOIRE 

leïman désiràii depuis long-temps une occasion de 
donner carrière aux talens militaires de son gendre, 
le grand-vizir Roustem-Pascha ; elle souhaitait égale- 
ment Tabsence du Sultan, afin que Tainé de ses trois 
fils , le prince Sélim , fût appelé à le représenter en 
Europe. Dès-lors, la guerre contre la Perse étant dé- 
cidée, Elkass Mirza fut d'avance envoyé à la frontière, 
accompagné d'Oulama-Pascha, qui fut adjoint au ser- 
vice du prince en qualité de lala (précepteur), et 
passa à cet effet du gouvernement de Bosnie à celui 
d'Erzeroum. 

Au printemps suivant (1548), Souleïman, pour la 
onzième fois de sa vie , ouvrit en personne la cam- 
pagne; il passa d'abord par Seïd-e-Ghazi, Koniahet 
Siwas [i] ; de grands honneurs lui furent rendus dans 
ces trois villes : à Seïd-e-Ghazi , par son fils Sélim , 
gouverneur de Magnésie ; à Koniah , par le sultan 
Bayezid, gouverneur de Karamanie; et enfin à Siwas, 
par le sultan Moustafa, gouverneur du pays de Roum, 
tous les trois ayant quitté leurs capitales pour recevoir 
le Sultan à son passage. Avant de partir de Seïd-e- 
Ghazi, il envoya en Europe le prince Sélim, avec 
ordre de prendre en son absence les rênes du gouver- 
nement '. D'Amassia, on se dirigea sur Erzeroum et 
Aadildjouwaz , d'où Piri-Pascha , beglerbeg de Ka- 
ramanie, et Oulama-Pascha , beglerbeg d'Erzeroum, 
furent détachés pour former le siège de Wan. Dans sa 



« Ali, XLve réril. Petschewi, f. 89. Solakzadé. Djelalzadé, f. 268. Alxioul- 
aziz, f. 122. 



DK L^EMPIRE OTTOMAN. 1 1 

marche d'Erzeroum à Âadiidjouwaz, Sotdeïman admit 
eu sa présence Ali-Sultan, fils de Khalil, ancien sou- 
verain légitime de Schirwan , qu'il avait fait appeler 
près de lui pour le confirmer dans son héritage pa- 
ternel. Khalil-Sultan avait épousé la fille du schah 
Ismaïl; mais, après la mort de ce dernier, le schah 
Tahmasp , maître de Schamakhi qu'il avait assiégée 
pendant sept mois, avait chassé Âli encore mineur, et 
donné à son propre frère Elkass Mirza le gouverne- 
ment de Schirwan. Lors de l'arrivée d'Elkass Mirza 
à Constantinople, le Sultan renvoya dans ses Etats le 
jeune Ali, réfiigié à Constantinople depuis son expul- 
sion, et le rétablit dans tous ses droits '. Sur la de- 
mande d'Elkass Mirza , Souleïman , arrivé près des 
frontières de la Perse, au lieu de marcher sur Wan, 
se dirigea vers Tebriz, dont le prince persan avait 
naguère voulu usurper la possession sur son frère. 
Le Sultan repoussa noblement les conseils vindicatifs 
d'Elkass Mirza , qui ne tendaient à rien moins qu'à 
faire un massacre général des habitans, ou à les ame- 
ner comme colons dans les Etats ottomans. Après 
avoir conquis tout le territoire situé au sud-ouest de 
l'Araxe et une partie du Kurdistan persan, Souleïman 
mit le siège devant Tebriz , dont les habitans se ren- 
dirent sans coup-férir. Il ne s'y arrêta que cinq jours, 
pendant lesquels il fit observer à ses Iroupes la dis- 
cipline la plus sévère; puis il revint sur ses pas et 
marcha sur Wan *. 

■ Ali, Fetschewi, Solakzadé, Djelalzadé, Abdoulaziz. 

a Ali, PeUchtwi, Solalszadé, Djelalzadé, Abdoulaziz. Ali dit que h 



^ 



> 



12 HISTOIRE 

Vers le milieu du mois d'août (10 redjeb — 
16 août 1548), Tannée ottomane ouvrit le si^ de 
Wan ; cette place fut bombardée pendant huit jours 
par la grosse artillerie arrivée d'Erzeroum, et prise le 
neuvième par suite de l'intelligence qui s'était établie 
eitfre Ëlkaas Mirza et les assiégés. Souleïman confia la 
garde de cette forteresse, la plus importante de celles 
des frontières persanes , au tscherkesse Iskender-Pa- 
scha» ancien defterdar d'Anatolie, et prit ses quartiers 
d'hiver, la saison avancée le forçant à ajourner toute 
opération ultérieure ' . Mais à peine le Sultan eut-il 
quitté les contrées voisines de la Perse, que Schah Tah- 
masp s'avança, dévasta les environs d^Âadfldjouwaz, 
de Mousch et d'Akhlath, et disposa le détachement 
ottoman chargé de reprendre le fort de Karss. Pour 
arrêter les effets désastreux de cette petite guerre, Sou<< 
Idman envoya d'Amid le second vizir Âhmed-Pascha. 
Ahmed donna le commandement de son avant-garde 
au brave tscherkesse Osman -Pasdia, qui, prés de 
Koumakh, défit les Pensans, à l'aide d'un stratagème 
assez extraordinaire : Osman -Pascha fit rassembler 
une troupe de chevaux et attacher à leur queue des 
corbeaux et des corneilles , puis on les poussa pendant 
la nuit dans le camp des Persans ; ceux-ci , croyant 
d^à les ennemis au milieu d'eux , se jetèrent les uns 
sur les autres et s'entr'égorgèrent mutuellement. En 

discipline fut si rigoureuse « qu'aucune poule n'eut d'oraf cassé, et qu'aucuu 
coq ne put se plaindre. » 

I Petschewi, f. 90. Solakzadé, f. 11 5. Ali, xlv*^ événement, f. 25;. 
Djelalzadé, f. 274. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i5 

récompaise d'une ruse qui av^t si bien réussi, OÉoian* 
Pascha fut nommé gouverneur de Hald) ' . 

Ëlkass Mirzâ, qui dés l'origine n'était pas très-bien 
Nuéaaaa Taraiée, obtint la permission de battre le ter- 
ritoire de Kaschaa, Koutii et Isfahan. Cette incui^iôn 
aurait pu ^re fatade pour Tahmasp, car Ëlkass avait 
dans ce pays de nombreux partisans ; mais on ne 
lai accorda que quelques scmunes d'argent, et, au lieu 
de troupes régulières , il n'eut pour escorte que des 
Kurdes et autres aventuriers, rebut de l'armée. Â{n*ès 
le dépait du prince persan et la fête du Beïram qu'on 
célébra à Tschold^, Souleïman se dirigea sur Haleb, 
où il arriva vers la fin de novembre (S5 sdievird — 
â6 nov«abre 1 548) S pendant son séjour dans cette 
YÎlle, il manda prés de lui son fils Sidtan-Bay^âd, 
gouverneur de Karamanie. Hkàss Mirza , qui avait 
pou»s»é son incursion jusqu'à Ifl£adian, fit part au Sul- 
tto des si]K;cès cpi'H avaSt i^empôrtés sur son frère, et lui 
envoya des présens conâdérables, fruit de ses rapines ; 
parmi les objets cfierts par le prince persan à Sou- 
léman , on remarquait surtout des exemplaires du 
Korailf dé la tradition et du Schahiiiaané, divers ou- 
vta^^ de poètes, richen^nt reliés en or, dés am^s 
de toutes espèces incrustées de diàmans et autres 
pierres prédéDses, de gros morceaux d'ambre et de 
musc , des balles d'aloës , des sacs remplis de tur- 
quoises de Nischabour et de rubis de Bedakhschan, 
des mousselines de l'Inde, des châles de Cachemire, 

1 Petschewi, Solakzadé, Ali, Djelalzadé. 

3 Petschewi > f. 93. Solakzadé, f. ii5. DjelaUadé, f. 277. Ali. 



■',? 



i4 HISTOIKE 

des draps de Perse, des tapis du Khorassan ef diverses 
étoflFes de prix '. 

A la même époque , le beglerbeg Âouz Iskender- 
Pascha fit savoir au Sultan qu'il avait défait le traître 
Hadji Denboulli, khan de Khoï; d'un autre côté, le 
vizir Mohammed-Fascha l'informa qu'il avait réduit 
les rebelles de l'Albanie , qui avaient assailli et tué 
Mousa, beglerbeg d'^^rzeroum, et qu'il leur avait pris 
sept châteaux*. 

De retour d'une grande chasse dans les environs 
de Haleb, Souleïman quitta cette place le 5 juin 1549 
(10 djemazioul-eww^el) ; cinq jours plus tard, il con- 
gédia son fils Bayezid avec l'ordre de retourner à son 
poste. Le 3 juillet, le Sultan passa l'Euphrate, et vint 
camper avec son armée à Almalû , où Elkass Mirza 
avait aussi été invité à se rendre; mais instruit des 
intentions de Souleïman à son égard, et voulant éviter 
également le Sultan et le troisième vizir Mohanmied- 
Pascha qui marchait sur Bagdad, il s'enfuit en toute 
hâte dans le Kurdistan. Attaqué par là fièvre, il s'ar- 
rêta à Tschinar, où il fut surpris par son frère Sohrab 
et livré aux mains du sdiah Tahmasp; celui-ci, jus- 
tement irrité de ses trahisons , le retint prisonnier le 
reste de sa vie dans un ch&teau-fort ^. 

Souleïman arriva le 1 septembre (1 7 schâban) à 



» Djelalzadéf f. 276. Petschewi, f. gS. Ali, f. 258. 

3 Djelalzadé, f. 279. Petschewi, f. 92. Ali, f. 258. Ces châteaux soDl 
ceux (le Berakan, Niak (dans Peischewi, Bedak), Koïki, Bemak, Kout- 
M*houk, Samaghan et Akha. 

3 Petschewi, f. 93. 



DE ï;KMPIRE OITOMAN. i5 

Erzeroum, d'où il envoya en Géorgie son second 
vizir Ahmed-Pascha. Ahmed soumit en moins de six 
semaines vingt châteaux, dont les plus remarquables 
sont Tortoum, Nedjah. Mirakhor, Akdjekalaa, Ben- 
gherd et Istertoud '. De retour de cette excursion, 
Ahmed eut l'honneur d'être admis à baiser la main du 
Sultan, à Tscholek (M octobre — 2 schewal), et fut, 
en récompense de ses brillans succès, revêtu d'un 
kaftan richement brodé d'or. Quinze jours après, l'ar- 
mée . commença à opérer sa retraite, et Souleïman 
rentra heureusement à (x)nstantinople le 21 décembre 
1549 (1^'silhidjé 956). 

Dans une lettre de victoire envoyée à Ferdinand , 
Souleïman lui annonce en termes pompeux la con- 
quête de trente-une villes, la destruction de quatorze 
autres , et la fortification de vingt-huit places jus- 
qu'alors sans défense ^. Des bulletins semblables fu- 
rent en vojjfes au doge de Venise et au roi de Pologne *. 
La lettre adressée à Ferdinand fut portée par l'inter- 

> Petschewi, f. 94* Djelalzadé, f. 284. Ali, xLvie récit, f. 358. Solak- 
zadé, f. 116. 

a II n^existe de celte lettre qu'une traduction latine parmi les pièces 
d'État des archlTCs I. B. d'Autriche; cette traduction défigure les noms des 
villes perûnes et les change en ceux de Cosaignan, Tetmas, Nasar, Sakas, 
CiDeori, Revan, etc. 

3 On trouve, dans la Bibliothèque du prince Czartorisky à Pulawy, 
uae lettre du mob de rebioul-^wwel 956 (avril 1549), traduite en polonais; 
une autre du mois de ramazan (octobre i549) ^^ datée de Kara-Amid 
(Diarbekr), annonce au roi les victoires remportées par le Sultan en Perse, 
et réclame contre les incursions des Cosaques dans le territoire d'Okzakov. 
Une troisième lettre du mois de sâfer 957 (mars i55o) est relative à cette 
même incursion. 



i6 MSTOIKE 

prête Ahmed, renégat allemand dont les parens habi^ 
taient Vienne ; Souleïman avait fait chdx de ce mes*- 
sager dans Tei^ir qne, né sujet autrichien, il lui 
serait plus fecile de ^'instruire des intentions du roi k 
regard de la Transylvanie : on savait «{ne ce dernier 
négociait à la fois, avec le moine Grégoire^ Fincor- 
poration de cette province à la Hongrie et l'éloigtie' 
ment de la reine Isabelle ' . 

Le prunier paiement des trente mille dncats , regardé 
comme présent volontaire par Ferdinand, et par Sou- 
leïman comme tribut imposé, avait été versé Tannée 
précédente , au trésor du Sultan , par les secrétaires 
autrichiens Sin^moser et Justi de Ârgento ^ . En même 
temps, Deseufiy avait été envoyé pour la troisième 
fois à Ofen, avec un présent ^i argent pour le tiou-^ 
veau gouverneur Kasim-Pasdia, successeur de Yahya^ 
Pasdiaoghli , mort depuis peu ^. Néanmoins le traité 
de paix fut mal observé ; le Persan Weli^n, beg de 
Stuhlweissenboui^ , dévasta avec quatre mille hom- 
mes tout le pays entre Raab et Papa. Paul Ratkai et 
Ëmeric Teleki , commandant de Papa et de Wess- 
prim , après avoir tiré quelques renforts de la forte- 

I Pauli Bomemissœ epUtola ad Thom, Nadasd, VioUlS» »3 li. lySo, 
ap. Pray ep, proc., t. II, p. igS. 

a Ferd, ad Mailat, Prag., i3 mart. z549 • P^ ^'^ (Justi) et sécréta- 
rium Singhnoser misimus pecuniaf animas ut munus ad. maaus Ibrahim 
Bassœ tradat , item Junisbego liustembassiB et aliis Bassis, Oaos les arcfaiTes 
T. R. d'Autriche. 

3 Ferd, adBassam budensem^ 3 do¥. i548 : Ea qum nobis per hominem 
'vestrum Huzzeph (Yousouf) etfidelem auUcum nostrum Joannem Deseuffy 
nuntiastis. Archives de la maison I. R. d'Autriche. 



DE L'EMPIKE OTTOMAN. i^ 

resse de Raab, marchèrent au-devant des Turcs; ils 
les rencontrèrent à Tentrée de la forêt de Bakon, et, 
les attaquant aussitôt , ils leur reprirent leurs prison- 
niers , en firent sur eux six cents , et leur enlevèrent 
treize étendards. WeUdjan lui-même fut blessé et ne 
s échappa qu'avec peine ' . 

Ce fut en vain que le gouverneur du roi en Hon- 
grie députa Sigismond Posgay et André Tarnockzy à 
Ofen, pour engager le gouverneur ottoman à mettre 
un terme à ces continuelles infractions au traité ^; leurs 
remontrances ne furent point écoutées. Toutefois des 
délégués des deux nations se réunirent dans le boui^ 
deGyœngyœs; c'étaient, du côté des Hongrois, André 
Tarnoczy , Etienne Nisquei et Antoine Nagvath ; et, du 
côté des Turcs, le derwisch Tschelebi, Mohammed, 
juge de Gran, et Ali, secrétaire du diwan; mais l'en- 
trevue se termina par des querelles, et peu s'en fallut 
qu'elle n'amenât de nouvelles violences ; l'esprit con- 
ciliant du derwisch ne parvint qu'avec peine à com- 
primer la fureur de ses coliques, et les Hongrois re- 
partirent sans avoir rien obtenu ^. Un mot imprudent 



1 htaanfi, 1. XVI. 

s Helatio SigUmundi Posgay a Bossa Badènsi ad legaiionem DominiLo' 
cumtenentis et caphani generaJû, mense fehruario i549, ^'^■^ Kovachich, 
Seripu min., I, p. 8i ; -—et Summa relaUonis Andréas Tamoczy a Bassa 
Badensi ad primam legaiionem R, M. a, 1549 ^'^ '^ *^p^' Posonii expo- 
sitœf dans Kovadiich, I, p. 89. Ensuite, les instructions des deux envoyés 
aux archives I. B. : 10 Instructio pro Andréa Tarnoczy capitaneo Nassa^ 
disiaiiim, Prage, dd. aS aug. x549; ^^ Instructio data Sigismundo Posgaf^ 
i3 mart. i549* 

3 Lsiuanfî, XVI, éd. de Cologne, p. 291. 

T. VI. a 



i8 HISTOIRE 

échappé à l'empereur devant lé renégat Mahmoud , 
envoyé de la Porte, vint encore réveiller la défiance du 
Sultan, et confirmer tous ses soupçons à Tégard des 
affaires de la Transylvanie ' . Les intrigues du morne 
George ne cessaient d'inspirer de justes craintes à 
Isabelle, qui se vit dsms la nécessité de rédamer pour 
son fila Tassistance ûû Sultan. Celui-ci ordonna à 
IVldhmoud-Tschaousch de se rendre sans délai en 
Transylvanie, et de condmuniquer aux trois nations 
(tes Hongrois , Szekliens et Saxons) un fèrman par 
lequel il leur enjoignait . en termes menaçans d'éld- 
gner le moine du gouvernement, de le livrer pieds et 
poings liés à la Porte, et de ne l^ecônhaître désormais 
d'autre autorité que celle de la reine ou de son fidèle 
coni^ller Petrovich [ii]. 

En même tenf^s Àrsianbég, sandjak de Hatwan et 
de C^locza, fils du défunt gouverneur d'Ofen, Yàhya- 

• 

paschao^li Mohammed, reçut du Sultan un arc, des 
flèches, tin sabre et un turban, avec fordre de se por- 
ter aussitôt sur Erlau ^. Kai^m-Pascha, qui était alors 
gouverneur d'Ofeta ^ , dut ise tenir prêt à se rendre 
en Transylvanie pour aller au secours de la reine 
Isabelle et de son fils, que George obsédait sans cesse 
en les pressant de céder la couronne à Ferdinand. 



I Jd reginam Ahmatus (Mahmoud) , cui maie qkœdafà nuper à rege 
nostro crédita sUnt. (Epistola Verantii, 4 octob. i55o, dans Catona , XXI, 
p. 1098.) 

* VeraniU Ep. ad Thomam Nàdasd, i5 mai x55o. Il écrit > suivant la 
prononciation hongroise, Orozlan ^our Jrslan, Catona, XXI, p. ^072. 

i Dans Istuanfi, Cassonus; àana Fessier, VII, p. 699, Kaszstum, 



DE L'EMPlKE OTTOMAN. 19 

Souleïman, dans une lettre écrite en forme de fermai^ 
exigea la démolition du château de Szolnok comme 
ayant été oonstruit sur le territoire ottoman ' . Pendant 
que ces événemens se passaient en Hongrie, l'envoyé 
polonais, Nicolas Bohoucz, apporta à GDnstantinople 
une lettre de Sigismond- Auguste de Pologne , dans 
bquelle ce monarque renouvelait au Sultan ses assu- 
rances d'amitié, et lui donnait des explications satiirfai- 
santés sur les irruptions de Lazcsky dans lès environs 
d'Oczakov ^. Ainsi s'écoula l'année 1 550, pendsmt la- 
quelle Souleïman , accompagné du grand-vizir el du 
moufti ^ , posa en présence de toute sa cour les fon- 
demens de la grande mosquée de Cbnstantinople. Ce 
chef-d'œuvre de l'architecture ottomane porte au 
plus haut point , dans la grandeur de son style et la 
richesse de ses détails , le caractère de l'époque la 
plus florissante de l'^cnpire; la Souleimaniyé, élevée 
mt une des sept collines de la ville, appdle de loin les 
r^ards du voyageur , tandis que de près elle frappe 
d admiration par la délicatesse de son travail. 

I La lettre de Souleunan en forme de fenoan, et datée de siUiidjé 957 
(décembre i$5o), est déposée dans les archives de la maison I. K. d'Au- 
triche. 

3 On troave, dans la Kbliothèque du prince CEartorisky à Pulawy, fort 
riche en documens historiques, les lettres qui suivent traduites en polonais 
et relatives, 10 aux incursions de Lascsky, i55o; ao au paiement des dettes 
d'un ambassadeur polonais, i55o; 3o au remboursement d*une somme 
d'argent prise par Lubomirsky à un juif; 40 à la confirmation du sauf- 
conduit de Tambassadeur polonais, et à la promesse de restituer nuPoIonai^i 
Mathias Mioulsky Targent que des brigands lui avaient enlevé (schewal 
958 — octobre i55i). 

3 Ewlia. Hadjf Khalfa, TahUs ihronologiques^ 

a* 



îio HlSTOÏllf: 

L'année suivante (1551), le moine George conti- 
nua à tromper la vigilance de Souleïman , en lui adres- 
sant de faux rapports sur les affaires de Transylvanie. 
Ainsi, dans le moment même où il négociait avec 
Ferdinand l'abandon de la Transylvanie et du Banat, 
il mandait effrontément à Constantinople que tous les 
bruits répandus sur l'entrée des Allemands dans les 
Etats de Sigismond Zapolya étaient dénués de tout 
fondement. 

Au mois de juillet . la reine , après avoir remis la 
<!Ouronne de Hongrie entre les mains de Dobo de 
Auszka, d'André Bathory et de Tjaurent Nyari, était 
sur le point de livrer tout le pays aux commissaires 
^de Ferdinand pour se retirer à Kaschau, lorsque Sou- 
Jeïman écrivit aux Transylvaniens : c< Que ne sachant, 
dans l'incertitude où le laissaient les rapports contra- 
dictoires du moine et du pascha d'Ofen. si les Aile- 
jnands ne s*étaient pas encore mis en marche , ainsi 
^ue le prétendait le premier, ou s'ils étaient déjà au 
cœur du pays, ainsi que le disî^it le second . il avait 
ordonné au beglerbeg de Roumilie et à Roustem , 
pascha de Semendra , de prendre les armes ; à Mal- 
lodjoghli, sandjak de Widin, de se mettre à la tête des 
Valaques, et à Mohammedbeg. sandjak deNikopoKs, 
i\e prendre le commandement des Moldaves et des 
Tatares de la Dobroudja '. » Cependant le khan de la 
Crimée s'était mis à la tête de ses Tatares, et le grand- 
vizir Roustem avait rejoint les corps des janissaires et 

I Ce sont les Talares Ueveuilev de Fei>sler. 



DE L'EMPIKE OTTOMAN. î>.t 

des sipahis '.Mohammed Sokolli, fils d'un prêtre 
bosnien, qui cinq ans^ auparavant avait cédé la dignité 
de kapitan-pascha à Sinan, frère du grand-vizir Rous- 
lem [m] , venait d'être nommé beglerbeg de Rou- 
milie. Chargé d'ouvrir la campagne , Mohammedb^ 
avait établi son camp à Slankamen en attendant qu'Ou- 
lama-Pascha, qui de retour de Perse avait repris son 
ancien gouvernement de Bosnie, eût opéré sa jonc- 
tion avec lui. Â ces forces déjà imposantes devaient 
encore se réunir le corps d'armée d'Alibeg , les cou- 
reurs de Mikhaloghli et les troupes deKasim-Pascha, 
gouverneur d'Ofen *, qui venait d'être destitué et rem- 
placé par Ali-Pascha pour n'avoir pas empêché à 
temps les Hongrois de fortifier Szolnok. 

Lorsque Souleïman eut acquis la certitude de la 
trahison du moine, de la cession de la Transylvanie 
à Ferdinand et de l'entrée des troupes d'Autriche 
dans le royaume , il fit appeler au diwan Malvezzi . 
ambassadeur de Ferdinand. Malvezzi gagea sa tête 
qu'il n'y avait rien de vrai dans tout cela ; mais , 
comme il ne pouvait donner des explications satis- 
faisantes et qu'il se rejetait sur l'insuffisance de ses 
instructions . il fut enfermé dans la tour noire du fort 
d'Ânatolie ^, sur les bords du Bosphore. Ce château, 
dont la destination était semblable à celle du château 



1 Solimani Htterœ ad Tran^ Ivanos die i jul, 1 5 5 1 , dans Pray, t. II, p. 1 1 8. 
^ Istuanfi, XVII, éd. de Cologne, p. 3oo* 

3 Et non pas dans les Sept -Tours (comme Tassurént Istuanfi, et, d'après 
lui, Fessier, vol. VU, p. 719) où périrent à cette époque Valenlin Tceroek 

et Mailalh. 



52 HISTOIRE 

de l'oubli des anciens rois de Perse, et à celle Au pua s 
d0 sang des Sept-Tonrs , fut pendant long -temps la 
terreur des Hongrois et des Allemands. L'anperenr 
écrivit aussitôt au Sultan pour se plaindre de cette 
violation du droit des gens ; mais Souleïman, dans sa 
réponse en forme de ferman , établit cette maxime 
étrange e| contraire même aux préceptes de Tisla- 
misme , « que les ambassadeurs répondaient de la 
parole donnée par leurs maîtres, et qu'en leur qualité 
d'otages, ils devaient en expier la violation '. » En 
attendant, soixante mille Turcs s'étaient rassemblés à 
Slankamen sous les ordres de Mohammed Sokolli; 
mais le général ottoman était aussi abusé par les lettrés 
trompeuses du frère Geoi^e, qui, gr^ce à Finterces- 
sbn de Ferdinand auprès du Pape , échangea peu de 
temps après son froc contre le chapeau de cardinal. 
lie bc^Ierb^ ayant témoigné à Martinuz^ son éton- 
nement du retard qu'il mettait à lui rendre hommage 
par l'envoi d'un député et du tribut arriéré^, l'as- 
tucieux moine lui répondit qu'il ne cessait d'être le 
fidèle sujet du Sultan, et qu'il s'engageait à payer dé- 
sormais le tribut avec exactitude; il n'envoya cqpen- 
dapt qu'une partie de la somme due. La faute n'en 
était pasi à lui, disait-il, mais à Isabelle et à Petrovich, 
qui avaient épuisé le pays par les troubles qu'ils y 
avaient fomentés. On ne devait pas non plus lui faire 
un crime de l'occupation de lippa et de Solymos par 

« Lettre de Souleïman» datée du mois de schewal 958 (septembre i5di); 
dans les ArchiiFes de la maison I. R. d'Autriche. 

a Mehmet epUtolm ad Uartinussi, dans Pray, Ep» procerum, U II, p. a8a« 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. a3 

les troupes de Bathory. Du reste, il n'avait di£G^ré 
d'accréditer un nouvel a^nt que parce que le san- 
(^akb^ de Belgrade retenait encore en captivité celui 
qu'il avait envoyé Tannée précédente ' . 

Enfin le 7 septembre 1551 (6 ramazan 958), Mo- 
t^ammed, avec son année d'environ quatre- vingt nulle 
hommes et cinquante canons * , passa le Dani4)e à 
Peterwardeïn , et la Theiss près de Titel ; le 1 8 sep- 
tembre, il prit le château de Becsé, dont la garnison, 
forte de deux cents hommes , fut passée au fil de l'é- 
pée ^ ; celle de Becskerek , aussi lâche que son com- 
mandant, n'échappa que par la fuite à un sort pareil 
(21 septembre) ^. De Becskerek, l'armée se dirigea 
vers la ville épiscopale de Csanâd sur la Marosch , 
située presqu'à égale distance de Wardeïn et de Sze- 
gedin ; c'est dans cette ville que le roi Aba fit jadis 
exécuter cinquante révoltés qu'il avait attirés dans le 
château par ruse ; c'est aussi dans ses murs que fut 
enterré le roi Yladislas IV, assassiné par les Kumanes. 
Les Rasdens , à qui était confiée la défense de cette 
place , passèrent du côté des Turcs après avoir en- 
voyé d'avance dans le camp ennemi leurs femmes et 
leurs enfans, comme gages d'une fidélité également 
suspecte à leurs adversaires et à leurs alliés. Les clefs 



1 MartinuBzi epist, ad beglerhegum Mbœ Juliœ lo sept,, dans Pray, I, 

P- «97- 
s Commentarii délie guerre di Transylvama del Signer Ascanio Centorio 

degU HortensiL Vinegia, i565, p. 102. Gunay, contemporain très-estime. 

3 Istuanti, I. XVÙ. Petschewi, f. 94. Djelalzadé, f. 287. AU, xLvric 

événement, f. a 5 9. — 4 Les mêmes. 



%\ HISTOÎRR 

de la ville furent rendues par François Ugod ' . Illadia ' 
et une douzaine de châteaux, abandonnés de la même 
manière par les Rasciens, tombèrent aussi au pouvoir 
des Turcs ^. 

Le mai^rave George de Brandenbourg, après son 
mariage avec Béatrix, veuve de Jean G^rvin, avait 
fait entourer de remparts Lippa , sur la Marosch ; 
c'est la première ville où entra la reine douairière 
Isabelle lorsqu'elle eut quitté Ofen. A l'époque dont 
nous parlons, le frère George et le général Castaldo 
en avaient confié le commandement à Johann Pethœ. 
Lorsque Mohammedbeg s'en approcha , les habitans 
menacèrent le commandant de la forteresse d une mort 
violente s'il ne les protégeait par quelque capitulation ; 
celui-ci, voyant l'impossibilité de se défendre au mi- 
lieu de l'effervescence des habitans, fit crever les ca- 
nons, sauter le magasin à poudre, et s'enfuit. Gnq 
mille sipahis et deux cents janissaires, sous les ordres 
du Persan Oulama, furent mis en garnison à Lippa ^, 
et Ahmed Mikhaloghli, avec cent hommes d'infanterie 
et deux cents beschlùs ^ , fut envoyé à Challia. 

t Les mêmes; et Forgacz, Commenta rii rerum Hungaricarum , Posonii, 
1788. — a Forgacz. 

3 Voyez leurs noms dans Istuaufi et Forgacz : Galad, Aracia, Besonico, 
Nagy Fellak, Egres, Chiallia, Palelesse, Bodorlak, Zadorlaka, Eperieske, 
Horogszeg, Charkissorolio ; Petschewi ajoute encore ceux d'Arad et Paracan. 

4 Istuanfi, I. XVIT. Petscbewi, Djelalzadé, Solakzadé, Ali. 

5 Les beschlùs sont sani doute connus du lecteur par les dernières négo- 
ciations échangées entre la Porte et la Russie y et qui avaient pour objet de 
ramener à leur nombre primitif les gardes-du-corps des princes de la Mol- 
davie et de la Valachie. Istuanfi les appelle des cavaliers : Qui unico equo 
stipendia merent. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 2/> 

Après avoir pris possession de Lippa , Oïdama vi- 
sita l'église élevée par le roi Charles I" à la mémoire 
de son oncle Tévêque Louis. En apercevant les or- 
gues , il commanda de les faire jouer devant lui . et 
parut entendre avec uii vif plaisir les sons mélodieux 
de l'instrument ; mais sa férocité ne se déchaîna pas 
moins contre le savant moine, diacre de cette église, 
auquel il fit arracher cinq dents sous prétexte qu'il 
s'obstinait à refuser de découvrir des trésors cachés 
dans l'édifice '. De Lippa, Mohammedbeg se rendit 
sous les murs de Temeswar : le commandant de celte 
place, Etienne Ijosonczy , vaillamment secondé par les 
braves capitaines espagnol et italien Alphonse Ferez 
et Bernardin Âldana, soutint un siège de quinze jours 
sans laisser prendre aucun avantage aux Turcs. Au 
bout de ce temps, la saison trop avancée et l'approche 
de l'armée de Ferdinand, sous les ordres de Castaldo 
et du moine Grégoire , contraignirent le beglerbeg de 
se retirer à Belgrade [iv]. Losonczy se mit à la pour- 
suite de l'ennemi, et rencontrant sur son chemin Kai- 
tas, commandant de Nagylak, il l'attaqua avec impé- 
tuosité et le mit en déroute. Kaitas voulut rentrer dans 
Nagylak; mais le pont-levis n'ayant pas été levé à 
temps , Losonczy pénétra aussi dans le château qu'il 
livra aux flammes, après en avoir emmené Kaitas 
comme prisonnier ^. 

Pendant le siège de Temeswar, deux cents cava- 
liers turcs de Nagylak avaient essayé de s'emparer par 

» Isluaiifi. — a Ibid. , I. XVII. 



26 UISTOIHE 

surprise cIm fprt de Majco ; mais trouvant la garnîsoii 
trop nombreuse, leur commandant ' donna Tordre à 
un juge du pays d'aller demsmder dçs secours "à Sze^ 
gedin; ce juge, au lieu des renforts attendus, amena 
des heiduques qui , arborant des bannières blanches 
semblables à celles des Turcs, parvinrent à les trom- 
per , puis tombèrent sur eux sans être reconnus , et 
les poussèrent dans la Marosch. Le chef ottoman , 
déjà blessé, ne parvint qu'avec peine à se sauver, lui 
sixième, dans une barque ^. François Horvath , sur- 
nommé le grand (à cause de sa taille), surprit égale- 
ment, avec six cents cavaliers, au sortir d'un banquet 
nocturne, le conmiandant turc de Challia [v], qui fîit 
tué par une balle, malgré les efforts généreux du ca- 
pitaine hongrois, qui l'avait pris dans ses bras pour le 
sauver ^. Lorsque Mohanimedbeg se fut enfui sur l'au- 
tre rive du Danube, l'armée impériale, forte de cent 
mille hommes, s'avança sur Lippa et en fit le siège. 

Avant sa retraite sur Belgrade, lebeglerb^ Moham- 
med avait adressé plusieurs fermans aux trois nations 
habitant la Transylvanie (les Saxons, les Szekliens et 
les Hongrois), ainsi qu'aux magistrat^ de Kronstadt, 
Hermanstadt et Szasz-Sebes, pour les exhorter à gar- 
der fidélité au Sultan. Mais ces exhortations venaient 
trop tard , car déjà long-temps auparavant le moine 
avait soulevé tout le pays; par ses ordres et d'après 

I Istuaiifi le nomme Canter} puis suf la feaille suivante, il écrit CaiJans. 
Son vrai nom est Kaitas, nom que lui donne aussi Petschewi. 
s Istuanfî, p. 3o, éd. de Cologne. 
3 Le même, 1. XVII, p. 3oa. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ^7 

UH iwagç fort wden, un çs^YsilieT, montrant au peuple 
un sabre et une lance ensanglantés, avait parcouru la 
campagne et les villes accompagné d'un hopmie à 
pied, qui cHajt : ^< L'ennemi de la patrie approche, que 
chaque maison envoie son honmie pour nous sauver 
du diriger commun ! ' » Une autre proclamation, qui 
fut adressée à l'armée réunie sous les murs de Lippa, 
promettait au premier qui escaladerait les remparts 
çleux cents ducats de rente et deux cents maisons de 
paysans, s'il était noble ; s'il était roturier, un titre de 
noblesse, cent écus et cent maisons. 

Depuis )e 4 novembre, la ville de lippa était cernée 
^e trois côtés; quatre pièces de gros calibre, deux 
iQortiers et deux autres canons , en tout huit pièces 
composaiept l'artillerie des assiégeans *. Le 7 novem- 
bre, les Espagnols se précipitèrent à l'assaut sans at- 
tendre les ordres de leurs cl^efs. Castaido et le moine, 
devenu cardinal depuis quelques jours, se trouvaient 
à table lorsque l'attaque commença : mais au premier 
bruit, ils accoururent sur le lieu du combat et se pla- 
cèrent à la tête de leurs troupes. Les Hongrois étaient 
commandés par Nadasdy, les Italiens par Pallavi- 
cini ^, et }es Allemands par Arco. Jean Tœrœk , fils 
de Valentin , qui avait si misérablement péri dans les 
Sept-Tours, et Simon Forgacz, firent des prodiges de 
valeur ; le premier terrassa un Turc d'un grade élevé 
qui l'avait blessé sept fois; l'autre, reconnu à son 
sabre doré, fut retiré de dessous un monceau de ca- 

I Istuaofi, 1. XVII, p. 3o4. Ascanio Centario, p. 119* 
* Ascanio Centario, p. i^i. — ? Istuaofi , l. XVII, p. 3o6. 



9.8 HISTOIRE 

davres, et rendu à la vie malgré une grande perte de 
sang occasionée par onze blessures ' . Enfin , la ville fut 
prise et livrée au pillage. On commença sur l'heure 
le siège de la citadelle , dans laquelle Oulama s'était 
retiré avec les quinze cents hommes qui lui restaient. 

Le neuvième jour de ce siège (16 novembre), qui 
est aussi celui où le beglerbeg de Roumilie aban- 
donna Temesw^ar , Oulama proposa de rendre Ldppa et 
Csanad, à condition que Castaldo lui accorderait une 
trêve de vingt jours, une libre retraite au bout de ce 
terme, et un sauf-conduit jusqu'à la frontière. Il n'y 
avait aucune raison d'accepter ces conditions, car les 
assiégés , manquant de vivres , étaient déjà réduits à 
manger des chevaux et des chats : mais l'avis de Mar- 
linuzzi l'emporta sur celui de Castaldo et des généraux 
hongrois qui ne voulaient qu'une reddition pure et 
simple ; ce moine ambitieux , non content d'avoir 
échangé son froc contre le chapeau de cardinal , con- 
voitait encore la principauté de Transylvanie. Déjà 
une lettre du pascha Haïder, dans laquelle celui-ci se 
disait son cousin, lui avait fait espérer sa réconciliation 
avec la Porte, et le retour des bonnes grâces du Sul- 
tan ''; la promesse plus positive que lui en donnait Ou- 
lama dans sa position critique, s'il consentait à sauver 
la garnison du fort , lui assurait bien mieux encore la 
réalisation de ses désirs. Il est probable que la demande 
singulière d'un armistice de vingt jours n'avait été 

« Francisci Forgacsii Commentarii, p. 27. 

a Heydav Pascha epistolœ ad Marlinuzzi in casiris ad civitatem Lippam, 
fcria 4 post Fesl, Franc. i55i , dans Pray, I, p. 3o8. 



DE L'EMPIKfc: OTTOMAN. ig 

faite que sur les insinuations de Martinuzzi, intéressé 
à gagner le temps nécessaire pour recevoir de G)n- 
stantinople la confirmation de sa rentrée en grâce. 
S*il n'en est pas ainsi, il est impossible d'imaginer la 
raison pour laquelle Oulama , réduit à Textrémité , 
ne demanda sa retraite que pour une époque aussi 
éloignée. Ce fut le vendredi 5 décembre 1551 , veille 
de la Saint-Nicolas, et à la faveur d'un beau clair 
de lune , qu'Oulama sortit de la citadelle avec treize 
cents hommes abondamment fournis de vivres par le 
cardinal ; à son départ , Oulama lui envoya , en té- 
moignage de sa reconnaissance, une lampe d'or, deux 
cierges dorés , un chàle de Perse richement brodé, 
quatre chevaux de bataille et un poignard garni de 
pierres précieuses '. Une troupe de Rasciens l'accon^ 
pagna jusque sur les bords de laTemes, au-delà de 
Temesw^ar . Déjà les Turcs se croyaient en sûreté ; 
mais de l'autre côté de la rivière , François Horvath 
et Melchiôr Balassa se tenaient en embuscade, cher- 
chant l'occasion de se venger d'une retraite que Mar- 
tinuzzi avait su ménager aux Ottomans malgré leur 
opposition. Oulama . averti par le cardinal , marcha 
en rangs serrés pour être toujours prêt à combattre. 
Mais à peine les Rasciens leurent-ils quitté, qu'Hor- 
vath et Balassa , renforcés par Michel Dombay * et 
Ambi;oise de Nagylak \ fondirent sur lui. Le combat 
fut des plus acharnés ; Âmbroise y fut tué, et Balassa 

> Istuanfi, p. 3i8. Forgacz, p. 29. 

a Forgacz Tappelle Michel Dobay ; Istuaofi, Domhay, 

3 Isluaiifi écrit Naglac, et Forgacz, Naghj. 



3o UJSTOIRE 

gi4ëvëhienl blessé ; Oulama , blessé lùi-hième , n'at- 
teignit Belgrade [vi] qu'avec trois cents hommes, seuls 
restes des treize cents qu'il avait emmenés de lippa. 

Pendant l'armistice de vingt jours accordé au com- 
mandant turc de Lippa, et tandis que Martinuzzi né- 
gociait sa réconciliation avec la Porte, par Fentremise 
d'Oulama , Castaldo avait averti Ferdinand de la perte 
Inévitable de la Transylvanie , si elle était laissée plus 
long-t»n|)s sous la domination du cardinal ; il reçut 
en réponse à cet avis l'ordre de veiller à la sûreté de 
l'armée et de prendre les mesures que les circon- 
stances exigeraient pour mettre un terme aux intrigues 
du moine. 

Caslalda, instruit que Martinuzzi correspondait se- 
crètement par des tschaouschs [vu] avec les Turcs, se 
rendit au château d'Àlvincz, ancien couvent domini- 
cain où le cardinal venait d'établir sa résidence. Ac- 
compagné d une troupe tléterminéë d'Espagnols et 
dltsdiens, Castaldo pénétra dans la demeure du moine 
pendatit qu'André Losonczy occupait les tours avec 
vingt-quatre Espagnols ; Sforzia Pallavicini arriva après 
lui. Lé 18 décembre, de grand matin, le secrétaire de 
Castaldo , Antonio Ferraio d' Alessandria , entra dans 
le cabinet du cardinal , pour lui remettre quelques 
papiers; Martinuzzi, vêtu seulement d'une chemise et 
d'une robe de chambre fourrée, était debout devant 
une table sur laquelle se ti*ouvaient un bréviaire [viii], 
une écritoire , une pendule et un livre contenant ses 
mémoires. Au moment où il s'inclinait pour signer 
les écrits que lui présentait le secrétaire, cdui-ci lui 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5i 

porta deux cotips, l'iih dahé là poitrine et Tàutlre dàm 
la gorgfe. « Sainte Marie ! » s'écria Màrtitiûzzi , et d'un 
bras vigoureux il jeta le secrétsdre sous la tablé. En 
entendant ce cri, Pâllavidni qui était resté derrière ïa 
porte, un valet de chambre lui ayant défendu Tetatrée, 
se précipta dans le cabinet le sabre à la main, et fen- 
dit la tête au cardinal. Lopez accourut aussi avec les 
Espagnols, et ceux-ci déchaînèrent leurs fusils sur le 
vieillard qui se tenait encore dd^out. « Que faites- 
vous, mes frères? » demanda-t-il en latin aux assas- 
i^s ; au même instant , il tomba couvert de soixante- 
trds blessures, en poussant le cri de: « Jésus Marie! » 
Son corps resta abandonné pendant soixante-quinze 
Jours sur lè théâtre même du crime , et obtint enfin 
toe sépuhure à Weîssenbourg et une tombe avec cette 
épitaphë : Ommius moriendum est. Ainsi finit , dans 
sa soixante-quinzième année, ce moine orgueilleux 
qui plus d\me fcHs trahit successivement Ferdinand, 
Souléïmaii et tsabelle. 

Pas un des sept complices de cet assassinat n'é- 
chappa à là vengeance du ciel . Pallavicini , fait pri- 
sonnier avant la fin de l'anhée, expira sous les cruels 
traitement des Turcs. Le secrétaire Antoine Ferraio , 
tjA «e sei-vâit kVec une égale hsd:>ileté du poignard 
et de lia pluilie , fut pendu dans sa ville natale , en 
Piémont , Isur un jugenàent l*endu contre lui comme 
assassin ; Monino fut décapité à Saint-Germain ; Sca> 
)*amuzza mis en pièces à Narbonne ; Campegio , se 
trouvant peu de temps après\à la chasse dans les en- 
virons de Vienne , fut déchiré par un sangHer sous 



32 HISTOIRE 

les yeux mêmes de Ferdinand; et Mercada, qui avait 
apporté à Vienne ' Toreille velue du cardinal conmie 
preuve de l'exécution des ordres du roi, perdit dans 
une rixe, à Augsbourg, la main droite avec laquelle il 
avait coupé cette oreille *. 

Ainsi, la Transylvanie offrit au Sultan, pour la se- 
conde fois, le sanglant spectacle de l'assassinat de lun 
de ses amis les plus dévoués ; trahissant tour à tour 
l'intérêt des chrétiens et des Turcs pour agir cons- 
tamment dans le sien , Martinuzzi avait espéré , aussi 
vainement que Gritti, établir, sous la protection des 
armes ottomanes, sa domination sur la Hongrie et la 
Transylvanie [ix]. 

L'année suivante , Castaldo reprit de bonne heure 
les hostilités contre les Ottomans , mais avec peu de 
succès. Michel Toth tenta , avec cinq mille heidu- 
ques , de surprendre Szegedin. Les capitaines italien 
et espagnol Aldana et Ferez, le Silésien Opperndorf, 
les Hongrois Pierre Bakics , Nicolas Doczy , Nicolas 
Dersfy et François Horvath, commandaient les trou- 
pes dans l'assaut que Toth donna inopinément à Sze- 
gedin dans la nuit du 23 au 24 février 1552; le 
sandjakbeg Mikhaloghli Khizrbeg [x] se sauva pres- 
que nu dans là citadelle, et la ville fut prise et livrée 
au pillage. Les heiduques travaillaient déjà à la des- 
truction du rempart extérieur du fort, lorsque Khizr- 

I .4urem dextram discissam per postas ad Ferdinandum tulit, ac vcsper^ 
tinas preces soJenni quodam die audienti prœsentavU, Foi^acz. 

« IstuanG, Forgacz, Ascanio Tenlorio; et, d'après les deux premiers, 
Wolfgang Belhlen. 



DE L'ËMFIHË OTTOMAN. 55 

beg fit une sortie et les repoussa. Tandis que les Es- 
pagnols, les Hongrois et les Allemands oubliaient dans 
les caves de la ville la discipline militaire et le fort qur 
restait à prendre, Khizrbeg envoya des pigeons mes- 
sagers au pascha d'Ofen pour l'avertir de la position 
dans laquelle il se trouvait ; aussitôt Âli-Pascha accou- 
rut à marches forcées avec ses troupes et celles de 
Roustembeg % gouverneur de Semendra. Dès qu'il 
fut en vue de Szegedin, il rangea son armée en trois 
corps sur la même ligne ; il plaça la cavalerie à droite 
€t à gauche , et il se mit lui-même au centre avec 
rin&nterie, flanquée de chaque côté par six pièces de 
campagne. Emportés par leur ardeur, les heiduques, 
sans attendre les ordres de leurs chefs , s'élancèrent 
pèle-méle au-devant des Ottomans; mais ils plièrent 
presque aussitôt et se dispersèrent dans toutes les di- 
rections. Michel Toth se sauva avec peine dans le fort 
Saint-Greorge , sur la Theiss , qu'il passa à la nage , 
accompagné seulement de vingt hommes; Âldana, 
Ferez et Oppemdorf gagnèrent Lippa à toute bride. 
Gnq imlle nez coupés ^ et quarante bannières furent 
envoyés à G^nstantinople comme une preuve du suc- 
cès des armes ottomanes. Une autre troupe de quatre 
cents chevaux , qui était commandée par Valentin 
Naghy et Pierre Tœrœk, et qui venait de repousser 
Ka^nbeg près de Becskerek, arriva en ce moment à 
Szegedin, sans savoir ce qui s'y passait, et fut anéan- 
tie; Valentin parvint seul à se sauver avec une ving- 

I PeUchewi. — > Isluanfi, 1. XYII, p. 3 19. 

T. VI. 3 



54 HISTOIRE 

taille d*honiiBies en se jetant dans-la Theiss c(u*il tra- 
versaf heureusement à la nage. 

De leur côté , les^ TuFes ouvmaot la campagne 
dès le mois d'avril , sous les ordres du seccmd vizir 
Ahmed-Paseha , nommé pour cette année général en 
chef de l'armée d'expédkion de Hongm en rempb- 
cernent de M<^anuned Sokolli. A son arrivée à An^ 
drinople, Ahmed- Pascha envoya le tschaousch Madjar 
AU pour complimenter le pascha d*Ofen sur la victoire 
briUanie qu'il venait de remporter devant Szegedui , 
et lui remettre en témoignage delà satisfaction du Sul- 
tan un sabre d'or et des vétemens d'honneur Ml lui 
annonçait en même temps sa prochaine arrivée devant 
Temesfwâr. 

Cette lettre du vizir et la captivité du brave Hamza ^ , 
san^ak de Stuhl weissenbourg , engagèrent le pascha 
d'Ofen à tenter une attaque contre Wes^rim , dont 
la garnison avait fait priscmnier Ibmza , au tnament 
où il allait avec deux cents cavaliers prendre posses- 
mm de schi gouvernement. La ville de Wessprim ou 
Weissbrunn (^ou7*ce blanche) e^ ainsi nommée à 
cause des sources écumantes qui jaillissent dei» ro- 
chers dans ses rues et ses faubourgs, i^tuée sur une 
cc^ine oblongue, Wessprim n'était entourée, à l'é- 
poque de l'invasion des Turcs , que d'un mur eh 
ruinesi. Les maisons qui formaient le faubourg se trou- 

» Petachewt. 

a II ne faut pas confondre le sandjakbeg Hamza avec le précédent, Saint, 
qui, d'après Petschewi, était un excellent hafiz, cVst-à-dire qu*il savait le 
Coran par cceur. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 55 

Vident (fisséminées sw h hauteur et dans la vaHée. 
Le célèhare prince^ve Swatopluk avait fait de Weas- 
prim sa résidence avant que les Hongrois, dans leur 
seconde irruption , lui eussent enlevé le trône et la 
vie ' , grâce à la ruse qu'ils employèrent en obtenant 
de lui la promesse de leur dcmner de la terre et de 
raau. Le 1 ^^ avrils Ali«Pascha parut avec ses troupes 
devant les murs de cette ville; mais chassé par le feu 
des assiégés de la hauteur où il s'était étaUi , il alla 
caiK^)^ dans la belle vallée de l'Âbbesse. Pendant dix 
jours con6écuti&> son artillerie, placée sur deux ter^ 
rasses qu'il avait fait élever au nord et à l'ouest de la 
ville , foudroya la forteresse. Une partie de la gar-* 
nison passa dans le camp turc; mais AU, pour venger 
sur les transfuges la ndort des défenseurs de Ij|q[)a , 
les fit tous massacrer dans la vallée de l'Âbbesse, où 
Ton voy^ encore du temps d'IsUianfi leurs ossemans 
dispersés sur le sol. Tandis que le commandant de 
Wessprim , Michel , dit de Fer (Vas) , traitait de la 
capitulation , les janissaires pénétr^ent dans la ville ; 
la garnison, qui se disposait à partir, fîit passée par. 
les armes ou dépouillée de tous ses effets d'équipe- 
ment; à la vérité Àli-Pascha fit donner des coups de 
bâton aux coupaUes ; mais, après avoir confié le com- 
mandement de Wessprim à l'aga Djftfer ', il enunena 
eu captivité Michel , à qui la liberté ne fut jamais 
rendue. 
Le â3 avril, le second vizir, Afamed-Padia, quitta 



* Istuanfi, 1. X.Vn, p. 3a a. — 3 Jhid., p. 3a 3. 



5* 



/ 



36 HISTOIRE 

Andrinople avec le gros de Tarmée , et arriva , après 
vingt-cinq jours de marche, à Belgrade, où il fot re- 
joint par les trovpes du b^lerbeg de Roumilie, Mo- 
hammed Sokolli (1 5 mai). Un mois plus tard, il parut 
devant Temeswar, que Losonczy, à la tête de deux 
mille deux cents hommes, était déterminé à défendre 
jusqu*à la dernière extrémité. La veille de la fête de 
Saint-Pierre et Saint-Paul, le feu commença sur toute 
la ligne; outre un assez grand nombre de faucons et 
de fauconneaux, Âhmed-Pascha avait mis en batterie 
trente-six gros canons de siège; il avait aussi fait con- 
struire des redoutes avec les décombres des maisons 
incendiées dans les environs et dans Tile. L'artillerie 
ne tarda pas à ouvrir une brèche; mais, dans leur 
ardeur, les troupes montèrent à Tassant sans attendre 
Tordre du serasker et avant que la brèche fût pra- 
ticable. Cette tentative fut funeste aux Turcs, qui laissè- 
rent au pied des murs deux mille hommes, avec le san- 
djakbc^ de Nicopolis Moustafa Tenbel * ; de leur côté, 
les assiégés eurent à regretter la perte du brave colonel 
espagnol Castelluvio. Sur ces entrefaites, Hasan, beg- 
lerbeg d'Ânatolie, amena au camp des Turcs un con- 
voi de munitions dont le besoin commençait à se faire 
sentir ; mais ce ne fut pas sans périls , car lui et son 
escorte furent attaqués et mis en fuite par la garnison 
de Karansebes. Michel Toth , en voulant introduire 
des vivres dans la forteresse , fut moins heureux dans 
son entreprise que le général ottoman ; abandonné par 

I C'est-à-dire Mous(afa-le-Paresseux. Istuanfi écrit Debcl (le Gros) au 
lieu de Tenbel (le Paresseux) : Dehelius hoc est crassus et pinguUt 



DE L*ËMP1K£ OTTOMAN. 37 

la plua grande partie de sea troupes sur les bords de la 
Mm)S€h , le petit nombre qui lui resta &lèie ne put rè- 
sàer au chdc de Tènnenu, et lui-mitaie, tout couvert 

m 

de blessures, ne parvint <pi'avec peine à se sauv^ '. 
Cependant les assiégeans bombardaient h Tour de 
l'Eau sans discontinuer ; lorsqu'elie ne présenta {dus 
qa*un amas de ruines , Ahmed commanda im assaut 
général pour le jour de Saint-Jacques(âS juillet). Le 
kiaya des tschaouschs, qtii se trouvait partni les pre- 
miers assaillans , ma au Hongrois Blsase Pattantyus 
qui combattait avec ime valeur suiiiumaine au milieu 
des ruines de la tour : «Je m'appelle Koùbad !» et en 
même temps il lui porta un coup vigoureux sur la tête. 
Celui-ci, s*étant couvert de son bouclier, réjpondit : 
« Et moi je m'appdle Blas ! » et il lui perça la gorge. 
L'assaut dura cinq heures avec une égale fureur de 
part et d'autre ; enfin les Turcs exténués de fatigue 
se retirerait avec une perte de trois mille hommes , 
tandis que les assiégés n'eurent que cent treize morts. 
Le lendemain l'assaut reconunença ; le vizir Ahmed, 
les beglerb^s de Roumilie et d'Ânatolie, le sandjak- 
beg Kasim et les autres chefs ne se bornaient pas à 
exciter de la parole le courage des assaillans, et ils 
assonmiaient avec de grosses massues garnies de fer 
tous ceux qui reculaient. Enfin la Tour de l'Eau fut 
prise, et la diiute de ce reno^art principal, le manque 
de vivres et de munitions, et surtout l'indiscipline des 
Allemands et des Espagnols qui menaçaient de capi- 

I Petschewî, f. 97, en feit mention en ces termes : Deuxième défense de 
MiM Toth, capitaine de Sxegedin. 



38 HISTOIRE 

tuter Budgré lair géoéral, forcèrent Loeonczy ée se 
rencfare mm la oofiditiDii d'ime Viate retraite. 

Au moment oà il lOrtit de h vflle, le beglerb^ de 
Romnlie el KjHrim-Puicha le prfarent au rniHeu d'eux 
pour le protéger par leur présence contre les insdtes 
des sddals et honorer m iralew . Msâs bientôt tes ja- 
iMfisaires saiinrent les jeunes gens de sa suite, dmt la 
beauté avait réveillé leurs infâmes désirs ; lorsque Lo- 
j9onczy eut vu Ji^r a bas de cheval son jeune page, 
André Tomory^ cp portait son casque et sa cuirasse 
d'or ^ il ne put se oontenn* davanti^ : « Voilà donc 
la foi des Turcs! cria*-t-4l. Reprenons nos armes et 
ne succombons pas du moins sans vengeance. » Au 
même instant , il fendît le crànfe du kiaya du bc^ler- 
b^ qm s'était avancé avec Kasim pour ûppaiser le 
tumulte. Aj^s avoir long-temps combattu en héros , 
il tondba atteint d'une blessure à k tète et percé au côté 
d'un coup de lance. Ferez, après avoir tué beaucoup 
d'ennenns dans cette mêlée, se confia à la vitesse de son 
cheval pour se sauver à lippa ; mais il disparut dans 
les flots de la Kceroes qu'il avait voulu traverser. For*- 
gacz eut le nez mutilé et tomba entre les mains des 
Turcs. Losonczy, conduit devant le vizir, lui re- 
procha en termes violens sa perfidie. Ahmed lui ayant 
r^ondu que ce n'était là qu'une juste représeâlle de 
la trahison exercée contre Oulama lors de sa retraite 
de lippa^ et Losoncsy continuant à exhaler son indi- 
gnation par des injures, le géviérsA ottoman accéléra 

■ Febchewi, f. g6, fait du jeune page un indigne fevori de Losonocy. 



DE L'£A»PIRE OTTOMAM. 5g 

h fin du formrié Hongrois un hn finwit trancher la 
tête, qa'fl i&mojt k SoiA^sSmm, rtemp^ dlMbe» ^ 
édxOtaa. he satoijAbeg Kaaim fol «hai^ da i^om- 
mandeikieBt de Taneswar tât de b reocmstraetion des 
mtirs de la fcnrteretiise ' ; la dbmte de cette yiUe préoédd 
ceHe de Uppa, de Soijmos et autans ehiAeaiix-foi^ du 
Banat^ 

Aussttdt qpi'Ahmed ^A appris que l*£spagnol Berr 
Dard Aldaoa, à ifm dastddo avait f>osAé la défiçnse de 
lippa, avait fait sauter \eè Ibrtîficatioiis « crev^ les 
canons et iocettdtier la ville , Il détadia KaBimbeg nv^ec 
cinq mille hommes , pour i^eÎBdre le feu et sauver 
le re^le de Taitillerie. Une cOTsmisâion mUitair0 con- 
damna Aldana à là peine de moH; mais Marie, &}e 
de Charles-Qaint et femme de Ma^ndiien , cMiA sa 
grâce. C'est wisi que le Bauàt tomba sous la domi- 
nation dos OHomans; rempeneur en coe^ Tattapteis- 
trsiion à Kasim-Fasdia ayac le titre de beglerb^ ^ . 

Peadant qu'Ahmëd-Pascha OKPi^t le «iége deTe- 
meswar, l'eunuque Ali quittait Ofen divas le^e^ën 
de s'emparer du ch&teau de Drégely. Cte iott, in- 
struit anr la cime d'im rodier escarpé, &ml pour niœi 



> Istuanfi. Forgacz. A.scauto Centorio, p. 190. 

> I^ti^aft» ]. XTJU, j). 3^, ne aqnifp^ qde liavme^e et Uigos* IPjé- 
laliadé, f. 395, citeLippa, Scilynaos, Bernakj) E|)re$cb, Kia, Pancota, 
Moreschtor, Mardjena, Radjid, grand et petit Sadsch, et le Château-Royal. 
Petschewi , f. 97 , nomme encoreTschalippo, NafJkâL, Kantaflc, Schtkéwa. 

ï Djenabî , ainsi que son copiste Heiarfenn , s'expriment ainsi : Timitch' 
wmré karJh bir iSeglerbegUk yer fiuh oh>wi^'W€\K0iéinipûichayi amda beg- 
Megki nassh eîledi. Manuscrit de la Bibliothèque î. R. d'Âittnciieyiio469, 
p. 43». 



4<> HISTOIRE 

dire de boulèyard aux villes situées dans4ës montait 
gnes de Borsem. L'entreprise fut moins remarquable 
par le succès des Ottomans que p^ la résSstanée des 
bravés défenseurs de Drégely, parmi le^els This- 
toire cite surtout le commandant Zondy. Lorsqu'ÂIi- 
Pascha députa à Zohdy le prêtre Martin d'Orosz- 
falva pour le sonuner de se rendre, celui-ci fit v^iîr 
deux jeunes garçons turcs, ses prisonniers, les habilla 
de pourpre et les renvoya à Ali, en le priant d'ache- 
ver leur éducation militaire, parce qu*il ne pour- 
rait plus le faire lui-même, étant décidé à s'ensevdir 
sous les ruines du château. Aussitôt il fit rassembler 
dans la cour du fort ses armes, son argenterie, s^ 
meuMes les plus précieux , et y mit le feu ; puis , se 
rendant dans ses écuries, il tua ses chevaux de bataille. 
Cependant, malgré la résistance des assi^s, les Turcs 
forcèrent les portes ; Zondy tomba frappé d'une balle ; 
mais se traînant à genoux, il combattit encore jusqu'à 
ce que, criUié de blessures, il rendit le dernier soupir. 
Ali-Pascha fit enterrer son corps et la tête qu'on en 
avait séparée en face du château , et ordonna de 
planter siir son tombeau une lance et un drapeau ^ 
rendant ainsi un noble hommage à la valeur d'un 
ennemi vaincu '. 

Ce brillant exemple de courage fut loin d'être imité 
par la garnison du château de Szecseny : à l'approche 
d'AH-Pascha , elle s'enfuit lâchement * ; mais les feu- 

■ Istuaofi, 1. XVm, p. 53o, éd. de Cologne. Forgacx, 58. Aseanio 
Centorio, p. ao3. 

3 Istuanfî. Forgacz, 5a. Commentarii d'Aicamo CetkXotiOf 195-197. 



DE L'ÉMpIRE ottoman. 41 

dataires du comte Balassa , à qui étmt confiée la dé- 
fense de la tour dé Buza, Michel Terchy, Etienne 
Souchay, André Nagy, régisièrent, avec une poignée 
de braves, à plus de deux mille hommes commandés 
parÂrslan, fils d'Yahya-Paschaogfali, et soutenus par 
le feu de deux pièces d'artillerie; la gai^son, forcée 
d'abandonner les ruines de là tour, se retira dans la 
yallée, où Ârslan lui offirit une libre retraite '. Le châ- 
teau de Salgô eût aussi résisté plus long-temps si son 
commandant n'avait pas été trompé par ime ruse des 
assiégeans. Arslan, profitant d'un épais brouillard, fit 
amener à grand bruit devant le fort un tronc d'arbre 
immense que les assiégés prirent pour un canon- 
monstre du genre de ceux qui avaient servi au itiége 
de Gonstantinople. Arslan prit avec la même facilité 
les châteaux d'Hollokœ ' , Buyàk , Sâgh et Ghyar- 
math ^ ; enfin , de concert avec Ali , il défit à Fulek 
(1 1 août) le corps d'armée de Ferdinand , composé 
de sq>t mille hommes et conunandé par l'Autrichien 
Erasme Teufel, baron de Gundersdorf. Un coup de 
feu qui fit sauter les caissons à poudre appartenant 
aux Hongrois dédda de cette bataille; l'évêque de 
Waizen et beaucoup de braves y perdirent la vie. Pal- 
lavicini et Teufel forent fûts prisonniers, et ornèrent 
le triomphe de l'eunuque, qui fit son entrée à Ofen 
précédé de quatre miHe captifs hongrois ; Erasme 
Teufel marchait en tête à cheval, mais sans casque et 
sans cuirasse ; il était suivi de toute la musique de l'ar- 

< Istuanft, l. XVm. 

> Castellum Conri. Istuanfi, I. XVUI, p. 339. — s Jbid, 



43 UISTOtJIE 

mée. Afin d'bumiSer 4a?ai]|i^ les diefii des tmope» 
impériales , on vendit les priscmmers à TcaÉcsia pour 
ua pm de bewieoiip tûfiânèiir à celui qui jusqu'alors 
avait servi de base à cas sortes de renies. Les sotdals^ 
allmaaiKis fiinent les phis dépréciés; chaque liomme 
ne coûtait au plu$ h Vacquéreur qu'un boisseau cte^ 
farine ou d'avoine, un tdnneau de nsel oa de beurre ; 
mais la rançon des of&ders fut en. Tevanohe portée à 
des sommes énormes* Fallavicnii^ après avoir espié 
dms un çaiîhot à Ofien la part qu^ avait pvise à Yzb- 
s$|3sinat de Maitinùzzi^ n'obSol m Uberté qu'au prix 
de dix-huit mUle ducats. Teufd fut ^envoyé ii iSou- 
laïman avec quarante drapeaux pris tmr renneni; 
mais ayant voulu wmef son nom et son rang pour 
pay'er une lançon moins forte, le Sdian iCut si cour- 
roucé de «eOe snperchefie, qi^'il le fît coudre dans un 
sac de cun* ^ jeter À la mer ^. 

Les conquêtes nombreuses de cette «campagne de- 
)(sâent être couronnées par la prise des forteresses de 
SMnok et d'Ërlau. Szolnok, située au confluent de la 
Theisset de laZs^va, avait été réparée peu d'années 
auparavant par le comte Nicolas de Salni, etniisctait, 
d'après les règles de fortification nouvdlemfinl adop- 
ta , la forme d'un triangle rectani^ ; ses mors 
paient si élevés, que les toits des maisons étaieiit à 
P^ioe visiMes du dehors^ ducOté du nûdi, l'aceiès >en 
était défendu par un large fossé rempli d'tao. L'élite 
de la garnison ccmsistatt «da oose cents honmies d'in- 

> Istiiaofi, 1. XVIII, p. 335. D'après Gentorio , p. ao5, il eut là tête 
tranchée. 



DE L'EHPIB£ OTTOMAN. 45 

/anbme et tn)b oente hoiMudB; ^gt-quatre pièees 
de gros edibre , trois mille nuxaqDelB et hak mille 
ifAoMa de pomlre ofindoit les élémens d'ime longue 
résistance ; les vivres n'y étaient pas moins consîdé- 
rajUesi: maiâ de si nombreux moyens de défense de- 
râKnt iiratiles entre les makn du làdie commandant 
LauitMt Nyéry^ qui devait son rai^ de goovcroeor et 
de haut pakÉb de Sknt non à son mérite, mais aux 
plus basses intrigues. Prafondément méprisé de ses 
troupes , Nyàry ne fmt maintenir la disdptine parmi 
elles. Biemât les Allemands , Bohèmes, Hongrois et 
Ei^ngnob, divisés entre eux, désarlèrent en masse; 
leur chef voulait les suivre , mais au moment où il 
sortait du château, il fot saisi et amené devait Ahmed- 
Pascha (4 septembre) ; il u^eut pas honte de raidieter 
Ba liberlé esn livrant sa propre fillé à Tun de ses gar- 
diens. Traduit plus tard devant un conseil de guerre* 
il obtint par corruption son acquittement de ses juges, 
le oliaiicelier Olafaus et rarcfeevéque de Gran [xi]. 
Quant aux troupes allemandes et bohèmes échappées 
de Szolnok, dles furent poursinvies par les Turcs, et 
pour k plupart taillées en pièces \ 

A cette heureuse ^itreprise succéda le siège d^£r- 
lau , aussi célèbre dans les annales âe 1* Autriche que 
celui de Vienne et de Guns, dont les garnisons avaient 
ù glorieusement repoussé les armées triomphantes de 
^uleiman. Les noms d'Etienne Metskei et d*£tienne 
Dobo, ses vaillans défenseurs, brilleront dans This- 

< IstnanG, I. XVIII. Forgacz, p. 67. Commenutrii d'Ascauio Centario , 
p. ao6. 



44 HISTOIRE 

toire auprès de œux de George Zondy et d'Etienne 
Losonczy, bi^ que la bravoure de ces derniers n^aft 
pas été couronnée du même succès que celle des 
premiers. 

La ville d'Âgria ou Eger fut fondée par saint 
Etienne, et bâtie à Tenfrée dés monts Matra, dans 
une charmante vallée entourée de coteaux plantés de 
vignes; elle tire peut-être son nom allemand (Erlau) 
de Tarbre a|)pelé Erle (aune) ou de 1 ancien peuple 
des Tagrc^es qui habitaient les bords des rivières 
d'Ërlau et de la Tbeiss [xn]. Le 9 septembre 155!^, 
le vizff Aluned-Fascha fit annoncer au commandant 
de la {dace, Dobo de Roussi, qu il pàrattrait devant 
la ville avec deux corps d'armée, dont Tun, sous ses 
ordres, avait réduit les forteresses de Temesvvar el 
de Szolnok, et Tautre, sous ceux d'Ali-Pascha, avait 
[Mris Wessprîm , Drégely et Fûlek; il le somma en 
même temps de se rendre. Dobô de Rouszka fit met^ 
tre en prison le porteur de la lettre de sommation, et 
en réponse, il fit exposer sur le mur, à la vue de l'en- 
nemi , un grand cercueil entre deux lances ' , pour 
indi<pier que ce cercueil était prêt à recevoir ou l'as- 
siégeant ou l'assiégé ^. Âli-Pascha arriva le premier à 
la tête de vitigt-cinq mille honomes; il avait sous ses 
ordres Ârslàn , beg de Stuhlvi^eissenbourg , qui com- 
mença par dresser, dans le fiambourg près de l'élise 
Sainte-Marie, quatre canons avec lesquels il ouvrit le 

> Fessier, qui ne coanaissait pas les Commentaires de Centorio, dit qu*il 
laissa la proposition sans réponse. 
* Gentorio, p. 22a. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 45 

feu ccMiIre le château (10 septembre); quelques jours 
après, ces troupes forent jointes par celles des vizirs 
Âhmed-Pascha et Mohimamed SokoUi. Les janissaires 
établirent leur camp devant la porte de Mallar, située 
au nord de la ville, sur la rive gauche de TEger, entre 
Fénémet et le Kœnigsstuhl , colline où , d'après une 
légende, saint Etienne avait fixé sa demeure pendant 
la construction du château et de la cathédrale, afin 
d*enoourager par sa présence l'ardeur des ouvriers. 
Ahmed et Mohammed plantèrent leurs tentes dans la 
vallée d'Erlau, sur le versant du mont AEgidius, tandis 
qu'Âli porta les siennes plus à Test. Trois canons mis 
en batterie sur la hauteur la plus rapprochée de la 
forteresse,. et lançant des boulets de cinquante livres, 
donnèrent le signal du commencement du siège. Le 
11 septembre , Ahmed éleva des redoutes sur la col- 
line du Kœnigsstuhl, d où il bombarda Tun des clo- 
chers de la cathédrale ; mais de l'autre de ces dochers 
les assiégés ripostèrent avec une telle habileté, qu'ils 
démontèrent les canons de l'ennemi, et le forcèrent à 
quitter sa position. Le 14, Ahmed-Pascha mit en bat- 
terie, près du cimetière, ses trois plus grandes pièces, 
flanquées de onze plus p^tes, dont le feu continuel 
eut bientôt ébranlé la grande église et les murs du 
château ; le canon d'Arslan , qui tirait du côté de l'é- 
glise Sainte-Marie, fit paiement de terribles ravages. 
PQur prévenir les effets des boulets rouges des Otto- 
mans, les assiégés couvrirent de peaux et de couver- 
tures mouillées leurs magasins de blés et de fourrages, 
et ne cessèrent de boucher les brèches avec des 



46 HISTOIRE 

tcNMieaux remplis de sable et de gazon. Enfin le jour 
de Saint^Midid (29 septembre), les Ottomans loue- 
rait un premier assant; trois fois 3s reoomitienoèreni 
l'attaque^ et trois fois ils forent repousses avec de» 
perles énormes et obligés d'abandonner le bastion 
qu'ils avaient occupé un instant; huit mille des leors 
restèrent ei»evelis dans les fossés ^ Parmi les assié- 
gés, Jean Posgay, qui jadis avait été d^té trois ibis 
au pascha d'Ofen, par le gouverneur-^général de Hon- 
grie, afin de prévenir une rupture , fol une des pre- 
mières victimes de cet assaut. 

Ce m^ne jour un Hongrois, envoyé par Ârsianbeg^, 
appc»*ta dans la citadelle une nouvelle sommation. Les 
assiégés déchirèrent la pièce en moi^ceaux , en brû- 
lèrent la moitié , et contraignirent le porteur d'avaler 
le reste. C'est de la bouche de ce même Hongrois 
qu'ils apprirent plus tard quelles étaient ces propo*- 
sitions qu'ils n'avaient pas voulu entendre : Arslsmbeg 
leur promettait une libre retraite; et, pour leur ôter 
toute crainte d'un sort pareil à celui de Losonczy, 
Ahmed et Ali devaient se retirer avec l'armée à trcMs 
milles de la forteresse, et laissa Arslan ccHume otage 
entre leurs mains. Dans la nuit du 4 octobre, le feu 
prit aux provisions de poudre déposées dans une 
voûte souterraine de la cathédrale ; l'édifice sauta , et 
les deux moulins de la ville furent détruits de fond 
en comble; il ne resta pour toute munition que vingts 
quatre barils de poudre. Dobô et Metskei montèrent 

> Centorio, p. aaa. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 47 

ausi^tôl à cheval , parcourant le» divers postes et en- 
courageant par leur présence les troupes à continuer 
la défekise. Les Tufcs, dans Tespoir qœ ce désastre 
rendrait la garnison plus accesnble à leurs propos!- 
tifHis, lui ofirirent de nouveau une libre retraite avec 
armes et bs^ages si elle voulait se rendre ; mais leurs 
oris furent étouffes par le bruit des tambours et des 
trompettes des assises. Dobo , dont la prévoyance 
avait rassemblé dans la place une immense quantité 
de salpêtre et de soufre , fit fabriquer de la poudre 
pour remplacer celle qui avait brûlé, et avec les ruines 
des deux moulins on en construisit un nouveau qui 
put suffire aux nécessités les plus pressantes. 

Ahmed- Pascha, voyant l'impossibilité de déter- 
miner la garnison à une capitulation, eut recours à la 
tactique alors en usage chez les Ottomans ; il fit com- 
bler le fossé avec des sacs remplis de sable, et élever 
en face de la forteresse une plate-forme en bois, dont 
la hauteur égalait celle des murs. Mais Grégoire Bor- 
nenûssa, TArchimède d'Ërlau, que les histori^is hon- 
grois appellent Grégoire-le-Savant, déjoua les projets 
de Vennemi ; il fit remplir des seaux à incendie de 
poix , de soufre , de goudron et de lard , mêlés de 
copeaux et de paille trempés dans du suif, et les gar- 
nit au dehors de pistolets chargés jusqu'à la gueule; 
quand la nuit fut venue , les assiégés y nurent le feu 
et les jetèrent dans le fossé. Les poutres et les fagots 
s'étant enflaimnés , les Turcs arrivèrent pour arrêter 
Tiocendie ; mais les pistolets éclatant dans toutes les 
directions , lies forcèrent à reculer , et à abandonner 



48 mSTOlRE 

leur ouvrage qui fut réduit en cendres. Bornemissa 
se servit encore d'un autre moyen de défense avec 
non moins de succès ; il ordonna de placer dans les 
meurtrières des lances et des javelots, dont les extré- 
mités rougies au feu brûlai^it les mains de ceux qui 
voulaient les saisir pour monter à Tescalade. Si Alexis 
Gomnène avait jadis fait rouler sur les Bulgares, du 
haut de la montagne de Tzurulum, des roues garnies 
de faux, Bornemissa effraya les Turcs en lançant con- 
tre les assaillans une grande roue, aux rayons de la- 
quelle étaient fixées des planches enduites de matières 
combustibles , et des pistolets chargés. Cette machine 
infernale exerça d*afireux ravages dans les rangs otto^ 
mans. 

Le 1 octobre , six jours après l'incendie du ma* 
gasin à poudre, les Ottomans dirigèrent contre trois 
côtés de la ville une attaque qui dura depuis le lever 
du soleil jusqu'à la nuit tombante; mais tous leurs 
efforts furent infructueux. Enfin deux jours plus tard, 
Ahmed tenta un assaut général , qui devait être le 
dernier , quel qu'en fût le résultat. Dès le point du 
jour, les tschaouschs rassemblèrent les divers corps 
de Tarmée : les janissaires ou infanterie régulière, les 
azabs et les martoloses ou infanterie irrégulière, la ca- 
valerie régulière des sipahis, et la cavâlme irrégulière 
des beschlûs et des akindjis, les djebedjis ou forge- 
rons , les topdjis ou artilleurs, et les toparabedjis ou 
soldats du train, furent appelés à leurs postes, et les 
retardataires menacés de massues de fer. Le vizir 
Ahmed prit position sur la redoute la plus voisine des 



D£ L'EMPIRE OTTOMAN. 49 

remparts; Ali-Pâsdia, beglerbeg d*Ofen, Oalama- 
Piocha, ssmdjak de Boisnie, et Arslanbeg, sandjak de 
SCuhlwdssenbourg , rangèrent Tannée sur trois oo- 
lonnes, et la conduisirent à l'assaut. Sous leurs ordres 
servaient Derwischbeg, frère d'Ârslanbeg, et san- 
i^pk de Fùnfkirchen, Welib^ de Hatwan, Hasanbeg 
de Semendra, Moustafabeg de Szegedin, Weldischan, 
Mohammed, et les autres transfuges venus avec Ou- 
lama de la Perse [xiu]. La musique militaire des assié-* 
geans se mêlait aux cris mille foijs répétés d' Allah f 
AUah! auxquels la garnison répondait par ceux de 
Jésus et de Marie. Les troupes d'Ali attaquèrent le 
bastion du côté de la prison, défendu par Dob6. Blessé 
Ha main et au pied, Dobo , loin de reculer, soutint 
le courage des soldats en leur parlant de patrie et 
d'honneur, de gloire et d'immortalité. Les assises 
de tout âge et de tout sexe, cédant à un entraînement 
ananime , se réunirent pour défendre leurs foyers el 
leur rel%ion ; les fenmies elles-mêmes, aussi coura- 
geuses que les filles de Sparte, se pressèrent sur les 
remparts , non conmie celles des Musulmans pour y 
apporter de l'eau fraiche, afin de désaltérer les com- 
battans , mais pour verser sur la tête des ennemis de 
leur foi des seaux d'eau ou d'huile bouillantes. Au 
milieu d'une lutte acharnée, on vit une mère, sa fille 
et son gendre combattre ensemble sur le même bas- 
tion; l'homme ayant été tué , la mère pria sa fille de 
rendre les derniers devoirs à son mari : « Non pas 
avant de l'avoir vengé, » répondit la jeune fenmie; et, 
salissant le sabre et le bouclier du mort, elle immola 

T. VI. 4 



5o HlSTOmE 



à ses mânes trois soldat» turcs ; puis elle prit le ca-* 
davre dans ses bris, et l'emporta à l'église pour lui 
c^aur les funérailles chrétiennes. Une autre fmimè, 
portant sur sa tête de grosses pierres , tomba frappée 
d'une balle près de sa fille; celle-ci, dans le transport 
d'une rage frénâique, prit le fardeau ensanglanté, le 
jeta par-dessus le mur et en écrasa deux assaillans. 
Arslanb^, après être parvenu jusque sur le rempart, 
se vit r^ioussé par Bornemissa ^ Zoltay et Figedy, 
au moment où de sa main blessée il agitait son dra- 
peau rouge étincelant de broderies d'or, pour annon- 
icer le succès d'une tentative qui avait déjà coûté la 
vie à huit nâlle hommes de ses troupes. Ailleurs trois 
mille beschlus^ akindjis et janissaires, commandés 
par leur aga, Mohammed, avaient péri dans une at- 
taque dirigée contre le bastion situé près l'ancienne 
porte du diàteau , que Metskei défendait contre eux 
avec cinq cents arquebusiers. En vain les tsdiaouschs 
exdtèretit les janissaires à renouveler l'assaut en leur 
rappelaht leurs victoires antérieures et la prise de 
Temeswar; ils répondirent qu'aucun pouvoir humain 
ne saimdt tes déterminer à combattre contre Dieu 
le tout ^ puissant , qui apparemment s'était déclaré 
pour tes Hongrois. Pendant six jours encore, Ahmed- 
Pbscha échangea avec la garnison des coups de canon 
^ des feux de mousqueterie ; il y eut quelques flèches 
lanci^ de part et d'autre; mais enfin le 18 octobre 
1 551 > la neige et les pluies fournirent au général ot- 
toman un prétexte {fusible d'ordonner la retraite. 
« Vous voiis êtes défendus en braves , crièrent quel- 



DE L'EMPIKK OTTOMAN. 5i 

ques Turcs à la garnison au moment de partir; ré^ 
posez-vous, car nous allons quitter vos murs; maià 
Tannée prochaine nous reviendrons avec plus de for- 
ces prendre notre revanche. » Le vizir Ahmed fit 
d'amers reprodies à Teunuque Âli, pour Tavoir en- 
traîné à ce siège et associé à la honte de cette entre- 
prise : « Cette enceinte, lui dit-il, ne renfermait, selon 
vous, que des enfans ; je sais maintenant que priser 
de Tasile d'enfans de cette sorte. » Dans la nuit du 
sepéème jour, Tannée ottomane leva ses tentes, char- 
gea ràrtillerie sur les chariots , et le lendemain elle 
était ta pleine retraite. Dans la forteresse on ramassa 
douze mille boulets qui y avaient été lancés pendant 
les trente-huit jours qu'avait duré le siège ; Dobô de 
Ruszka s'en servit pour élever sur la place du château 
un trophée etï souvenir de sa victoire. Trois drapeaux^ 
parmi lesquels ceux d'Ârslanbeg et d'Ali-Pàscha, fu- 
rent envoyés à Vienne avec un rapport détaillé de 
cette glorieuse défense [xiv]. L'eunuque Ali, qui, dâûs 
Fespoir de réunir Erlau à son gouvernement d'Ofen, 
avait représenté la prise de cette forteresse comme 
une chose des plus faciles, dut peu de temps après 
résilier ses fonctions entre les msdns de ïouighoun- 
Pascha; mais, avant sa disgrâce, il eut occasion de se 
venger de Bornemissa , qull fit prisonnier au village 
de Keresïtes , à deux milles au-dessous d'Erlau. Le 
malheureux savant fut envoyé à Constantinople, où il 
périt misérablement dans la prison dès Sept-Tourjj. 
la ville d'Erlau partage avec Malte et Vienne la gloire 
d'avoir arrêté les armes victorieuses de Souléïman, 



52 HISTOIHE 

gloire que ne lui refusent pas même les historiens 
turcs. 

Tandis que Souleïman reculait en Europe les fron- 
tières de Tempire aux dépens de la Hongrie, en Asie, 
au contraire, le schah de Perse faisait de fréquentes in- 
vasions dans TÂrménie et le Kurdistan, dans le but de 
reconquérir les places fortes d'Ardjisch, d'Aadildjou- 
waz et d'Akhlath. Le courage de Témir kurde Ibra- 
him força Tahmasp à lever le siège de cette première 
ville ; mais par suite des intelligences secrètes des Per- 
sans avec les habitans, Ibrahim fut tué, et le château 
rasé. L'émir Moustafa, fils de Sinan-Pascha, défendit 
Aadildjouwaz avec succès , et repoussa les enne- 
mis. Les habitans d'Akhlatfi furent moins heureux : 
trompés par de faudses assurances qui leur promet- 
taient une libre retraite, ils se décidèrent à quitter la 
ville; mais à peine avaient-ils passé les portes, qu'ils 
furent tous massacrés avec leurs femmes et leurs en- 
fans. D'Akhlath, Ismaïl-Mirza, fils du schah, se di- 
rigea sur !&zeroum avec quelques milliers d'honunes ; 
il attira le commandant de cette forteresse, Iskender- 
Pascha , dans une embuscade , et le battit complète- 
ment. Les begs de Trabezoun, Malatia, Bozoùk et 
Karahissar restèrent sur la place; le sandjakbeg Mah- 
moud, avec les agas de Taile gauche et de l'aile droite 
de la cavalerie, furent faits prisonniers. A la nou- 
velle de cet échec , Souleïman n'oublia pas la valeur 
qu'Iskender-Pascha avait déployée en cette occasion 
comme en tant d'autres. Tout en déplorant le malheur 
qui venait de le frapper, il lui envoya un habit d'hon- 



DE L'£MPIK£ OTTOMAN. 55 

neur, un sabre et une masse, avec une lettre dans la- 
quelle il louait la courageuse résistance qu*0 avait 
opposée à un ennemi supérieur en nombre. 

L'initiative prise par les Persans ne laissait plus 
aucun doute sur la nécessité de pcxler la guerre dans 
les Etats du schah ; il restait seulement à savoir si Sou- 
leîman ouvrirait la campagne en personne, ou s'il en 
chargerait un de ses vizirs, comme il venait de le Êdre 
pour la dernière expédition de Hongrie, dans laquelle 
son armée, habituée sous ses ordres à combattre et à 
vaincre, avait, à l'exception du siège d'Erlau, obtenu 
de si brillans succès en réduisant Temeswar , Szol- 
nok, Lippa, et plus de vingt-cinq diàteaux hongrois. 
Mais Souleïman comptait alors près de soixante ans. 
et les fatigues de onze campagnes qu'il avait faites en 
personne l'avaient sinon brisé, du moins beaucoup 
affaibli. H ne put se le dissimuler à lui-même, et ré- 
solut de confier à ses vizirs le commandement de 
l'armée destinée contre la Perse. Le grand-vizir Rous- 
tem fut nommé général en chef ; Âhmed-Pascha fut 
chargé de surveiller la frontière de Hongrie, et Mo- 
hammed-SokoUi, beglerb^ de Roumilie, reçut Tor- 
dre de se rendre à Tokat pour entrer en campagne 
dès les premiers jours du printemps. Si ces disposi- 
tions furent changées par la suite, si Souleïman parut 
lui-même sur le théâtre de la guerre, ce n'est point 
qu'il doutât du succès ou du talent des vizirs ; il faut 
attribuer les nouvelles mesures qu'il adopta à un tout 
autre motif. Schemsi [xv] , aga des sipahis , homme 
que ses nombreuses connaissances et son talent poé- 



54 HISTOIRE 

ticpie avsdent rendu cher à son maître ', arriva inopi- 
nément à Coiistantinople des quartiers d'hiver d'Âk- 
seraï; il venait informer Souleîman, de la part du 
grand-vizir Roust^n , que les janissaires moi^aient 
des dii^sitions dangereuses en faveur du prince Mous- 
tafa ; qu'cm entendait les soldats dire ouvert^fnent : 
M Que le Sultan devenu trop vieux ne pouvait mar- 
cher en personne contre Tennemi; qu'il n*y avait 
plus que le grand- vizô: qui s'opposât à l'élévation du 
prince; qu'il serait facile de couper la tête à Roustem, 
^ d'envoyer le vieux Padischah se reposer dans le 
séraï de Demitoka. » Le grand-vizir ajoutait que le 
prince Moustafa prêtait l'oreille à ces propos sédi- 
tieux, et il suppliait Sa Majesté de prendre elle-même 
le commandement de ses troupes, a A Dieu ne plaise, 
s'écria Souleîman , que Moustafa montre de mon vi- 
vant une pareille impudence, je saurai bien l'en pu- 
nir ^. 9 Aussitôt il donna congé pour tout l'hiver aux 
janissaires et à quelques autres corps suspects , rap- 
pela par une lettre écrite de sa main , le grand-vizir à 
Clonstantinople , et fit annoncer aux gouverneurs de 
toutes les. provinces de l'empire, qu'au commence- 
ment du printemps il ouvrirait la campagne en per- 
sonne. 

Lorsque cette résolution devint publique, schah 
Tsdimasp députa au Sultan deux de ses agas, et le 

• Il «icquit 4ans la suite une grande eélébrité sous le nom de Schemsi- 
Pa5cha. 

> Schemsi-Pascha a raconté cet événcmeDt dans un poëme feit k cette 
occasion. Voyez Petschewi, Ali, Solakzadé, 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 55 

isàuigak Moluonmedb^ qui avait été ùik priaoMHer 
doDs le eoinbal prés d^Erzeroam, pour ccH^inrer, s'il 
était possiUe , Twage qu se préparait à fondre sur 
loi. Mais la raison même qm avMt décidé Soideïman à 
prendre le commandemait de I Vnée Tranfiécha d'en- 
trer pour le moment en négociations aveô la Perse; 
U se borna à envoyer une réponse dilatoire par im 
seîd ou descendant du Prophète , et les pourpar- 
lers forent différés jusqu'à l'époque de son arrivée à 
Haleb[xvi]. 

L'été de 1553 était déjà fort avancé, lorsque Sou- 
lôinan partit de Constantinople et se rencKt à ScutsuHl 
pour se mettre à la tête de l'armée (38 août 1 553). 
D'Yenischehr, il envoya à Ândrinople le prince Baye- 
zid, qui était venu lui offrir ses hommages, avec ordre 
de prendre les rênes du gouv^nement pendant toute 
h durée de la campagne de Perse. A son arrivée à 
Kutsdiia, Souleïman reçut en au(Ëence l'envoyé polo- 
nais Yaztowieki , et le congédia en l'assurant de ses 
disposUions bienveillantes à l'égard de son souverain. 
Âucuiie puissance de l'Europe n'accrédîlaît dlors au- 
tant d'ambassadeurs auprès de la Porte que la Po-« 
lôgne. A Nicolas Bohousz , dout nous avons parlé 
plus haut, avaient succédé en t549, t550, 155f eî 
1S5â, André Bourzki, Stanislas Tenezynski, André 
&iicki, Yazlowieki, et l'année suivante, Jean-Pierre 
Peleeki et Nicolas Brzozowski; le bitf de leurs négo- 
datiom était de feire cesser les irruptions des Turcs 
en Pologne , d'obtenir l'indemnité stipulée pour la 
reine Isabelle, la mise en liberté des prisonniers et le 



56 HISTOIRE 

renoavdlem^it de rancien traité de paix [xvn]. Le 
baile yénitiai Navagiero , qui s'était rendu à Gonstan'- 
tinople chargé d'une mission spéciale, retourna cette 
même année à Venise pour rendre compte au sénat 
du résultat de ses n^ociations [xviii]. 

Pendant Téquinoxe d'automne, le prince Sélim, 
gouverneur du Sharoukhan, vint baiser la main du 
Sultan à Boulawadin et reçut la permission de l'ac- 
compagner dans son expédition (13 schewal — 21 se^ 
tembre). Lorsque l'armée eut atteint les environs de 
la ville d'Eregli , le prince Moustafa , ne se doutant 
pas du sort qui l'attendait , arriva dans le camp et y 
fit établir sa tente à côté de celles de son père. Le len- 
demain, les vizirs baisèrent la main au fils du Sultan, 
et en reçurent des présens magnifiques; après cette 
cérémonie, Moustafa monta sur un cheval richement 
enharnaché, et fut conduit à l'audience par les vizirs 
et les janissaires qui , se pressant sur son passage, le 
saluaient de leurs acclamations. Mais quelle fut sa ter- 
reur, lorsqu'en entrant sous la tente, il aperçut, au 
lieu du Sultan et de sa cour, sept muets chargés de 
le mettre à mort! Ces muets étaient les mêmes qui 
avaient étranglé le grand-vizir Ibrahim-Pascha pen- 
dant son sommeil ; ils se jetèrent sur Moustafa , qui 
appelait en vain son père, assistant derrière un rideau 
de soie à cette horrible scène. Dans le moment même 
où le prince expirait dans l'intérieur de la tente, on 
tranchait au-dehors la tête à son écuyer et à l'un de 
ses agas '. 

I D'après Ascanio CentoriO) p. 260 , cet aga était un rené^t vénitieD: 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 57 

<^aand le bruit de cette exécution transpira dans 
l'armée, les janissaires, toujours prêts à la révolte, 
demalulk'ent à grands cris la punition du grand-vizir, 
aux intrigues duquel on imputait la fin tragique du 
prince. Les vizirs assemblés au diwan étaient fort em- 
barrassés sur les mesures qu'ils avaient à prendre, 
lorsque le grand-trésorier entra et demanda à Rous- 
tem, au nom du Sultan, le sceau d'or, insigne du 
grand -vizirat; ensuite s'adressant au troisième vizir 
Haîder - Pasdia , il lui dit : « Retournez dans votre 
tente, » lui annonçant ainsi sa destitution. Roustem 
et Ebïder se retirèrent ; les autres membres du diwan 
restèrent assemblés; quelques instans après, le grand- 
trésorier reparut avec le sceau d'or et le mit entre 
les mains du second vizir Ahmed-Pascha , vainqueur 
de Temeswar, qui fut ainsi revêtu de la plus haute 
charge de l'empire. 

Le defterdar du trésor impérial se rendit aussitôt 
à la tente du prince pour saisir sa succession au nom 
du fisc ; cependant tous ceux qui étaient attachés à son 
service reçurent , en récompense de leur fidélité , les 
uns des timars , les autres des siamets. Les oulémas 
d'Eregli furent invités à faire les prières funèbres près 
du corps, que le Sultan fit ensuite transporter à Broùsa 
et enterrer près du tombeau de Mourad H [xix]. Tous 
les historiens ottomans et chrétiens s'accordent à dési- 
gner Roustem comme ayant provoqué cet assassinat 
sur les instigations de la sultane Khasseki Khourrem: 

"Fece prendere il Bascia delV Amasia ^Téciiyer) é «n Vencliano di casa 
» Michèle , già da fanciuHo prcso nella contrada délia Prevesa. • 



58 HISTOIBi; 

seulement les derniers parh&l encore de lettres inVèti- 
tées , d une tentative d'empoisonnement et de beau- 
coup d'autres circonstances qui rendraient ce crime 
encore plus odieux. Depuis Thuan jusqu'à Rc^ert- 
son, les historiens européens les plus accrédités re- 
produisent [xx] , en y ajoutant des détails plus ou 
moins pathétiques , le rapport de l'ambassadeur im- 
périal Busbek ; mais cet ambassadeur, bien qu'il nous 
ciit laissé de précieux documens sur les événemens dé 
son époque, nous semble si mal informé touchant 
quelques circonstances principales de cet événement , 
que nous craindrions d'ajouter une foi complète à son 
récit. Gomme Busbek n'avait pu être témoin oculaire 
de la mort du prince, qui avait eu lieu un an avant son 
nrrivée à Constantinople , et comme il transporte la 
Mène de l'exécution d'Eregli en Karamanie à Âmassia, 
où Souleïman n'est point allé dans cette expédition , 
il nous sera permis de révoquer en doute quelques-unes 
des a^i^rtions qui nous paraissent hasardées, et qu'ont 
répétées d'après lui KnoUes et Robertson. Mais il est 
un fait rapporté par Busbek , qui nous parait plus 
digne de confiance, quoique les historiens ottomans 
n'en fassent point mention : c'est l'assassinat du jeune 
enfant de Moustafa par Teunuque Ibrahim qui l'enleva 
pat ruse d^s bras de sa mère et l'étrangla. 

Jj'affliction produite par la mort violente du prince 
fut générale dans l'armée et même dans l'empire; 
bon, juste, et protecteur éclairé des sciences et de la 
poésie, il s'était acquis l'affection du peuple, des sol- 
dats et des savans; versé lui-même dans la littérature, 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5(j 

JIOMfitafa a laissé qu^]uefl pommes sous le nom sup- 
posé de MouhhlÙH (le sincère) [xxi]. Il honora de sa 
faveur Sourouri, un des plus célèbres philologues ot- 
tomans, auteur d*un dictionnaire persan très-estimé, 
d'ui) ouvrage sur Tart poétique ' et d*excellens oom- 
m^itaires sur les chefs-d'œuvre de la poésie per- 
sane ^ , entre autres sur le Guiistan et JBostan (jardin 
de roses et des omemens) de Saadi , le Beharistan 
(le bosquet du printemps) de Djami, le Schebistani 
Kfml (le boudoir de l'imagination) de Fettahi, le 
Mesnewiàe Djelaleddin Roumi, et le Diwan de Hafiz. 
Moustafa lui-même est auteur de trois diw^ans de 
Ghazèles ^. Parmi les poètes célèbres qui pleurèrent 
sa fin tragique, aucun ne le fit avec plus de chaleur et 
de courage qu'Yahya; déjà, pendant le grand-^vizirat 
d'Ibrahim, il avait fait entendre des plaintes tou- 
chantes sur la mort du defterdar Iskender Tschelebi, 
injustement sacrifié par ce puissant favori de Souleï- 
man^. La nouvelle élégie deYahya passa de main en 
main et fut bientôt dans toutes les bouches, comme 
le rapporte l'historien Ali [xxii] ; l'auteur chercha d'au- 
tant moins «à garder l'anonyme, que Roustem, l'en- 
nemi de tous les poètes, était destitué. M^ds deux ans 

I Medjmaoul'/ars, ov^ Dictionnaire ^ la langue persar^ê, cité connue une 
des meilleurs sources dans Bouiiiani Katii, vol. I, f. 2, 
a Bahroul-Maarif (V Océan de la Connaissance), 

3 II est encore Tauteur d'un Commentaire sur les traditions de Bon- 
kharli, d'une£!x^^^J0,duKorandeKhasikban et des ouvrages grammatlrausL 
portant le titre de Missbah et Mirah, du Telwih et du MiwaK^ enfin d'iiu 
traité sur les Énigmes d'Aliker et de Mir-Houseïo. 

4 Voyez 1. XXVm. 



6o HISTOIRE 

après , Roustan étant revenu an pouvoir , représenta 
souvent au Sultan Tavantage qu'il y aurait, pour 
le maintien de Tordre , à punir un homme aussi té- 
méraire qu'Yahya, car il n'osait pas le faire exécuter 
de son propre mouvement, comme le grand-vizir 
Ibrahim l'avait Mi à l'égard du poète Fighani. Rous- 
tem était devenu plus prudent depuis qu'il avait couru 
lui-même un grand dangar, et vu sa propre tête 
demandée par les janissaires. Cependant Souleïman 
qui avait cédé lorsqu'il s'était agi de la vie de son fils 
Moustafa, refusa de sacrifier celle du poète qui se plai- 
sait à célébrer la mémoire du malheureux prince. Le 
grand- vizir , furieux de la résistance qu'il avait ren- 
contrée, manda le poète chez lui, espérant trou ver dans 
une réponse imprudente un prétexte pour le faire cour 
damner comme coupable de lèse-majesté. « Comment 
oses-tu censurer les actions du Padischah , lui demanda- 
t-il , et les livrer à la connaissance de la populace ? » 
Par une heureuse inspiration, Yahya répondit : « En 
apprenant là sentence de mort prononcée par le Pa- 
dischah, nous avons aussi condamné le prince à mort, 
mais nous avons pleuré avec ceux qui l'ont pleuré. » 
Roustem ne pouvant le livrer aux bourreaux, se ven- 
gea en lui retirant la place lucrative d'administrateur 
des établissemens de bienfaisance [xxiii]. 

La mort du prince Djihanghir prouve mieux encore 
que les élégies et quelques chroniques rédigées avec 
hardiesse ' combien Moustafa était aimé et regretté. 

I fVé kad koutilé schehiden : « il périt comme uu martyr; *• et une 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 6i 

Défiguré par une double bosse , jDjihanghir était doué 
d'ailleurs d'excellentes qualités et avait la (dus tendre 
affection pour son frère. Le coup qui avait frappé 
Moustafa fit une si forte impression sur son esprit que 
sa gaieté naturelle se changea subitement en une pro- 
fonde mélancolie, et, malgré tous les secours qui lui 
furent prodigués, il mourut peu de temps après [xxrv]. 
Souleïman , qui aimait Tesprit fécond en saillies de 
Djibanghir, fut vivement affligé de cette perte; il le 
fit enterrer à côté de son frère Mohammed , dans la 
mosquée bâtie en honneur de ce dernier, et qui de- 
puis ne fut plus appelée la mosquée du Prince, mais 
des Princes, dénomination quelle conserve encore 
aujourd'hui. Le Sultan, pour rendre un nouvel hom- 
mage à la mémoire de Djibanghir, fit construire une 
autre mosquée sur I^ colline qui domine le faubom^ 
de Topkhané. Cette mosquée s'élève majestueusement 
au-dessus des bâtimens qui l'entourent, semblable par 
sa situation à celle qui fut érigée à Scutari en hon- 
neur de la sultane Mirmah, fille de Souleïman. 

L'hiver que le Sultan passa à Haleb fut consacré à 
plusieurs réformes danâ l'administration des finances, 
particulièrement à la répression de quelques abus et 
innovations qui s'étaient glissés dansla perception des 
dîmes fiscales et autres impôts. 

Dès les premiers jours du mois d'avril, l'armée se 
remit en marche, et l'eunuque Ibrahim-Pascha quitta 



autre : Sitem Roustem : «• l'injustice de Roustem. » Voyez Petschewi, 
f. i5o. Ali. 



i 



(fil HISTOIRE 

le camp pour se rendre cotnme kaïmakam à 0>n'- 
i^tantiàople. Trois jours après l'arrivée des troupes à 
Âmid, Souleïman convoqua un diwan général. Con- 
trairement à Ttisage , on y vit figurer, non seulement 
lés viïirs, mais encore les kadiaskers, lés defterdars et 
lés nil9chandjis, les officiers des janissaires, tels que les 
aga^ , les kiayas , lés serdars , les colonels , les capi^ 
tained , les intendans et léis gardes-du-corps ou solaks. 
A mesure qu'ils entraient dans la tente impériale , le 
Sultan les saluait, leur demandait de leurs nouvelles, 
puis leur parlait de la nécessité de porter les armes 
dans lé royaume de Perse, dont les babitans s'étaieût 
constitués depuis des siècles les ennemis implacables 
de l'empire et de la vraie foi. Tous répondirent avec 
enAôiisiasme et lés larmes aux yeux : ce Nous sonunes 
prto à^vre le Padischah, non seulement dans l'Inde 
et lé Sind, mais jusqu'à la montagne de Kaf » (les 
Orientaux font de cette montagne les bornes de la 
terre). L'année, après avoir passé par Erzeroum, Tja- 
bakdjour, et traversé le bras principal de l'Euphrate 
(lé Mouradjaï) , s'arrêta à Karghabazari {marché aux 
corneilles) , où des munitions lui furent distribtiées ; 
lorsqu'elle fut arrivée dans le Toptjaïri (prairie des ca- 
nons), les Kurdes lui amenèrent quelques prisonniers, 
et à Souschehri elle fut passée eu revue. Le grand- 
vizir Ahmed et le second vizir, l'eunuque Âli-Pasdha , 
rivalisèrent à cette occasion de luxe et de magnifi- 
cence ; mais les troupes de Roumilie, commandées par 
Mohammed Sokolli, étant venues rejoindre l'armée, 
elles effacèrent tout par leur costume et la richesse de 



DE L'EMPÏKE OTTOMAN. CS 

leonl airraes. Les épatïles des soldats de Sokolli étaient 
couvertes dé peaux de léopardâ ; à leurs casques 
étaient Buspeftdues des queues de renard , et d'énor- 
mes boucliers, des éperons et des brassards d'acier, 
des gantelets de fer, complétaient leur équipement. 
Leurs drapeaux étaient rouges et blancs, et leurs 
chevaux teints des mêmes couleurs. Six jours plus 
tdrd, le prince Sélim passa en revue l'armée d'Ana-^ 
tdlie, commandée par Ahkned-Pascha, les troupes de 
Karamakiie, de Soulkadr, et celles des begs turco-- 
mans qui étaient sous les ordres de Haïder-Pascha. 
Les troupes de Soulkadr et Siwas formaient rarrière-* 
garde; les beglerbegs d'Erzeroum, de Diarbekr et de 
Damas , les paschas Ayas , Iskender et Mohanmied 
étaient placés à l'avant-garde ; le prince Sélim com^ 
mandait à Taile droite les corps d'AnatoIie et de Ka- 
ramanie ; et les troupes de Roumilie occupaient l'ailè 
gauche. C'est dans cet ordre que l'armée se dirigea sur 
Karss, place frontière d'cA le Sultan envoya sa décla-^ 
ration de guerre au schah Tahmasp. C'était une pro- 
vocation rédigée dans un style pareil à celui qu'avait 
employé Sélim avec le schah Ismaïl. Soùleûnaïi an- 
nonçait qu'il marchait conformément aux fetwas con ^ 
tre les mécréans pour les anéantir; que, selon la loi 
du Prophète, il sommait Tahmasp d'embrasser l'isla- 
misme avant que de l'y forcer par le glaive. Il ajoutait 
que , si son offre n'était point acceptée , il espérait 
que le schah ne serait pas assez lâche pour se cacher 
devant lui ; qu'il tirerait son glaive du fourreau , d'a- 
près les paroles du Koran : JNous avons envoyé le fer 



64 HISTOIRE 

pour manifester notre colère ' . » Aux menaces de Sou- 
leiman succéda la dévastation des beaux et fertilea pays 
de Nakh(]yiwan, Eriwan et Karabagh; les bourgs de 
Schoureghil, Scherabkané et Nilfîrak furent détruits; 
à Eriwan, les palais du schah et de ses fils furent dé^ 
molis, et le magnifique jardin de Sultanieh entièrement 
saccagé (1 7 schâban 961 — 18 juillet 1 554). Six jours 
plus tard, Souleïman arriva à Ârpa Tscbaîri (champ 
d'orge), où il exerça les mêmes ravages; mais le len- 
demain les troupes de Karamanie tombèrent dans une 
embuscade et durent s'enfuir en laissant un grand 
nombre des leurs sur le champ de bataille. Le beau 
pays de Karabagh fut livré au pillage , et les soldats 
brûlèrent ce qu'ils ne purent emporter. Nakhdji- 
wan fut détruit de fond en comble , ainsi que ses 
environs. Sur la nouvelle apportée par des espions et 
des déserteurs que le schah s'était retranché dans les 
montagnes de Lor , Souleïman , craignant d'ailleurs 
la disette au milieu d'un pays qui n'oiSrait plus que 
des ruines, ordonna la retraite. Le schah envoya sa ré- 
ponse au Sultan par un prisonnier sipahi ; cette lettre, 
qui n'était pas plus modérée que la déclaration de 
guerre^ (jasait que le schah vengerait la dévastation de 
ses domaines , que le courage des Ottomans ne con* 
sistait point à se battre au sabre ou à la lance, mais de 
loin avec des fusils et des canons, et qu'il se manifes- 
tait par le pillage et l'incendie. Cependant le schah, 



I Ali, Petschewi, et le Journal de Souleïman, no xxxvxii, reproduisent 
cette lettre avec quelques légères différences. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. G i 

en finissant , protestait de ses intentions pacifiques ' . 
On apprit en même temps que Hamza-Sultan, un des 
principaux begs du Kurdistan , avait disparu , et que 
]e beg d'Amassia, qui avait fait pendant quelque temps 
une guerre d'escarmouches dans les environs de Mer- 
agha et de Sehed, et occupé Takhti-Souleïman (trône de 
Salomon), capitale du Kurdistan, s'était laissé battre. 
Après cet échange de lettres injurieuses que les deux 
partis ne trouvaient pas convenable d'appuyer par 
les armes , les relations entre le sdiah et le Sultan 
devinrent non pas amicales , mais moins hostiles , et 
les vizirs des deux armées poursuivirent leur que- 
relle par écrit ^. Le grand- vizir répondit aux repro- 
ches adressés à son maître dans la dernière lettre 
du schah , en disant qu'on savait bien lequel des 
deux partis avait eu peur ; que depuis que le Sul- 
tan s'était retiré de Nakhdjiwan, le chacal reparaissait 
courageusement pour parcourir la forôt ^; que la Perse 
était encore obscurcie par l'ombre des drapeaux du 
Padischah, et que si les Persans voulaient accepter 
une bataille en rase campagne, les Ottomans étaient 
prêts à les combattre sans fusils et sans canons, et 
sauraient les vaincre au sabre et à la lance. Le grand- 
\izir , dans une seconde réponse qu'il envoya au schah 
comme la précédente par un prisonnier persan , ré- 



* ÂU, f. ^65, et Petschewi, f. xo5, donnent le contenu de cette lettre. 

* Les lettres des vizirs ottomans se trouvent dans Ali et Petschewi, 
f. io5, mais avec plus d'exactitude dans le/oumaiàe Souleîman^ no xxxix. 

3 Schaghal enderayed hé bisehe delir. Vers qui a' passé en proverbe chez 
les Persans. 

T VI. 5 



m HISTOllΠ

futa article par article une lettre que les vizirs persans 
avaient adressée au gouverneur d'Erzeroum Ayas- 
Pasdia, et dans laquelle ils se montraient surtout irri- 
tés contre le fetwa du moufti , et parlaient de la pm 
comme si les Ottomans l'avaient demandée les pre- 
miers [ïxv]. n commençait par protester contre Tin* 
sinuation des Persans, qui tendait à faire croire que les 
Turcs avaient ouvert les négociations de paix , et dé- 
clarait du reste qu'il ne voulait pas les repousser. Puis 
venant au fetwa du moufd, Ahmed-Pascha disait que 
les Persans ne pouvaient attaquer l'autorité de cette 
sentence en s'appuyant sur ces paroles du Koran : 
Cehii qui tuera un croyant aura Verger en partage, 
parce qu'elles ne s'appliquaient qu'aux fidèles; et 
quels Paient donc les mécréans, si ce n'étaient ceux 
qui, tds que les Persans, maudissaient du haut de la 
chaire les compagnons d'armes du Prophète (les trois 
premiers khalifes)? H ne suffisait pas, ajo!:rtait-il, de se 
dire musulman pour avoir droit à ce nom. Les Per- 
sans pouvaient envoya leurs savans ouvrir des con- 
férences avec ceux de la Porte, afin que leur hérésie 
fût vaincue par la vérité ; la véritable doctrine maho- 
métane existait depuis huit cent soixante-un ans, tandis 
que le schisme des Persans en comptait à peine cin- 
quante. Les Persans avaient parlé du jugement der- 
nier et des vicissitudes du pouvoir en ce monde, 
mais grâce à Dieu le Padischah y pensait toujours et 
n'avait pas besoin de leurs exhortations ; ce n'était pas 
les habitans du pays de Roum qui étaient hypocrites , 
mais bien les Persans eux-mêmes, auxquels d'ailleurs 



DE L'EMPÏIIE OTTOMAN. 67 

le Prophète avait prédit leur chute« et qui depms n V 
valent essuyé que deg revers. Quant à la paix à oon^ 
dure, la Sublime^Porte était ouverte à ses amis comme 
à ses ennemis; mais si les Persans désiraient «nom- 
ment voir cess^ les hostilités , ils devaient envoyer 
un ambassadeur en titre et non pas un misérable 
agent de basses extiacfion ; sinon <mi passerait l'hiver 
sur la frontière, et ahrs les malheurs des stgets re^ 
tomberaient sur les cornes des gouvernons. lie Sultan 
ne leur refusait pas son pardon et sa grâce : c'était 
donc à euxà connattre leiH* position, et à agir en con- 
séquence; leur salut était à ce prix [xxvi]. 

Ayas-Pascha, gouverneur d'Er^Eeroum , s'ex{Ȕniait 
à peu près de la même manière en réponse à une 
dépêche des généraux p^sans : ils s'étaient enfuis, 
disait-il , comme des diacals devant les armées du 
Padischah , et ils ne pourrai^t empêcher l'incendie 
qui menaçait Tebriz et Ërdebil; les habitans de ces 
villes étant berniques , les Ottomans qui en feraieitf 
le siège n'avaient pas à craindre les maoïaces d'Ali 
contre ceux qui faisaient la guerre aux vrais croyans : 
i'imam des Mahcmiétans ne pouvait avoir aucun rap- 
port avec des hypocrites. Enfin oa n'enverrait per- 
sonne au château de Ghouk pour négocier la paix , 
puisque le Sultan était décidé à passer l'hiver sur la 
frontière , pour venir Tété suivant renverser Tebriz 
et Erdebil ' . Cependant Ferhadbeg , sandjakbeg de 
Kirkilisé , et Tourakhanoghli , remportèrent quelques 

> Petscbewi, f' 108. Tedjaaltuâui aaJUia esafilihm. Journal de Souleiinan, 
n«xr.. Djelalzadé, f. 328. 

5* 



œ HISTOIRE 

avantages sur rennemi, run près des rives de VAraSf 
Tautre à Konloudja. L*armée ayant traversé le pont 
de Tschd^an, se dirigea sur Hasankalaa. Les b^ler- 
begs de Diarbekr et de Wan, ainsi que les begs kur- 
des, reçurent la permission de retourner dans leurs 
foyers , après avoir été admis au baise^main et avoir 
reçu les présens ordinaires. A cette occasion lés têtes 
envoyées de Takhti-Souleïman par le beg d'Amassia, 
Sultan Houseïn, furent promenées sur des piques 
par tout le camp , au son de la musique de l'armée. 
Sur la nouvelle que le schah s'était emparé de plu- 
sieurs châteaux en Géorgie, le grànd-vizir reçut l'or- 
dre de quitter Sazlik , et d'aller à sa poursuite avec 
quatre mille janissaires et toutes les troupes de Rou- 
milie, d'Anatolie et deKaramanie; mais, à son arrivée 
à Olti, il apprit la retraite du schah, et se décida à re^ 
venir sur ses pas. Cependant, les forces qui occu-^ 
paient Bagdad et le Loristan avaient réduit sous leur 
domination les districts de Schehrzol et de Belkass S 
et pris tous les châteaux et forts qu'ils renfermaient. 
Ces succès amenèrent la soumission des autres begs 
du Kurdistan ^. Enfin, le S6 septembre 1554, on vit 
arriver à Ërzeroum, pendant le séjour de l'empereur 
dans cette ville , un ambassadeur persan , porteur 



* 1 Petschewj, f. log. Ali, xlviiic événement, f. a65. Djeldzadé, f. 33a. 
Ce dernier et Petschewi nomment les châteaux de Hawera, Noukoud, 
.i'aské , Scbemnau , Ferendjé. 

a Les begs Oghourloubeg , Mir Siakbeg, Mir Mohammed, Seïfbeg de 
Ikina, Yousoufbeg de Destaré, Boudakbeg de Bouroudj, Ourkhanbeg, 
Djihausabeg. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 69 

d'éie lettre conçue en termes dignes des deax sou- 
verains. Conformément au désir du Sultan , Schah 
Tahmasp avait choisi cette fois, pour le représenter, 
un des hauts dignitaires du royaume , le kouroudji> 
katsdiar , ou chef des gardes-du-corps, nommé Sdiah- 
kouli; dans une audience solennelle, l'envoyé du 
schah demanda un armistice qui fiit accordé pour tout 
le temps que les Persans l'observeraient eux-mêmes '. 
Le 3 silkidé 961 (30 septembre 1 554), le Sultan quitta 
Erzeroum et arriva à Siwas au bout de vingt jçurs de- 
mardie ; il en mit encore douze pour se rendre à 
Âmassia^, d'où il renvoya les troupes dans leurs quar*- 
tiers d'hiv^. Le 1 mai de l'année 1 555 , le grand-^ 
maître des cérémonies du schah, l'ischikaga Ferroukh- 
zadbeg, apporta de la part de son maître de nouvelles 
propositions de paix, des présens magnifiques, et une 
lettre aussi prolixe qu'obligeante, qui conmiençait par 
rendre gloire à Dieu , au Prophète et à Ali ^ , con- 
tenait force sentences en langue arabe , des assu- 
rances d'amitié , et enfin la demande qu'il fût permis 
aux pèlerins persans de visiter les lieux saints de l'is- 
lamisme [xxvii], Ferroukhzadbeg fut comblé d'hon-* 
neurs.et de présens, et reçut à son départ une lettre 
de Souleïman en réponse à celle du sdiah. Dans cette* 



» DjeUlzadé, f. 33i. Petscbewi, f. 109. Ce dernier, pas plus que le 
Journal de Souleïman , ne fait connaître la réponse du Sultan. 

a Djdalradé, f. 333. Petschewi, f. 110. Venerat Maji décima Orator 
persictts, Busbek, ep, l, 

î Le Prophète dit d'Ali : Ena medinetol ouloumi wc M habiha : « J» 
buis la cité de la science; Ali en est la porte. » 



70 HISTOIRE 

lettre, le Sidtan rendait hommdge an Seigneur de la 
samteté, cette preuve éternelle de la puissance miracu- 
leuse de Vtdcurrdsme, à Ali; mais il faisait observer en 
même temps qu'il n*était pas nécessaire pour cela d'in> 
jurier les autres amis du Prophète, car cdui-ei avait 
dit: ^ Mes amis sont comme les étoiles; quel que soit 
celui d'entre eux que vous suivies > il voud guidera 
dans la voie du salut '. » La paix, poursuivait Sou- 
leiinan^ serait maintenue avec l'aide de Dieu, tant 
que les Persans ne la violeraient pas. Leg comman- 
dans des frontières éviteraient tout sujet de discorde, 
^ protégeraient de tout leur pouvoir les pèlerins se 
rendant à la Mecque ou à Médine. Otte lettre est le 
premier document connu d'un traité de paix entre la 
Porte et la Perse : car depuis un demi-siède , c'est-à- 
dire depuis la fondation de la dynastie des Safis par 
Sdiah Ismail, il y avait bien eu e^tre les deux puis- 
sances des suspensions d'armes, mais aucune conven- 
tion écrite n'avait été passée entre elles. Au contraire, 
te» deux nations toujours sous les armes n'attendaient 
qu'un prétexte ou une occasion favorable pour re- 
tremper dans le sang cette vidlle haine qui divtsadt les 
^mniB et les schiites. Le 39 mai 1 555 (8 redjeb 963), 
jû«yr où œi^ deux ans aupai^vant Mohammed-le- 
Conquérant avait fixé la domination ottomane en Eu- 
rope par la prise de G>nstantinople , son descendant 
Sduleïman l'affermit en Asie par ce premier traité de 
paix conclu avec les Persans à Amassia [xxviii], 

I Jis/iaài ken noudjoum biefiUm ihedmmm ihiedéiium. 



DE L'£MÏ>1JKE OTTOMAW. 71 

Une ambassade da roi Ferdinatid, composée d* An- 
toine Wranczy, évéque de Fûnfkidkhen, savant dis- 
tingué ei habile pditiqiié , de François Zay , capitaine- 
général des nassades (flotte du Danube), et éùfin 
du BdgQ Busbek , vint à la métne époque négocier la 
paix à Amassâa; mais ce fut sans succès. AlSn de ne 
point laisser de lacune dans Texposé des relations 
diplomatiques de la Porte avec rAutriche, et de 
fah^ mieux connaître la position de ces deux puis- 
sances à l'égard de la Transylvanie , il est nécessaire 
de rqprendre le fil de notre histoire et de remonter 
jusqu'au siège d'Erlau. Avant la prise de Temeswar, 
Ferdinand avait écrit de linz au grand-vizir Rous- 
lem , sous la date du S4 avril , en lui demandant la 
mise ^Di lib^lé de Malvezzi et un sauf-conduit pour 
deux envoyés qui devaient apporter des présens à 
Constantinople, et ouvrir des négociations pour une 
paix d^lmtive. Déjà quelque temps auparavant Sflal- 
vezii avait été transféré de la Tour-Noire (prison sur 
les hotôs de la Mer-Noire) à celle appelée les Sept- 
Tours , et la somme aflfectée à son entretien avait été 
portée de quinze aspres à trente par jour ' ; msas sa 
dâiVranee fut refusée aux instances de l'empereur. 
Quant au reproche iait à Souleïman d'avoir violé le 
droit des gens dans la personne de l'ambassadeur 
d'Autriche, le grand-vizir répondit que Malvezzi n'a- 
vait été ret^iu que comme otage et garant des senti- 
mens padfiqnes de Ferdinand [xxix]. Au printemps 

1 Kelatione di Angclo Roh'àln (secrélaîre de Malveizi }. 



^-î HISTOIRE 

qui suivit le siège d'Erlau, l'empereur nomma pour 
le représenser à la Porte François Zay et Verantius '. 
II envoya ce dernier, avec Paul Palyna , au pasdia 
d'Ofen pour œnclure un armistice de quelques mois, 
pendant lequel on négocierait la paix à Constantin 
nople ^. L'eunuque Ali, sur le point de céder sa place 
à Touighoun , leur fit d'abord un accueil peu favo- 
rable; mais bientôt, radouci par un cadeau de mille 
ducats, il promit de faire agréer leur demande ^. La 
Porte n'ayant accordé qu'un armistice de six mois , 
Zay et Verantius reçurent l'ordre de partir pour Con- 
stantinople, et de se concerter avec Malvezzi sur ]ss 
conditions auxquelles on pouvait acheter la paix. Us y 
arrivèrent le 25 août, peu de jours avant le départ de 
Souleïman pour Haleb. Le lendemain, ils se présen- 
tèrent chez le grand- vizir Roustem, le surlendemain 
chez les trois autres vizirs, Ahmed, Ibrahim et Haïder , 
et Je troisième jour ils furent admis à l'audience du 
Sultan , qui daigna prendre la parole et demanda lui- 
même au grand-vizir à quelles conditions la paix pou- 
vait être accordée ^. Les ambassadeurs de Ferdinand 
offrirent un tribut annuel de cent cinquante mille du- 
cats pour la cession de la Hongrie proprement dite , 

1 V^anti'us ou aiieux Wrancay. 

9 Instruclia pro Antonio Feranùo et Paulo LiUeraio de Palinia, datée dii 
i3 mars, àCrsetz, par conséquent seize jours avant le premier document 
cité dans Touvrage de Miller: Epistolœ^ Imperatorum et*Regum Hunguriœ 
Ferdinandi I et MaximUiani II, On n*y trouve ni l'instruction dont il 
fe'agit ici, ni les suivantes, qui sont d'une grande importance. 

3 Relalio Verantii et Pavli Liuerati, 

4 Instntctio pro Ferando, Zay et Biahékeio, Vienne, i3 juin 1.553. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 73 

et un autre de quarante mille ducats pour la Haute- 
Hongrie et la Transylvanie ' ; mais après de longues dis^ 
eussions, les vizirs arrêtèrent qu'il ne serait pas même 
permis à Ferdinand de revendiquer la Transylvanie, 
et qp'à cette condition seule on pourrait traiter de 
la paix. Cette audience ne leur avait été accordée si 
promptement qu'à cause du départ du Sultan , qui 
s'embarqua en effet le lendemain pour Scutari. Mal- 
vezzi fut remis en liberté, et dut se rendre à Vienne 
pour prendre les ordres du roi relativement à l'aban- 
don de la Transylvanie à Zapolya; les deux autres 
envoyés restèrent à Constantinople. Le lendemain du 
départ de Souleïman, le grand-vizir et les ambassa- 
deurs arrêtèrent les bases du traité dans un jardin du 
faubourg de Scutari. La paix fut renouvelée pour cinq 
ans; le présent annuel de trente mille ducats fut ré- 
duit à la moitié , à cause des pertes que le roi avait- 
éprouvées dans la dernière campagne eh Hongrie; il 
fut convenu en outre que les paysans appartenant aux 
villes de Szolook et d'Erlau ne seraient pas plus im- 
posés qu'ils ne l'étaient auparavant. La conclusion 
définitive de cette affaire fut remise au retour de Mal- 
vezzi ; en attendant on convint de la prolongation de 
l'armistice jusqu'à cette époque *. Quelques paroles 



» Acdo Àntonii Ferantii, Franc, Zayi ei Joannis Mariœ Malvezzii Ora- 
torum S, I, R, Majestads apud principem Turcarwn a. i553, mense Augusto 
habita, en lo feuilles, avec les signatures et scellés des trois ambassadeurs» 
dans les Archives I. R. 

> Les articles de ce traité se trouvent ajoutés au Rapport de Tambassade : 
» Ârliculi pacis quiuque aunoruni quœ intcr magnitudinem impcralorû» 



74 HISTOIRE 

de Roustem rappdèrent aux ambassadeurs l*orgueil 
avec lequel jadis le grand-vizir Ibrahim avait parlé à 
Laczky. Ainsi il leur reprocha la violation du drdt 
des gens par les Hongrois , qui avaient coupé le nez 
et les oreilles à l'ambassadeur que Souleïman leur 
avait envoyé à son avèn^nent au ti^ne '. Les Autri- 
chiens répondirent qu'en effet ils avaient bien entendu 
parler de cette circonstance, mais qu'elle avait eu lieu 
du temps du roi Louis et non pas sous le règne de 
Ferdinand* « C'est pour cda, continua Roustem en se 
tournant vers Zay, que vous autres Hongrois, vous 
perdîtes alors Belgrade, votre roi et le royaume; der- 
nièr^nent encore , qu'avez-vous gagné à violer l'ar- 
mistice qui avait été conclu pour cinq ans, et à' envahir 
la Transylvanie ? Le ciel nous a rendu Temeswar , 
Szolnok, Lippa et Becsé même , où il y avait déjà une 
nqpsquée. » Enfin, Roustem s'informa Picore si c'était 
au nom de l'empereur Charles-Quint qu'ils deman- 
daient la paix. Ils répondirent qu'ils étaient venus au 
nom du roi Ferdinand , mais qu'il n'y avait aucun 
doute que l'empereur, pour l'amour de son frère, 
n'acceptât paiement le traité "*. 



>• Toretnnn, 2«ltluuiuiit Zuliiiiaft at Asie Griecie principis et Serenîssi- 
» mum Rom. Huog. Bohem. Begera Ferdinaudum reoovatœ. » 

I « Noone primum quura dos pacem et amicitiam vobiscum facere voleba- 
» oitM, vos dedita opéra uni Oratori nostro nasum et aures praecidistis, et sic 
» deturlMlum in contemptum Imperatoris nostri et nostnim omnium remisis- 
» tis; quam injuriam quum nos vindieare vellemus nonne pro uno homine 
» afflicto et Belgradum amisistis et Regem et Regnum. » Rapport dea trois 
ambassadeurs, dans les Archives L R. i. 

' Rapport des ambassadeurs, dans les Archives I. R. Les Rapports de 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 75 

Malvezzi étak à Yientie d^uis neuf mois; aoe ma- 
ladie occaaonée par son long emjMÎsonnement fut le 
prétexte ou peitf-étre 1^ véritable cause de ce retard. 
A la réception d'une lettre datée da Hald) , fin fé^ 
vrier ' j et qui n'arriva à Vienne qu'au commoice- 
ment du mois de mai , Malvezti regut enfin l'ordre de 
retourner à son poste, muni de nouvelles instructions, 
dans lesquelles les titres de l'Autriche à la possession 
de la Transylvanie étaient longuement démontrés, 
et qui contenaient aussi une réfutation du droit du sa- 
bre établi dans la lettre de Souleïman ^.Pendant le 
voyage de Malvezzi et la grave maladie qin le força 
d'interrompre sa route , les Ottomans violèrent fré- 
quenunent l'armistice. Déjà, avant la mission de Ver- 
rantiu» et Zay, Oulama, gouverneur de Bosnie, x- 



làf et Veraotiitti qui Diaûqueiit chei MUler, se trouvent dans CâtoUa, 

xxji, p. 453-493. 

I « Datag namque illae sunt Uttene Aleppi ultima Februarii nobUqiie iin- 
«dedma primum hujus mensis (maji). » tnstructio pro Mahezzioy dans les 
Arehàvet de b maisoil I. K. d'Autriche. On y trouve aussi la lettre origi- 
oaU d« Souldnan, qui contient le bulletin de ses victoO'eâ de Perse : elle 
est écrite avec de Tencre blanche et en beaux caractères. Cette lettre fut 
portée par le tschaousch Yousouf, qui est appelé Junsznph dans le Rapport 
de) ambassadeurs. Catona, XXn, p. 564. 

« Imtrueùo pnf Malveezioj Férantlo et Zay, en 7 ieuilles, Vietmae, 
22 may. Ardiives !.&*:« Quando quidam vero ex postremis litteris, quas 
» Serenissimus Princeps Turcarum ad nos ex Alepo dédit, cognovimus mag- 
» oitodinem ejus ob id maxime graviter ferre, nos Transylvaniam possidere, 
» quod ipte proviaciam illam jure belli gladio scilicet a se occupatam quon- 
» dam Eegi Joanni tradiderit, et eo defuncto ipsius quoque illustrissimo filio 
«ooncesstrit, et putet nuuc honori fams et reputalioni magnitudinis stisc 
«aliquîd detrahi idcirco, quod nos ipsam ad manus nostras acce|>erimus. » 
Voyez ïlnstmciion susdite aux Archives I. R. 



76 HISTOIRE 

compagne de Mourad , beg de Klis ^ et de Malkodj , 
b^ de THerzégoyine , avait dévasté par le fer et le 
feu les envircms de Warasdin ; mais il fut attaqué et 
battu, près deKris, par un détadhement hongrois que 
conduisait Nicolas, comte de Zriny, et un autre déta- 
chement styrien sous les ordres de David Ui^nad. 
Djâfer, fils du pascha, périt dans cette rencontre 
de la main de Jean Marbez. Oulama, pour venger la 
mort de son fils, se jeta sur les châteaux de Chasma, 
Verœczé et Dombra. En revanche , Pierre Erdœdy 
et George Zluny descendirent la Save dans trente 
bateaux (tschaïks ou nassades) , et Marc Tomasovidi 
surprit et pilla les châteaux de Gradiska et Yelika. 
L'année suivante, les Turcs firent une conquête plus 
importante que celle de ces châteaux d'Esclavonie et 
de Croatie: Hamza, le brave sandjakbeg de Szecseny, 
qui avait été rendu à la liberté sans aucune rançon , 
s'empara de Fûlek , grâce à la trahison d'un prison- 
nier turc '. Les fortifications de Fûlek, construites par 
François Bebek, consistaient en deux forts, dont l'un 
commandait l'autre; dans le fort inférieur se trou- 
vaient trois cavernes spacieuses, dont l'une servait de 
citerne , l'autre de magasin à poudre , et la troisième 
de prison. Bebek, Balassa et Pereny y amenèrent des 
troupes, mais avec trop de lenteur : le fort inférieur 
résista pendant quinze jours à l'artillerie du fort su- 
périeur, qui avait été occupé par les assiégeans ; mais, 

I « Joanues Paxius alium quoque captivuin una cum Haosabegho ad pe- 
» litionem tiiae Majestalis mamimisit.» Verantiuset Zcy à Tempereur, i6 juin 
i553. Cafona, XII, p. 46o. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 77 

i l'arrivée de Touighoun-Pasdia, il tomba égale- 
ment au pouvoir des Turcs '. Hamza , dans cette cir- 
constance comme en beaucoup d'autres , se montra 
par ses faits d'armes digne du grand nom qu'il por- 
tait, nom déjà rendu célèbre par l'oncle du Prophète, 
un des plus grands héros de l'islamisme, et plus tard 
par un des diefs les plus fameux des Assassins de 
Syrie, commandant de soixante-dix châteaux, dont 1^ 
garnisons suivaient aveuglément ses ordres [ixx]. La 
valeur de l'Arabe Hamza et les stratagèmes de Hamza 
le Syrien ont fourni, avec les exploits d'Antar, le 
père des cavaliers, le sujet d'une foule de romans che- 
valeresques, connus sous le nom de Hamzanamé (ou 
le livre de Hàmza): 

Sur les plaintes élevées par Ferdinand contre ces 
hostilités sans cesse renaii^santes , le pascha d'Ofen 
répliqua que la prise de Fûlek était une représaille 
de l'attaque de Hollokœ; cependant il renvoya les 
députés du roi, en assurant qu'il avait confié la paci- 
fication du pays à Arslan, sandjakbeg de Stulhweis'^ 
senbourg, et à Weli, sandjakbeg de Hatwan ^. 

Pendant que ces choses se passaient en Hongrie , 
la Porte n'oubliait pas ses intérêts en Transylvanie ; 
Souleïman, qui ne perdait pas un instant de vue ce 
royaume, ne négligea rien pour augmenter le mécon- 
tentement de la nation en lui représentant Ferdinand 
comme l'auteur principal de tous les maux dont elle 

« Istuanû, l. XIX, et Forgacz, 1. IV, avec q^uelques cbaDgemens men- 
tloonés par Catona, XXII, p. 5 40. 
3 Lettre de Touighoun, pascha d*Ofen, à Ferdinand. 



76 HISTOIRE 

était âocablée. Deux ans auparavant , un tscfaaousch 
avait i au nolii du vinr Ahmed , répandu par toutes 
les viU^ dea fermans menaçans [xxxi], afin de con- 
tenir les populations; depuis oe temps-là les procla- 
mations n'avaient pas disoontinqé , eC le Sultan en en- 
voyait m^e de Halëb '. D'un autre côté, Terantius 
et Zay ne se lassaient pas de miner le crédit des en- 
voyés de ]a reine Isabdle et de Petrovich >; mais leurs 
efforts n'obtinrent aucun succès. Guidés par le drc^- 
man li^Iahmoud, renégat allemand , les représentans 
4'IsabeUe recommand^ent le fils de Zapolya à la pro- 
tection de Souleïman, et réclamèrent la restitution de 
lippa, Solymos, Csanad, Csailyath, Fenlak, Naghylak 
et Szolnok. Les présens en soie et autres étoffes qu'ils 
apporterait n'excédaient pas la valeur de huit cents 
ducats [xxxu]. 

L'Allemand Mahmoud et le Hongrois Ferhad , les 
deux drogmans de la Porte, accompagnés du tscha- 
ousch Ouroudj, partirent de Constantinople avec Tor- 
dre d'installer, avec le secours de Petrovich et des 
beglerbegs d'Ofen et de Temeswar, le fils de la reine 
Isabelle comme souverain de la Transylvanie. 
: Toutes ces intrigues et les victdres de Souleïman 
en Perse nécessitaient de la part de TAutricbe l'envoi 

I Â Kendi, Dobo et antres. Elles, étaient datées de Haleb,.7 avril 1554. 
On y lit : « Ideo mandamus vobis omnibus , quod Régi Stephano obediatis 
» et nbicumqiMB întramitlatis, tum honorabiliter pro Rege vestro obedienter 
» accipiatis. » Traduxit Mahmoud secretarius et interpres, 

9 Les preuves se trouvent dans leurs nombreux Rapports. Catoua, XXII, 
p. 545-626 , donne des extraits fort intéressans de cinquante-trois de ces 
rapports. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 79 

si long -temps désiré d'une nouvelle ambassade à 
Constantinople. Le Belge Auger Busbek fut nommé 
à la place de Malvezzî, qui était toujours malade et qui 
mourut peu de temps après à Komorn, Busbdk , ac- 
compagné de deux collègues, partit avec une lettre 
dans laquelle Ferdinand entrait dans les plus grands dé^ 
tails pour établir ses droits sur la Transylvanie ^ et fai- 
sait même un appel à la générosité de Souleiman ^ Ces 
diplomates arrivèrent à Constantinople le 90 janvier; 
mais le vizir Ibrahim , qui avait remplacé Roustem , 
les renvoya à Àmasâa, où le Sultan avait pris ses quar- 
tiers d'hiver. Leur voyage est remarquable par le récit 
de Busbek ^ , ei par la découverte qu'ils firent do 
célèbre monumeut d^Ancyra, qui date du règne d'Au- 
guste ^. Ds apportaient à Souleïman dix mille ducats 
et des coupes d'argent richement dorées. Ahmed leur 
ayant demandé si c'était un présent ou un tribut qu'ils 
yenai^it offrir , ils répondirent que les coupes étaient 
envoyées à titre de présent^ et que les dix mille ducats 
représentaient le tribut pour la Transylvanie ; ils se 
plaignirent alors de ce que l'armi^ice avait été violé, 
et citèrent la prise de Fûlek par Hamza; l'incendie de 
Palota, par Arsian ; la dévastati<m de Poti et Somlya, 

> Eteemplum instruciionit ad Prîneipem Turcarum, A* D, iSHk diû 
a 3 novembris, dans les Archives I. R. « Atque îdcirco nos Magnitudinem 
» ejus Togare, ne causa Transylvania in tracta tione ipsius pacis sese difficilem 
» praebeat, sed nobis petentibus pro liberalitate sua bénévole concédât, qiiod 
* pro somma animi sui squitate non petenti ooncessnra esset. » 

> Jugerii Gislenii Busbequii legatiomis iureiem epistolœ quatuor, 

3 JntiquHates aslaticœ, aecedii monumentum aneyranmn per E. TlnslmU, 
l.oudim, 1718, p. i65. 



8o HISTOIRE 

par le saùdjakbeg de Wessprim; les invasions faites 
par le sandjak de Grœrcèsgal , dans les districts de 
Szigeth et Paezod ; les entreprises du sandjakbeg d^ 
Hatwan contre Poroszlo et Erlau;' enfin les expédi- 
tions dirigées sur Csobancz, Tihany et Olohvar. Mal- 
gré toutes ces réclamations , malgré la promesse de 
payer quatre-vingt mille ducats au Sultan, vingt mille 
à son écuyer, et des sommes de quatorze, dix et qua- 
tre mille ducats aux trois vizirs, ils ne purent obtenir 
qu'une suspension d*armes pour six mois, et une lettré 
de Souleutian à Ferdinand, avec laquelle Busbek de- 
vait retourner à Vienne , pour y chercher de nou- 
velles instructions. A son audience de congé , Busbek 
exprima Tespoir qu'il avait de revenir avec une ré- 
ponse favorable. « Nous l'espérons aussi, » fut tout ce 
que répondit Souleïman. Les ambassadeurs de Ferdi- 
nand et du Schah avaient offert leurs présens le même 
jour, et dans un but commun , c'est-à-dire la con- 
clusion d'un traité de paix, mais les derniers seuls 
avaient réussi complètement dans leur démarche. Ve- 
rantius, Zay et Busbek, quittèrent Amassia en même 
temps que l'envoyé de la Perse; les deux prenaient 
restèrent à Constantinople, tandis que Busbek se ren- 
dit à Vienne pour remettre la lettre de Souleïman 
à Ferdinand [xxxiii] ' . Des ambassadeurs vénitiens , 



V Busbek, Rapport du 14 août 1 555. Voyez son épître : Eodem die, 
ijuo nos dicessimus, orator quoque Persicus Amasîam reliquit. Ce fut le 
a juin; par conséquent Souleïman ne pouvait pas, comme le prétend Mou- 
radjea d'Ohsson, avoir conclu le traité avec la Perse,. le 29 mai, à Constan* 
(inople. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 8r 

fratiçûs et polonais , avaient aussi apporté ]es félici- 
tations de leurs gouvernemens à l'occasion de la cam^ 
pagne si heureusement terminée ' . 

Trois semaines après la signature du traité de paix 
conclu avec les Persans, Souleïman partit d'Âmassia 
où il avait distribué des récompenses à tous ceux qui 
s'étaient distingués dans cette campagne. Les posses- 
seurs des grands fiefs (siamet) et ceux des petits fiefs 
(timar) reçurent une augmentation sur leurs revenus, 
les premiers de deux cents, les seconds de centaspres 
par an. Mohammed SokoUi, beglerbeg de Roumilie, 
fut nommé vizir ; Pertew, aga des janissaires, lui suc- 
céda dans sa charge, et fut lui-même bientôt remplacé 
par Iskender-Âga. Quelques changemens eurent éga- 
lement lieu dans le gouvernement des pays vassaux 
delà Porte. Mirtsché, voïévode de Valachie, fut des- 
titué dans la huitième année de ses fonctions, proba- 
blement parce qu'on le soupçonnait d'être trop bien 
disposé pour Ferdinand. Petraschko, fils de Radoul, 
prit sa place ^. L'année suivante, Alexandre, prince 
de Moldavie , fut aussi déposé , sous prétexte qu'il 
était airivé au pouvoir par l'influence de la Pologne ; 
mandé à Ck)nstantinople pour se justifier, il fut assez 
heureux pour obtenir sa réinstallation ^. Un change- 



* Bjelalzadéy f. 338, appelle l'ambassadeur français Mon Denis; Catoiin, 
XXII , p. 582 , donne a son prédécesseur le nom de Codognatus. 

3 Spùtolm Ferantii ad Ferdinandum, Constantinopoli , t mart. i554« 
dans Catona, XXII, p. 760. 

^ Epistola Veranùi ad Ferdinandum, Constantinopoli, 2 3 octob. i555 , 
«î'nsCatona, XXII, p. 760. 

T. VI. 



8i HISTOIRE 

ment plus important, et dont nous avons déjà parlé, 
avait eu lieu en Crimée deux ans auparavant. Sahîb- 
Ghiraï avait proposé son neveu pour le khanat d'As- 
trakhan, et avait cru, en l'éloignant ainsi de Constan- 
tinople, se délivrer d'un rival redoutable; mais un 
complot tramé contre lui par Dewlet-Ghiraï l'em- 
pêcha de recueillir le fruit de sa prudence [xxxiv] : 
il tomba frappé de dix-sept coups de poignard, et 
ses trois fils mineurs périrent avec lui (i 555). Dew- 
let-Ghiraï nônmia Ahmed -Ghiraï kalgha à la place 
d'Emin-Ghiraï ' , et gouverna pendant vingt-cinq ans. 
JEnnemi redoutable des Russes , Sahib-Ghirsu fut le 
dernier khan du Kipdjak , de la famille de Djen- 
ghiz. Ce fut à cette époque qu'Ivan Yassili , conqué- 
rant de Kazan et d'Astrakhan , prit le titre de czar, 
adopté dans les âges antérieurs par plusieurs souve- 
rains d'Asie [xxxv]. 

Le V août (13ramazan), le Sultan entra dans son 
nouveau palais , et envoya son troisième vizir , Mo- 
hammed SokoUi, avec trois mille janissaires et quatre 
mille cavaliers, dans les enyirons de Salonik et d'Ye- 
niscbehr, où un aventurier, qui prétendait être le 
prince Moustafa échappé au supplice, avait soulevé 
près de dix mille honmies. Déjà , avant le retour de 
Souleïman d'Amassia, le prince gouverneur d'Andri- 
nople avait ordonné à un de ses agas et à Mohammed- 
Khan de la famille de Soulkadr, sandjakb^ de Niko- 
polis, de dissiper ces rebelles. Le prétendu Moustafa 

< Dans les sept Planètes^ f. 68 , ils sont nommés Hadji-Ghiraï et Djafer- 
Ghiraï. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 85 

avail nommé un marchand de volailles son vizir, et 
deux étudians , kadiaskers. Le marchand de volailles 
trahit son sultan auprès du sandjakb^ de Nikopolis, 
et celui-ci le livra au vizir SokoUi , qui Tenvoya à 
Souleïman. La trahison du marchand de volailles fut 
récompensée par le don d*un beau fief, et le Pseudo- 
Moustafa fut pendu. 

Cet aventurier, à Timitation des deux autres Mous- 
tafa qui, sous le règne de Mohammed P, avaient sou- 
levé les derwischs, espérait fonder un nouvel empire 
sor les débris de l'ancien ; sa mort étoufia la guerre 
dvUe , mais elle ne put chasser ce fantôme d'un fils 
assassiné, que le remords représentait sans cesse à 
Tesprit vieillissant de Souleïman ' . 



> "JEiate jam est ingravescente, ulcus immedicabile sive gaugraenam in 
"cnire esse in vulgus creditum est. » Busbek, EpUtoh I, et dans son Rap- 
port au i^ août i555. Archives I. R. 



r:* 



LIVJIE XXXII. 



Mort en grand -vizir Abnaed^Pasékat et réiatégratMii de Rousfem, — 
Achèvement de la mosquée Souleïmaniyé. — Mort de Roxelane. — > 
Beiafions amicales entre les Ouzbegs et les Ottomans. — Guerre de 
Ùéto^iei *^ Àiége de Szrgélb. -^ Destlruction de Babocsa. — Prise de 
Tato. -« Enttyés de Ferdinand et d'Isabelle. ^ Arrivée dés agenà dil 
roi d'Espagne et du duc de Ferrare à Constantinople. -^ Causes de la 
guerre civile. — Défaite de Bayezid, sa fuite en Perse; négociations à 
eë iujeîy Suivies de sdA etéctition et de celle de ses fils. 



Nous avons signalé les deux défauts donodnans de 
Souleïman, sa faiblesse pour les femmes, et la froide 
cruauté qui formait la base de sa conduite lorsque les 
intérêts de sa puissance lui paraissaient en péril : nous 
l'avons vu se laisser entraîner à une indigne con- 
descendance pour une épouse trop aimée , et porter 
au contraire la sévérité paternelle jusqu'à commettre 
un odieux assassinat envers un fils dont l'influence 
sur Farmée , et en particulier sur les janissaires , lui 
donnait de Tombrage. Nous verrons ces défauts, pre- 
nant une nouvelle force avec Tâge , obscurcir en- 
tièrement l'éclat des brillantes qualités du prince. 
C'est une vérité sanctionnée par l'expérience, qu'en 
toutes choses le premier pas seul est difficile à fran- 



HISTOIRE DE L'EMPÏRE OTTOMAN. 85 

éir, et cet axiôpie est epcore plus ^plic9t)le w mal 
fu'au bien, flq outi^e , l'IuHnme doué d'un is^rac^ère 
ferme , lorsqu'il est ^ntrifi <jians {igi voie du mal ^ Ispsse 
souvent Torgueil pervertir son jugeçieqt, ^ f^t le 
besoin xle persévérer dans sa conduite, ne fiftt-os que 
pour être conséquent fiveç lui-pnéme. Nul 4oi|te que 
Souleîman n'ait eu à soutenir une lutte Iwgue et pé- 
nible cofitre ses affections et sa couAdeoç^, lorsque 
vingt ans auparavant il fit étrangler Ibrajbioi , h com- 
pagnon de sa jeunesse , Tami de son ftge ^r et le 
fidèle appui de sa grandeur, malgré la proniPs^e qu'il 
lui avait Êdte de ne jamais l'éloigner de » pep^sonne. 
Il ne parvint alors à appaiser ses remords qu'en ^';au- 
torisant de cette sentence d'un légiste : « lie soijumeil 
est l'image de la mort ; un homme qui dopt m i^ère 
pas d'un homme mort ' . » Le supplice d'Ahmed , 
avec qui il avait eu des relations moin§ ain^cales , de- 
vait être un poids moins lourd pour sa conscience ; 
Ahmed fut donc suppjicié , bien qu'il n'eût c<w$enti à 
succéder à flousteim dans la place dau^euse de 
grand-vizir que sur Je senii^t fait par Sc^ujieïman d^ 
ne jamais le destituer. « I>aps la réalijbé^ dit h ce /sujet 
iladji SQialfa dans ses TcAles chromhgiqws 4^ l' His- 
toire ottomane , il ne fut pas destitué , mais il fut mis à 
mort [i]. » Le msdheureux Ahmed fut arrêté dans 
l'eierciee de ses fonctions , au mommt où il se ren- 
dait à l'audience du Sultan un jour de diwan ; sa tête 

I Che gVinsinuh, che se il sonno non è morte effecdva e airufino per il 
tempo che si 4orme un imagine o una copia iratta da quel oiiginalfi. Sa- 
gredo, I. IV, p. aai, Venezia 1688. 



86 HISTOIRE 

fut trandiée dans la salle même de Faudience (ISsil- 
kîdè 963 — 28 septembre 1555) *. Pour motiver 
cette exécution , on accusa Âbmed d'avoir calomnié 
le vizir Ali-Pascha, gouverneur d'Egypte, dans la vue 
de lui aliéner la faveur du Sultan , et de lui faire per- 
dre à la fois sa place et la vie. Un rapportait à ce sujet 
les détails suivans. En arrivant au pouvoir suprême, 
Ahmed avait envoyé au Caire son parent Doukha- 
ghin Mohammed-Pascha, pour remplacer, en qualité 
de gouverneur, Ali-Pascha, homme d'une corpu- 
lence telle que peu de chevaux étaient de force à 
supporter le poids de son corps. Ahmed enjoignit à 
son parent de faire monter aussi haut qu'il pourrait 
la quotité des revenus annuels de l'Egypte ; car il ne 
voyait que ce moyen de lutter contre son prédéces- 
seur Roustem, qui n'avait négligé aucune occasion de 
grossir le trésor du Sultan ^. Pendant son administra- 
tion , Ali , surnommé le gras [ii] à cause de son obé- 
sité, s'était borné à percevoir le tribut ordinaire. Mais 
Doukhaghin Mohammed l'ayant augmenté de cent cin- 
quante mille ducats dés la première année , Soulemian 
demanda compte à Ali d'une aussi énorme différence; 
celui-ci répondit qu'il avait mieux aimé administrer 

t Petschewî, f. ii5. On voit: par là que Busbek mérile peu de fot, 
lorsqu'il rapporte (Ep^ II, dans Catona, XLXII»p» 759) qu*Aiimed avait 
demandé au bourreau qu'avant de lui serrer entièrement la gorge il lui per- 
mit de respirer encore une fois pour faire connaissance, pour ainsi dire, avec 
ce genre de mort. 

> Busbek, Ep, I, parle avec détail de l'administration financière de 
Roustem : Caméra est in regia particularis cum hoc tUuh : Pecuniœ Rous^ 
terni diligentia acquisitœ. 



DE L'EMPIRE OtTOMAN. 87 

le pays d'après les anciennes coutumes , que de Te 
ruiner par de nouvelles exactions. Souleïman ordonna 
oéanmoins, pendant son séjour à Âmassia, d'éclaircir 
cette affaire par une enquête, qui sans doute aurait 
perdu Ali , si celui-ci n'eût pas intercepté une lettre 
dans laquelle Ahmed recommandait au nouveau gou- 
verneur d'augmenter encore ses versemens au trésor, 
pom* assurer ainsi la perte de son rival. Vers le même 
temps, on remit au Sultan, un jour qu'il se rendait à la 
mosquée, une pétition dans laquelle on portait plainte 
contre les exactions d'Âii. Mais il fut prouvé que le 
pétitionnaire avait été gagné à porter cette accusation 
par un tschaousch, qui n'avait agi lui-même que 
d'après les ordres du grand-vizir. Telles étaient les 
causes officielles du supplice d'Ahmed ; toutefois elles 
n'abusèrent personne , et les historiens contemporains 
s'accordent tous à présenter la diute d'Ahmed comme 
ayant son origine dans le désir qu'avait la sultane fa- 
vorite de voir son gendre Roustem rentrer dans l'exer- 
cice de ses anciennes fonctions. Il est vrai que celui-ci 
n'ayant été sacrifié qu'à la nécessité passagère d'ap- 
paiser les murmures des janissaires , irrités de l'exé- 
cution de Moustafa , il devenait facile aux intrigues 
du harem de préparer la chute d'un successeur con- 
sidéré comme intrus. Malgré le prétexte allégué , la 
véritable raison qui fit verser le sang d'Ahmed était si 
bien connue de tout le monde , que dans la suite , 
lorsque Hasan-Pascha se rendit en Perse comme en- 
voyé de la Porte, le schah Tahmasp lui signala celte 
exécution et celle du prince Moustafa comme deux 



88 UISTOIRË 

taches ioefFaçables imprknées au règne de Souletman ' . 
Ainsi le conquérant de T^neswar et le vainqueur des 
Persans fut vaincu par les fenunes du harem ^, et 
Roustem dut à la mort d'Ali d'être pour la seconde 
fois élevé à la dignité de grand-vizir. Cendant la fin 
sanglante d'Ahmed ne fît pas oublier son mérite ^ ; il 
avait fondé, prés de la Porte du Canon, une mosquée 
qui porte encore son nom, et il se survécut à lui-même 
dans les hommes d'Etat qu'il avait fcmnés, et qui 
jouèrent plus tard un rôle brillant dans l'histoire ot- 
tomane. Parmi ceux qui se sont le plus distingués, 
nous nommerons Moustafa-Aga, firère de Kho^ew- 
Pascha, qui de l'emploi de précept^ir des princes fut 
élevé , sous Sélim II , au rang de serasker, et s'illus- 
tra plus tard par la conquête de l'Ile de Chypre et du 
Schirwan ; le defterdar Lalefar Mohiumned Tsc^eiebi, 
et le maître des requêtes d'Ahmed , Memi Tschelebi , 
appelé par la suite à la dignité de rdis-efendi [m]. 

L'été swvant, Souleîman eut la satisfaction devoir 
achever la mosquée Soulaimaniyé , dont la construc- 
tion avait été commencée six ans aupsffavant, et qui, 
au milieu du mois d'août (8 schewal 963 — 1 6 août 
1556), fut livrée à l'admiration des fidèles. Cet édi- 
fice, qui a coûté plus de sept cent nulle ducats ^, est le 

> Ali, dans les Notices sur les Vizirs , p. 390. Djelalzadé, f. 35a^ 
3 Mekri zenan illé, Ali, Osman- Efeodi, Petscbewi. 

3 Djelalzadé, f. 353, rend pkine justice à Ahmed, et dit qa*il aimait à 
lire le Koran, qull était strict observateur des lois, qull kissa après lui plu- 
sieurs fondations de bienfaisance ^et qu'il avait de vastes eonnaissanqes dans 
la marine • 

4 SeloQ É^lia, 38o charges ou 38,ooo,ooo d'aspres (760,000 ducats), 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 89 

plus magnifique monument de la résidmce impériale. 
Sous le rapport de la richesse des omemens d'archi- 
tecture et de l'exquise délicsdesse du trayml , la mos - 
quée de Souleïman peut se montrer avec aYSOitage à 
côté de son modèle TAya-Sofia, qui lui est supérieure 
par la hardiesse de la coupole , la magnificence des 
colonnes , et par un caractère d'antiquité vénérable. 
Le temple se compose de trds carrés contigus les uns 
aux autres ; à Tune des extrémités est le yei^uie , à 
Tautre le lieu de sépulture, et au milieu le sanctuaire. 
Le vestibule porte, dans le langage théologique de 
Tislamisme, le nom de harem, c'est-à-dire l'endos 
sainte que rien ne doit profaner ; la sépulture e^ ap- 
pelée yareAW comme celle du Prophète à Médine ; c'est 
là que reposent les plantes humaines jusqu'à ce qu'au 
jour du jugement elles se lèvent dans toute leur fraî- 
cheur, pour croître et se développer dans le grand 
jardin de la création. Au milieu, entre le har^n et le 
jardin , se trouve la mesdjid, ou l'endroit de l'ado- 
ration , nom que les Espa^K>ls ont rendu par celui 
de mezquxta, et dont on a fait mosquée. I^ vestibule 
est muni d'un banc de marbre, qui invite les croyans 
au repos , et d'une fontaine superbe consacrée aux 
ablutions. Le jardin renferme le tombeau du fon^ 
dateur ; trœs côtés du vestibule sont entourés de cov 
lonnades , le quatrième est formé par la façade de la 
mosquée. Au-dessus de la porte principale sont ins- 
crits le nom de Souleïman et l'année de la construc-- 

et non pas ^9,383 ducats, comme ou le lit dans Consiantinople et le Bo^^ 
ffhore^çBX une erreur de calcul. 



90 HISTOIRE 

tion. La porte du vestibule, en face de Tentrée prin- 
cipale de la mosquée , est un chef-d'œuvre d'archi- 
tecture sarrazine ; elle est surtout remarquable par ses 
campanes sculptées, qui ressemblent aux capricieuses 
concrétions des stalactites. Aux quatre angles du harem 
s'élèvent les quatre minarets , ou phares, ainsi nom- 
més parce qu'ils sont éclairés pendant les nuits saintes 
du mois de ramazan. Les deux minarets à l'entrée du 
vestibule sont couronnés de deux galeries; ceux de 
la façade de la mosquée en ont trois , du haut des- 
quelles les crieurs appellent cinq fois par jour les 
croyans à la prière. Le sonmiet de ces tours, ainsi que 
celui de la coupole et de toutes les mosquées , est sur- 
monté d'un croissant, insignes de l'empire ottoman 
et de l'ancienne Byzance. La coupole est modelée sur 
celle d'Aya-Sofia. Le dôme principal présente en avant 
et en arrière deux demi-coupoles , autour desquelles 
se groupent de chaque côté, à droite et à gauche, cinq 
petites coupoles entières ; il est supporté par quatre 
colonnes en granit rouge , les plus hautes et les plus 
fortes de Constantinople. Au-dessus de l'une de ces 
colonnes , on voyait autrefois la statue de Justinien- 
le-Grand, et sur une autre celle de Vénus, qui avaient 
été amenées d'Egypte [iv]. Les chapiteaux sont d'un 
marbre d'une blancheur resplendissante. Une galerie 
double règne sur les côtés et renferme des cabinets 
(khoudjré) dans lesquels les Musulmans déposent 
leurs byoux et leur or quand ils veulent faire un 
voyage, ou mettre leur fortune à l'abri de la rapacilc 
du despotisme. Il est en effet inouï que le gouverne- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 91 

ment ait osé toucher aux dépôts (amanet) des mos* 
quées, ou à ceux des fondations pieuses (wakf). Au- 
dessous des galeries existent des marches en forme 
de terrasses soutenues par des troncs de colonnes, où 
les lecteurs du Koran attachés à la mosquée viennent 
l'un après l'autre réciter la parole du Prophète. Le 
tabernacle (mihrab) où est déposé un exemplaire du 
Koran , est en marbre blanc , richement orné de 
sculptures ; il en est de même de la chaire (koursi) , 
du haut de laquelle le prédicateur (watf) fait entendre 
les vérités de la religion et de la morale ; de la galerie 
(minber) , où l'orateur de la prière du vendredi (kha- 
tib ) proclame les droits régaliens de l'islamisme ; de 
la plate -forme élevée (masstabé), sur laquelle les 
crieurs répètent l'appel à la prière au moment où elle 
va commencer, et de la tribune (makssouré), où le 
Sultan assiste à la prière du vendredi. On voit, à 
côté du maitre-autel, deux candélabres gigantesques 
en bronze doré , supportant des cierges énormes qui 
sont allumés dans les sept nuits saintes et suppléent, 
avec les lustres, à la lumière qui pénètre durant le 
jour au travers des vitraux. Ces vitraux , ornés pour 
la plupart de fleurs peintes ou des lettres qui com- 
posent le nom de Dieu, sont l'ouvrage du célèbre 
vitrier Serkhosch Ibrahim (Ibrahim Tivrc^e). La 
beauté des inscriptions n'est pas moins remarquable ; 
elles sont dues à la main habile de Karahissari, l'auteur 
de l'inscription qu'on lit au-dessus des deux portes [v]. 
Autour de la mosquée s'élèvent plusieurs établisse- 
mens, une école primaire (mekseb). quatre académies 



ga HISTOIRE 

(médrésé), un auditoire pour la tradition du Prophète 
(daroidfaadigs) , un autre pour la lecture du Koran 
(daroul-khirayet), une écc^ de médecine (medreseï- 
tibb), une hôpital (darouschschifa), uBe cmsine pour 
les pauvres (imaret), une aidierge gratuite (karawan- 
swaï), une bibliothèque (kit8d)]diané), un réservoir 
qui sert à alimenter les fontaines voisines (sébilkhané), 
un hôpital pour les étrangers (tawkhané) et des hains 
(hamam) [vi]. Au milieu de ces douze établissemens 
de dévotion et de bienfaisance , le dôme de Souleï- 
mamyé suurgit et étincelle ccnnme cdui du ciel parsemé 
des douze constellations. Du temps des empereurs , 
Constantinople s'enoi^eillisssôt de l'église de Sainte- 
Sopfade , en face de laquelle était placée la statue en 
bronze de Salomon, qui paraissait pour ainsi dire con- 
fus et interdit d'admiration devant une naagnifîcence 
surpassant cdle de son propre temple. Le jow de son 
inauguration, Justinien s'était écrié : « Salomcm, je t'ai 
yaincu. » Aujourd'hui encore la mosquée de Souleï- 
man s'élève avec orgueil auprès de l'ancienne Sainte- 
Sophie, et semble vouloir lui ravir la prééminence 
que celle-ci disputait jadis au temple de Salomon. 
Souleïmaniyé est la seule des mosquées fwdées par 
Souleïman à laquelle il ait donné son nom ; les six 
autres , qu'il fit construire avec les deniers de l'Etat , 
ou jàxoi, frais de son trésor particulier, portent les 
noms de son père, de ses enfans, ou ceux des suUanes 
ses épouses. Nous avons fait mention plus haut des 
mosquées du sultan Sélim V^ e)t de celles des princes 
Mohammed et Djihanghir. On construisit en même 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. gS 

temps que ces deux dernières, près du marché de^ 
tmahës, fei mosquée de la Khasseki, ou sultane Khour- 
rem (Roxdane) [vu] , et les deux autres qui portent 
te nom de sa fille Khanum - Sultane , appelée phis 
généralemetit Mihrmah (kme du soleil ) , épousa de 
Rousiem. L'une de ces dernières mosquées est située 
à la porte d'Ândritiôpte, et l'autre à Scutari , près du 
port. La mosquée de la Khasseki, d'une architecture 
simple , est œuéé seulement d'une coupole et d'un 
minaret , mais elle est dotée d'une école , d'une aca- 
démie^ d'une cuisine pour les pauvres et d'un hôpital 
pour les fous ; celle de la porte d'Ândrinople a une 
académie ^ des bains et un marché. La troisième s'é- 
lève avec une majestueuse hardiesse sur une colline au 
pied de laquelle sont (fisposés des gradins ; elle s'offre 
à découvert au port de Scutari, et forme uû des points 
de vue les plus pittoresques du panorama de Constan- 
tinople. 

L'achèvement de Âouleïmaniyé et la réint^ation 
de Roi:fôtem dans les fonctions de grand-vizir furent 
r^rdés comme des événemens d'une si grande im- 
portanice, que le schah de Perse cnrt devoir envoyer 
à Constantinopie un ambassacfeur extraordinaire pour 
en féliciter le Sultan. Cet ambassadeur était porteur 
de deux lettres du schah adressées, l'une à Soule%aiany 
et l'autre à Roustem ; d'une lettre du prince Mohcou- 
méd, fils deTahmasp, à Roustem, et d'une quatrième 
de la première épouse du schah (qui en Perse porte 
le titre de femme du harem), à la sultane Khasseki. 
Ces lettres étaient d'une politesse aussi outrée que les. 



94 HISTOIRE 

notes échangées pendant la guerre avaient été inju- 
rieuses. Après de longues félicitations en prose et en 
vers , le schah s'adresse au Sultan en ces termes : 
« O toi, qui es favorisé de la grâce divine, qui as été 
comblé des dons du Tout-Puissant, et imprégné de la 
rosée vivifiante du créateur, Sultan des deux parties 
du globe, khakan des deux mers ; toi qui es nonmié le 
Prophète de deux espèces de créatures ^ , des hommes 
et des démons; toi, T^al des Salomons ^, le centre 
de deux horizons ^ , le ministre des deux viUes saintes 
(la Mecque et Médine) ; toi qui réunis en ta personne 
le pouvoir, la gloire, la magnificence, la puissance, 
le khalifat , la grandeur , la majesté , la justice , les 
honneurs, la fortune et l'équité; Sultan Souleïman- 
Khan, que tes drapeaux flottent à jamais au-dessus des 
cieux , et que les titres de ton règne soient gravés 
sur des tables éternelles ! » Ensuite il le félicite sur 
l'adièvement de l'incomparable mosquée Souleïma- 
niyé ^, et sur la pleine et entière liberté désormais 
assurée aux pèlerins de la Mecque ; il remarque qu'il 
a aussi sa part du mérite de cette œuvre de piété ; 
« car, en donnant l'occasion de faire le bien, on n'est 
pas moins louable qu'en le faisant soi-même ^. » La 
réponse de Souleunan fut bien moins longue; elle 
commençait ainsi : « Seigneur de la Majesté , ferme 
et solide comme le ciel , brillant comme le soleil , en- 
touré de la splendeur de Djemdjid, doué d'un aspect 

I NebieS'Siklein. — 3 Les soixaDte-dix Salomons avant Adam. 
3 Kehêfoul-khafikéin. — 4 Lem youkhlak mHlihafil hilad. — 5 EdJal 
alelkhaïr ke failihL 



DE L'EMPIKE OTTOMAN. 95 

imposant , de rintellîgence de Dara, de l'habileté de 
Khosroës , de la félicité de Jupiter, de la couronne de 
Keïkobad , du trône de Feridoun , schah du trône de 
la magnificence, lune du ciel de la puissance ! toi qui 
portes l'étendard de la gloire et de la fortune, et 
déploies le tapis de la modération et de Thabileté ! 
toi, rOrient des étoiles des bonnes qualités, la source 
et Tasile des vertus , qui réunis en ta perscmne Tex- 
cellence des bonnes mœurs , qui brilles du lustre de 
toutes les nobles qualités , qui te félicites, des r^rds 
du protecteur suprême , qui possèdes les faveurs de 
celui qui dans sa grâce répand la félicité, qui es dé- 
siré comme Djem ! ô toi , Tasile du bonheur, Tah- 
masp-Schah, sois toujours arrosé de l'émanation de 
la grâce divine, et dirigé par l'influence des lumières 
célestes! » 

Si Ton compare ces lettres avec celles qu'Âgathias 
nous a conservées dans une épitre de Khosroës Perwiz 
à l'empereur grec , on verra que le style des cours 
orientales n'avait rien perdu de son caractère hyper- 
bolique , et qu'il était seulement devenu plus conve- 
nable en ce que l'auteur n'appliquait plus à lui-même, 
mais à la personne à laquelle il écrivait, les images em- 
pruntées au soleil et à la lune. U est à regretter qu'au- 
cone correspondance entre une impératrice grecque 
et une sultane persane ne soit parvenue jusqu'à nous , 
pour compléter nos observations en nous ofirant un 
terme de comparaison avec les lettres suivantes. La 
femme favorite du schah Tahmasp commence ainsi son 
épître en langue persane : « Que des joyaux brillans 



\ 



ç)6 UISTOIRE 

de louanges pareilles à celles qni s'élèvent des chœtitd 
du ciel et des bouches des anges occupés à chanter le 
Seigneur jour et nuit; que les plus ferventes prières, 
auxquelles Dieu prête l'oreille , quand elles sortent 
de la bouche de ceux qui croient et font de bonnes 
œuvres, que toutes les gloires des siècles, c*est-à-dire 
ce que le précieux a de plus précieux , soient offerts à 
la Subiinoe, à celle qui est douée de la majesté de Ju- 
[Hter, entourée de la splendeur de Fétoile du matin, 
sup^be comme Ferenghis S puissante comme Bal- 
kis *, noble comme Souleîkha ^, sans reproche conmtie 
Marie, la gloire des femmes par sa force, la douceur 
du soleil, et l'image des anges : à la Kaïdaza ^ des siè- 
cles, laNouschabé à laquelle les jours sont consacrés, 
à la sultane Khasseki. » Ensuite elle la félicite sur l'a- 
chèvement de la mosquée ; « car le Koran bénit ceux 
qui élèvent des temples au Seigneur, et se reposent sur 
lui. >» Enfin, elle lui fait hommage de quelques exem- 
plsôres du Koran, et témoigne Tespoir qu'ils seront 
agréés et déposés dans la mosquée pour y servir aux 
usages de piété. La Khasseki répondit qu'elle avait 
reçu avec bienveillance , et comme un don du pa- 
radis , les perles des prières les plus pures du rosaire 
des anges, et les coraux parfumés des meilleurs vœux 
que les fidèles prononcent dans les mosquées , puis- 
qu'ils étaient offerts par celle qui , douée de la jeu- 
nesse des houris, de la vertu de Souleîkha, des qua- 
lités sublimes et du pouvoir de Darius, était la mai- 

V L'épouse de Siawoiisch , fille d'Eirasiab. — 3 La reÎDC de Saba. 
3 La femme de Putifar. — 4 La Kandaké des Grecs. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 97 

tresse qui gouvernait les conseillers dii monde , la 
Marie, inspirée comme Jésus , Tastre^ brillant de lai 
majesté, la perle magnifique de la couronne de chas- 
teté couverte du voile de la pureté, et Timage inoom- 
psffable de la fenmie dérobée aux yeux des profanes ! » 
Le prince Mohammed félicitait le grand-vizir Rou^em 
de son rappel en termes non mdns pompeusement 
exagérés. La fortune, disait-il, avait accompli sa pro- 
messe, et il en remerciait Dieu'; Tastre de la victoire, 
après s'être couché, avait reparu dans tout son éclat, 
et était parvenu à son apc^ée '. Ces lettres furent 
Remises avec des présens par Tubetaga, honmie vieilli 
' dans les emplois dé la cour persane ^. 

La mosquée terminée, Souleïman rechercha des sa- 
vons distingués , pour les attadier aux quatre acadé- 
tiûes, dont deux sont bâties à Test et deux à Fouest 
liu temple ^. Moins nombreuses de moitié que celles 
ondées par Mohammed n prés de Mohammediyé, 
oes académies furent plus richement dotées , et les 
(Places de leurs professeurs sont encore aujourd'hui 
les plus honorables et les plus lucratives de toutes. Le 

I Fe houschrû fekad indjerrel ikbalou ma waada 

We kewkéboun'nassr fi oufoukil-aala saada, 

« We Ul nedjmi min baadir^roudjoui istikametoun 

We m schemsin min baadU'ghouroubi touloun, 

3 Ces lettres se trouyent toutes dïms Tappendice du Journal de Souleï- 
Yman : la lettre de Tahmasp à Soulemuoi , no L ; la réponse , no U ; k lettre 

<le la femme du schah, no LU ; la réponse de la sultane, no LUI; la lettre du 
schak à Roustem, no LIV; celle du prince persan Mohammed, no LV; 
réponse de Roust^n, no LVL 

4 ÀbdoulazizEfendi; Raousatoul-ehrar, Tan 965(1657). 

T. VI. 7 



g8 HISTOIRE 

choix du Sultan tomba sur quatre savans, qui s'é- 
taient acquis, par un mérite supérieur, la protection 
du savant mouâi Ebousououd ou celle du grand-vizir 
Roustein. Les deux premiers avaient été professeurs 
aux acadânies fondées par Roustem à Kutahia ; le troi- 
sième, Mohammed Ben Kourrem, descendait de Dje- 
laleddki Roiimi , le {^s célèbre des poètes mystiques 
de la Perse; les gloses de ce dernier sur le Tedjrid 
(grand ouvrage métaphysique de Na^reddin de Tous) 
sont conservées en manuscrit à la bibliothèque de 
Souleïmaniyé, comme une œuvre biblic^raphique des 
plus précieuses '. Mohammed reçut la direction de 
Tune des académies situées à l'ouest de la mosquée; 
celle de Tautre fut donnée au savant Ali Khtnali- 
zadé [vm] , dont la famille comptait plusieurs hom- 
tsx&è de lettres distingués, tous cités conmie poètes 
par le fils d'Ali , dans ses Biographies des poètes 
otiomcms. Des deux académies élevées à l'est de la 
naosquée, l'une fut confiée à Mimarzadé (fils de l'ar- 
clntecte), l'autre à Kazizadé (fils du juge). Tous deux 
odt publié des gloses marginales et des commentaires 
sur les ouvrages fondamentaux de la législation otto- 
mane * ; le dernier parvînt plus tard au grade élevé 
de moufti ; un auditoire pour la lecture du Koran et 
une mosquée vis-à-vis de Tschoukour Hamam , ou 
bain du fossé (l'ancienne citerne Mocisia), portent 

I Attayi, Biographies (continuation des Biographies de Taschkœpri' 
aadé), CLXII. 

a La Biographie de Mimarzadé est la Lille dans Attayi. Il puhlia des 
notes sur le Telwih, Bourrer ou ghourrer, Mifiah, Mewakif. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. çjc) 

encore son nom '. La sultane KhassekiKhourrem, la 
Russe, ne survécut pas long-temps à Tinauguraticin de 
Sonleïmaniyé , aux fëlicitations flatteuses de Tambas- 
sade persane, à la rentrée au pouvoir de son gendre 
Roustem (djemazioul-akhir 965 — avril Î558), et 
à la satisfaction de voir la succession au trône assurée 
à l'un de $es fils, par la mort de l'héritier présomptif. 
Soù corps fut déposé dans un mausolée orné d'un 
dôme, près de Souleïmaniyé. Après s'être élevée par 
ses séductions et seslalens du rang d'une simple esclave 
à celui d'épouse du Sultan, elle sut encore conserver 
son ascendant à l'âge où les charmes de la beauté 
s'efiacent et perdent leur pouvoir ; et , grâce à sa su- 
périorité d'esprit et de caractère, elle continua de ré- 
gner sur Sôuleïnian d'une manière aussi absolue que 
celui-ci sur l'eriipire. L'histoire, doit jeter un blâmé 
sévère sur l'abus qu'elle fit de sa puissance, en pré- 
parant par ses intrigues l'exécution de deux grands- 
Vizirs (Ibrahim [a] et Ahmed), l'assassinat de Mous- 
tafa, et les discordes qui amenèrent dans la suite une 
guerre funeste entre deux fils du Sultan, et donnèrent 
naissance à l'usage d'enfermer les princes dans le ha- 
rem. Cette mesure contribua beaucoup à la décadence 
de l'empire , car l'éducation efféminée du harem ne 
pouvait donner à la nation que des souverains sans 
énergie et incapables de régner. Le tombeau de la sul- 
tane Khourrem , à côté de celui de Souleïman , au 

I La Biographie de Razizadé, dans Attayi, CCLXXIX. Il a écrit un 
Commentaire sur la Hedayet, et des notes au Commentaire de Miftah, Tedjrid, 
Mevakif, Telwih. 



I oo HISTOIRE 

milieu de Gonstantinople , sur la troisième des sept 
collines, semble un présage plus significatif des futures 
destinées de cette ville, que la statue équestre de Bel- 
lérophon qu'on voyait dès les premiers temps dans 
rhippodrôme de l'ancienne Byzance, et dont l'inscrip- 
tion prédisait déjà alors la conquête de cette eapitale 
par les Russes ' . La même année qui vit mourir Roxe- 
lane et Isabelle de Pologne , deux princesses qui ont 
exercé une influence également funeste, l'une sur les 
affaires de la Turquie, et l'autre sur celles de la Hon- 
grie, enleva la reine Marie à l'Angleterre, et son beau- 
père Charles-Quint à l'Allemagne. 

Vers le même temps où arriva l'ambassade per- 
sane, Soukïman reçut des lettres du khan des Ouz- 
begs, souverain des nations au-delà de TOxus, prince 
de Samarkand et Boukhara. L'histoire de cette dy- 
nastie est restée si long-temps enveloppée de ténèbres, 
et, malgré des recherches récemment Eûtes à ce sujet, 
elle est encore tellement confuse [x], qu'il importe- 
rait, pour cette seule raison, de chercher à l'éclaircir à 
l'aide des sources ^ et des pièces diplomatiques incon- 
nues jusqu'à présent. Mais pour ceux qui veulent étu- 
dier l'histoire ottomane, il est indispensable de mieux 

4 Bellerophonùs statua : basU lapidea haèet inseulptas hUtorias rerum 
novissimarum, qucè urbi accident cum a Rassis expugnaèiiur. Voyez Godi* 
uns, de Origine urhis, 

a Principalement les grands ouvrages historiques de Djenabi et le NoMè» 
betet-tewarikh , qui apparemment sont puisés à des sources différentes, 
puisque des faits rapportés par Fun manquent chez l'autre, et qu'ils dif' 
fièrent parfois dans leurs dates. Hezarfenn et Abdoulaziz, Tauteur du Raou- 
zatoulebrary n'ont donné que des extraits de Djenabi. 



I DE L'ËMl'IRË OTTOMAN . i o t 

connaître ce peuple, qui par son origine, sa langue, sa 
position géographique et sa religion, devait être Fallié 
tKOarel de la Porte contre la Perse. Ce dernier Etat 
confine à celui des Ottomans du côté de l'ouest, et à 
celui des Ouzbegs du côté de Test ; sans tenir compte 
de l'intérêt qu'avaient ainsi les deux peuples à s'unir 
contre une nation vcHsine dont la position au milieu 
d'eux les tenait séparés, ils professaient encore Tun et 
loutre la doctrine religieuse des Sunnis, tandis que les 
Persans étaient attachés à la secte des Schiis. 

A l'époque où la dynastie turque des Scheïbanis 

Occupait le trône des Ouzbegs au-delà de TOxus, celle 

des Saffis régnait dans le pays en-deçà de ce fleuve. 

Ij'Ouzb^ Schahibeg et Schah-Ismaïl , fondateur de 

la dynastie des SafBs , ainsi que nous l'avons rap- 

tx)rté plus haut, se virent bientôt entraînés dans une 

^erre acharnée qui se termina par la fameuse bataille 

de M^rw. Schahibeg y fut tué, et Ismaïl dépouflla son 

tDrâne, selon l'usage barbare des conquérans de ces 

siècles, le fit garnir d'or et de- pierres précieuses, et 

^'en servit conmie d'une coupe. Schahibeg était fils de 

Sschah-Boudak et petit-fils d'Eboulkaïr Schabakht , 

%}u Scheïbeg,*khan du Kipdjak, lequel après avoir 

conquis Samarkand et tué le souverain du pays, Ab- 

<loiilaziz-Mirza , avait épousé sa veuve , la sœur d'Ou- 

lougbeg; il en avait eu deux fils. Koudjkoundji (ou 

Koudjoum) et Soundjouk; une autre épouse lui avait 

donné trois autres fils , Schahboudak , Khodschkoum 

€t Sandjar [xi]. Lorsque Ebousaïd, arrière-petît-fils 

deTimour, avait été défait et tué par Ouzoun-Hasan, 



102 HISTOIHE 

soa fils, Sultan-Ahmed, lui avait succédé dans le gou- 
vernement (873 — 1 460). Après la mort de edm-oi, 
Ousta-Ali, 6Is de IVIahpioud, fut assiégé dans Samsuv 
kand, par Schahibeg , qui le détermina par de per- 
fides promesses à sortir déjà jdace et lui donna la 
mort (910 — 1 504). Schahibeg, dès-lors maître absolu 
des pays au-delà de TCxus, en fut chassé d'abord 
par Baber, petit- fils d'Ëbousaïd, souverain de Ka- 
boul ; maïs trois ans plus tard , ayant réussi à ex- 
pulser Baber au-delà des frontières, il rentra dans 
ses Etats, qu'il gouverna sans interruption jusqu'à la 
malheureuse bataille de Merw (916 — 1510). Après 
cette l^ataille, Baber Mirza tenta une nouvelle inva- 
sion , mais il fut repoussé par Koudjkound[ji , oncle 
de Schahib^ [:iji]. Koudjkoundji régna vingt-trois 
ans , pendant lesquels il eut avec les schahs persans 
Ismaïl et Tahmasp de fréquens démêlés qui, pour la 
plupart, se terminèrent à son avantage. défit notam- 
ment à Ghi4idewan le grand-vizir d'Ismaïl , Témir 
Nedjm sani, et dispersa son armée forte de soixante 
mille hommes. Intimidé par ces succès et redoutant 
ïe sort de Nedjm sani , qui avait payé de sa vie son 
invasion, Mirza Baber, qui avait de nouveau passé la 
frontière, se retira en toute hâte vers les frontières de 
Kaboul et ne revint plus dans la Transoxane. Ebou 
Saïd , fils et successeur de Koudjkoundji , régna six 
ans, et mourut en Tannée 946 — 1 539 ^. Dans le cours 

» Djenabi, Nukhbciet • lewarikh. D'après le manuscrit de Senkow&ky, 
ObeïdouUah succéda ituiuédiatement à Schahibeg et mourut dès ranDéc937 ; 
mab dans le fait il ne parvint au trône que Tan 946. 



DE L'EMPIRE aXTOMAN. io5 

de $on ré^ne, U s^i^gea le prinoe JB^bram, flk de 
yaknmsp, à H^t; m^î/i) à Tapproch^ ûu idh^, il 
s'en^ w-jl^là de VOnm. Son wci^s^ur Obeïdoul- 
lah, petit-jSh de Sfcb^-Boadak, wvep de Seb^biuoi, 
se distingua par ^a valeur f^ de noi»})reii3es vîctcîres 
daBs ses gu^rfes cQitfrp le» P^ersans. Dans une de ^ses 
l}atailles, après avojr défait l'armé^ exmemie ^lui 
avw tué environ qi]atre miUe honm^t îi eiteppif^» 
les trcHipçs de Khalife jElounqiH, gpuvernewr f}e Hérat, 
e^mumk font le pays, à rex,ç^ijk)n d^ Nischaboiir. 
T^^sé dans la jnris[Hrud^oe , les b|gdles-lelt]*es et la 
poésie tupquiç, il aimait et prot^eait de tout son pou- 
voir les poëtjB^ et les savans. 

Avant le règne d'Ob^doullah, l'histoire ottomane 
n'oQre auçnn exwiple de relations aimcales ^tre 0)n- 
stantinc^le et les pays de TOsus; maïs la dernière 
cami^igne de Souleiman en Perse dut naturel|l?meid 
opérer nn rapprochement entre le $i4lan et OUSd- 
(^lah contre leur amenii commun [%iii]. OïméQuUdix 
étmdit la puisswce de la dynastie Scheibani en-deçà 
de rOxus jusque dans le Khorassan, où il possédait 
diéjà les villes de Bestam et Damagban. Après sa 
m(»t, Abdoullah, fils de Koudjkoundji , monta sur le 
tfône (950 — tS43) ; il ne régna que six mois, et ml 
pour successeur son frère Abdoullatif ou Abdouia^dz. 
C^dinHci gouverna paiidant douze ans avec sagesse et 
modération, et s'atlira à un haut degré Tamitié de 
jSoulmnan, qpi ne se bc»*na pas à de stériles protes- 
tations de bienveillance (961 — 1554), et lui envoya 
un secours de trois cents janissaires et un train d'ar- 



io4 lUSTOIRE 

tilleiie [uv]. Abdoidaziz étant mort au moment de Far^ 
rivée de cet envci , Newrouz Ahmed Behadir , sm'- 
nommé Borràk-Khan , fils de Soundjouk et petit-fild 
d*ÂboiiIkhaïr, s'empara du pouvoir. Il fit part à Sou- 
leïman de son avènement au trône en ces termes : 
« Depuis qu'ÂbdouIaziz-Khan est parti pour le pa- 
radis, le khalifat et la domination de l'univers sont 
échus en partage à moi, et à mes firères qui demeurent 
chez le khan de Samarkand ; les autres sultans , pos- 
sesseurs des châteaux-forts de Dabouâ, Koufin, Ker- 
miné , Kesch , Karschi et Khazar, se confiant en la 
solidité de leurs retraites, nous ont résisté et mis dans 
la nécessité de leur faire la guerre durant ces der- 
nières années. » C'est de cette manière ^conique qu'il 
cherchait à excuser le retard apporté à l'expédition 
des secours proniis au Sultan en échange de ceux 
fournis par la Porte à son prédécesseur. Il lui annon- 
çait , en poursuivant , qu'il était alors mattre de Sa- 
markand, que Pir Mohanuned-Sultan et ses frères 
avaient été mis en fuite, que toutes leurs places fortes, 
à l'exception de Boukhara , étaient tombées en son pou- 
voir, et qu'immédiatement après la prise de cette der- 
nière, il effectuerait son entrée dans le iQiorassan. 
Deux mois après (rebioul-akhir 963 — février 1 556) , 
Nisameddin Ahmed Tschaouschb^ , ambassadeur de 
Borrak-Khan, vint annoncer au Sultan le succès des 
armes de son maître et la prise de Boukhara. Enfin 
le scheïkh Moussliheddin Moustafa ' , qui se rendit à 

« Appendice du Journal de Souleïman , no XLVI. Ses parens étaient 
les savans Mewiaua Âlaeddin , Ali-Tschclebi el Yahya-Tschelebi. 



/ 



DE L'EMPIKË OTTOMAN. io5 

Ck»istantinoide pour visiter un de ses parens, fut por- 
teur d'une troisième lettre de Borrak-Khan à Sou- 
Iciman. Le Sultan fit deux réponses au souverain des 
pays de TOxus [xv] ; dans la première, il assurait qu'il 
Kie n^ligerait rien pour rendre agréable au scheïkh 
son s^'our à Constantinople; dans la seconde, il rap- 
la lettre que lui avait remise Koutlouk Fou- 
et dans laquelle le khan annonçait son avène- 
:inent au trône ; il se montrait disposé à renouer les 
xelations amicales qui avaient existé entre lui et Âbd- 
oullah et Âbdoullatif , mais il déclarait que les circon- 
stances ne permutaient pas d'échanger entre eux des 
envois de secours, la paix venant d'être conclue avec 
la Perse '. 

Du côté de la Hongrie, la suspension d'armes ob- 
tenue à Âmassia par les envoyés de Ferdinand n'avait 
pu mettre un terme aux hostilités provoquées sans 
rdàche par l'acharnement des deux nations ; les com- 
bats singuliers et les irruptions sur les deux frontières 
ne discontinuaient pas. C'est ainsi que le banneret de 
Croatie demanda à combattre le pascha de Bosnie , et 
que, sur l'ordre de l'empereur, le baron d'Ungnad , 
général en chef de Tartaiée styrienne et commandant 
de la frontière , lui permit de se rendre à cet elOTet 



> Dans l^appendice du Journal de Souleïman, ou troure la réponse à la 
lettre de recommandation, sous le no XL VII, datée d'Andrinople du i red- 
jeb 964 (mai x557); la seconde, sous le no XLVIII, sans date; et une 
troisième réponse de Souldman au Tizir Hadjîm Sultan Ben Âgahi, sous le 
no XLIX, datée de djemazioul-akhir 968 (avril i556), ce qui est à |ieu 
près la même époque à laquelle arriva la seconde lettre de Borrak-Khan. 



io6 HlSTOmE 

de P^saau à Saint-Greqrge, 60ii$ la condition que cha- 
que parti n'aurait pias pliiç de cîpq cepts chevaux. 
Cependant Ungnad ay^nt représenté qa-iinq pareille 
rencontre pourrait api^er u|ie rupture ouyeite de l'ar- 
mistice , cett^ permission fut étirée par 1^ suite {%\i]. 
Le pasch? d'Ofen, Touighoun, se plsâgpit, d^ps une 
lettre à Sforz^ Pallaviciui, de Tiocendie des; villages 
de Baya , Paks et Gœrœsgà} , ^es orties d^ Wolf 
Persffy, commandant de Szige^i, de celles d-£tiwne 
Dçrsffy deKaposvar, des excursions des^nisonsde 
Papa let de Palota, et en^n d^ la fortifiçatfo^. dje Pa* 
lanka par Thur [xvii]. Ce fut pn vayn que , par ordre 
de Ferdinand, Marc Stansics sévit avec un0 cru^le 
rigueur contre les heiduques , qui exerçaient sur les 
liabitans des campagnes toutes sortes.d'exactions et de 
cruautés; ce fut (en vaiu qu'il leur infligea les châti- 
mens les plus affreux, en leur faisait crever les yeux 
ou en mutilant leurs membres au nioyen d'fôjcplosiôns 
de poudre à canon ' . Touighpun lui-même (sh^rc^a 
à les chasser de leurs principaux repaires , tels que 
Korothna, Kaposvar et Baboc^a. Il convoqua pour 
cette expédition Arslanbf^ de Stuhlweissenbourg, fils 
de Mohanuned-Pascha et petit^^Is d'Yahya-Pa$ieba , 
Admedbeg de Gran, Souleïmanbeg de Novigrad, !^- 
nanbeg de Sexard , Ahmedeg de Gœrœsgâl , Moham- 
inedbeg de Hatwan et Massoum de Simontornya. 
Touighoun, à la tète de ce^^ divers sandjaks, marcha 

1 Jubcjiie Feràinanio eaptos enim fuit er^m.QCuUf d^mUU <>«< mip^f^ 
ftuh>cre suhjeclo membi^alim discerpendps c^rav'u, aiu si quid crt^dclius adki" 
beii lormcnli gcnus poiuit. Istuanli, I. &IX. Forgacs, 1. V. 



DE L'EMPJUE OTTOMAN. 107 

conlre Korothna, Kaposvâr et Baboosa; les deui pre- 
nu^^s, lâchement sd^andonnés par leurs commandans, 
se rendir^t à discrétion; Babocsa capitula et sa gar- 
nison obtint de se retirer ayec armes et bagages; dans 
cette circoni^anG^, trois transfuges turcs, qui étaient 
devenus chçfs des heiduqiies, se sauvèrent en se ca- 
chant dans un chariot chargé de lard et de peaux de 
cochons , objets en hwreur aux Turcs. Touighoun 
témoigna d'abord Tintention d'assiéger S^geth , mais 
la saison se trouvant trop avancée , il dut se retirer à 
Fûnfkircben. Dès que Toinghoun se fut éloigné, Ke^ 
r^G^ényi essaya de s'^iiparer du château de Gœrœs- 
g^l, déf(^du par cent quatorze Turcs, mais il échoua 
dans cette t^itative , bien c[U'U fût supérieur en nom- 
bre aux assiégéans. Cet événement , que les historiens 
hongrois passent sous sflence, a été célél»*é en v^*s ^ 
par le juge de Groeroesgal, le Tiuodi des Turcs. 

Le si^ de Szigeth n'avait été que r^ardé ; Sou- 
làman en confia la direction à l'eunuque Âii , qu'il 
avait rétabli dans sa charge de gouverneur d'Ofen. 
Trapu et rq)let, comme le sont ordinaii*ement les eu- 
nuques, ayant la voix rauqjoe, le tdnt olivâtre, la tête 
pour s^ttsi dire cachée entre les deux épaules, et la 
bouche défigurée de deux dents en saillie comme des 
défenses de sanglier, Ali cachait sous ces dehors re- 
poussans un grand courage et une rare habileté mi- 
litaire. Il déclara aux envoyés de Ferdinand que ce 
n'était plus avec le sabre et le fusil , mais avec le bft- 

* Petsckewi en a extrait cent distiques; il fixe la date de révcnenieul aiî» 
10 silbidjc (a6 octobre). Il oomme le Hongrois Kerecsényi Karatschin, 



io8 HISTOIRE 

ton et la massae qu'il voulait subjuguer les Hongrois ; 
ceux-ci répondirent qu'il était libre de procéder 
comme il Tentendait , mais qu'il aurait affaire à des 
gens de cœur, qui sauraient opposer des balles et des 
lances aux bâtons et aux massues. Le SI mai 1 556 , 
Âli-Pascha, suivi de Dervisdi, b^ de Fûnfkirchen, 
d'Ahmed, b^ de Babocsa, de Nassouh, beg de Kop- 
pàny et d'autres chefs ottomans, alla camper au châ- 
teau de Saint - Laurent , à une distancé d'un mille de 
Szigeth. Trois jours après , il conunença le siège de 
cette forteresse, sur lequel nous ne nous étendrons 
pas , nous réservant d'en décrire plus longuement un 
autre , qui dix ans plus tard rendit à jamais mémora- 
ble le nom de Szigeth. Ce ne fut qu'au bout d'un 
mois de siège, après avoir comblé les fossés avec 
vingt-cinq mille chariots de fascines et s'être rendu 
maître delà ville, qu' Ali-Pascha donna à la forte- 
resse le premier assaut , dont l'issue fut pour lui des 
plus funestes. Les Ottomans eurent à regretter la 
perte d'AIaïb^ et de Nassouh , neveu de Kasim-Pa- 
scha , du beg de Koppâny et de plus de sept cents 
hommes ; Ahmed et Mahmoud , begs de Babocsa et 
Szolnok, furent blessés, Wéli, aga des janissaires, fait 
prisonnier, et les fascines des fossés brûlées; mais ce 
dernier succès fîit fetal aux vainqueurs, car les flam- 
mes se propagèrent et consumèrent une partie de la 
ville ' (21 juin). Cependant le palatin Thomas Na- 

I Istiianfi, Historîa ohsidionis et oppugnaûonis arcis Zigeth in Hun- 
garia a Marco Horvadi loci ilUus Capitaneo ad Regim MajesiatU manda' 
ium descrîpia cl transmtssa 2 3 die AugusU i556. Witenbergi, iSS;. De 






DE L'EMPIRE OTIOMAN. 109 

dasdy avait entrepris le siège de Babocsa avec une 
année composée d* Autrichiens, de Styriens, de Bava- 
jrois et de Hongrois. Les deux Polweiler, Henri de 
JPuchheim et Jean Rauber, conunandaient les tirail- 
leurs autrichiens, surnommés les diables noirs; le 
^eux Lenkovitz avait sous ses ordres trois cents 
liussards ; André Rindscheid , six cents chevaux de 
.grosse cavalerie, et Siegesdorfer, six cents fantassins ; 
-ces trois corps formaient le contingent de la Styrie. 
Creorge de Thanhausen avait amené FartUlerie de 
firstz par Radkersbourg à Kanisa. Cette armée avait 
encore été renforcée par les Hongrois François Tahi, 
Jean Pethœ , les deux Banfy , Nicolas Zriny, et enfin 
par une foule de brigands infestant les frontières et 
connus sous les noms de heiduques» martoloses, us- 
koks et morlaques. A la première nouvelle de ce siège, 
Ali-Pascha , laissant une partie de ses troupes devant 
Szigeth , vola au secours de Babocsa avec vingt mille 
ca\^ers, dix mille janissaires et autant de martoloses 
rasciens et serviens (â1 juillet). L'armée hongroise ren- 
contra Ali-Pascha sur les bords de la rivière Rinya , 
et le défit complètement ; la place de Babocsa , aban- 
donnée par son ccmunandant Ahmedbeg, tomba aitre 
les mains des vainqueurs, qui la livrèrent aux flanunes 
et firent sauter le fort. Du côté de Ferdinand, cette 



ohsiéone Zigeihi autore Samhueco, dans Syndromus, p. 11 a. Woîfgangi 
laceii Régit Hisioriei et Mediei rei contra Tureas gestm a. x556. brevu 
àiscripiio, dans Schwandtoer; et Basilii Joannis Berold rerum' contra 
Tureas a, x556. in intramnensi Pannonia gestarwn Uistoriolai également 
dans Schwandtner. 



ïtO 



HISTOIRE 



bataille coûta la vie à Jacques Nadasdy , beau-frère du 
palatin, à Jean Csobor, à Théobald Ziegler, à Chris- 
tophe Siegesdorfer et à deux cent soixante-dix soldats 
(25 juillet). Malgré cette défaite , Teunuque Ali remit 
le ^ége devant Szigeth; mais, trop afiaibli pour pou- 
voir le côndtiire avec vigueur, il dut se retirer vers 
la fin de juillet. Pallavicini , Polweiler, Lenkovvitz et 
Zriny marchèreM avec leurs troupes victorieuses sur 
Korothna, qu'ils prirent d'assaut; à leur approche, 
les garnisons turques de Saint-Martin, Saint-Laurent, 
Sellyé et Gœrœsgâl s'enfuirent , sans chercher à se 
défehdi*e. Kasim-Pascha avec six mille hommes s'ef- 
força Vainement de s'emparer de Csoùt'gô et de Musa ; 
le kîdya du beglerbeg n'eut pas plus de succès dans 
son èicùrsion qu'il poussa jusque sous les murs de 
Szigeth : le premier fut obh'gé de battre en retraite, et 
le dernier fut fait prisonnier. Ali-Pascha, dans ces 
divers combats, avait perdu plus de (fix mille hom- 
mes. Cette campagne fut des plus glorieuses pour les 
Hongrois et les Allemands ; c'est à cette époque que 
ces derniers adoptèrent par une aveugle crédulité l'u- 
sage barbare de vider les cadavres des ennemis pour 
chercher 1 or qu'ils supposaient y être caché '. 

Déjà, avant le siège de Szigeth, Ali-Malkodj, san- 
djak de Bosnie , avait tenté d'emporter d'assaut la 
forteresse de Krouppa, et celle de Kostaïnicza, qui 
est entourée de trois côtés par les eaux de l'Unna; 

« lUud kaud prœtermîuendurn videtur, hoc primum belio Germanos mili" 
tes gregarios fœdum iïlum excoriandorum cadaverum usurpasse^ quod kostes 
aunim âegludvisse dicerenl. Istiianfi, 1. XIX. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. îii 

tnais bientôt rédtiit à la défensive par la belliqueuse 
activité de Zriny , il s'était borné à fortifier Bunich et 
Perossich \ Après avoir quitté Szigeth, les Turcs dé- 
vastèrent le palys entre FtJhna et la Kulpa, et s'empa- 
rèrent de Kostaïnicza (16 juillet 1556). Le sandjak de 
Bosnie ayant adressé un cartel au brave Zriny, celui-ci 
se rendit au champ de Kaproncza, indiqué cohime lieu 
du combat; mais, en le voyant à la tète d'une armée 
de dix nttlle hommes, son adversaire n'osa pas vider 
la queFelle. Peu de temps après , le sandjak fut rem- 
placé par Ferhad, qui, avec quelques milliers d'hom- 
mes, partit de Poschega pour la frontière; mais au 
passage de Ferhad dans le défilé de Rakonigh et de 
Sainte - Hélène , le vieux général Lenkovitz , qui s'y 
tenait en ambuscade avec trois cents hommes de 
grosse cavalerie allemande, cent hommes de cavalerie 
légère croate, et cent arquebusiers italiens, tomba sur 
lui à l'improviste et le chargea avec une impétuosité 
irrésistible ; deux mille Turcs restèrent sur le champ 
de bataille, et quelques centaines furent faits pri- 
sonniers *. 

Deux ans après, un corps ottoman, fort de quinze 
à seize mille honmies, marcha sur Mœttling dans la 
Camiole , se dirigea de là sur Gotschee et Reifniz , 
passa ensuite par Adelsberg, Zirkniz, Karst, Breg et 
Klan , et se retira sur Grobnik et la vallée de Wed- 

1 Istiitiàfi, I. XIX, p. 3x8, édit. de Cologne, dit Malchus pour Mai- 
kliodj, et Verantius (dans Gatona, XXIII, p. 8o) le nomme Métfthoos, 

» Valvasor, IV, p. 465 ; el Jiiliiis Cœsar, VII, p. 78, qui évalue la perle 
<^ quatre mille hommes. 



112 HISTOIRE 

niz , emmenant avec lui des prisonniers et du bétaiL 
Pendant l'année qui précéda la dernière de ces irmp- 
tions dans la Camiole, les Ottomans s'étaient empa- 
rés de la forteresse de Tata (mai 1 558), succès qu'ils 
durent autant à la négligence du commandant qu'à la 
ruse et à l'activité de Hamza , sandjakbeg de Stuhl- 
vireissenLourg, qui, lorsqu'il était encore sandjakb^ 
de Szécsény , avait si heureusement exécuté un coup de 
main sur Fûlek. Le fort de Dotis ou Tata , situé dans 
le palatinat de Komorn, sur une hauteur, à deux lieues 
et demie de la rive droite du Danube, domine les en- 
virons à une assez grande distance. Mathias Gorvin, en 
ajoutant à ce fort des jardins et des bains, l'avait changé 
en résidence royale. Hamzabeg ayant appris que Jean 
Naghy, le commandant, s'était rendu à Komorn pour 
affaires particulières , et que la garnison avait profité 
de son départ pour se gorger de vin , s'approcha dans 
]a nuit , escalada le rempart , et massacra les gardes 
dans leur sommeil. Le fort de Hegyesd, situé sur 
un roc près du lac Balaton, fut également surpris 
par les martoloses de Hamza. Après la conquête de 
Tata , Roustem envoya d'Ofen le Persan Welidjan , 
sandjak de Fûlek , contre le comitat de Zips. Weli- 
djan leva sur les garnisons de Tata, Gran, Wessprim, 
Waizai, Hatwan, Szécsény, Pesth et Ofen, un corps 
de trois mille honmies , avec lequel il s'empara de 
Szikszo et la livra aux flammes. Mais, fidèles à Fer- 
dinand, les capitaines transylvaniens Geoi^e Bebek, 
Jean Pethœ et Emeric Telekessy, allèrent à la ren- 
contre de ce corps, et le défirent près du village de 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 1 15 

Kafa, sur le bord de la rivière de Sajo; mais un des 
9ff& des goennûllùs ' et un autre des beschluB leur 
rq)rirent deux mille prisonniers, parmi lesquels trois 
cents Turcs, et leur enlevèrent quatre drapeaux ^. 

Après ce récit abrégé des fréquentes violations de 
Tarmistice, reportons nos regards sur l'ambassade 
de Ferdinand, qui pendant ce tanps-là faisait de vains 
efforts pour conclure la paix sur la base de la cession 
delà Trani^lvanie à TAutriche. Dans Tannée même 
où il avait quitté le Sultan à Âmassia , Buabek revint 
à CoDstantinople , où il trouva , entre autres change- 
mens importans , Roustem réintégré dans ses fonc- 
tions de grand-vizir. Souleûnan chargea un envoyé 
extraordinaire de sa réponse à la note remise par 
Busbek (juin 1556) ^. D'un autre côté, Bebek, le re- 
présentant de la reine Isabelle, excitait à la guerre, et 
cherdiait à neutraliser tous les efforts des ambassa- 
deurs allemands, qui réclamaient le maintien de l'état 



< TéAiessy l'appelle Gemli-Âga, et Istuanfi change Gœnnûllû en 
OîunUae. 

* Catona, XXIII, p. 97, a rectifié, diaprés le Rapport ofiBciel de Tele- 
^^y le récit exagéré d'Istuanfi, qui parie de cinq mille morts et de treize 
^'■^peaux. On trouve dans les Archives L &. , Scriuure turchesdte, des 
«locQineos vénitiens, années i557, i558 et i56o, trois lettres du Sultan 
au doge : la première relative à la destruction de la tour de Papali'à Spala- 
tfo et aa paiement des créanciers du défunt Priouli ; la deuxième est rela- 
^Tc aux esclaves des galères qui avaient pillé à Tile de Chypre le trésorégyp- 
^^Q; la troisième est une lettre de récréance délivrée au baile Marin de 
Cavelli et datée du mois de silhidjé 967 (septembre i56o). 

3 Postquam hine dimisimus Ciasum, qui prœterUo mense Junio cum La* 
àiilao Ssabo et Turcariun principU liueris ad nos venit. Voyez Miller, 
*/'wf. 149. 

T. VI. 8 



ni HISTOIRE 

de choses actuel. Plus tard ^ trois envoyés d*Isabelle 
vinrent successivement demander la cession de lippa 
et de Temeswar ; mais les uns et les autres essuyèrent 
des refus, Verantius et Zay retournèrent à Vienne 
avec une note du Sultan , dans laquelle il exigeait la 
remise ^itre ses mains de Szigeth ' ; Busbek resta seul 
à Gonstantinople [xviii]. L*eunuque Ali ^ étant mort 
peu de temps après son échec devant Szigeth, Ka- 
mn hérita de sa place de gouverneur d'Ofen , qui 
passa un an plus tard à l'ancien b^lerbeg Touighoun 
(août 1557) ^, lequel devait Tannée suivante la céder 
à son tour à Roustem-Pascha. Busbek , d'après ses 
instructions nouvellement arrivées de Vienne, repré- 
senta au Sultan que son maître ne pouvait sans dés- 
honneur céder Szigeth , qu'il était en droit de refuser 
le paiement d'un tribut triple de celui qui avait été 
stipulé , mais qu'il était prêt toutrfois à céder sur ce 
pdnt, à condition que la ville de Tata lui serait ren- 
due. Le drogman Mourad fit entendre de nouveau 
à l'ambassadeur qu'il n'y aurait pas de paix possible 
sans la cession préalable de Szigeth. Cependant Bus- 
bek conclut à Andrinople un nouvel armistice de sept 
mois, dont on recommanda la stricte observation aux: 



* La lettre du mois de schewal 964 (avril iSS'j), dans les Archives de 
la maison I. &. d'Autriche. 

* At Malkr paulo post Budam se recepit, uhi dohre aique ignominia 
vitam invisam cum morte £ommutwiu (Busbequii epîsu ni. ) 

3 Tuighun profeetus Budam moderaiior Cassimo, in cujui locum suf- 
ftctus, comme raconte Busbek dans son Mémoire daté de Gonstantinople 
du 19 novembre i558j dans les Archives I. R. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ti5 

DDtomàndans des chàteaui-forts de Hongrie [xix]. 
tk& dissensions survenues entre les princes ses fils , 
et que nous ferons bientôt connaître , déterminèrent 
le Sultan à cette concession. 

Ce ne fut qu'au commencement de 1559, que les 
négociaticms entre l'Autriche et la Porte forent ter^ 
nninées, après s'être prolongées pendant six années 
consécutives. Dans les deux dernières conférences, 
Busbek avait réitéré sa demande en restitution de 
Tata, ainsi que ses plaintes au sujet des irruptions des 
martoloses, et Roustem avait réclamé de nouveau 
l'abandon de Szigeth, et opposé aux griefs de Tam- 
bassadeur les dévastations des heiduques; ni l'un ni 
l'autre n'avait voulu céder sur ses prétentions fon- 
damentales. Cependant Busbek manda à Ferdinand 
qu'il pourndt conclure un armistice de huit ans sur 
la base du sicuu quo actuel , mais qu'il n'avait au- 
cun espoir d'obtenir Tata. A la lecture de ce rapport, 
Ferdinand aivoya quatre projets de traité différens , 
datés d'Augsbourg du §9 avril. Le premier, rédigé 
dans l'intérêt de l'Autridie, stipulait la restitution 
de Tata et de Fûlek, et la punition de Hamzabeg; 
mais ces clauses étaient omises dans le quatrième, qui 
était à peu près conforme à l'ultimatum de Roustem. 
Albert de Wyss apporta ces divers projets au camp 
de Scutari, que Souleïman occupait pour être plus 
à portée d'intervenir dans les querelles de ses fils. 
Busbek avait suivi le Sultan; pendant les trois mois 
qu'il séjourna au camp des Ottomans , il s'occupa à 

étudier leur art militaire , sur lequel il publia par la 

8* 



ii6 HISTOIRE 

suite un mémoire qui est encore estimé aujourd'hui ' . 
Albert de Wyss était chargé d'offiîr au Sultan une 
coupe en vermeil et une pendule qui représaitait un 
éléphant portant une tour. Busbek remit au Sultan 
le quatrième des projets envoyés, le seul qui, par ses 
clauses peu favorables à Tempereur, lui parut offiîr 
des chances d'acceptation, mais qui fut néanmoins 
repoussé. Ne conservant plus d'espoir de réussir dans 
sa mission, il demanda son congé, mais sans pouvoir 
l'obtenir. Ije 7 juin , deux jours après l'arrivée de 
Souleïman à Scutari, il fut admis à une audience so- 
lennelle, dans laquelle il se borna à demander la ra- 
tification de la paix , laissant toute latitude pour les 
termes de sa rédaction et donnant l'assurance que 
l'empereur observerait avec une stricte fidélité un 
traité déjà revêtu de sa signature. H représenta qu*il 
avait toujours tenu le même langage par rappmt aux 
places contestées sur les frontières de la Transylvanie, 
que l'empereur traiterait à cet égard avec Isabelle et 
que dès ce moment il renonçait à toute prétention sur 
celles de la Transylvanie. Il fit observer que pour sa 
part il avait tenu sa parole d'ambassadeur, en présen- 
tant un acte conforme dans sa rédaction aux points 
déjà arrêtés. Mais ces représentations restèrent sans 
effet; le traité n'existait pas, ou, s'il y en avait un, il 
n'était obligatoire que pour Ferdinand, qui seul avait 
engagé sa parole ; Souleïman n'avait rien accepté , et 
n avait aucunement renoncé à ses prétentions sur Szi- 

« 

ï Àug, Bushequn exclamatio swe de re militari contra Turcam insti- 
tuenda consilium. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 117 

geth. Ainsi il fut impossible à Busbek de terminer la 
n^odation, et Soolrïman, à son retour à-Gonstanti- 
nople, le fit renfermer dans le khan des ambassa- 
deurs à la Colonne-Brûlée. Pendant cette espèce de 
captivité, Busbdi s'occupa à faire des ccdlections d'a- 
nimaux, de plantes, de manuscrits, et à recevoir ses 
aoûs qui valaient le voir de Raguse, de Florence, de 
Venise et de la Grèce. Les loisirs du savant ne furent 
pas sans utilité pour l'empereur et pour la sdence; 
il enrichit la ménagerie impériale ' , et naturalisa dans 
le jardin botanique de Vienne le syringa persan et la 
tulipe, dont le nom dérivé de dulbend (tarban) atteste 
assez l'cMÎgine orientale [xx]; enfin il envoya d'ex- 
cellens manuscrits grecs , dont le plus remarquable , 
cdui de Dioscoride , est encore aujourd'hui l'un des 
plus précieux trésors de la bibliothèque impériale de 
Vienne ^. 

Cq)endant les envoyés d'Isabelle furent congédiés 
et chargés de remettre au pascha de Temeswar une 
lettre qui lui enjoignait de terminer les différends re- 
latifs à la fixation des frontières de la Transylvanie. 
Avant le départ de ces derniers , le prince de Min- 
grélie, ou, comme l'appelle Busbek, le Dadian de 
Colchide, était venu à Constantinople se prosterner 



1 EpùL III : Quod eum (leonem) cum ichneumone Cœsari dono destina- 

> Sont credo lihri hatid muUo infra a 40, quos manu transmisi Veneiias, 
lU inde Fiennam deportentur, nom Cœsarem bihUolhecœ eos destmavi, unwn 
reliqui ConstanUnopoU DioscorU/em, cenlum ducatis indioéihauw summa Cœ- 
"trei non mei mursupii, (Bpist. IV.) 



ii8 HISTOIRE 

au pied du trône du Sultan et lui o£Erir en signe de 
soumission un rubis d'une rare beauté. C'est à cette 
époque que Souleîrnan écrivit à l'autocrate des Rosses 
une lettre dans laqudle il lui donnait pour la première 
fois le titre de Tzar, Im rappelait lés relations amicales 
qui avaient e&isté autrefois entre la Porte et la Rus- 
sie, et lui recommandait les marchands ottomans qui 
allaient à Moscou faire des achats de pelleteries. Dans 
le même temps , arrivèrent à Constantinople des en- 
voyés de Venise, de France et d'Espagne. Franchi 
de Khios, le chargé d'affaires du Tci d'Espagne Phi- 
lippe II, demanda la paix pour son maître; mais il ne 
l'obtint pas plus que le baile de Gènes '. Par suit& 
d'une correspondance établie entre Roustem et le duc 
de Ferrare , ce dernier manda au grand- vizir que , 
conformément à sa demande, il accordait au frère du 
juif , Zuan Miguez , la permission de quitter avec sa 
famille le duché de Ferrare "". Zuan Miguez est ce juif 
portugais, qui par la suite, et sous le nom de Don 
Jos^h, captiva tellement la con6ance et la faveur du 



!• // Bailo genovese parti (4 povembre i558) ofeva domandato la pace 
j9«r il lie di Spagna. Rapport de rambassadeur de Venise, aux Archives 
l^ R.; et Rapport d* Albert Wyss du a a décembre 1564. 

9 Lettera portata ad Rostem dal Duca di Ferrara (6 Marso x558) per 
licentia, che si conteniava di dare al Hébreo fratfillo di Zuan Jdichez di par* 
tire eoUa famigUa da Ferrara, Un ferman en foveur de don Joseph, adressé 
au doge de Venise (voyez Scritiure turchesche des actes vénitiens, dans les 
Archives I. R.), muni du sceau du grand-vizir Sinan, contient ce passage : 
Kidwet erhabil wakarfrenk begi Yasif Nasi sidel itaatouhou» c'est-à-dire: 
« Le modèle des personnes de qualité, le beg franc Yasif Nasi, que son obéis- 
sance s'accroisse! » 



DE L'EMPIKE OTTOMAN. 119 

solbin Sélioif que, durant ie règne de oe dernier, il 
^x^rça une haute infkienoë sur toutes les afl^res, dé- 
cida quelquefois des questions de paix et de guerre , 
et fat wËn élevé au rang de duc de Naxos. Busbek 
se Quontra moins obligeant que le duc de Ferrare en- 
vers le raiégat hongrois Fedbad-Pascha , qui Tavait 
prié de faire venir ses parens : sachant que le père et 
le frère de Ferhstd avaient déjà subi la circoncision , 
iJ lui répcHidit que rien ne serait plus ^^e , si la 
f^^ioii ne s'y opposait pas '. Ferhad avait gagné les 
lx)nnes grâces du Sultim par la ctisdpKne sévère qu'il 
syait introduite (hns le corps des janissaires, au point 
que celui-ci lui donna en nuffiage sa petite-fille, la 
sultane Hoiunsu, fille de son fils chéri Mohanuned, et 
réleva sui rang de vizir, en augmerÉant pour lui le 
nombre de ces dignitaires. Ferhad avait une belle 
écriture, et s*occiqpak à copiar des Korans, qu'il ven- 

I Ferhad-Pascha, qui neptem Souleîmani hahet, quinto loco Veiiri adep' 
tus petehat matri suœ et sorori ad se veniendi potestatem} nil/uturum faci' 
lias si per rdigionem liceret; sciebam, dit Busbek, patrem et fratrem 
UHus mon muHo a tempore eireumdsos. Dans le Rapport, daté du ao sep- 
tembre i56i , d'un agent secret de Ferdinand, bonime bien instruit qui se 
trouvait à Gonstantinople en même temps que Busbek, on lit ce qui suit : 
QuestoJga è di nazioneUngaro, d'etk étanni 35, fu schiavo dl queïl* ibraim 
Bëssa amazxato d» Sr, Suleiman. A c6té de Ferbad, Abmed-Pasdia, qm 
avait épousé la petite-fiUe de Souldfman , ûUe de Mibniiaii, jouissait pcurti- 
culièrement de la faveur du Sultan. Busbek, dans son Rapport du 3 no- 
vembre 1 56 1, dit à son égard : Is cul desponsafuît Rostemi fiUa, creauis 
est hegkrheguê Graeiw, ipse vero beglerbegus Vezirorum numéro adjunc' 
pu, Is pt^ncipem arcto con^angitinitatis addngU gradu, juipot0 ex iUius 
(mita ^limi sorore na^ est, oh id magna ap^d pfincipcm autoiitate ep 
gratia, Abmed n'était pas le fils de la sœur de Sclim I, mais de la Aile de 
celle-ci. Archives I. R. 



;'^ti I K I 



120 HISTOIRE 

dait ensile au prix dé cent dneats Te: 
nant l'argent qu'il en retirait aux frais de son convoi 
fuiuUire. Les historiens ni les sffchives ne nous ont 
transmis le nom ou la patrie de ce renégat, qui devint 
gendre du Sultan, et en faveur duquel fut créée la 
charge de cinquième vizir, inconnue jusque-là dans 
l'empire ottoman. 

Le récit des hostilités en Hongrie et des prélimi- 

« 

naires de paix nous a conduit avec Busbek au camp de 
Scutari, où Souleiman s'était rendu pour mettre fin 
aux débats de ses fils, et prévenir la guerre civile dont 
leur rivalité menaçait l'empre. Avant de suivre les né- 
gociations entre l'Autriche et la Porte jusqu'à leur 
conclusion définitive , il est nécessaire de remonter à 
l'origine de cette querelle funeste et de rech^cher les 
causes de son dénouement tragique. Les auteurs qui 
en rendent compte ont emprunté les feits aux rapports 
de Busbek. Cette source est assurément digne de con- 
fiance, mais insuffisante. Nous nous éclairerons d'un 
document plus authentique, du récit de l'Ottoman 
Ali, qui, en sa qualité de secrétaire du précepteur des 
princes , Lala Moustafa-Pascha , a non seulement été 
à même de voir la correspondance entre Souleiman 
et son fils Bayezid , mais a même rédigé qudques- 
unes des lettres de Moustafa ; par la suite, il traita ce 
sujet dans un ouvrage spécial [xxi]. Moustafa devait 
son élévation à la protection du grand- vizir Ahmed- 
Pascha, circonstance qui lui assurait la haine du suc- 
cesseur de celui-ci, le grand- vizir Roustem. Aussi, 
après sa réintégration dans ses hautes fonctions, Rous- 



DE L»ElflPIRE OTTOMAN. 121 

tem destHna-t-il Moustafa , qui était alors second 
écoyer, pour lui donner la place l»en inférieure de 
grand -écuyer trandiant; plus tard, il l'envoya en 
qualité de sandjak à Safed. Enfin , connaissant l'atta- 
diement de Moustafa pour le prince Bayezid, il pmsa 
ne pouvoir mieux assurer sa perte qu'en le nommant 
gouverneur de la maison du prince Sélim; mais il 
manqua tout-à-fait son but. Doué d'un rare génie d'in- 
trigue , Moustafa sut exploiter sa nouvdle position 
au profit de son ambition ; il forma le projet de trahir 
son ancien maître , le prince Bayezid , et de se servir 
de ses relations avec lui pour le perdre entièrement. 
£n assurant aii^si le trône à Sélim , il acquérait des 
titres à sa confiance et à sa reconnaissance, et comp- 
tait sous son règne futur parvenir à la suprême di- 
gnité de grand-vizir (1 556). 

Dans ces vues ambitieuses , il fit observer à Sélim 
qa en sa qualité de fils aine du Sultan, il était certain 
de parvenir au trône si Roustem n'y mettait obstacle, 
mais que celui-d ne manquait aucune occasion de le 
représenter à son père comme un libertin adonné aux 
plaisirs et incapable de gouverner, afin d'assurer l'em- 
pire à Bayezid ; il ajouta que si lui , Moustafa , avait 
les mains libres , les choses changeraient bientôt de 
face. Sélim lui Vlonna plein pouvoir d'agir à son gré , 
et lui montra en perspective la place de grand-vizir, 
comme la récompense du succès de ses efforts. Alors 
Moustafa, se mettant à l'œuvre, fit une première lettre 
à Bayezid , dans laquelle il lui disait, en prenant le 
masque de son ancien dévouement, que le débauché 



ma UISTOIKE 

Sélim était le seul obstacle à son ayâneineiil au trône, 
et que cet obstacle était facile à lev^. Après avoir 
conmiuniqué cette lettre à Sélim, il l'envoya par un 
homme sûr. Bayezid donna dans le [nége et acc^rta 
les offres perfides de Moustafa par une réponse que 
celui-ci remit cachetée à Sélim. Pomr hàtar le succès 
de ses intrigues, Moustafa écrivit à Bayezid de pro- 
voquer son frère en l'accablant d'injures sanglante^. 
Ba^edd suivit ce conseil, et adressa à Sélim une let-^ 
tre insultante, à laquelle il joignit un jupon, un bonnet 
et ime quenouille. Sélim envoya ces divers objets à 
Souleiman, qui, indigné de cette conduite peu respec- 
tueuse de Bayezid eQvers son frère atné , adressa au 
coupable des ranontrances sévères. Moustafa fit tuer 
les messagers et brûler les lettres, incident que Sélim 
se hâta d'annoncer à son père , en le mettant sur le 
compte de Bayezid. Souleiman , irrité du mépris de 
ses ordres, et jugeant dangereux de laisser plus long- 
temps Bayezid investi du gouvemeoient de Karama- 
nie [xxii] , qui était la clef de la route de Syrie et 
d'Egypte, résolut de l'envoyer dans une autre pro- 
vince , et afin qu'on ne pût accuser ses décisions de 
partialité , il étendit cette mesure à Sélim. Ce dernier 
fut envoyé de Saroukhan, capitale du gouvomanent 
de Magnésie, à Koutahia en Anatolie, et l'on assigna à 
Bayezid le gouvernement du pays de Roum avec la 
résidence d'Amassia, en échange de son ancien gou- 
vernement de Karamanie '. 

f Ali. Petschewi. Solakzadé. Busbek , Ep. III : •< Nam in ceteris curis , 



DE L'EMPUIE OTTOMAN. ii3 

Après avoir reçu comiminication de ces ordres , 
Sâim partit pour Brousa , maisBayezid resta à Koniah. 
Soul^ônan d^uta à ce dernier ]e quatrième vizir, Per- 
tew-Pascha , pour le rappeler à son devoir; voulant 
prévenir tout scandale et faire considérer cette mission 
comme un simple témoignage d'a£féction paternelle, il 
fanjcngnil en même temps au troisième vizir Moham- 
Ued-Pascha Sokc^Ii de se rendre auprès de Sélim. 
Alais, Idn de se soumettre, Bayezid rassembla à la hâte 
Xi9e armée d'enmcxi vingt mille Kurdes, Turcomans 
^ Syriens. A cette nouvelle, Souleïman ordonna aux 
pas(^as d'An^olie et de Karamanie, Djenabi et Solak 
feriiad, l'ancien gouverneur de Sélim, ainsi qu'à 
Crhiloun Âli-Pascha, beglerb^du Soulkadr et à Piri- 
Pascba d'Adana, de l'ancienne dynastie des Rama-- 
zans, de se r^idre avec leurs troupes dans la plaine de 
Koniah, pour s'opposer à toute entreprise armée de 
Bayezid. Mohammed Sc^dli reçut l'ordre de les re- 
joindre avec mille jsmissaires, un corps de sipahis, de 
silihdars , d'armuriers , d^artilleurs et quarante pièce» 
de canon (30 redjeb 1966 — 8 mai 1 559). Le â9 mai , 
Jour anniversaire de la prise de Constantinople , les 
deux partis en vinrent aux mains ; l'action fut vive et 
la victoire long-temps douteuse ; mais le lendemaia 
(â1 schâban 966 — 30 mai <559), Bayezid fut com- 
plètement défait et se réfugia avec son fils Ourkhaa 
^ Amassia. De là il écrivit à son père une lettre dans^ 
laquelle il protestait de son repentir sincère , et de- 

«qoibos angdMitar animus SoulmmaDi, non erat postrema, ne Bajazetes^. 
" iatercepto Iconio in Syriam se dimittens, inde in ^gyptum irrumpeteU «^ 



124 HISTOIRE 

mandait grâce pour ]ui et ses quatre fils. Mais cette 
lettre, interceptée par ]es agens secr^s de Moustafa- 
Pascha, ne parvint pas à Souleïman ', qui, en appre- 
nant Tissue de la bataille, se rendit sept jours après, 
â9 schàban (6 juin), au camp de Scutari, pour être 
plus près du théâtre de la guerre [xxiii]. Malgré sa 
défaite, Bayezid parvint à rassembler autour de lui 
près de douze mille honunes ; car il était servi par la 
sympathie du peuple qui préférait la vie retirée de 
ce prince aux débauches de son frère , et r<^ouvait 
avec plaisir en lui les traits de Soulebnan, tandis que 
Sélim avait la figuré rubiconde et bouffie de sa mère'. 
Bayezid se confia avec ses quatre fils à la garde de 
ses troupes, et abandonnant, non sans verser d'abon- 
dantes larmes , son harem et ses fidèles serviteurs , il 
se dirigea avec elles vers la frontière de Perse ( j*' sche- 
wal — 7 juillet). Il emprunta au pascha de Siwas 
trente mille ducats, et, frappant le pays de contribu- 
tions, il s'en procura dix-huit mille autres, ainsi que 
trente-un chameaux, soixante chevaux et vingt mu- 
lets. £n apprenant cette retraite , Souleïman détacha 



1 Lala Moustafa'Pascha didîkleri Khinziri mouhiaïun reheenleriné rosi 
g/teloub, hhaber ou eserteri zahir olmqdi, comme dit Petschewi, f. 127, ce 
qui veut dire : « Ces messagers tombèreot entre les mains des agens secrets 
de Lala-Moustafa, ce cochon rusé, et ne reparurent plus. » 

9 « Cum in Selimo nulla oris ejus (Suleimani) similitudo appareret, ma- 
M ternae quidem faciei et habitus expressœ nota, sed mulieris in vulgtis dum 
«viveret odiosae, multo gravis abdomine incedebat, ioflatis buccis, facie 
» uimia rubedine indecora , ot militari faoetia pollenta saginatus diceretur. » 
{Bush, epist, IV). « Eidem milites Bajasetum Soffî vocare saliti, hoc est 
» quieti et litlerarum studio dcditum. » Au même endroit. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. laS 

du camp de Scutari le troisième vizir, Mohammed 
Sokolli , et Kizil Ahmedli Moustafa , beglerb^ de Rou- 
milie, avec ordre de joindre Sé]im et de poursuivre 
avec lui l'armée fugitive de Bayezid. Sélim attendit 
à Siwas l'arrivée du vizir; mais en même temps, il 
envoya Moustafa, beg de Malatia, iChosrew, b^ 
d'Amtab, et Temerrud Ali-Pascha, beg de Siwas, à 
la poursuite de son frère. Us l'atteignirent non loin de 
la frontière de Perse , à Saat tschoukouri , et Tatta- 
quèrent avec vigueur; après un combat opiniâtre, les 
troupes de Bayezid, se fiant plus à la rapidité de leurs 
chevaux qu'à la puissance de leurs armes, reprirent 
leur marche *. Le beglerb^ d'Erzeroum, Ayas-Pa- 
scha, dont le frère, Sinan-Pascha, conquit dans la suite 
l'Yémen, la Goletta et Raab , vint à la rencontre du 
malheureux prince, et lui envoya même quelques che- 
vaux chargés de clous et autres ferremens pour faciliter 
sa fuite. Par suite de ces événemens , Souleïman or- 
donna au vizir Sokolli et au gouverneur d'Adana, Ra- 
mazanoghli Piri*Pascha , de passer l'hiver à Haleb , 
afin de surveiller les entreprises ultérieures du rebelle. 
Àyas-Pascha paya de sa vie les services rendus à Baye- 
zid, et sa place fut donnée au beg de Malatia qui s'était 
distingué, dans la poursuite du prince ; Khosrewb^ 
fat nommé au sandjak de Pasin. Le grand-vizir Rous- 
tem, qui commençait à pénétrer les intrigues de Lala 
Moustafa , parvint à l'éloigner en le représentant au 
Sultan comme la seule cause de ces malheurs. Mous- 

1 Kouséhkouné kouwei kamtschiyé berekei àeyerek, c'est-à-dire en appe- 
lant la sangle ybrce, et le fouet iàluu 



ii6 HISTOIRE 

tafa dii^racié fut envoyé cothme sandjak à Poschega, 
et remplacé auprès du prince Sélim par Toutbunsif 
Houseïn; mais, grâce à l'intercession de Sélim, il ne 
tarda pas à être appelé à Temeswar, et fut ensuite 
nommé gouverneur de Wan sur une nouvelle de-^ 
mande du prince, dans laquelle il persuada à son père 
que la présence d'un honmie aussi habile serait utile 
sur les frontières de Perse. Soul^'man et Sélim écri- 
virent aussitôt au schah pour le prévenir de la révolte 
de Bayezid et l'engager à ne point troubler la paix 
qui existait entre les deux puissances en accueillant le 
traître ^ 

Cependant le gouverneur d'Ëriwan , Schahkouli , 
retenait le prince en son pouvoir, en attendant les ins- 
tructions du schah, occupé alors à une expédition 
dans le district d'Astrabad. Tahmaiq), auquel l'arri- 
vée de Bayezid rappelait la fuite de son frère Elkass 
IVIirza, ordonna à un mihmandat , le khan Nizamed- 
din Schahkouli Oustadjlû, et à Gayass Atallah, vizir 
de l'Azerbeidjan, de se rendre à Nakhdjivan à la ren- 
contre du prince. Il manda ^ en même temps à celui-ci 
qu'il se disposait à le recevoir à Tebriz avec tous les 
honneurs dus à son rang ; qu'il avait diverses confi- 
dences à lui faire , afin qu'il les conmiuniquât à son 



> Cette lettre de Souleïman se trouve dans V Appendice de son Journal, 
80118 le no Lx; celte de Sélim, dans Vinscha du defterdar Ibrahim. Archi?es 
I. B», no ccGGXUT, f. a5 et a6. 

a JppenéUce du Journal des campagnes de Souleïman , no lix ; et dans 
la collection des Lettres diplomatiques du reiis-efendi Ssari Abdoullab, 

no XLIIT. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. laj 

père quand il serait rentré en grâce, et qu'il serait 
heureux de le traiter comme son propre fils. Le schab 
se rendit aussitôt à Tebriz et accueillit son hôte avec la 
pompe usitée chez les rois de Perse (23 sâfer 967 — 
M novembre i 559). Trente vases remplis d'or et d'ar- 
gent , de perles et de pierres fines , furent versés sur 
la tête de Bayezid, et neuf chevaux richement enhar- 
nachés lui furent donnés ^a présent. Bayerid de son 
côté traita le schah avec une magnificence digne d'un 
prince ottc«nan. H fit étendre sur son passage du satin, 
du velours de Damas et d'autres étoffes précieuses, et 
lui <^!rit en retour de ses présens cinquante chevaux 
turcomans couverts de housses brodées d'or et douze 
harnais d'argent. Ses cavaliers étcmnèrent les Per- 
sans par leurs évolutions brillantes; mais aucun ne 
fut plus admiré que Ferhad Kodoz ; sa force et son 
adresse fixèrent tous les regards ^ Ferhad, excité par 
le sentiment de la supériorité ottomane , proposa au 
prince de changer le combat simulé, qui était donné 
en spectacle au peuple, en un combat réd, dont l'is- 
sue peu douteuse placerait sur sa tête la couronne de 
Perse. Bayezid blâma sévèrement ces paroles et dé- 
fendit à ses confidens, sous peine de mort [xmv], de 
les répéter. Mais soit que cet incident eût été ébruité 
malgré les ordres de Bayezid, soit que le schah n'eût 
voulu prendre qu'une mesure ordinaire de prudence, 

> BwbdL, qui avait appris quelque chose de cette affaire sans en con- 
Wiître tous les détails, appelle Ferhad Kodoz Chiunntm, et place la scène- 
<lu tournoi dans le camp de Bayezid à Koniah : « Illi , quo die in Castr» 
»ad eum irenenmt, equestris pugn« simulacrum ediderunt. >• 



ii8 HISTOIRE 

les troupes du prince furent réparties parmi les khans 
et les sultans, sous prétexte de lui épargner la charge 
de leur entretien , de telle Êiçon que sa suite peu 
nombreuse ne pût inspirer déswmais aucun sujet de 
crainte. 

Les soupçons et les craintes que la présence de 
Bayeadd inspirait au schah , et les avantages qu'il es- 
pérait en retirer en le livrant à son père , furent dès- 
lors les seuls mobiles de sa politique. La correspon- 
dance de Souleûnan et de Sélim avec Tahmasp nous 
montre les premiers acharnés à la mort d'un fils et 
d'un père , et le second vendant bassement la vie de 
son hôte. Les annales de la Porte ottomane n'ofifrent 
aucun autre exemple d'un échange de messagers et de 
d^éches aussi fréquent , et Thistoire des autres na- 
tions ne nous présente nulle part des négociations 
aussi formellement et solennellement conduites, pour 
obtenir la violation des droits de l'hospitalité et l'as- 
sassinat d'un parent. Qu'il nous soit donc permis de 
nous arrêter sur ce tragique événement et d'en dé- 
tailler les circonstances. 

Les deux premières lettres de Souleïman et de Tah- 
masp paraissent s'être croisées en route. Dans sa let- 
tre, le Sultan exposait au monarque persan la rébellion 
de Bayezid, et lui rendait compte de la bataille de 
Koniah; dans la sienne, qu'il envoya par un des offi- 
ciers de la cour, Ali-Aga , le schah intercédait en fa- 
veur du prince ' . Souleïman dépêcha à Tebriz l^nan- 

1 Cette lettre est la dix-huitième de la collection dont M. de Lutiow a 
fait cadeau à l'auteur. Petachewi la donne traduite en langue turque. 



DE L'EMPIBE OTTOMAN. 119 

beg, avec une seconde lettre dans laquelle il retraçait 
le crime de lèse-majesté commis par Bayezid , et ter- 
minait par une offre de pardon, en priant toutefois le 
sclnè de £ûre décapiter les instigateurs de la rébeUion 
du prince , Toursoun Abdoulschano^li , Ferroukh 
et S^feddin Âbsal, de retenir les autres coupables et 
de renvoyer le prince sous escorte dans le gouyerne- 
ment d'Amassia, où un beglerbeg se trouverait prêt à 
lereœvoir '. Sélim envoya également à la cour de 
Perse son écuyer et confident, Tourak-Âga , avec une 
lettre remplie d'injures et d'invectives contre son frère 
Bayezid ; il le traitait de rebelle, de Satan orgueilleux, 
(pi, ayant si souvent pillé des caravanes, était indigne 
de la protection du schah et ne méritait que son mé- 
pris, d'après cette sentence du Koran : « L'amour 
émane de Dieu, la colère émane de Dieu, » et ce vers 
de Saadi : « Faire du bien aux méchans , c'est faire 
du mal aux honnêtes gens. » Au départ du messager 
ottoman, le schah envoya une lettre au Sultan par son 
vieux capitaine Tubetaga, et une au prince Sélim par 
Seifeddin Ourouschtu-Aga [xxv] , natif du Soulkadr 
^ sujet de Souleïman. Dans sa réponse à Souleîman, 
'c schah exprimait d'abord un blâme sur la lettre de 
celui-ci et la voie par laquelle elle lui était arrivée , 
'i^ il le d^uisait avec toute l'adresse diplomatique, 
^n paraissant douter que le message vint réellement de 
Souleânan, parce qu'il lui avait été remis par deux of- 
ficiers subalternes du gouverneur d'Erzeroum. Quant 

' Dana V appendice du Journal des campagnes de Souleîman, uo lxi, 
«o'wladale du i schàban 967 (27 avril i56o). 

T. VI. 9 



,3o • fflSTOIRE 

à Texécution de Bayezid el de ses fils, demandée ver- 
balement par les deux messagers sous prétexte que la 
mort leur était plus salutaire que la vie, il insinuait 
que le Sultan , en acceptant de lui ce service , con- 
tractait envers lui une obligation dans ce monde et 
dans l'autre ; du reste , il se montrait prêt à souscrire 
aux vœux du Sultan , et n'attendait que le signal de 
celui qui est l'ombre de Dieu sur la terre (Soulëiman) 
et dont les ordres sont empreints d'avance du sceau 
du destin '. La lettre qui fut remise par Ourouschtfi- 
Aga à Sélim était conforme à celle adressée à Sou* 
léiman. Âpres avoir cité la sentence du Koran : « Tuez 
les idolâtres et les rebelles, » il se disait convaincu, par 
les explications verbales des envoyés, de la justesse et 
de l'opportunité des mesures proposées pour l'extra* 
dition ou l'assassinat de Bàyezid ^. Le criminel em-* 
pressement de Tahmasp n'a pas même l'excuse de la 
crainte que lui inspindt le malheureux prince , et les 
conditions qu'il fit par son envoyé montrent bien cpie 
ce meurtre ne fut pour lui qu'une spéculation ^. Lors 
de sa seconde mission à Constantinoplev le vieux Tu- 
bet demanda dans le diwan qu'en récompense de l'as- 
sassinat promis, le schah fût investi du gouvem^nent 



1 Appendice du Journal de Souleiman, no Lxm : Haza ma aahedna ilâ^ 
kiim ^vet akd Jid-daréîn alàna we aleïkum. 

a Collection du ms-efendi Sari Abdoullah, no unax, Sonleiman de- 
manda Textraditlon de Bayesid et de ses quatre fils. Voyez V Appendice dm 
Journal de Souleiman, no lxuz, 9 rebioul-ewwel 968 (27 novembre i56o^ 

3 D'après le témoignage des deux contemporains précités. Peischewà 
f. i3i. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN, if,i 

de Bagdad , qui deviendrait vacant par la moti de 
Bayezid. Mais le grand-vizir Roustem lui dit, en Tin- 
terrompant brusquement : « C'est à moi de répondre 
à ceci, sortons. » Quand ils furent hors de la salle de 
Faudience, il lui reprocha sévèrement Faudace de ses 
prétentions , ajoutant que le rebelle , l'indigne Baye- 
zid, n'avait rassemblé que quelques milliers de mi- 
sérables» qui n'auraient pu devenir dangereux pour 
l'empire; que, si le schah continuait à refuser son 
châtiment, les bonnes relations entre les deux puis- 
sances se changeraient en hostilités, et que dans ce cas 
une armée ottomane trouverait peu d'obstacles pour 
arracher le criminel à sa retraite ; mais que dans le 
cas contraire les liens d'amitié seraient resserrés et le 
service du schah de Perse généreusement récompensé. 
En voyant Tahmasp prendre l'initiative de la pro- 
position d'assassinat , Souleïman s'empressa de lui 
adresser une réponse, à laquelle il joignit des présens 
pour ses ministres. Il envoya en Veri^e Meraasch, gou- 
verneur du Soulkadr, Sofi Ali-Pascha, ancien gou- 
verneur de la maison de Sélim, et le kapidjibaschi 
(chambellan) Hasan ; de son côté, Sélim fit partir pour 
la même destination Kara Mahmoud-Âga. Ces agens 
rapportèrent deux lettres du schah ' , dont l'une était 
adressée k Souleïman , et l'fiiitre à Sélim. A la suite 
de quelques centaines de lignes consacrées à des com- 
plimens fastuélix, Tahmasp prétendait, par une inter^ 
prétation sophistique de la pppole qu'il avait donnéis, 

* Le Rapport de Busbek da a5 août i56i , dans les Archives I. R., 
^'^nce le retour du paseha de Meraasch. 

,9 



i5îi HISTOIRE 

pouvoir trahir son hôte, sans cependant commettre 
un paqure; il avait juré, disait^il, au prince Bayezid 
de ne pas le livrer aux ambassadeurs envoyés par son 
père à cet effet , mais il ne lui avait pas promis de 
refuser son extradition à des émissaires de son frère; 
il était donc important que Sélim lui envoyât des 
hommes entre les mains desquels il pourrait remettre 
le prince sans se parjurer. La lettre qui était destinée 
à Sélim et qui lui fut remise par son chambellan Kara 
Mahmoud , était conçue dans le même sens. Après 
une telle preuve de dévouement, Tahmasp espérant 
trouver Souleïman plus disposé à accorder la de- 
mande qui avait été si brusquement refusée au vieux 
Tûbet, la présenta de nouveau dans un mémoire qui 
fut remis au Sultan par Beschretaga. . Dans ce mé- 
moire , le schah exprimait le désir de placer deux 
fonctionnaires aux tombeaux d'Ali et de Houseîn (à 
Kerbela^ Meschhed), Tun comme inspecteur, l'au- 
tre comme secrétaire attachés à des fondations per- 
sanes de bienfaisance ; il demandait en outre qu'un 
ou deux de ses fils fussent nommés gouverneurs de 
sandjaks et installés avec le cérémonial de l'investi-^ 
ture ordinaire (il avait apparemment en vue Bagdad 
et un autre gouvernement sur la frontière) ; enfin il 
terminait en sollicitant la permission de recommanda^ 
à la Porte des personnes qui lui rendraient des ser* 
vices, pour qu'on leur donnât de l'avancement et une^ 
augmentation de traitement. Souleïman répondit sur 
ces trois points par un refus provisoire ; toutefois il 
promit d'apporter la plus favorable attention à leur 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i55 

examen, quand Bayezid et ses fils se trouveraient 
enlreses mains'. 

Si Souleiman prodiguait dans ses lettres au schah 
les protestations d'anûtié et de dévouement, il se ré- 
pandait contre lui en invectives dans sa correspon- 
dance avec d'autres princes de TOrient. C'est ainsi 
qu'A ronit au derwisch Mohammed de Bedakhschan, 
qui était venu en Turquie comme pèlerin, une lettre 
pour Pir-Mohammed [xxvi], souverain des Ouzbegs, 
le second successeur de Borrak khan, dans laquelle se 
troQvait ce passage : a Cet orgueilleux Persan cou- 
ronné, ce schah insensé, après avoir subi des humi- 
liations réitérées , m'a envoyé une ambassade pour 
demander humblement la paix *, que je lui aï accor- 
dée mcmientanément comme une grâce *,: mais depuis 
il a violé cette paix avec cette bassesse qu'on voit em- 
preinte sur son front, en recevimt chez lui mon fils 
coupable, Bayezid; j'ai résolu^en conséquence de ne 
plus ajouter foi à ses paroles, et de recommencer mes 
efforts pour l'anéantir. Ouzbegkhan en bon musul- 
luan voudra bien me seconder dans cette entreprise. »• 
Cest dans le même sens, et seulement avec quelques 
variations dans les injures, qu'étaient conçues les 
autres lettres que le même derwisdi fut chargé de 

> Intchay no clxix. Les lettres de cette correspondance se trouvent clas- 
"^ sans aucan ordre dans Yfnscha comme dans la CoUeciion de Feridonn ; 
<^ttt pounpioi deux lettres de Sélim au schab, n^ lxzxit et xuxt, n*ont pu 
^ placées exactement dans lear ordre dironologique; car le porteur n'est 
pis nommé, et le texte, qui ne renferme que de» complhnens fastueux, no 
^nne aucun renseignement. 

* Tadtehdari maghrour, Schahi gumrah. 



i34 tÙSTOIRÈ 

Femettre à AU v khan des Turkomans, et à Ibrriûm, 
khàn dès Alans. En même temps le prince de Géor- 
gie ' qui avait député à la Porte son defterdar Abdoul- 
Aallam, pour porter plainte contre le schah, et pro- 
poser de soustraire la Gréorgie à la domination de la 
Perse et de la soumettre à la protection ottomane, re- 
çut de la Porte cette réponse : « Bien que le sdiah , 
après une guerre de onze ans, ait obtenu la paix, néan-» 
moins le schehinschah est prêt à venir à ton secours 
et à changer ta peine en joie. » 

Cependant, la position de Bayezid à Kazwin s'ag- 
gravait de jour en jour. Le schah lui avait demandé le 
secours de ses troupes , déjà réduites au nombre de 
trois mille, pour une expédition contre Astràbad; le 
prince avait pu d'autant moins s'y refuser, que la plu- 
part de ses soldats étaient déjà gagnés par Tor et les 
flatteries des Persans ; néanmoins il continua à être 
invité aux festins du schah. Dans l'une de ces occa-^ 
sions , le schah et le prince étant assis avec ttne ap- 

.1 Ces lettres, dans le Journal de Souldûnan» s'accordent parSsutement 
avec ce que l'agent secret de Ferdinand écrit de Gonstantinople à la fin de 
i56i : aScrisse (SoUmano) alli Signori Georgiani, quali sono Christiania 
»> elle dovessero esser in lega contra il Persiano è dé piîi alhora scrisse al 
» Tartaro , che dovesse prometter premio a tutti quelli Tartari contro il 
n Persiano. » Dans les Archives I. R. Le même agent écrit à la fin d'août ; 
tt La Georgia consiste in tre parti : la maggior confederata col Persiano , la 
•» seconda confederata col Gran Signer, la terza menoma in obbediensa del 
i» GranTurco. Alli 21 Agosto il Turco mandô suo Ambassadorea dette due 
» parti con présent! di veste d'oro e scimitare fornite d'oro ; — letterc^ 
« scritte al Tartaro Precopiense , che si debba parechiarsi alla guerra coA- 
^ Persiano. Alli 2 a Agosto mandô a Sel i m 1 a 0,000 ducati et una scimitar*- 
ii gioellata. >• 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i55 

parente fsmoiliarité l'un à côté de Tautre, un perfide 
chambellan de ce dernier, nommé Mohammed Ârab, 
s'approcha du schah et lui dît bas à loreille : « Tenez^ 
vous en garde contre le fils; qui a trahi son père, il 
est capable de vous envoyer deux balles dans la tête. » 
Le schah, efirayé de cet avis, se retira précipitamment 
sous le prétexte d'une douleur subite dans les en- 
trailles. Le ministre Màssoum et Hasanbeg excusèrent 
leur maître, et reconduisirent le prince chez lui. En 
r^trant, l'un des confidens de Bayezid jeta son bon- 
net, et se roula lui-même par tarre, en signe de dou- 
leur pour les grands malheurs qu'il prévoyait ; il rap- 
porta ensuite à Bayezid les pardes de Mohanuned Ârab 
au schah, et, sur sa dénonciation, le coupable eut im- 
inédiatement la tête tranchée. Deux des complices de 
Mohammed Ârab, Âksak Seïfeddin et Mir Âlaï Mes- 
^é , craignant un sort pareil , se réfugièrent auprès 
du 'schah, et lui dirent qu'ils avaient reçu l'ordre 
d'exécuter un attentat contre sa vie avec Mohammed 
Arab. Le peuple s'attroupa et assi^ea en poussant des 
<^ de fureur le palais du prince ; Lala Kodoz ras- 
s^Ia le peu de serviteurs fidèles qui lui restaient 
pour en défendre l'entrée; Bayezid, qui croyait sa 
dernière heure venue, fit amen^ ses enfans, voulant 
I^ tuer de sa propre main plutôt que de les laisser 
F>érir sous les coups des étrangers. Dans ce moment 
se présentant deux ministres persans que le schah 
^vait -chargé de calmer l'inquiétude du prince, de lui 
présenter des excuses au sujet de l'émeute, et de lui 
<)ffrir des habits d'honneur et des sucreries. On feignit 



r>6 HISTOIRE 

de sévir contre les auteurs des troubles ; mais dès c6 
moment la résolution de s'emparer du prince et de ses 
fils fut définitivement arrêtée (1 5 djemazioul-ewwel 
967 — i â février i 560). Quelques jours après, Bayezid 
se rendit à un banquet sur l'invitation du schah ; mais 
lout-à-coup les soldats d'un corps-de-garde, devant 
lequel il passait , fondirent sur lui , tuèrent ses servi- 
teurs qui cherchaient à le défendre, et s'emparèrent 
de sa personne et de celle de ses fils. Le même jour, 
plus de mille des gardes et soldats de Bayezid , qui 
avaient montré par leurs paroles ou leurs actions le 
désir de secourir leur maître , furent exécutés. Néan- 
moins le schah continuait à faire présenter des ex- 
cuses au prince , et alléguait la nécessité de ces me- 
sures pour le mettre à l'abri des émeutes et des injures 
du peuple. 

Peu de temps après, arrivèrent les envoyés de Sou- 
leïman et de Sélim, avec des lettres et des présens 
pour le schah. L'extradition était parfaitement résolue, 
mais il fallait s'entendre au sujet des formes à ob- 
server pour déguiser la violation du serment que Tah- 
masp avait fait au prince à son arrivée. La diplomatie 
tortueuse des Persans ne fut pas long-temps à la re- 
cherche d'un expédient : le schah convint de livrer le 
prince, non aux ambassadeurs de Souleïman, mais ë 
des personnes que son fils Sélim chargerait spéciale- 
ment de cette mission. Tahmasp, en commettant ce 
parjure qu'il cherchait à pallier par toutes sortes dm 
subterfuges, avait pour but de s'assurer d'avanc-^ 
l'amitié du prince Sélim , successeur présompif d** 



DE L'EMPIRE OriOMAN. 1^7 

^ieus: Souleïman. La seconde ambassade du Sultan 
quitta donc Kazwin pour rapporter à son maître cette 
nouvelle proposition. Le gouverneur du Soulkadr 
retourna à Meraasch , tandis que Hasan continua sa 
route vers Gonstantinople ' , accompagné de Beschret- 
aga , renvoyé du schah à Sélim ; il arriva à Kou- 
tahia à l'instant où Ton y recevait de Gonstantinople 
la nouvelle que Souleïman avait nommé son petit-fils 
Mourad, fils de Sélim et âgé de quinze ans, gouver- 
neur de Magnésie (1" redjeb 968 — 18 mars 1561). 
Seschretaga était accompagné de Djàfer-Sultan, por- 
teur des lettres des trois ministres persans, le grand- 
yiziT Mâssoum-Khan Safewi , le général eu chef des 
armées persanes Soundik-brï * et le grand-chancelier ^ 
Schahkouli -Khalife, pour les cinq vizirs de Souleï- 
man, Roustem, Ali, Mohanuned, Pertew et Ferhad ^. 
Ces lettres contenaient des remerciemens pour les 
présens apportés par la dernière ambassade , et pro- 
mettaient la prompte exécution des ordres relatifs à 

I « Redierunt oratores, quos hic princeps ad Persam misit. Passa quidam 
«Meraasensis ad suum Sangiacum divertit, Hasanaga accelerare jussns 
»magub itineribiis hue veuit. » Rapport de Busbek du a 5 août i56i. 
Archives I. R. Deux jours après (le 27 août) , Busbek demanda son rappel 
après un séjour de sept ans en Turquie. 

a Kouroudji baschi, — 3 Jdmadeddewlet. 

4 Appendice du Journal de Souleïman , no ulxii. Dans Vinscha du def- 
terdar Ibrahim, à la Bibliothèque I. R. d'Autriche, se trouve, sous le 
no ccccxxiv, f. 3i, une autre lettre de Màssoum-Mirza et d'Attallah, 
chancelier, pour le vizir Mohammed Sokolli en particulier, avec la demande 
d'intercéder en faveur de Bayezid. La lettre de Sélim au schah , contenant 
la réponse à celle remise par Beschretaga , se trouve dans Vinscha du reii&- 
efendi Sari Abdoullah , no 83. 



1 38 HISTOÏRE 

Bayezid. Cependant les ministres du schah saisirent 
cÊlte occasion pour rappeler aux vizirs, ^sa termes 
mesurés et polis, que, pendant vingt -neuf ans de 
guerre , Tinin^itié du Sultan avait fait éprouver à la 
Perse de dures calamités ; que, dans le cours des six 
dernières années de paix, quatre ambassadeurs avaient 
été envoyés à la Perse, sans qu'aucun d'eux eût été 
distingué par un don quelconque , pas même par un 
habit d'honneur ; que l'homme était l'esclave de la 
bienfaisance ' ; que des paroles douces et aimables 
étaient préférables aux paroles dures et rudes ; qu'un 
éléphant se laissait mener par un cheveu * ; que l'af- 
faire de Bayezid pouvait être considérée comme ter- 
minée, et qu'il n'était pas nécessaire de mettre des 
troupes en mouvement , ce qui pourrait troubler la 
tranquillité du pays , parce que, lorsque les monta- 
gnes s'ébranlent, les hommes s'enfuient. Dans leur 
réponse, les vizirs s'étendaient longuement sur le 
crime de Bayezid, et préi^entaient cette révolte d'un fils 
contre son père comme le plus grand des forfaits ; ils 
rejetaient les moyens proposés pour pallier le parjure, 
comme contraires à la promesse faite de l'extradition, 
et terminaient en disant qu'après l'accomplissement 
de cette mesure , le service serait récompensé ; que 
les monarques donnaient bien des récompenses après 
un service rendu, mais non pas want; que d* ailleurs 
le Sultan avait prouvé son amitié pour le schah, en 
lui députant des ambassadeurs d'un rang plus élevé 

I £l-lnsan obeïdoul-Uuan, 

* Touwani ki fill bemouji keschi^^ 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. iSg 

qu'il n'eQ âiVmt encore accrédilé auprès d'aucune autre 
paûssance. 

Munie de cette lettre, la troisième ambassade de Sou- 
ieïman, composée du gouverneur de Wàn, Khosrew- 
Pascha , et du chambellan Sinan-Âga , prit le chemin 
de Tebriz ; de son c6té, Sélim éàvoya son tschaousch- 
baschi ; Aliaga ^ , avec lai double qualité d'ambassa- 
deur et de bourreau. A l'arrivée des agens ottomans, 
le schah ayant demandé à l'un d'eux, Sinan-Âga, s'il 
connaissait Bayeadd, celui-ci répondit qu'il l'avait 
connu dans sa jeunesse, qu'il ne l'avait pas vu depuis, 
mais qu'il espérait le reconnaître à ses sourcils et à 
ses yeux. Cette réponse fut le prétexte d'un indigne 
traitement pour le malheureux prince; avant de le 
livrer , le schah lui fit raser la barbe et les cheveux. 
Vêtu d'une veste et d'un surtout usés, et le corps en-, 
touré d'une corde au lieu de ceinture , Bayezid fut 
livré à l'envoyé de Sélim, qui s'acquitta de sa cruelle 
mission siu* lui et ses quatre fils , dans la semaine- 
sainte des Persans (1 5 moharrem 969 — 25 septembre 
1561), pendant laquelle les schiis déplorent la mort 
de Houseiû par des chants lugubres et des repré- 
sentations tragiques relatives à cet événement [xxvu]. 

> Dans la Collection du reïs^-efendi Sari Abdoiillah, il est nommé Gûlab 
c'est-à-dire eau de rose, La lettre de Souleïman dont il était porteur, et qui 
se trouve dans cette Collection, no uixxi, renferme deux cent cinquante 
lignes remplies de vaines déclamations. Le billet {tezkeré) de dix-sept lignes 
[Collection dé Sari Abdoullah, no lxxxii) , dans lequel Sélim recommande 
Vexécution du prince (à laquelle, disait-il, rien ne s'opposait plus depuis 
la mort de Roustem] à la complaisance du schah, nnérite d'autant plus d'être 
^remarqué. 



i4o HISTOIRE 

Cette fois la fin malheureuse des cinq princes otto^ 
mans fit oublier en Perse le spectacle donné à la na- 
tion en souvenir de la bataille de Kerbela, et au lieu 
des imprécations que le peuple a coutume d'adresser 
dans ces jours à l'assassin de Houseïn, des malédic- 
tions s'élevèrent au ciel contre les assassins des inno- 
cens petit-fils de Souleiman ^ Ainsi se termina la car- 
rière de Bayeadd, auquel l'amitié de Roustem et 
l'amour du peuple semblaient assurer la succession 
au trône. Cet infortuné prince connaissait le prix des 
sciences et cultiva la poésie avec quelque talent [xxviii]. 
Son corps et ceux de ses fils furent envoyés à Siwas, 
où se trouve encore leur tombeau, à côté de la route, 
près de la porte du nord. 

Immédiatement après l'assassinat, le schah fit partir 
pour Constantinople deux officiers de sa garde, Sinan- 
Âga et Houseïn-Âga, avec une lettre pour Souleiman, 
dans laquelle il lui annonçait la mort de son fils et de 
ses quatre petits-fils, et le félicitait de cet événement 
« qui fermerait la bouche à la médisance , rendrait 
aveugles les envieux , et réjouirait tous ses amis. » Il 
lui mandait encore qu'au départ de Khosrew-Pascha 
pour Constantinople^ il lui enverrait Mohammed-Âga 
Kourtschi Oustadjlû, et qu'il chargerait également 
Firouz et Tûbetaga d'une mission pour Sélim. Dans 
les lettres que ces derniers apportèrent à Sélim , le 
schah s'étendait en longues félicitations, et employait 

1 U n*y avait, dît Petschewi, f. i33, que plaintes et pleurs à Kazwin; 
le peuple proférait mille injures contre les ambassadeurs et mille impréca- 
tions contre le schab. 



DE L'EWPJRE OTTOMAN. i4i 

toutes les figures de la langue persane pour présenter 
son double crime sous des couleurs favorables ; il ter- 
minait en exprimant Tespoir d'une réciprocité de ser- 
vices. Oustadjiû arriva à Constantinople au commen- 
œment du mois de novembre , et remit les lettres de 
Tahmasp dans une audience solennelle. Quelques jours 
après, Souleïman passa à cheval, entouré d'une bril- 
lante escorte , devant la demeure de l'ambassadeur 
persan pour lui donner une opinion favorable de sa 
santé ' ; enfin, en récompense du meurtre des princes 
du sang, le quatrième vizir, Pertew-Pascha, apporta 
à Kazabad trois cent mille pièces d'or de la part de 
Souleïman, et cent mille de la part de Sélim ^ ; de Ka- 
zabad cette somme fut transférée à Kazwin par Elias- 
beg , sandjak de fKarahissar , et par Mahmoud-Aga , 
chambellan de Sélim. Un cinquième fils de Bayezid, 

I Busbek, dans son Rppport daté des îles des Princes» 4 novembre i56k 
(Archives I. R.), dit : «Beri tandem venit ezpectatus orator Perss, quem 
a* valde Lonorifice ezceperunt ^- prope aedes in quibus divertit orator tran- 
"» siturus, ut Se Persis in equo ostendat, ut ea ratione si quam habent de ejus 
» imbeciliiate opinionem deponant; elenim videtur ipsi quidquid tergiver- 
"satur Persa, quidquid ei refragaturM. V. C. ex hoc fonte manare, quod 
» per morbum et aetatem invalidus et rébus gerendis inutilis œstimarelur. » 

s L'agent secret de Ferdinand écrit du a5 novembre i56x : « L*ambas- 
» sador persiano ha afBrmato a AUbassa, che se il Turco mandera al Persiano 
» i5o some d'aspri (a5 millions) quali fanno scudi 5oo,ooo (par conséquent 
» 5o aspres i scudo). » D'après ce Rapport , l'ambassadeur n*a donc de- 
mandé que 100,000 ducats de plus que Souleïilian n'a envoyé. L'agent est 
parfaitement d'accord avec les historiens ottomans à l'égard des excuses du 
parjure : «Soggionse l'Ambassador, che avendo giurato il Persiano a Soltan 
» Bayezit e alli suoî figliuoli , che non li darà mai al Gran Turco , saria 
abene che Soltan Selim mandasse un suo personna^io, al quale il Persiano 
» coosegnaria soltan Bayezit e li suoi figliuoli. » 



i42 raSTOIRE DE L'EMPIRE OTTOMAN. 

âgé seulement de trois ans, qui se trouvait à Brousa, 
avait été étranglé par ordre de Souleïman avant ses 
frè^cs^^ Les exemples des grands monarques qui ont 
sacrifié leurs sentimens paternels à des vues poliliqves 
sont malheureusement moins rares dans Thistoire des 
empires de FOrient et même de TOcddent, qu'on ne 
le désirerait dans l'intérêt de l'humanité. Chez les Par- 
Ihes , le parricide , le fratricide et l'infanticide étaient 
un usage consacré par l'exemple des rois. Chez les 
Romains, l'amour paternel laissait tomber la hache 
républicaine de Brutus, et prononcer la sentence san-r 
guinaire de Manlius. Mithridate fit exécuter plm^urs 
de ses fils, et Philippe de Macédoine empoisonna le 
sien. Le schah Âbbas-le-Grand fut Clément l'assassin 
de son fils. La mort violente des fils de Constantin , 
de Philippe II et autres, doit souiller à jamais les an- 
nales de ces monarques. Dans la dynastie ottomane, 
ce fut Mourad P' qui légua ce triste exemple à ses suc-p 
cesseurs , en immolant son fils Sawedji ; mais il fut 
dépassé de beaucoup par Souleïman ^ qui ordonna 
l'exécution des princes Moustafa et Bayezid 9vec leurs 
enfans, et plongea deux fois sa main barbare dans le 
sang de ses fils et petits-fils. 

1 « Il Signor mandé strangolare il pîccolo figlio di Bayezit di 3 anni iq 
» Bnissa. » Voyez le Rapport de T^bassadeur vénitien du ï8 août z562, 
dans les Archives I. R. 



•^■^^^•"^••^^«^P" 



LIVRE XXXIII. 



B^ort du grand-Tizir Roosteoié — Son successeur AU conclut la paix avec 
]*ainbassadeur autrichien Busbek. — L'aventurier Basilicus , prince de 
Moldavie. — Ambassade de Ferdinand. -— Négociations avec le roi d'Es- 
pagne et la république de Gènes. — Traité de commerce avec Florence. — 
Mariage des filles de Sélim. — luondations, aqueducs, construction de 
plusieurs ponts. — Faits d'armes des marins ottomans Xorghoud et Pialé, 
Piri-&«[s et Sidi-AU , dans la Méditerranée et dans la mer de l'Inde. — 
Siège de Mehdiyé par les Espagnols. — Conquête de Boudja, Oran, Be- 
nezert et dévastation de Mayorque. — La place de Djerbé conquise par 
les Espagnols et reprise par Torghoud. — Entrée triomphale de Xor- 
ghoud à Constantinople. — Frise de Piuon de Yelez par les Espagnols. 
— Siège de Malte. — Négociations avec l'Empereur pour la ratification 
de la paix. — Campagne de Szigeth. — Exécution d'Arslan-Pascha. — 
Mort de Zriny et de Souleïman. 



Peu de temps avant la fin tragique de Bayezid , le 
^rand-vizir Rousteiln-Pascha, gendre de Souleïman, 
^tait mort d'une hydropisie ' ; il avait vainement em- 
ployé l'influence du pouvoir qu'il avait su conserver 
^teiême après la mort de Roxelane , à défen(k*e contre 
les intrigues de Sélim l'infortuné Bayezid que ne pu* 
:^rent sauver les stériles sympathies du peuple. Après 
U)ralmn, Roustem est celui des grands-^vizirs du règne 

i Busbek, ep. IV : Aquà extincius interçutea. 



i44 HISTOIRE 

de Souleïman qui mérite le plus de fixer notre atten- 
tion , car Mohammed SokoUi appartient moins à ce 
règne qu*à ceux de Sélim II et Mourad m ' . L*admi- 
nistration de Roustem embrasse un espace de quinze 
ans, et ne fut interrompue que deux années, lorsqu*à 
la mort du prince Moustafa les murmures des janis- 
saires rendirent nécessaire son éloignement momen- 
tané. Il s'appliqua, pendant cette longue gestion des 
affaires , à enrichir le trésor du Sultan et le sien , ce 
qu'il fît au grand détriment de l'État, en introduisant 
le premier la vénalité des charges, et en ouvrant ainsi 
la porte à la corruption dans toutes les branches de 
l'administration. Cependant son système financier et 
administratif était préférable à celui de ses successeurs, 
soit à cause de la stabilité relative des fonctionnaires 
dans leurs emplois, soit en raison du taux auquel on 
conféra ces emplois, lequel paraîtra fort modique, 
comparativement à celui que l'exigence croissante des 
grands-vizirs imposa dans la suite. Ainsi il n'avait taxé 
le gouvernement d'Egypte qu'à dix mille ducats, et 
avait adopté pour les autres un tarif en rapport avec 
leurs revenus, qu*il connaissait parfaitement. Le beg- 
lerbeg d'Erzeroum avait voulu reconnaître, par le don 
d'un cheval de race et de cinq mille ducats, sa nconi- 
nation à ce gouvernement, l'un des moins lucratifs de 
l'empire; mais Roustem n'accepta que le cheval et 

< Roustem fut nommé grand-vizir en i544, destitué en i553, reprit ses 
fonctions en i555, et les conserva jusqu'à sa mort en z56i. C'est à tort 
qu'Ali a fixé la date de sa première nomination à 947 (i54o}, et celle de 
•a mort à 966 (i55tf). Voyez Solakzadé et Hadji Khalfa. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i47 

I trois mille ducats, et renvoya au beglerbeg le surplus 
de la somme. C'est dans cet esprit d'avarice et d'équité 
qu'il demanda à Busbek des sommes d'argent en re- 
tour de son entremise officieuse pour lui obtenir une 
paix favorable, et qu'il les lui rendit ensuite parce qu'il 
n'y eut pas de traité conclu. Le caractère de Roustem 
était naturellement sombre et sévère, et la rudesse af- 
fectée de ses manières était en parfaite harmonie avec 
les dispositions de son esprit ' . Chaque parole qui sw- 
tait de sa bouche était un ordre ; des poètes lui ont 
<néme reproché de n'avoir jamais ri. Roustem remplit 
QOn seulement les caisses publiques , mais encore le 
^sor particulier du Sultan, ceux du harem et des 
domaines, et créa le fonds de réserve déposé dans les 
^pt-Tours. Il y avait aux finances une chambre qui 
Portait cette inscription : Trésor amassé par ks soins 
^e Boustem. H laissa lui-même à sa mort une fortune 
^^mense ; nul grand- vizir n'avait avant lui entassé au- 
^nt de richesses. Sa succession consistait en huit cent 
^tiinze fermes dans la Roumilie et l'Anatolie , quatre 
^^nt soixante-seize moulins à eau, dix-sept cents es- 
claves, deux mille neuf cents chevaux de bataille, onze 
<^ent six chameaux ^, cinq mille kaftans et habits d'hon- 
'^«ur richement brodés, huit mille turbans ^, onze 

1 Busbek, ep, IV : « Rustenus semper avarus, semper sordidus, et qui 
*» {irùnum utilitatis et pecuniœ ratiooem duceret. — Rustenus semper tristis, 
» semper atrox sua dicta pro edictis habere volebat. >• 

> AU compte mille cent six chameaux , qui formaieul plus de cent quatre- 
"vingi-trois rangs, 

3 Oiez,^ui en compte quatre-viogt mille, a mis un zéro de trop, ain^i 
«l»» 'à l'occasion des huit mille Korans. Vo)ez ses Mémoires sur l*j4sie, 
T. VI. lo 



i46 HISTOIRE 

cents bonnets en drap d*ar, deux mille neuf cents 
cottes- de-mailles S deux mille cuirasses, six cents 
selles garnies d'argent , cinq cents autres incrustées 
d'or et de pierres précieuses , quinze cents casques 
plaqués d'arçent, cent trente paires d'étriers en or *, 
sept cent soixante sabres ornés de pierres précieuses, 
mille lances garnies d'argent ^, huit cents korans, dont 
cent trente enrichis de diamans , cinq mille volumes 
de différens ouvrages, soixante- dix-huit mille du- 
cats , trente-deux pierres fines représentant une va- 
leur de cent douze charges de mulet (c'est-à-dire onze 
millions deux cent mille aspres) ; l'argent comptant 
qu'on trouva chez lui fut estimé à mille charges (cent 
millions d'aspres, ou deux millions de ducats). Cepen- 
dant Roustem avait employé une grande partie de sa 
fortune en constructions d'utilité publique, et avait 
fondé une mosquée, une académie et une cuisine pour 
les pauvres à Constantinople, à Rotisdjouk et à Hama. 
Le second vizir, Ali, qui succéda à Roustem dans 
la dignité de grand-vizir, avait un caractère entière- 
ment opposé ; il était affable , populaire et plein de 
générosité^; fils d'un Dalmate de Brazza, il avait fail 
partie, avant la conversion de son père à l'islamisme, 
de la levée forcée de dirétiens qui se faisait annuelle- 

1 Sirh, cottes-de-maiUes. 

a Non pas cent Tingt étriers, comme le dit Diez, ce qui ne ferait qu« 
soixante paires. 

3 Des lances, et non pas des sabres, comme l'a traduit Diez. 

4 t'Diversi Bassarum Hally et Rusleni mores , dispar ingeniiim, vita iLl 
M sine sordium suspidone, non metoa, nec ejus comitas et facilitas api^ 
«prindpem reprehensionem haberet. » Busbek, ep, 17, p. 294. 



DE L'£MPIR£ OTTOMAN. 147 

ment pour recruter les janissaires. Par la protection de 
son parent, Khasta-ÂIi, kiaya du grand-vizir Ibrahim- 
Fasdia, il entra au serm, d*où^il sortit pour être élevé 
au rang d'aga des janissaires ; il fut ensuite investi 
du gouvernement d'Egypte , avec le titre de vizir ou 
pascha à trois queues. Son embonpoint l'avait fait sur- 
nommer le Gras ou le Gros; mais la légèreté et l'ac- 
tivité de son esprit contrastait singulièrement avec son 
extérieur. L'histoire des vizirs rapporte plusieurs de 
ses saillies, et entre autres celle qu'il adressa au molla 
Hilali de Karaman. Celui-ci était infatué de ses con- 
naissances, et avait l'habitude de dire que les autres 
oulémas ne savaient que les douze sciences [1] ensei- 
gnées dans le cours d'études de l'académie, tandis 
qu'il en possédait pour sa part six fois autant ; il pré- 
tendait même que les livres qu'il avait écrits pouvaient 
remplir le monde entier. Cette outrecuidance fit dire 
à Ali qu'il serait assez difficile au molla Hilali de rem- 
plir l'univers de ses écrits ; mais que tout ce fatras [11] 
suffirait peut-être pour combler le canal de Galata , 
de sorte qu'on pourrait le passer à pied sec ; après ce 
bain de mer, ajouta-t-il, la science du molla, devenue 
plus nette, pourrait être profitable à la ville et à l'Etat. 
Par son affiibilité et son habileté naturelle, qu'avaient 
encore développées l'âge et l'expérience , Ali facilita 
beaucoup les négociations de l'ambassadeur Busbek '. 
U se montra avec lui ausâ prévenant ^ aussi accom- 



* « A quo tempore magna mihi interoessit cum eo Bassa (Ali) familiaritas 
"perpetoaque de pace acdo. » Ep, IV. 

10* 



i48 HISTOIRE 

modant que Roustem avait été rude et opiniâtre ' , au 
point que souvent les Turcs se plaignaient d'être obli- 
gés d^attendre dans Tantichambre la fin de ses confé- 
rences avec Tambassadeur. « Je sais bien, dit un jour 
Ali à Busbek qui le pressait de conclure la paix, que 
mon vieux maître a besoin de repos, mais le repos 
n*est pas moins nécessaire à Teropereur. Quand on 
désire le salut et le bonheur des peuples , il ne faut 
pas rappeler au combat le lion endormi. Les âmes 
des princes sont comme des miroirs : si ceux-ci réflé* 
chissent les objets qu'on leur présente, les âmes des 
princes reflètent, pour ainsi dire, les insinuations de 
leurs conseillers. De bons ministres doivent chercher à 
concilier tous les intérêts, de même que les bons cui- 
siniers cherchent à apprêter des mets qui conviennent 
à tous , et non pas seulement à tel ou tel convive. » 
Ces dispositions amicales ne furent point changées par 
la nouvelle d'une invasion de troupes allemandes en 
Moldavie, et la première année des fonctions d'Ali 
vit se terminer heureusement les négociations par un^ 
paix de huit ans. Le drogman de la Porte, Ibrahimbeg,, 
qui, sous Roustem, avait perdu sa place sur les insti — 
gâtions de l'envoyé français , Lavigne, et l'avait re — 
couvrée par l'intercession de Busbek, se rendit très^ — - 
utile à Tambassadeur en cette occasion. Busbek de — 
manda son congé et l'envoi du drogman Ibrahim im- 
Vienne pour soumettre les propositions de la Portée 

• « Qu» Hustenus eolloquîa mecum brevissima habere solitus erat Hal 
» dabat operam , ot in plures horas exteuderet et malta humanitate coiw 
» diret. « £p. IV. 



DE L^EMPIRE OTTOMAN. 149 

à l'approbation de Tempereur ; avant son départ de 
Gonstantinople, il ne fut pas invité à un diner de céré* 
monieau diwan, parce que le traité n'avait pas encore 
recula sanction de Tempereur, mais le grand-vizir lui 
envoya un habit d'honneur, un cheval arabe, de la 
diériaque d'Alexandrie et du baume de la Mecque 
(17 août 1562). 

La ratification des conventions passées entre Busbek 
Gt le grand-vizir Ali fut signée par l'empereur, à Pra- 
gue, le 1 ^ juin de la m^ne année ' . D'après les clauses 
4u traité, Ferdinand consentait de nouveau au paie- 
^CTit d'un tribut annuel de trente mille dueats, et 
^^cnonçait à toutes les places de Transylvanie ^ il pro- 
^ifiettait en outre de s'entendre avec le fils de la reine 
Isabelle à l'égard des places hongroises. Melchior Ba- 
lassa, frôlas Bathory et les autres vassaux qui étaient 
Centrés ou qui rentreraient par la suite dans leur de- 
^voir envers Ferdinand, étaient compris dans la paix , 
^ont Tc^ervation serait enjointe aux sandjaks, voïé- 
"Vodes , begs et autres chefs préposés à la garde des 
frontières. Toute transgression du traité serait sévè- 
sreraent réprimée; ceux qui s'empareraient d'une place 
âi force armée seraient punis de mort , et la place en 
^Dutre inmiédiatement rendue. Chacune des deux puis- 
ssances était libre de fortifier les places situées sur son 
territoire, mais non pas celles appartenant à l'autre. 
0)ntrairement à l'équité , la place de Tata ne fut pas 



1 Beelarado a eonfirmaiio conditionum pacit eum TurchU» Prague,^ 
X jnm i562. Archives I. R. 



i5o HISTOIRE 

rendue; mais du moins il fut expressément stipulé que 
les Turcs ne profiteraient pas de cette pointion pour 
inquiéter les châteaux et les paysans de l'autre côté du 
Danube. Ceux qui avaient payé jusque-là des impôts 
aux deux parties devaient continuer à les payer, mais 
sans que de part ni d'autre on pût leur imposer une 
augmentation. Des commissaires devaient être nom- 
més pour régler les différends qui pourraient nattre 
relativement à la démarcation des frontières ; lès bri- 
gands devaient être livrés à la justice , les duels dé- 
fendus, et l'agresseur puni sur la dénonciation de l'ad- 
versaire. Enfin les ambassadeurs, chargés d'affaires et 
délégués de l'empereur, auraient le droit d'entretenir 
autant d'interprètes que bon leur semblerait. C'est à 
ces conditions que la paix fut renouvelée pour huit 
ans [m]. Le drogman de la Porte, Ibrahim (le renégat 
polonais Strazzeni), qui s'attribuait le titre de prafnier 
interprète de l'empereur ' , se rendit avec Busbek à 
Francfort, où il remit à Ferdinand, avec ses lettres 
de créance , la ratification du Sultan , et lui ofiril 
quatre chameaux , un cheval , une boite de baume . 
un tapis, une paire d'étriers plaqués d'argent et deus 
coupes d'agate ^. L'acte ottoman différait en plu- 
sieurs points très-essentiels de l'acte rédigé en latin. ïa 

I Summus interpres, 

9 Istuanfi, 1. XJI, dit : <« Relatio sive sermo legati padfici, Ebraîmi Strf>- 
» tscheniiy Poloni, a Solimano Turcarum imperatore ex Gonstantinopoli a« 
» Christianonim Caesarem Ferdinaodum ejus nominis primam destinatm 
n apud Francofortum Mœni coram statibus Imperii ibidem pnesentibus li*^ 
»gua Slavooica recitatus, anno iSôs die 27 novembris. » Appendice ^ 
Rapport de Busbek. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i5i 

Sultan n'avait compris dans le traité que Balassa, Ba- 
thory , ceux des barons qui étaient déjà rentrés sous 
la domination de Ferdinand , et non ceux qui y ren- 
treraient par la suite; il avait aussi stipulé Textradi- 
tion des réfugiés, tandis que dans Tacte impérial il 
n'était question que des rebelles et des brigands , et 
avait également étendu le traité aux voïévodes de Mol- 
dayie et de Yaladiie , dont Ferdinand n*avait fait au- 
cune mention. Enfin il n'y prenait pas , comme l'a- 
vait fait l'empereur, l'obligation de cesser les travaux 
de fortification. L'article ccxicernant les paysans était 
conçu en des termes qui laissaient siçposer que les 
propriétaires de Szigeth ne pouvaient rien exiger de 
leurs paysans à Tolna et Mohacz. Le drogman pré- 
senta ensuite un mémoire dans lequel on demandait 
quatre - vingt - dix mille ducats comme représentant 
l'arriéré de trois années de tribut, et la restitution de 
quelques prisonniers turcs, désignés par la veuve de 
Roustem, en échange de l'Espagnol don Alvaro, 
qu'on avait mis en liberté à Constantinople '. L'em- 
P^ur éluda ces diverses demandes en disant qu'il 
^''Verrait sa réponse au Sultan par un ambassadeur ; 
9^*on ferait des recherches à l'égard des prisonniers, 
^^îs que les erreurs commises dans l'acte turc de- 
^^ent avant tout être rectifiées. L'article des quatre- 
^^gt-dix mille ducats , pour lequel Busbek s'était à 

^ « Ibrahimus orator Turcicus exhibet Cœsare» Majestatl binas liUeras 
* ^^^incipis sui , uns credentiales, alterae confirmatori» pacis, qu» collatœ 
^^«n his, quas majestas CsBsarea roisit, discrepant. » Acte original, dans 
^^''^ Archives I. R. 




iTia HJSTOIUK 

peu près engagé , fut passé sous silence ' . Le séjour— "^b* 

d'Ibrahim à Francfort dura treize jours, pendant les 

quels il fut reçu deux fois par Tempereur; à sa se 

conde audience, il reçut la promesse d'un présent sem j- 

blabie à celui qu'on avait donné à son prédécesseu 
Younizbeg. IjCs réponses à ses lettres de créance ei 
à ses notes lui furent expédiées de Spire '. 

A l'époque de cette mission du renégat Ibrahim 
arriva à Constantinople une ambassade persane en 
voyée par le schah , en retour de celle que le Sultan 
avait chaînée de lui apporter les quatre cent mille du 
cats , salaire de l'assassinat du prince Bayezid. Gett 
ambassade n'offrit que de modiques présens , savoir 
sept tapis de peu de valeur, un exemplaire du Ko 
ran , cinq grands plats de porcelaine et une boite d 
bézoard ^ Les présens que le grand-vizir fit en so 
propre nom à l'ambassadeur furent bien plus bril 
lans; il lui donna deux habits de drap d'or, six vas^ 
et six plats d'argent, deux beaux chevaux, qui à e 
seuls dépassaient déjà la valeur totale des présens o 
ferts par celui-ci , et revêtit vingt-cinq personnes 



I Responsum Ferdinandl ad Ihrahimum ddo, i3 december i562, 
Summarium relàtionis Busbequii, aux Archives I. R. 

a Ferdinandus ad Jlbertum de Wyss , le 1 3 décembre 1 56a , daté 
Spire, aux Archives I. R. Ferdinand remercie la Porte de la mise*ea liher:i 
de don Alvaro, et se plaint de ce qu'on exige pour la délivrance de BcL^ 
la cession de quelques-uns de ses châteaux a Zapolya. UExemplum r"^ 
ponsi pro ibrahimo serenissimi principis Turcarum Summo interprète 
trouve aux Archives I. R. 

3 a XJna scatola di lacrime di cervo. >• Rapport de Tagent secret de 
dinand à Constantinople , aux Archives I. R. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i5:> 

sâ suite de kaftàns brodés d*or ' . Jje Sultan admit ren- 
voyé du schah à une audience solennelle et lui fit re- 
mettre un nombre égal de vêtemens d'honneur, de 
^ases d'argent et de dievaux , en y ajoutant la somme 
de cent cinquante mille aspres ^. Les instructions de 
l'ambassadeur lui prescrivaient de demander : 1 ^ des 
secours contre les Turkomans et les Ouzbegs; â° le 
libre passage des pèlerins persans qui se rendraient à 
la Mecque, par le territoire turc; S"" la permission 
pour le père de l'ambassadeur , qui faisait partie de 
sa suite , de passer le reste de ses jours à -Jérusalem; 
A^ l'extradition des cinq fils du khan de Bidlis, qui 
s'étaient soustraits au pouvoir du schah, en se réfu- 
^nt à Bagdad. La première de ces demandes fut re- 
fusée, par la raison que la religion ne permettait pas 
d'assister les Persans, qui étaient des Schiis (héréti- 
ques) , contre les Ouzbegs (Sunnis , comme les Otto- 
mans); à la seconde, on objecta que les pèlerins per- 
sans pouvaient être pillés par les Arabes, circonstance 
qui pourrait amener une nouvelle rupture de la paix ; 
la troisième échoua encore comme contraire aux usa- 
ges ; on accorda seulement la* quatrième , parce que 
ni la religion ni les usages ne s'y opposaient , et que 
l'extradition du prince Bayezid avait donné droit de 
prétendre à une sorte de réciprocité. 
Peu de temps avant l'arrivée de l'ambassadeur 

■ « aS gentiluoniini suoi , uua veste d'oro per cadono el al deCto anibas- 
» sador uu baril et uo Oramin d*argento , e 6 vasi e 6 piatti d^argento. » 
Voyez Archives I. R. 

a « i5o,ooo aspri, che fanno (re mille scudi. » Voyez le métiK; RappofU 



i54 HISTOIRE 

parsan, on avait célébré à Constantinople le mariage de 
trds princesses , petites-filles de Souleïman : les deux 
premières, âgées de seize ans, étaient filles de Sélim, 
et la troisième , du prince Moustafa ; celle-ci épousa 
Âbdoulkerim, aga des janissaires; Tune des filles de 
Sélim , appelée £smakhan, fut mariée au second vizir , 
Mohammed SokoUi, l'autre au kapitan^pascha Pialé. 
C'est à l'occasion de ces deux derniers mariages qu'on 
se dispensa d'ofinr à Busbek le dîner de cérémonie 
usité au départ d'un ambassadeur ; on prétexta que 
la fille de Souleïman, veuve de Roustem, occiq)ée du 
mariage de ses nièces, ne permettait à aucun membre 
de la famille de s'élo^ner ' . Cette princesse avait com- 
battu autant que Roustem son époux les prétentions de 
Sélim à la succession ; mais, en apprenant l'exécution 
de Bayezid , elle demanda à son père la permission 
de se retirer à l'ancien serai, et elle se réconcilia avec 
l'héritier présomptifs. Elle engagea ensuite le grand- 
vizir Âli à une grande expédition maritime contre 
Malte, et promit d'armer à ses frais quatre cents ga*- 
1ères ; mais Souleïman et Sélkn s'opposèrent à ce pro- 
jet pour ne pas priver la jeune mariée de la présencer 
de son époux ^. Le grand-vizir n'aimait pas le kapitan- 

I « Prandium excusantes, quod Rustemi uzor apparandis nuptib nepliuim> 
» e fratre Selimo muliebrî more sit intenta , nullum cognatorum avocari pa^ 
» leretur. » Rapport de Busbek du 17 août i56a, aux Archives I. R. 

9 « La moglie di Rustem ha ricercato il Bassa di far > che il signor su(^ 
•x padre la ricevi nel Seraglio e di reconciliarla col Selimo. » Rapport de 
l'ambassadeur yénitien, aux Archives I. R. 

3 « S. Selim per sodisfar la figliuola maritata col capitano dd mar pensa 
» col Sr. non mandar fîior l'armata , e il Bassa per Todio portalo ad esso 



/ 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i55 

pascha, à qqi il vonlaft enlever sa place pour la donner 
À J'aga des janissaires ; mais Pialé était trop bien établi 
dans la faveur du Sultan pour concevoir des craintes 
sérieuses à cet égard. Souleîman , déjà profondément 
Wfg^ de la révolte , de la fuite et de Texécution de 
ayezid, ne Tétait pas moins de^ débauches de Sélim; 
^^ lui écrivit une lettre dans laqudle il l'exhortait à 
^z^anger de conduite, k s'abstenir de vin , et enfin à 
xnieux observer les préceptes du Koran. Sélim , au 
l.îeu de suivre ce conseil, destitua l'envoyé de son père, 
]()our le punir du message dont il avait été porteur ' . 
Souleïman, irrité de la résistance de son fils, fit mettre 
^ mort Mourad-Tschelebi , qui passait pour le com- 
;|>agnon des débauches du prince; il chargea deux 
liapidji-baschis (chambellans) de faire part à Sélim de 
^ette exécution , et de transmettre à Mourad , fils de 
âélim, l'ordre de partir sans délai pour son sandjak. 
«Sélim dévora sa colère, et fdgnit une soumission par- 
faite à la volonté de son père ^. Mourad demanda à sc»i 
l)eau-frère, le kapitan-pascha, une galère, à l'effet de 
se rendre dans son gouvernement ; mais Souleunan ne 
permit d'envoyé qu'une galiote. 



» capitano dice , che consigliera al Sr. ht capitano Taga dei Janiceri. » 
Bapport de Vambassadeur Ténitien, aux Archives I. R. 

I • Il Sgr. mandô a esortar S. Selimo di non bever vino, e Selimo ha 
>• prÎTato di grado quello, che li ha fatto rAmbassata. » Rapport de Tambas- 
sadeur vénitien du 14 novembre z56a, aux Archives I. B. 

9 « Mande il Sgr. due Capigi informar Selim baver &tto tagUar la testa a 

* Murad Celebi , e Selimo dissimula il dispiacer che ne presse — professa 

* per H Capigi obedienza al padre. » Rapport de l'ambassadeur vénitien du 
niois de décembre z56i. 



i56 MSTOIHE 

Le 30 noveiQbre 156â, Ibrahim, ambassadeur de 
la Porte à Francfort, assista au couronnement de 
Maximilien , roi des Romains. Dans la première moi- 
tié de cette année, pendant les négociations de Busbek 
à Constantinople, et même après le départ de ce der- 
nier, les hostilités avaient continué entre plusieurs 
commandans des frontières, hongrois et ottomans. 
Roustem, beglerb^ d'Ofen, et le sandjak de Temes^ 
war, avaient attaqué avec leurs forces réunies les 
villes de Szathmar et Neméthi , séparées par la ri- 
vière Szamos ; mais forcés de se retirer devant leurs- 
vaillans défenseurs Melchior Balassa et Zay, ils s'é- 
taient bornés à les incendier. Jean Balassa , voulante 
opérer une diversion dans les forces de Fennemi ei^ 
faveur de son frère enfermé à Szathmar, marcha ave(^ 
quatre mille fantassins et mille cavaliers sur Széc — 
sény , dont Mahmoud avait remis le commandement:^ 
à Saswar, afin de se rendre lui-même au siège d^ 
Szathmar. Saswar envoya en toute hâte le capitaine 
Beschir (odabaschi) à Fûlek , avec la mission de de- 
mander des secours à Hasan Prodovich. Celui-ci ac- 
courut avec la promptitude de l'éclair à la tête de 
huit cent dix cavaliers , et battit Balassa , auquel il fit 
éprouver une perte de près de huit cents hommei». 
Jean Crusich, commandant de Carpon, Thomas Palfy 
et d'autres officiers, furent faits prisonniers et en- 
voyés au Sultan [iv] (14 juillet 1562). Cette défaite 
des Hongrois fut compensée par la reprise du château 
d'Hegyesd dans le palatinat de Szalad sur le lac Ba- 
laton , et par la victoire de Zriny sur Arslanbeg de- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 157 

vant Szigeth. Le palatin Nadasdy et Ekhard, comte de 
5alm, commandant de Raab et fils de l'immortel dé- 
fensem* de Vienne, firent prisonniers les quatre-vingts 
Sommes composant la garnison du château d'He- 
S^esd, et en détruisirent de fond en comble les ou- 
^v^rages. Nicolas Zriny passa la Drave entre Babocsa 
Temes avec mille cavaliers et deux mille fantassins, 
ur anéantir les travaux de fortification commencés 
Monoslo, de l'autre côté de la Drave, par Arslan- 
ijeg , fils de Yahya-Pascha et frère du beg de Széc- 
ény. Les Ottomans , quoique supérieurs en nombre, 
urent saisis d'une terreur panique à l'arrivée de 
riny, et s'enfuirent; Arsian lui-même, après avoir 
^^revé un cheval , ne parvint qu'avec peine à se sau- 
^^er, et fut obligé* de laisser à l'ennemi ses harnais 
^n or, ses chiens de chasse, quatre faucons et deux 
^;anons de gros calibre. Le siège de Szathmar avait 
^é abandonné faute de vivres. Le vieux Malkodsch 
XQourut peu de temps après, et son corps enveloppé 
d'une serpillière fut transporté par ses soldats à Her- 
zégovine, où il fut déposé dans le tombeau de ses 
pères. Vers le même temps , le gouverneur d*Ofen 
mourut de la peste dans cette ville , et fut remplacé 
par Arslan-Pascha, sandjak de Poschega. Une affaire 
funeste pour les Hongrois fut celle du brave Bebek , 
qui donna dans un piège que lui avait tendu Hasan 
Prodovich, sandjak de Fûlek. Un renégat, qui de 
mahométan s'était fait chrétien, avait ensuite repris le 
turban, et qui, dans cette circonstance, prétendit vou- 
loir embrasser de nouveau la foi chrétienne, fut Tins^ 



i58 HISTOIRE 

trunieiit dont se servit Hasan pour attira le che^ hon- 
grois dans son embuscade. Ce fut sur les conseils de 
ce renégat que Bebek, Sarkœzy et Magôczy-, accom- 
pagnés de Rakoczy, Hangony, Bokry et Peikesch , 
s'engagèrent dans la forêt du diâteau de Balogh â- 
tué non loin de la rivière Rima ; tout d'un coup ils 
se virent entourés de troupes turques et obligés de se 
rendre à discrétion. Sarkœzy, qui avait arrêté , au mé- 
pris du droit des gens, Mohammed-le-Long, capitaine 
des cavaliers de Pesth, ainsi que le tsdiaousch He- 
dayet , renégat saxon de Transylvanie, et qui les avait 
vendus à Bebek en échange du château de Boldogh, 
fut maltraité par Hasan lui-même à coups de massue, 
et expira dans les plus a£Ereux tourmens; Magocsy 
fut mis en liberté moyennant une rançon de quatorze 
mille ducats, dont le juge de Debreczin garantit le 
paiement ; Rakoczy et Hangony furent relâchés pour 
la modique somme de deux mille écus. Mais Bebek 
fut emmené prisonnier à G>nstantinople , bien qu'il 
eût fait donner la liberté à Mohammed-le-Long]et au 
tschaousch Hedayet. Hasan ne reconnut cet acte de 
générosité, qu'en lui accordant la délivrance de Bo— 
kry, et eti lui permettant de charger ce dernier d'un, 
message pour sa fenune et ses enfans; il rendit le 
jeune Peikesch à Magocsy pour un casque d'or. Be— 
bek arriva à Constantinople un mois avant le départ 
de Busbek ; on lui assigna d'abord pour domicile la 
maison du troisième drogman , nommé Ferhad , qui 
avait été mêlé à toutes les affaires de Transylvanie , 
et qui prenait le titre de très-humble drogman, plu^ 



DE L'EMFIRE OTTOMAN. i5g 

modeste à coup-sûr que celui de drogman suprême '. 

Ce fat en vain que Gaspar Baclies , ambassadeur de 

Uransylvanie, intercéda pour Bebelc ; lui-même rejeta 

ia condition qu'on lui imposait de changer de religion. 

U fut donc enfermé à la Tour-Noire du château d'Asie 

^13 octobre 1 562) ^ Hasan, sandjak de Fûlek, essaya, 

nfiais sans succès, de s'emparer du comte Nicolas 

Zriny. La fortification de Monoslo fut continuée ; les 

viartoloses poussèrent leurs incursions jusqu'en* Sty- 

ne, et enunenèrent prisonniers des habitans de Lue- 

^enberg ^. 

Pendant ces démêlés sur les frontières de Hongrie , 
^es événemens d'une plus grande importance se pas* 
saient en Moldavie. Le prince régnant de ce pays, 
Aleiandre, en fut expulsé par un aventurier, qui, 
d'abord soutenu secrètement par Ferdinand , finit par 
être publiquement reconnu par la Porte. Jean Basi- 
licus, né à Candie d'un capitaine de navire, fut adopté 
par Jacques Heraclides , qui s'était arrogé le titre de 
despote de Samos, Paros et autres lies de la mer Egée. 



I HwnilUmus interpres, par opposition à summut înterpres, 
* « i 3 cet. finito Divano meridiauo fere lempore Georgius Bebecus ad 
» castéllom maris nigrî deductns; Transylvanus litteratus (Ferenz Diack) nii 
» iotentatum reliquit, ut kominem liberaret et ad Transylvani fidem ciim 
» omnibus castellis traduceret. » Rapport d'Albert de Wyss du 27 octobre 
1 562. Le chargé d'affaires de Transy Wanic voulut persuader à la Porte que, 
si Bebek était gracié, Pereny, Gabriel et d'autres barons hongrois abandon- 
neraient le parti de Femperéur. 

3 Rapport d'Albert de Wyss, de Constantinople, avec là note adressée à 
AU-Pascha le 17 septembre i56a, aux Archives privées I. R. : 18 junii 
Marlolossi captivas a JMCtenberg ahduxere» 



i6o HISTOIRE 

En vertu de cette adoption, Tempereur Charles-Quint 
non seulement reconnut Basilicus comme despote de 
Samos et Paros (possessions cependant sur lesquelles 
lui-même n'avait aucun droit) , mais il le fit encore 
palatin et lui conféra le pouvoir de nommer des doc- 
teurs, des protonotaires et des poètes couronnés. Ba- 
silicus entretenait une correspondance avec Mèlanch- 
thon ; il publia à Wittemberg un ouvrage historique 
en latin , et éleva , avec le consentement de l'empe- 
reur, quelques poètes au rang de poètes couronnés. 
Il se rendit ensuite , par la Pologne , en Moldavie , 
où il se fit passer d'abord pour un parent de la prin- 
cesse Roxandra, épouse du prince régnant, puis pour 
un descendant des Héraclides, ancienne dynastie de 
princes moldaves , en produisant , à l'appui de cette 
prétention, un arbre généalc^que qu'il avait lui- 
même fabriqué. Cependant, forcé de s'enfuir, il se 
réfugia en Pologne chez Albert Lasczky, palatin de 
Siradie, qui lui avança dix mille ducats pour lever des 
troupes. Il échoua dans sa première tentative contre 
le trône dé Moldavie, mais il réussit dans la seconde, 
qui fut soutenue secrètement par Ferdinand (10 no- 
vembre 1 56â) '. Accompagné de seize cents cavaliers, 
il parvint , après quelques escarmouches , à expulser 
le voïévode Alexandre. Le grand-vizir Ali-Pascha 
reprocha cette invasion à Busbek , et le Sultan s'en 
plaignit par une lettre autographe , que le tschaousch 
Mohammed porta à Prague , et à laquelle Ferdinand 

t « Litterae Casarb ad Jacobum Basilicum Heraclidero , despotam Sami'i 
raros et Moldaviae voivodam. Praga, 3 februarii, *• aux Archives I. R. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i6i 

répondit par d'autres récriminations. Alexandre s'était 
réfugié à Constantinople ; mais il y était venu les mains 
Ti'des, tandis que les envoyés de son adversaire s'é- 
taient trouvés eu mesure d'offrir à la Porte quarante 
mille ducats au lieu du tribut ordinaire de trente 
mille ; grâce à cette augmentation , Basilicus fîit re- 
connu voïévode de la Moldavie, et investi par un 
tschaousch ottoman du drapeau et du glaive, de la 
massue et du kouka. Bientôt après , un autre tscha- 
ousch lui apporta l'ordre de congédier une partie des 
troupes étrangères, et de les réduire à trois cents lan- 
ciers hongrois et à trois cents gardes-du-corps. Le 
voïévode se soumit de si bonne grâce à cet ordce , 
qu'il fut soupçonné de lavoir lui-même provoqué. 
Mais cette mesure ne contribua pas à le rendre popu- 
laire, non plus que les exactions sans nombre qu'il 
commit pour remplir son trésor, et les innovations 
avec lesquelles il bouleversa les anciennes coutumes 
du pays ; c'est ainsi qu'il prit un grand candélabre 
d'ai^ent à un couvent pour en faire de la monnaie , 
({u'il imposa aux habitans une contribution d'un ducat 
par tête , qu'il apporta des restrictions à l'usage gé- 
néralement reçu du divorce et punit la bigamie de 
mort ; d'un autre côté , il appela les Allemands Som- 
nier et Gaspard Peucer , gendre de Melanchthon , 
pour organiser une école, et fonda une bibliothèque, 
n fit répandre le bruit par ses affidés qu'au matin 
du jour de Noël , trois anges portant trois couronnes 
d'or lui étaient apparus , comme présage de sa do- 
'^uation future sur trois royaumes (la Moldavie, la 

T. VI. . ïï 



i62 HISTOIRE 

Valachie el la Transylvanie) ; lui -même se mit snr 
la tête une couronne d'or et changea son nom de 
Jacques contre celui divan, plus populaire en Mol- 
davie. Cependant les boyards, rev^ius de leur effroi, 
complotèrent l'assassinat des soldats hongrois et desi 
colons allemands, appelés malgré eux dans leur pays. 
Us réussirent à &ire partir les premiers pour la fron- 
tière, en répandant la fausse nouvelle d'une invasion 
des Tatares; les seconds, pour la plupart ouvriers 
tirés du fond de l'Allemagne , furent simultanément 
assassinés par tout le pays. La fille naturdle du des- 
pote fat tuée dans son berceau, sa mère reléguée dans 
un couvent ; les femmes des partisans d'Ivan , qvi 
s'étaient enfermées avec lui à Suczawa, furent toutes 
massacrées ; des Arméniennes , coupables seulement 
d'avoir prié pour son salut , furent poursuivies avec 
un acharnement implacable. Les trois chefs princi- 
paux des conjurés , Bernowsky, Moczcç et Stroitza, 
conférèrent la couronne à un certain Tomzâ , ancien 
inspecteur des magasins du despote. Celui-ci, crai- 
gnant la rivalité deDémétriusWischnjewetzki, hetman 
deç cosaques , l'attira dans le pays , le fit prisonnier 
ainsi que son lieutenant Piasek , et les envoya tous 
deux à Constantinople, où ils périrent sur le gibet. Au 
troisième mois du siège de Suczawa, un sandjak turc 
arriva avec cinq cents hommes, et scmima le despote 
de se raidre, en lui offrant un sauf-conduit. Bien qu'il 
se méfiât de cette proposition, fvan se vit contraint de 
l'accepter par les dénaenstrations menaçantes de la 
garnison de la place. Après avoir en peu de mots 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i65 

reproché à ses troupes leur lâche parjure, monta à 
cheval et sortît de la ville. Conduit devant Tomza , 
celiri^ci le tua d'un coup de massue (9 novembre 
<S63)* Tomza parut d'abord vouloir faire grâce â 
Démétrins, fils de l'usurpateur; il l'admit à sa table, 
et Im offrit le pain coupé en forme de croix , ce qui 
passaH pour un gage d'amitié chez les Valaques. Ton* 
tefoiS) le lendemain, il lui fit échancrer la narine 
droite par le bourreau, en disant que c'était l'usagé 
do pays à l'yard des parens des princes détrônés , 
pour leur ôter tout espoir à leur succession. Cepen- 
dant Tom2a ne put obtenir d'être confirmé par la 
Porte dans la principauté de Valachie , et l'ancien 
vttiévode , Aleiandre , recouvra son trône et la pro- 
tection du Sultan '. 

Un an s'était écoulé depuis la conclusion du traité 
de paix entre Ferdinand et la Porte; mais les incur- 
sions des Turcs sur la frontière n'avaient pas cessé , 
elles difficultés, relatives aux différences de rédaction 
^ntreles deux actes turc et latin, n'avaient encore eu 
aucune solution. Herbard d'Auersberg, qui trois ans 
auparavant avaiit répondu â une irruption des Turcs 
en Gamiole par une invasion sur le territoire ennemi, 
dans laquelle il avait tué les chefs ottomans Deli Mo- 
hammed et Hasan , et enlevé deux mille moutons , 
s'avança alors jusqu'à Costenoviz à la poursuite d'un 
<^Tps détaché de Turcs, qui se retira avec une perte 

* GfMlam et Sigler, et d'après eux Engiel, ffistoire de la Moldavie^ 
P tu; làats Eilgel se trompe en disant que Tomza avait demandé sa con- 
^nnition à Roustem, qtri était mort an an auparavant. 

Il* 



i(»4 HISTOIRE 

de quelques centaines d'hommes. Ferdinand diarge 
le secrétaire d'ambassade Albert de Wyss , resté 
Constantinople après le départ de Busbek, de fair 
des représentations relativement à ces violations d 
la paix et aux changemens introduits dans le texte di 
traité turc. Soulelman, de son côté, ne voyait pa^ 
sans colère que la somme promise sous le titre de pré- 
sent n'eût pas encore été envoyée; mais elle fut enfin 
apportée par Tintemonce , Paul Palyna ' , et Alberl 
de Wyss fut accrédité auprès de la Porte en qualité 
d'ambassadeur résident. Un mois après son arrivée 
(12 octobre 1563), Palyna remit une partie du pré- 
sent en un diwan solennel , et fut congédié dans les 
premiers jours du mois suivant (8 novembre 1 563), 
après avoir reçu du grand- vizir un acte am^idé, qu'il 
n'accepta toutefois que sous la réserve de le soumettre 
à l'examen de l'empereur. Il y avait entre les deux 
souverains de nombreuses contestations sur l'égalité 
de leurs droits de corvée en Hongrie , et sur la mise 
en liberté des prisonniers. Le grand-vizir exigeait que 
Tempereur empêchât dorénavant les dévastations des 
heiduques de Szigeth, Erlau et Gyula; quant aux pri- 
sonniers hongrois Bebek , Thomas Paly et Crusich , 
il refusait d'aborder la question de leur mise en li- 
berté, avant qu'on eût rempli les c<»iditions stipulées 

I «c Credentiales pro Alberto de Wyss (Prague, 17 juiUet i563) ut muni] 
** honorarium déférât, dein munere oratoris ibi fungatur, — - qui tempor 
*> Busbequi in ilia legatione desudavit; quare omi&sa in prsesens cura aliui 
« mittendi hoc onus obeundœ legationis illi imposuimus, partem ?ero 011 
M neris Paly use ferendum dedimiis* » Archives I. R. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 1 65 

pour la rançon des Espagnols Alvaro et Sanchfo , et 
qo'on eût acquitté le solde de la somme promise dans 
le traité. Albert de Wyss fut chargé en même temps 
de négocier mie paix de huit à dix ans pour Philippe II 
d'Espagne, car les ouvertures antérieures de Franchi, 
deKhios et de Vargas étaient demeurées sans résultat. 
Âli-Pascha consentit à cette nouvelle demande, sous 
la condition que le reste de la somme convenue serait 
d'abord versé. Un colonel français , Corse de nais- 
sance, apporta des lettres du roi de France et de la 
reine , et demanda l'assistance d'une flotte ottomane 
pour soumettre Ftle de Corse et la rendre tributaire 
de la Porte ' ; mais il ne réussit pas dans sa mission , 
non plus qu'un agent génois qui vint proposer un 
traité avec la république de Gènes ; le diwan déclara 
évasivement ^ ce dernier que la république devait à 
cet effet accréditer un plénipotentiaire. L'envoyé de 
Florence eut plus de succès dans ses négociations, 
qui amenèrent le renouvellement de la capitulation 
déjà conclue avec Bayerid H et Sélim P'. D'après 
les danses de ce traité , Florence jouissait dans tous 
les États du Sultan des mêmes droits que Venise ; 
elle avait le privilège du commerce des soies avec 
Brousa ^\ ses négocians dans les Etats ottomans ne 



> •< Pietro Corso colonello del re di Francia e stato da Hali Bassa, e gli 
» ha date una lettera di credenza del re di Francia et l'altra di qnella Seren. 
"Regina — doroanda Tarmata del Gran Turco per haver Gorsica, promette 
" dctio Corso di pagar tributo al Gran Turco» » 

* L'acte entier m trouve dans Tappeedice dn J,ommal de Soulelman, 

»• «XI. 



166 HISTOIRE 

dépendaient que de h juridiction de consuls ncrnsmés 
par elle , et la libre navigation de la Ma^Noire éta% 
accordée à son* pavillon. A cette époque « les ambas- 
sades polonaises étaient très-fréquentes; après ceYl& 
de Brzoi:owski * , le Sultan avait reçu dans son camp 
d'Amassia celle de Simon , staroste de L^nberg ; 
l'année suivante, Yazlowiecky se présenta aussi en 
qualité d'ambassadeur, pour entamer des négociations 
par rapport aux affaires de Valachie et aux droits de 
pâturage. La mission de Nicolas Brzeski, qui eut lieu 
dem ans plus tard, avait le même but, ainsi que celle 
de NicoJas Sieniawski ; ce dernier et Hasanbeg tmexA 
enfiq chargés de régler les questions en Kt^ [v]. Le 
tschaousch Ali fut envoyé à Venise pour terminer 
quelques différends entre le Sultan et la république \ 
Les rapports avec les cours de l'Asie n'étaient pas 
n[K)ins fréquens : nous mentionnerons notamment l'am- 
bassade du roi indien d'Assi, qui demanda des secours 
d'artillerie contre les Portugais ^, Enfin, tandis qu une 
députs^ion des principaux hahitans d'Alger sollicitait 
le rap^pel du gouverneur ^ , une autre députation de 

1 L'an i554. 

> Daiù les Scriuure turehescké, parmi les Jctet vénitiens aux Arcl^ives I. 
B., on trouTe trois lettres 4e Spuleuoan au doge; la première: Lamenii deî 
Signor contro il Console di Lepanto et altri ; la seconde i Commandament» 
a Ali Ciaus per la ricuperazion delli uomini tolti da Cortogli; la troisième 
est uii reçu de vingt^^inq mille ducats, que Barbarigo avak stipulés pour I* 
galère prise à Valom^, daté 4u z silkidé 971 (i563). 

3 « Giunto dall' Indie ambassadore del Re d'Assi domaDda artigleria per 
» difeodersi dai Portogesi. » Rapport de TamlMissadear vriiitien du la juin 
i56a. 

4 •< li Turchi d'Algir hanno maudato a Constantinopoli quel Rc corne 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 167 

Tunis iinpl(»rait des secours pour conquérir la Go- 
lettâ'. 

Pendant l'équinoxe d'automne de la même année 
(20 septembre 1563), les environs de Constantinople 
furent submergés par la plus tei^riblé inondation dont 
l'histoire ottomane fasse mention ; on ne peut la com- 
parer qu'à celle qui faillit anéantir, quatre siècles au- 
paravant, Tarmée des Croisés, commandée par le roi 
Conrad. Le jour de cet événement, Souleïman s'était 
i^ndu de bonne heure à une chdsse dans la vallée de 
Kbalkalidéré ; il se trouvait précisément sur les bords 
de la Propontide , non loin du jardin du defterdar 
Iskender-Tschelebi, pendu sur le marché de Bagdad, 
quand éclata un orage a£Ereux qui se déchaîna pendant 
vingt^uatre heur^ avec une égale fureur. Dans cet 
espace de temps, soixante-quatorze maisons ou édifices 
publics furent frappés de la foudre. Les eaux du Mêlas 
et de TAthyras, deux petites rivières qui se jettent près 
de Tschekmedjé dans la baie du même nom, s'éle- 
vèrent à une hauteur prodigieuse et inondèrent tous 
les environs. Les flots se précipitèrent de la vallée de 
Khalkalidéré avec la rapidité d*une flèche , et bientôt 
le palais d'Id^endér-Tschelebi , où Souldman s'était 
réfugié, se trouva entièrement cerné et isolé, comme 



* prigiomere* » Raffport àe Fambassadeup vénitien, juin i56i . « Ritorna in 
» Algir i Re co) fratello Seriff , che andô domandar ajitto al ^gr. per sciac- 
>• ciar il fratello. » Rapport de Vambatsadeur vénitien du 18 août i56a. 

> « L'ambassadore di Tunis per nome del Re demanda Tarmata per far 
» fimpr esa délia Gofettd. » Rapport de Tambassadeur vénitien du mois d» 
joia i56i , aux Arctnves t. R. 



lOB HISTOIRE 

une tle, au milieu d'un fleuve furieux. Déjà les eaux 
pénétraient de toutes parts, et le prince allait infail- 
liblement périr , lorsqu'il fut heureusement secouru 
par un homme aux formes athlétiques, qui le porta 
sur ses épaules dans la soupente supérieure d'un ap- 
partement [vi] , où il resta captif jusqu'à la fin de 
l'inondation. Le terrible élément, que les obstacles 
ne faisaient qu'irriter, renversa tout dans sa course 
effrénée : minés dans leur base, les aqueducs, con- 
struits naguère par Souleïman, furent menacés d'une 
ruine prochaine; celui de Maglawa s'écroula même 
entièrement. Dans la belle ^^llée des Eaux-Douces, h 
Kiaghadkhané, les platanes déracinés furent emportés 
comme de légers roseaux; tout en un mot fut balayé, 
fermes , jardins et maisons de plaisance. Les Eaux- 
Douces (deux petites rivières, appelées dans l'antiquité 
Cydaris et Barbyses) , entraînèrent vers le fauboui^ 
d'Eyoub les ruines qu'elles amoncelaient sur leur pas- 
sage ; elles couvrirent momentanément le tombeau du 
porte-étendard du Prophète , et pénétrèrent jusque 
dans l'intérieur de la mosquée qui lui est consacrée, 
et que sa position sur une petite colline semblait mettre 
à l'abri d'un semblable accident. Ni le port de Con- 
stantinople , ni les rives du Bosphore , ne purent ar- 
rêter les flots qui s'y précipitaient de toutes parts, et 
qui envahirent bientôt le rivage dans toute son éten- 
due ; les édifices les plus solidement construits furent 
les seuls qui résistèrent à leur choc impétueux. Les 
ponts du grand et du petit Tschekmedjé , ceux de 
Haramideré et de Silivri furent détruits. Enfin , pen- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 169 

dant une semaine entière, les eaux de la mer restèrent 
troubles et sans saveur saline [vu]. Afin de remédier, 
autant qu'il était en son pouvoir, aux suites de cette 
Inondation , Souleïman assigna un demi-million de 
cjucats pour relever ou réparer les aqueducs minés ou 
détruits, et pour construire à Tschekmedjé un pont de 
pierre capable de résister à l'avenir à un semblable 
<]ésastre. 

Du temps de Sélim T', des constructions analogues 
savaient été entreprises sous la direction de Sofi-Ali, qui 
du grade de général des armuriers avait été promu à 
l'emploi de grand-chambellan, et ensuite à celui de 
grand-maître de la cour de Sélim. Au moyen de cent 
dix tuyaux en plomb (bûlé) de trois pouces de diamè- 
tre, Sofi avait amené une grande quantité d'eau à Con- 
stantinople; il avait été récompensé de ce travail, qui 
devait avoir de si heureux résultats pour le bien-être 
public, par le gouvernement de Merâsch. Mais la der- 
nière inondation ayant détruit ces utiles établissemens, 
Souleïman sentit la nécessité d'en fonder de nou- 
veaux, et, dans cette vue, il fit exécuter au-dedans et 
au-dehors de Constantinople des ouvrages qui sont 
encore aujourd'hui l'un des plus beaux ornemens de 
cette ville. Les deux grands aqueducs, élevés par 
Adrien et Constantin, puis restaurés par Justinien et 
Valens , sont encore de nos jours désignés , par les 
voyageurs européens, sous les noms de ces deux der- 
niers empereurs. L'aqueduc de Justinien puise ses 
eaux dans quatre vastes bassins , situés au village de 
Belgrade dans la vallée d'Ewhadeddin, et entretenus 



1 70 îilSTOlRE 

par la petite rivière d'Hydralis qui descmd de Bel- 
grade ; celui de Yalens est alimenté par les basdins^ 
des villages de Khawasskϕ et de Khalkali. Andro- 
nicus le Comnène avait réuni les eaux nécessaires aa 
premier de ces aqueducs, en faisant construire de» 
réservoirs et une tour (aujourd'hui Pyrgas et Burgas). 
Les réservoirs de l'aqueduc de Yalens, à Khawasskœï 
et Khalkali, avaient été construits par Mohanmied H» 
Par les soins de Souleïman , ces deux réservoirs fu- 
rent restaurés , et reçurent en outre les eaux de la 
ferme de Touroundjkϕ, conduites sur des arches qui 
se succèdent d'une colline à l'autre jusque dans l'in- 
térieur de la ville. Le bassin fondé par Andronicus 
fut aussi réparé, ainsi que les deux aqueducs qui por* 
tent les noms d'Ouzoun kemer (l'aqueduc long) et de 
Gûseldje kemer (le bel aqueduc) , et qui dédiargent 
dans le bassin d'Andronicus les eaux du réservoir 
d'Ewhadeddin ou Eïwad, en passant par le village 
de Petikhori. Justinien avait élevé un pont de pierre 
sur le Mêlas et l'Athyras, près de leur embouchure 
dans la mer ; mais dans la trente-deuxième année de 
son r^ne , ce pont fut renversé par un tremblement 
de terre, qui détruisit presqu'entièrement R^um, 
aujourd'hui Tschekmedjé. L'empereur Basile de Ma- 
cédoine avait également bâti un aqueduc en bois, qui 
fut réduit en cendres par Krumos le Bulgare , sous 
Léon r Arménien, avec tous les édifices situés entre le 
Pont-d'Or et Regîum. Souleïman ordonna à l'archi- 
tecte Sinan de rétablir le pont de Tschekmedjé si 
important pour l'approvisionnement et les communi- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 171 

cations de la capitale, et lui reœmmanda de le faire 
ausâ solide que beau, et à l'épreuve des causes qui 
l 'avaient antérieurement détruit , le feu , Teau et les 
f remblemens de terre. Sinan se mit à l'œuvre, et com- 
mença la construction d*un pont, cintré en dos d'àne, 
€\m ne fut terminé que sous le règne de Sélim II , 
mais qui depuis lors a résisté aui inondations et aux 
tempêtes de la mer voisine. 

Les historiens ottomans décrivent , immédiatement 
après l'inondation dont nous venons de parler, le 
siège de Malte, qui n'eut lieu quedeui ans plus tard, 
mais dont les préparatifs commencèrent dès cette 
époque dans les arsenaux et dans le port de Constan- 
tinople. Avant de les suivre dans ce récit , nous met- 
tr^ds sous les yeux du lecteur les principales expédi- 
tions maritimes qui précédèrent le siège de Malte , et 
les noms des amiraux qui s'y signalèrent depuis la 
mort de Khaïreddin-Barberousse. 

Après la mort du kapitan-pasdia Sinan , qui suivit 
de près la destitution de son frère, le grand -vizir 
Roustem-Pascha , le conomandement des flottes otto- 
manes fut conféré au Croate Pialé. Sorti du harem 
impérial , où il avait occupé la place de chambellan , 
Pialé ne reçut d'abord, avec le rang d^amiral, que le 
titre de sandjakbeg ; ce fut seulement quatre ans plus 
tard qu*il obtint celui de beglerbeg. Après la conquête 
de Djerbé et d'autres faits d'armes que nous rappor- 
terons plus loin , Pialé se crut en droit de demander 
la dignité de vizir à trois queues , mais Souleïman la 
lui refusa dans la crainte de porter, par un avance- 



17^ HISTOIRE 

ment qui lui semblait trop rapide, un coup fatal à l'au- 
torité et au respect dont il voulait entourer la haute 
dignité du vizirat . Désireux toutefois de lui témoigner 
son auguste faveur, il lui donna pour épouse sa pe- 
tite-fille, la sultane Genher, fille du prince Sélim, pré- 
férant récompenser son mérite par la main d'une prin- 
cesse du sang impérial , plutôt que d'ôter au vizirat 
son prestige par des promotions trop faciles et trop 
répétées ' . Ce ne fut que cinq ans plus tard que Pialé 
fut élevé au rang de Pascha à trois queues. A la mort 
du kapitan-pascha , l'ordre hiérarchique appelait au 
commandement supérieur des forces maritimes le 
beglerbeg d'Alger; c'est ainsi que Hasan avait eu la 
survivance du litre de son père Khaïreddin-Barbe- 
rousse; mais il dut bientôt le céder à Salih-Reïs, cor- 
saire dont nous avons dté le nom avec honneur à 
l'occasion de la conquête de Tunis. Né au pied du 
mont Ida, dans un village de la plaine de Troie, Salih- 
Reïs avait pu dans sa jeunesse entendre raconter les 
illustres combats des Grecs et des Troyens, et puiser 
au sein de cette terre classique de la valeur cette ar- 
deur des combats qui le plaça dans la suite au rang 
des plus intrépides corsaires. Comme lui, Torghoud, 
que les historiens européens nomment généralement 
Dragut, était fils d'un chrétien, sujet de la Porte, ha- 
bitant un village du district Seroulout , dans le san- 

I Hadji Khalfa, Histoire des guerres maritimes, f. 36, dit à ce sujet avec 
autant de franchise que de vérité : « De nos jours on prodigue ^ellenient les 
» dignités , qu'un vizir ne jouit pas même de Tautorité qu'un Mudjikheg 
M possédait autrefois, » 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 175 

djak de Mentesché. Fort jeune encore, Torghoud se 
fit remarquer par sa force à la lutte et son habileté 
à tirer de Tare; il prit du service sur un navire cor- 
saire, et fut bientôt nommé capitaine d'une com- 
pagnie de soldats marins. Plus tard il tenta avec treize 
navires une entreprise contre Tîle de Corse; mais 
battu et fait prisonnier par Doria , il se vit enchaîné 
comme esclave à la galère du vainqueur. Il dut sa 
lib^té à l'arrivée devant Gènes de Barberousse, qui 
menaçait de dévaster tout le littoral de la républi- 
que ; à peine libre , et secondé par Khaïreddin , Tor- 
ghoud reparut sur mer avec une escadre de vingt- 
cinq navires , jetant l'épouvante sur les côtes et sur 
les bâtimens des puissances chrétiennes. Il fit une des- 
cente dans le golfe de Naples , surprit Castellamare, 
et enleva de ce fort et des villages environnans un 
immense butin (1 548). Peu de temps après , il s'em- 
para d'une galère des chevaliers de Malte, qui portait 
à Tripoli une sonmie de soixante-dix mille ducats. 
Dans une rencontre avec le kapitan Sinan-Pascha , 
Torghoud s'attira l'estime de l'amiral ottoman par la 
supériorité avec laquelle son escadre dirigea un feu 
des mieux nourris. Aussi , considérant les importans 
services que le Sultan pourrait tirer de Thabileté de 
Torghoud, le kapitan l'engagea à se rendre à Con- 
stantinople, pour y faire, comme Khaïreddin Barbe- 
rousse, acte de soumission à la Porte. Torghoud suivit 
ce conseil, et vint avec huit galères jeter l'ancre dans 
le port de la capitale. Souleïman lui fit un gracieux 
accueil , et l'investit du sandjak de Karli-Ili. Les ca- 



174 HISTOIRE 

pitaines des sept autres galères, tous corsaires re- 
nommés ' , reçurent chacun une solde journalière de 
soixante-dix à quatre-vingts aspres, et le commande- 
ment d'un vaisseau de guerre avec le privilège d'éle- 
ver un fanal sur la poupe. 

A peine délivré de sa captivité à Gènes, Torghoud 
songea à conquérir des possessions permanentes sur 
les côtes d'Afrique. Il chassa les Espagnols de Monas- 
tir et Souza , villes autrefois comprises dans le terri- 
toire de Tunis , et s'empara par trahison de la forte- 
resse de Mehdiyé, située sur une langue de terre entre 
Tunis et Tripoli. Les historiens européens ont con- 
fondu cette place tantôt avec Âfrikiya, tantôt avec 
Aphrodisium : les cmentalistes eux-mêmes l'ont prise 
pour Mohadia ^. 

Mehdiyé, qui domine par sa position une vaste 
étendue du littoral d'Afrique , joue un si grand rôle 
dans les récits des annalistes d'Orient et d'Occidcsit, 
que nous croyons devoir donner ici une esquisse suc- 
cincte de son histoire antérieure et de celle de son 
fondateur. Cette ville fut construite vers l'année 304 
de l'hégire (916) par le Syrien ObeïdoUah Hasan 
el-M^di , novateur et usurpateur doublement dan- 
gereux par son audace et son imposture. ObddoUah 

* Hadji Khalfa, 1. c. , f. 3i , les nomme Ghazi Moustafa, Ouloodj Ali 
(Ocbiale, renégat calabrois), Hasan Kelli, Mohammed Reïs, Sandjakdar 
Reïs , Dell Djàfer et Kara Ka&i. 

> Le savant numismate et orientatiste, le comte Ottavio Castiglioni, dans 
son Mémoire géographique et numismatique sur la partie orientale de la 
Barbarie, Milan, x8a6, a suffisamment prouvé qu'Afrikiya, Aphrodisium 
et Mehdiyé (qu'il appelle Mahdia) sont trois villes différentes. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 175 

Fvt d'abord emprisonné à Sedjelmesa par ordre du 
Idialife Moktadir pour avoir usurpé le titre de des- 
<:endant de la maison d'Âli ; mais étant parvenu à 
tromper la vigilance des agens de Moktadir et à re- 
^x>uvrer sa liberté, il s^arrogea, sous le nom de Mehdi, 
douzième imam [vin] , qui n'est attendu qu'à la fin 
^u monde, le titre de khalife, opposant ses préten- 
tions aux droits des khalifes des maisons d'Abbas et 
d'Ommia. Par cette heureuse usurpation , el-Mehdî 
se fit le chef d'une troisième famille de khalifes , les 
Fatimites : nouvelle dynastfê qui , étendant sa puis- 
sance sur les côtes nord de l'Afrique, devint bien- 
tôt menaçante pour les khalifes de Bagdad et d'Es- 
pagne, et jeta la terreur parmi les princes musulmans, 
ra accordant sa protection aux successeurs de Hasan 
Ben Sabah, le fondateur de l'ordre si redoutable des 
Assassins. Mebdiyé fut la capitale du nouvel em- 
pire et la résidence de l'usurpateur el-Mehdi. Cent 
soixante-dix ans après sa fondation, elle fut prise, 
ainsi que la ville voisine d'Afrikiya , par les Génois 
et les troupes de Pise (481 — 1088); Temim, prince 
de la famille Seïn Sanhadja , les racheta à prix d'or 
(553 — 11 58). Conquise de nouveau par le Nor- 
mand Guillaume Roger, roi de Sicile, Mehdiyé fut 
reprise deux ans après par Abdol-Moumin Ali el- 
Roufi, second prince de la dynastie des Mowahi- 
touns (unitaires) ; cette dynastie régnait dans l'Anda- 
lusi et le Moghreb , et son fondateur Tomrout avait , 
^ Texemple du chef des Fatimites , adopté le nom 
âe Mehdi , et bâti dans l'Afrique occidentale une 



1 76 HISTOIRE 

ville qu'il appela Mehdiyé ' . Abdol-Moumin II , fils 
d'Abdol-Moumin P', restitua à Guillaume n de Sicile 
(576 — 1 180) Mehdiyé dans le Toisinage de Tunis, 
conquise par son père Guillaume P'. Vingt-un ans 
plus tard, Nassir- Mohammed, second successeur 
d'Abdol-Moumin n, l'unitaire ^, expulsa de la même 
ville le prince arabe de Mayorque , de la famille des 
Moulesimins (les enveloppés) , appelés aussi Morabi- 
thins ^ , c'est-à-dire les Robothins dans la guerre 
sainte ; trois ans après , cette ville tomba avec Tunis 
sous la domination de la famille des Beni-Hafss, qui 
devint de jour en jour plus puissante (605 — 1 206). 
Après avoir soumis l'ile de Djerbé et lui avoir imposé 
un tribut, Alphonse d* Aragon, roideNapIes, se pré- 
senta devant les murs de Mehdiyé; mais voyant la 
force de sa position et la solidité de ses fortifications, 
il renonça à son projet de conquête ^ et se retira. Le 
siège tenté par l'Espagnol Pedro Navarra , amiral de 
Ferdinand-le-Catholique , n'eut pas plus de succès 
(925 — 1519). Enfin, sous le règne de Mouleï-Hasan, 
Mehdiyé, occupée d'abord par Ouroudj, frère aine de 



I Nokhbetet»tewarikh. La Srnonymique d'Yakouti n*adinet que ces deux 
Mélxdiyé, Tune à Test et Tautre à Touest de rAfrique. Les Tables ehronolo" 
giques de Hadji Khalfii placent la fondation de la troisième ville de ce nom 
eu Tannée SgS (1196). 

a Son aïeul s'appelait, d*après le Nokhbetet-tewarikh, Takoub Ibn (fils) 
Yousouf, et son père Yousoaf Ibn Abdol-Moumin, et non pas Yousouf 
Abou (père) Yakonb. 

3 Ce nom a été transformé par les historiens européens en Moravidet. 

4 La teutatiTC de ce siège se trouve confirmée dans le commentaire de 
Stella y de Jphroâish expugnato. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 177 

Khaïreddin-Barberousse , tomba ensuite au pouvoir 
eu capitaine corsaire Torghoud. 

Dès qu'il fut en possession de ce refuge, Torghoud 
reparut en mer avec une escadre de quarante-sept 
■vaisseaux, et menaça de ses dévastations les côtes d'Es- 
pagne , de Sicile et de Naples. L'empereur Charles- 
Quint résolut de chasser de son repaire l'intrépide 
pirale : à cet effet , il envoya sur les côtes d'Afrique 
une flotte commandée par Andréa Doria , et montée 
par des troupes espagnoles sous les ordres du gé- 
néral Toledo. Ces forces se portèrent d'abord devant 
Monastir, dont la garnison, vivement pressée par 
terre et par mer, se rendit à discrétion (mai 1 530) : 
douze cents prisonniers et d'abondantes munitions de 
guerre et de bouche furent la proie des vainqueurs. 
Cependant Torghoud s'était dirigé vers l'Espagne ; il 
ravagea les côtes d'Alicante et de Valence, et se ren- 
dit ensuite dans les iles Baléares ; mais ayant été re- 
poussé avec perte par les habitans de Polentia , il 
repartit pour l'Afrique, et trouvant à son retour Meh- 
diyé investie par terre et par mer, il se retira dans 
J'île de Djerbé. Vers la fin du mois de juin 1 530, l'ar- 
mée de Charles-Quint fut renforcée par l'arrivée de 
Vega , vice-roi de Sicile , qui vint prendre part au 
siège de Mehdiyé : elle trouva un autre secours non 
moins important dans une heureuse alliance avec le 
prince Sidi- Aarif , chef de quinze mille Arabes , qui 
B'était affranchi, dans son district de Kaïrewan, de la 
Buzeraineté du prince de Tunis. Vega avait parmi les 
personnes de sa suite l'ancien prince de Tunis, Mouleï- 

T. VI. i^ 



1,8 HISTOIRE 

Hasan ^ rétabli sur son trône par Charles-Quint , et 
détrôné par son fils Hamida, qui avait poussé la bar- 
barie jusqu'à priver son père de la vue ; Hamida avait 
fait subir le même traitement à un schérif , que le vice- 
roi de Sicile avait aussi amené avec lui de la Goletta. 
Ce fut par leur entremise que Vega ouvrit avec Sidi- 
Âarif des négociations qui furent conduites avec tant 
d'habileté, que, dès le huitième jour après l'arrivée 
de la flotte impériale , deux mille cinq cents Arabes 
se rendirent au camp chrétien avec une quantité de 
bestiaui suffisante pour la nourriture de l'armée. Le 
malheureux Mouleï-Hasan, vingt-deuxième souverain 
de la dynastie des Beni-Hafss , mourut peu de temps 
après : sur la demande de Sidi-Aarif, il fut enterré à 
Kaïrewan. Depuis un mois, le siège de Mehdiyé se 
poursuivait avec autant d'ardeur dans l'attaque que 
d'opiniâtreté dans la défense; les deux murs de la 
place , d'une hauteur de douze toises et séparés par 
un intervalle de vingt-cinq pieds , avaient résisté au 
feu le mieux nourri. Ce fut alors que Torghoud es- 
saya de jeter un secours dans la ville. A la tête de 
huit cents chasseurs , deux cents cavaliers et cinq mille 
Maures , il parut soudainement dans une forêt d'oli- 
viers voisine de la ville , où les assiégeans s'approvi- 
jsionnaient de bois, et attaqua à l'improviste le vice-roi 
de Sicile, le commandant des chevaliers de Rhodes, 
Sanglo, et le conunandant de la Goletta, Louis Vargas, 
qui périt dans le combat avec plusieurs des siens. Néan- 
moins les Arabes furent repoussés sur tous les points ; 
lis se retirèreW dans la forêt et retournèrent de ià dans 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 179 

l'île de Djerbé. Ce fut un échec fatal à Tautorîté du 
corsaire sur les tribus arabes de la côte : elles se dé- 
tachèrent de lui chaque jour davantage, et plus que 
jamais elles pourvurent le camp des chrétiens d*une 
grande abondance de vivres. Vers le même temps , 
Doria amena de la Sicile des approvisionnemens con- 
sidérables en munitions de guerre et de bouche. L'at- 
taque recommença dès-lors avec une nouvelle vigueur. 
Le S8 août, on mît en batterie, à une distance de deux 
cents pjfâ, vingt-deux pièces de gros calibre, qui, sur 
les sept mille boulets jetés dans la place pendant la 
durée du siège, en lancèrent à elles seules quatre mille 
huit cents contre les deux tours les mieux fortifiées. 
I^ 10 s^tembre, de larges brèches se trouvant ou- 
vertes, les Espagnols montrent à Tassaut : les deux 
tours furent emportées après un combat vif, mais de 
courte durée, et la ville se rendit à discrétion. Sept 
nulle prisonniers furent distribués entre les vain- 
queurs à titre de butin : le vice-roi de Sicile accorda 
soixante-dix blessés au capitaine génois Gicala pour la 
ï^çon de son fils retenu dans les fers par Torghoud. 
Quinze jours plus tard, la flotte cinglait vers l'Europe, 
^près avcHr laissé utie garnison suffisante dans la place 
conquise. Un court espace de temps s'était à peine 
écoulé, que Doria vint relancer le corsaire dans sa 
^lernière retraite, l'île de Djerbé, et jeter l'ancre près 
^ l'embouchure d'un canal appelé Alkantarat, c'est- 
^-dire le Pont ; mais Torghoud profita de la nuit pour 
Cesser des batteries dont le feu obligea l'amiral à 
^éloigner et à &e mettre hors de la portée du canon, 



x^"". 



i8o HISTOIRE 

Doria attendait des renforts de SicUe avec lesquels il 
se proposait d'attaquer File sur tous les points à la fois. 
Torghoud pénétra ce projet ; et dans sa situation cri- 
tique, il eut recours à un expédient souvent employé 
dans l'antiquité par les Grecs et d'autres peuples , et 
dont nous avons vu les Turcs se servir avec bonheur 
au siège de Constantinople sous Mohanuned II [ix]. A 
l'aide des équipages et des esclaves de ses galères, il fit 
construire une route en planches épaisses et enduites 
d'une matière grasse ; sur laquelle les vaisseaux furent 
traînés, au moyen de roulettes, depuis le port jusqu'à 
l'extrémité opposée de l'île, tandis qu'un feu conti- 
nuel des batteries trompait la vigilance de l'escadre 
espagnole stationnée devant le port d'Alkantarat. Doria 
ne fut instruit du succès de cette manœuvre que par 
la capture, effectuée presque sous ses yeux, du grand 
vaisseau envoyé de Sicile pour renforcer son es- 
cadre ' . 

Malgré la paix qui existait entre la Porte et Venise^ 
Torghoud ayant capturé, coulé bas ou incendié plu- 
sieurs vaisseaux vénitiens, se vit mandé à Constanti- 
nople pour y rendre compte de celte violation du 
traité. Roustem-Pascha n'aurait pas manqué de saisii 
cette occasion de nuire au corsaire, qui, déjà élevé au. 
rang de sandjak de Karli-Ili , lui paraisi^it un dan- 
gereux rival pour son frère le kapitan-pascha Sinani 
Mais Torghoud prévit le sort qui l'attendait, s'il obéisE 

« Verlot, [l. XI, et Hadjî Khalfa, Histoire des guerres maritimes. À^ 
lieu de Doria, cet auteur nomme par erreur Cicala, auquel il donne le lit* 
d'amiral vénitien. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i8i 

sait; et, pour s'y soustraire, il s*enfuit avec ses galères 
à Maroc, où il passa plusieurs années dans cet état de 
rébellion à l'autorité du Sultan. Souleïman , qui avait 
besoin de son aide contre les chevaliers de Malte, lui 
pardonna cependant le passé ; il lui promit même de 
l'investir du gouvernement de Tripoli s'il faisait la 
conquête de cette ville, et lui envoya un sabre incrusté 
d'or et un Koran, pour lui garantir sa parole. Le nom 
de Tripoli , affecté par les Romains et les Byzantins 
au territoire situé sur la côte nord de l'Afrique, entre 
h grande et la petite Syi^te , fut donné plus tard par 
les Arabes à la ville fondée sur les ruines de l'an- 
cienne GeraflFa. Tripoli devint la capitale des princes 
de la dynastie Aghleb, lorsque le chef de cette famille, 
Ibrahim Ben Âghleb, nonuné par Haroun al-Baschid 
gouverneur d'Afrikiya (1 84 — 800) , se déclara indé- 
pendant et fonda la domination de sa maison ; elle fut 
ensuite successivement la résidence de la famille Seïr 
et celle des khalifes fatemites de l'Egypte. Quand les 
Normands eurent purgé les côtes de l'Italie de la pré- 
sence des Arabes, ils portèrent leurs armes victo- 
rieuses jusqu'en Afrique (541 — 1146), où ils sou- 
mirent toute la côte , depuis Tripoli jusqu'à Tunis ; 
mais ils ne conservèrent pas long-temps leur con- 
quête , et Tripoli tomba , ainsi que Mehdiyé , entre les 
mains des Unitaires , sous le règne de Guillaume P\ 
Au déclin de la puissance des Unitaires , Tripoli de- 
vint une possession des princes de Tunis de la famille 
des Beni-Hafss, jusqu'à l'époque où Eboubekr Abou- 
Yaya Anunar fonda dans cette ville la dynastie des 



ï8a HISTOIRE 

Beni-Ammar(7â4 — 1323), qui compta sept princes 
dans une durée de soixante-dix-sept ans [x]. Pendant 
leur règne , les Génois s'emparèrent de la ville par 
surprise ; mais elle retomba bientôt sous la domination 
des Beni-Âmmars, qui la possédèrent jusqu'au mo- 
ment où le dernia* prince de cette dynastie, Abdoul- 
wahid ', en fut chassé par le seizième {H'ince de la 
Êunille des Beni-Hafâs, Âbou- Paris "". Dans la se- 
conde moitié du quinzième siècle , elle fut ccmquise 
par les Espagnols sous le règne de Ferdinand-le-Ca- 
thdiique, et son successeur, Charles-Quint, en confia 
la garde aux chevaliers de Saint- Jean. C'est à ces de- 
niers queTorghoud^ l'enleva avec le secours de Sinan- 
Pascba. Ainsi, après avoir obéi, depuis sa fondation, 
à cinq dynasties musulmanes (Beni-Aghled, Seïr, 
Fatemin , Ammar et Hafss) , et à quatre dominateurs 
francs ( les Normands , les Gcénois , les Espagnols et 
les chevaliers de Saint-Jean) , la ville de Tripoli , en 
Afrique, fut rangée sous la domination des Ottomans 
par le sandjakbeg Torghoud. Malgré la promesse 
formelle du Sultan , le gouvernement de cette ville , 
dont l'investiture devait être donnée au corsaire pour 

« Le nom entier de ce prmce comprend en même temps les quatre noms 
4e SCS prédécesseurs, savoir : Abdoulwahid Ben Eboubdur, Ben Mohammed, 
Bea Sabet, Beu Kasi, ^Lmadeddin. Le Nokhbetet-tewarikh, 

a D'après le Nokhbeiet-tcwarikli , le nom entier de ce prince est Abou- 
Fariz, Abdoulaziz Ibui Eboûl Abbas Ahmed. 

3 Voyez les détails dans Vertot, 1. XI. Flassan, 1. 1, p. 4o3y justifie, par 
1^ témoignage du graud-maitre Jean Omeada, Tambassadeiir français Ara- 
mont, accusé par les historiens contemporains de n'avoir pas contribué à la 
reddition de Tripoli. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i85 

prix de sa conquête , fut conféré , par le kapitan SU- 
uan, à Teunuque Mourad-Âga. Furieux de cette per- 
fidie , Torghoud faisait déjà hisser les voiles pour di- 
riger sa course vers Touest, entraînant à sa suite la 
plupart des autres navires, lorsque Sinan-Pascha par- 
vint à le retenir'par d'habiles promesses. Il se ren- 
dit à Constantinople , et en sortit Tannée suivante , 
avec une escadre de quarante - cinq galères, pour 
ravager les côtes de Naples et de Sicile. Descendu 
en Corse , il mit le siège devant Bastia y capitale de 
File , battit en rase campagne quatre mille cavaliers et 
trois mille fantassins accourus au secours des assiégés 
(7 ramazan 961 — 17 août 1553), et fit accepter par 
les habitans une capitulation qui leur assurait la libre 
retraite. Mais cette capitulation ne fut pas observée ; 
sur toute la population , quarante-sept hommes seu- 
lement conservèrent leur liberté, les sept mille autres 
furent emmenés en esclavage. £n revenant à G)n- 
stantinople , Torghoud descendit sur les côtes d'Al- 
banie pour réduire le chef rebelle des Khimariotes , 
Àhmedbeg ; après cette courte expédition , il se rem- 
barqua et arriva dans la capitale avec un riche butin. 
Souleûnan, qui trouvait dans le corsaire Torghoud un 
digne successeur de son brave kapitan-pascha Khaïr- 
eddin Barberousse , était disposé à le nommer gou- 
verneur de Tripoli , ainsi qu'il lui en avait (donné sa 
parole; mais sur les instances de Roustem-Pascha, 
qui lui représenta que Torghoud ne pourrait s'as- 
sujettir à un service constant auprès de la Porte , il 
se borna à le confirmer dans son titre de sandjak de 



i84 mSTOIRE 

Karli-Di, province dont le gouvernement comprenait 
une partie des îles, c'est-à-dire des fiefs maritimes. 
Mais un jour que le Sultan sortait à cheval du serai, 
Torghoud saisît cette occasion de lui présenter ses 
hommages, et de lui demander, en embrassant Tétrier 
impérial , le gouvernement qui lui avait été promis. 
Fidèle enfin à sa parole , Souleïman accéda à cette 
demande, et lui conféra le titre de beglerbeg de Tri- 
poli [xi]. Peu de temps après , mourut le kapitan- 
pascha Sinan [xii]. 

Tandis qu'à la grande terreur du commerce euro- 
péen, Pialé, Torghoud et Salih régnaient dans la mer 
Egée et sillonnaient en tous sens la Méditerranée, les 
kapitans Piri-Reïs, Mourad et Sidi-Ali promenaient le 
pavillon ottoman dans les golfes d'Arabie et de Perse 
et dans la mer de l'Inde. Se créant même d'autres ti- 
tres à la célébrité , ils augmentaient les connaissances 
de leur nation par des ouvrages géographiques et nau- 
tiques, les seuls de ce genre et de la main d'hommes 
du métier, que possède la littérature ottomane. Piri- 
Reïs, neveu du célèbre Kemal-Reïs, corsaire qui ren- 
dit son nom formidable sous Bayezid II , s'embarqua 
à Suez, comme kapitan de l'Egypte (959 — 1551) , 
et traversant le golfe d'Arabie , il entra dans le golfe 
Persique avec son vaisseau amiral et trente navires , 
galiotes ou galions '. La saison étant fort avancée, il 
perdit quelques bàtimens sur la côte arabe de Schahar ; 
puis il se rendit sur la côte d*Omman, où il s'em- 

I Kadrigha (galère), kalliotta (galiote), kalloun (galion), baschtarda 
(vaisseau amiral). 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i85 

para du port de Maskat , dont il réduisit les habitans 
en esclavage. H parut ensuite dans l'île d'Hormouz , 
et mit le siège devant la ville du même nom, dont 
la possession est si importante pour la navigation du 
golfe Persique ; mais gagné par des présens , il leva 
le siège et se retira à Bassra. Là il fut informé qu'une 
flotte portugaise s'avançait à sa rencontre pour lui 
fermer le passage du golfe Persique ; alarmé par cette 
nouvelle , il s'enfuit en toute hâte , n'emmenant avec 
lui que trois galères , sur lesquelles étaient chargés 
ses trésors; l'une d'elles ayant fait naufrage près de 
Bahreïn , il rentra avec les deux autres dans le port 
de Suez , d'où il se rendit au Caire. Le gouverneur 
d'Egypte le retint près de lui, et adressa à la Porte un 
rapport sur cette expédition et sur les causes qui en 
avaient amené la funeste issue. La réponse du Sultan 
fut un ordre de mort contre le malheureux amiral 
Piri-Reïs; il fut décapité au Caire, et ses trésors, parmi 
lesquels on remarquait de grands vases de porce- 
laine remplis d'or, furent envoyés à Constantinople. 
Après sa mort, une députation des habitans d'Hor- 
mouz arriva à Constantinople pour réclamer les tré- 
sors donnés par eux à Piri ; mais ce fut en vain. La 
partie la plus précieuse de l'héritage de Piri-Reïs ne 
pouvait être revendiquée par le fisc ; elle consistait en 
<]eux ouvrages intitulés : Bahriyé^ c'est-à-dire atlas 
^naritimes, Tun de la mer Egée, l'autre de la Mé- 
diterranée , deux mers dont il avait visité toutes les 
côtes, seul ou de conserve avec son oncle Kemal. 
Ces ouvrages indiquent avec soin tous les courans^ 



i86 HISTOIRE 

bas-fonds, lieux de débarquement, anses, golfes, dé- 
troits et ports [xiii]. La place de kapitan d'Egypte, 
devenue vacante par la mort de Piri , fut conférée à 
Mourad , corsaire renonamé et ancien sandjak de Ka- 
tif , qui reçut en même temps Tordre de rester en sta- 
tion à Bassra avec deux grands vaisseaux, cinq galères 
et une galiote. Bientôt il quitta son poste dans Tespoir 
de pouvoir sans obstacle ramener Tescadre en Egypte. 
Mais arrivé en face de Tîle d'Hormouz , il fut attaqué 
par la flotte portugaise et perdit , dans un combat 
acharné , deux de ses meilleurs capitaines , Selman- 
Reïs, Redjeb-Reïs , et un vaisseau qui échoua sur la 
côte de Lar. Il se réfugia, avec le reste de sa flotte, 
dans le Tigre et revint à Bassra , d'où il manda à 
Constantinople la malheureuse issue de son expédi- 
tion; le Sultan lui fît grâce de la vie, en considération 
du désintéressement qu'il avait montré. Deux ans plus 
tard , Sidi-Ali , célèbre comme poète sous le nom de 
Katibi Roumi , reçut à Haleb l'ordre de se rendre à 
Bassra, pour y prendre le conunandement en chef 
de l'escadre en station dans le golfe Persique. Sorti 
du port de Bassra , il livra bataille à deux divisions 
de la flotte portugaise, l'une de vingt- cinq voiles, 
l'autre de trente-quatre , et perdit six galères dans la 
seconde action. Des tempêtes vinrent assaillir son es- 
cadre et la dispersèrent à Diou , Goudjourat et Sou- 
rat , en lui faisant éprouver des pertes considérables. 
Ainsi ballotté sur une mer orageuse, avec des navires 
endommagés et dépourvus d'artillerie, Katibi Roumi 
sentit l'impossibilité de tenir la mer plus long-temps, 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 187 

^ surtout de faire tête aux flottes portugaises. Il dé- 
posa à Démen , sous la garde du gouverneur du sul- 
tan de Goudjourat , le reste de son artillerie et les 
manœuvres de ses vaisseaux dégréés, et laissant à ses 
équipages la liberté de prendre du service sous le 
sultan de Goudjourat , il commença un voyage dans 
Vintérieur des terres avec cinquante compagnons, les 
seuls qui voulurent le suivre. Il traversa successive- 
ment le Sind , le Hind , le Saboulistan , le Bedakh- 
schan, la Transoxane, le Khowaresm, le Khorassan 
et la Perse , et n'arriva en Turquie qu'au bout de 
trois années. Admis à Ândrinople au baise-main du 
Sultan , il lui remit des lettres de plusieurs radjas in- 
diens et sultans ouzbegs. Plus tard il présenta à Sou- 
leîman une description de son voyage , moitié prose, 
moitié vers , sous le titre de Miroir des pays. Le 
Sultan, favorablement disposé par l'intérêt des aven- 
tures et le mérite de l'auteur, lui donna une place de 
mouteferrika, avec un revenu de quatre-vingts aspres 
par jour, et fit compter à ses compagnons de voyage 
l'arriéré de solde des trois années qu'avait duré le 
voyage, et de plus une gratification [xiv]. Sidi-Ali est 
auteur d'une traduction de la géographie {Fethiyë) 
d' AUkouschdji ; il a écrit e^ oi^ire un traité mathéma- 
tiq[ue et nautique intitulé Miroir des I/res , un autre 
sur l'astrolabe et les propriétés des sinus ; enfin il a 
laissé , sous le titre de Mouhit (l'Océan) , une des- 
cription des mers de l'Inde aussi rare que prédeuse , 
car elle est puisée aux meilleures scHirces arabe» et 
persapes [xv]. 



i88 HISTOIRE 

De rOcéan-Indien reportons maintenant nos re- 
gards sur la Méditerranée , où Torghoud , réuni au 
nouveau kapitan-pascha Pialé, successeur de Sinan- 
Pascha, menaçait sans cesse les côtes de Naples. 
Cette expédition , comme jadis la descente de Loutfi- 
Pascha sur la côte d*Otrante , et plus tard le siège de 
Nice par la flotte alliée de France et de Turquie , avait 
été entreprise sur les instigations d'Âramont , ambas- 
sadeur du roi de France Henri II. Cet ambassadeur, 
qui déjà avait été accrédité auprès de la Porte, s'était 
rendu à Âmassia , pour féliciter Souleïman de l'heu- 
reuse issue de sa campagne contre la Perse. Ce fut 
en effet de cette ville que le Sultan envoya à Tor- 
ghoud [xvi] et à Pialé-Pascha Tordre d'envahir et de 
dévaster les côtes d'Italie. Les deux amiraux assié- 
gèrent et prirent d'assaut la ville de Reggio [xvn] , 
dont les habitans furent emmenés en esclavage. £n 
Afrique , le chef arabe Mohammed , allié des Espa- 
gnols , ayant assiégé le fort du Penon de Vêlez , le 
beglerbeg d'Alger, Salih, le punit en lui enlevant la 
ville de Boudjia (962 — 1555). Pialé lui-même, 
après avoir vainement tenté de s'emparer de Piom- 
bino et d'Elbe , fit la conquête d'Oran , du port de 
Telmesan, et ramena sa flotte victorieuse à Constan- 
tinople (963 — 1556). L'année suivante, il se remit 
en mer avec soixante navires , et se rendit maître du 
port de Benezert , près de Tunis. Un an plus tard , 
il conduisit ses galères contre les tles de Mayorque et 
Sorrento, et leur enleva un grand nombre d'habitans 
(et u^ butin considérable. C'est ainsi que ces quatre 



DE L'EMPIRE OTTOMAN- 189 

dernières années furent signalées par la conquête de 
Boudjia , Oran et Benezert , et par la dévastation de 
Mayofque. Aucune action d'éclat ne marqua l'année 
1559. Pialé-Pascha, sorti des Dardanelles avec une 
flotte de quatre-vingts vaisseaux , auxquels s'en joi- 
gnirent bientôt dix autres, se borna à se tenir en ob- 
servation dans les eaux de Valona, et à surveiller 
les flottes ennemies qui préparaient une expédition 
contre Tripoli et Tile Djerbé. Mais Pialé étant rentré 
à Constantinople pendant les mois orageux d'automne 
et d'hiver, les flottes chrétiennes profitèrent de son 
absence pour mettre leur projet à exécution. Deux 
cents vaisseaux armés par l'Espagne, le pape, Gènes, 
Florence , Malte , la Sicile , Naples , et le prince de 
Monaco, firent voile pour Tripoli , sous le comman- 
dement en chef de l'amiral Andréa Doria, et sous les 
ordres du commandeur des chevaliers de Saint- Jean 
à Malte, Guimaran, des Commodores espagnols Don 
Sancio de Levia et Don Berenger de Requeenes, du 
capitaine génois Qcala, et du commandant des troupes 
de débarquement, le général espagnol Don Alvaro de 
Sandi '. 

La flotte chrétienne se rassembla d'abord dans le 
port de Messine , puis dans celui de Malte , d'où elle se 
dirigea sur Djerbé. Cette île, appelée anciennement 
Méningé , est située dans la petite Syrte, à louest de 

I La Historia âéW impresa di Tripoli dl Barbaria, Venezia, x566. 
Successi délia armata délia Maesta Catolica destinata ail* impresa di Tripoli 
di Barbaria, délia presa délie Gerbe e progressi delV armata turca scriui 
per Jnt, Franc, Cirni Corso, Venezia, x56o. 



igo HISTOIRE 

Tripoli et à Test de Tunis , dont les difiFérens princes 
l'ont alternativement possédée. Djerbé est plus célè- 
bre pour avoir élé l'ancienne patrie des Lotophages, 
que pour avoir donné le jour aux deux empereurs 
africains Yibius Gallus et Yolusianus '. Déjà, dans le 
douzième siècle, les Francs l'avaient arrachée à la 
domination ottomane ^ et l'avaient gardée quelque 
temps en leur possession ; dans le commencement du 
seizième siècle, Ferdinand-le-Catholique avait envoyé, 
pour en faire la conquête , une flotte de deux cents 
voiles, montée par vingt mille Espagnols, sous le 
commandement de Petro Navarra et de Garcia de 
Toledo (1510). Mais cette dernière entreprise avait 
échoué; la flotte avait été contrainte de se retirer 
après une perte de huit mille hommes. Qiarles-Quint 
avait eu plus de succès dans l'expédition qu'il avait 
fait tenter contre cette même fle par le vice-roi de 
Sicile Don Hugo di Moncada. Celui-ci la réduisit et 
l'assujettit à un tribut annuel de cinq mille doublons; 
la capitulation faite à cette occasion fut signée par 
Charles - Quint pendant son séjour en Allemagne. 
Djerbé fut alors divisée en trois districts , administrés 
chacun par un scheïkh. Le beglerb^ de Tripoli Tor- 
ghoud avait profité d'une querelle survenue entre eux 
pour s'emparer de l'fle, qu'il épuisa par ses exac- 



I « Vibius Gallus cum Volusiano filio imperaverunt atinos duos — creati 
»iii insula Méninge, quœ uuuc Cirba dicitur. » Sext. Aurel. Victor., 
cap. 29. 

a Istitaî Frenk her djesireï Djerbé, c'esl-à-dlre « usurpation de l'ile de 
Djerbé par les Francs. » 



DE L'EMPÏRE OTTOMAN, rgi 

tions. Exaspérés par la tyratmie du beglerbeg, lesha- 
bilans se soulevèrent et lui livrèrent bataille près du 
pont qui joint VÛe au continent; Torghoud aurait 
saus doute décidé la victoire en sa faveur, sans l'ar- 
rivée de la flotte espagnole qui le força à retourner à 
Tripoli. 

Le sol de Djerbé , maigre et aride , produit peu 
d'orge et encore moins de blé ; mais Ttle rapportait 
autrefois au fisc, comme entrepôt de marchandises , 
un impôt de quatre-vingt mille écus. Torghoud s'était 
échappé sur deux galères commandées par Oulou- 
djali. Ouloudjali , après avoir débarqué Torghoud 
dans son gouvernement, fit voile pour G^nstantinople 
avec ses galères chargées de présens et de sommes 
d'aiçent, et apporta au Sultan la nouvelle de l'arrivée 
de la flotte chrétienne. Le â mars 1 560, les Espagnols 
jetèrent l'ancre à l'est de la forteresse , près du pro- 
ïnontoire Val Guemera , et le 7 , toutes les troupes 
opérèrent leur débarquement. Après quelque résis- 
tée, la garnison ouvrit des négociations et capitula 
fe huitième jour ; aussitôt on jeta les fondemens d'un 
Nouveau fort pour assurer la défense de l'île. Le 
prince de Kaïrewan vint visiter le général espagnol ; 
^^ le quinzième jour après la descente, le scheïkh de 
•île jura sur le Koran la fidèle exécution de la capi- 
Wation, et s'engagea à payer exactement le tribut 
^nuel qui lui avait été imposé (14 mars 156D). Ce 
tribut se composait d'une somme de six mille écus , 
^^ quatre autruches , quatre gazelles , quatre étalons 
^t m chameau. Le scheïkh j^^ en signe de soumission^ 



ig^i HISTOIRE 

foula aux pieds l'étendard par lequel Torghoud l'avait 
investi de ses fonctions , et fit flotter trois fois dans 
les airs le drapeau impérial ; enfin le jour de la signa- 
ture du traité , des distributions d'argent furent faites 
au peuple. 

Pendant que le vice-roi de Naples laissait échap- 
per à Djerbé l'occasion de faire la conquête de Tri- 
poli, Pialé-Pascha était sorti des Dardanelles avec 
une flotte de cent vingt galères , et avait relâché à 
Modon où il avait été joint par l'escadre de Kurd- 
oghli-Ahmedbeg, gouverneur de Rhodes, et celles du 
sandjak de Mitylène , Moustafabeg ( 8 redjeb 967 — 
5 avril 1 560). Après avoir radoubé ses vaisseaux dans 
le port de Modon , il leva l'ancre et parut le 7 mai 
à la hauteur de l'île de Malte. Sur l'avis de Tor- 
ghoud, que la flotte chrétienne stationnait encore dans 
les eaux de Djerbé , Pialé-Pascha fit voile vers cette 
île, et, après un trajet de quarante -huit heures, il 
vint y jeter l'ancre à une distance de douze milles. Le 
jour suivant, 12 schâban (14 mai), fut signalé par 
l'entière défaite de la flotte chrétienne : vingt galères 
et vingt-sept vaisseaux de transport furent coulés bas5 
brûlés ou échoués sur le rivage ; sept autres galères se 
sauvèrent dans le canal de Djerbé ; le reste de la flotte 
s'enfuit vers l'Italie avec la galère montée par le vice- 
roi de Naples [xvin]. Pialé-Pascha informa de sa vic- 
toire le beglerbeg de Tripoli, qui , huit jours après 
vint prendre part à son triomphe et au siège de Djerbé 
Ainsi renforcé par les troupes de Torghoud , et d< 
plus par celles de Kaïrewan et de Sfax, Pialé-Pasch- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. fgî 

cbMiiiéûça à la fin de mai lé siège en règle do fort 
nouvellement construit à l)jerbé; laissant le com- 
mandement de la flotte au sandjak de Mitylène, il 
se rendit lui-rmême au camp où se trouvaient réunis 
quatorze mille hommes. Le siège dura quatre-vingts 
jours ; dans le cours du premier mois seulement , on 
lança contre la place plus de douze mille boulets et 
de quarante mille fléchés. Les galères qui s'étaient 
retirées dans le canal avaient été brûlées , les assié- 
geans étaient parvenus jusqu'au pied des murs, le dé< 
couragement s'emparait de la garnison, et le nombre 
des transfuges augmentait de jour en jour , lorsque , 
le 31 juillet (7 silkidé), Alvaro fut fait prisonnier 
au moment où il tentait de s'enfuir sur une barque 
en Sicile ; cet événement vint décider la chute de la 
place [xiî]. 

Avant de quitter Djerbé , Pialé-Pascha donna des 
ordres pour le rétablissement des murs renversés pat 
le canon ; il se tendit ensuite avec Torghoud à Tri- 
poli, de là à Prevesa, et le §7 septembre (6 mo- 
barrem 968) , il fit son entrée triomphale à Constan- 
tinople. La première nouvelle du succès des armes 
ottomanes devant Djerbé avait été apportée par une 
galère qui traînait après elle , dans les flots de la Mé- 
diterranée , le grand étendard de l'armée espagnole , 
représentant le Christ en croix. Le jour de l'arrivée 
de Pialé, Souleïman se rendit au kœschk du serai* stir 
le bord de la mer pour honorer de sa présence le 
Womphe du kapitan. Sur le gaillard d'arrière du vais- 
seau amiral étaient placés Don Alvaro de Sandi , le 

T. VI. i3 



igi HISTOIRE 

général Don Sancio de Levia, le commandant de Tes-^ 
cadre de Sicile et celui (]e l'escadre de Naples, Doil 
Berenger de Requeenes. Les galères conquises étaient::^ 
traînées à la remorque, dépQuillées de leurs mâts et d^^ 
leurs gouvernails. Souleimap assista à ce spectacle san&- 
démentir son caractère grave et sérieux ; rarrogance- 
que donne la victoire , ni l'ivresse du triomphe ne- 
purent dérider son front , tellement sea pdnes de fa- 
iQille avaient fermé son cœur aux joies de la fortune, 
en même temps qu'elles l'avaient armé de courage 
contre les coups du sort ' . Don Alvaro fu( conduit auL 
bagne de l'arsenal avec les autres prisonniers *, en y 
entrant, sa tête ayant heurté contre la porte trop basse , 
il fit dire au kapit£^n-pasc^s^ qu'une telle demeure 
était indigne d'un homme de haute noblesse ; et , sux* 
cette représentation, Pialé lui assigna un autre sé- 
jour. Trois jours après , les prisoçnierj^ enchaînés trois 
à trois furent promenés dans les rues de Constaqti- 
nople , ayant en tête le kiaysi de l'arsenal , puis ils 
comparurent devant le diwan ; les vizirs offrireuil à 
Don Alvaro le commandement en ch^f d'une armée 
contre la Perse , s'il voulait abjurer sa foi et renon- 
cer au service de l'empereur *. Mais sa fermeté fut 
aussi inébranlable que le courage qu'il ^v^t montra 
sur les murs de Djerbé. Les prisonniers, en ^ reti-- 



I « Cadem erat frontis severilas et tr|8ti|ia) ac si f^lûl a4 ^|n litçç viçf^c'^ 
pertineret, nihil novum aut inexspectatum çontigisset. Tarn capipL io iH^ 
senequantae y\& fortunae pectus, tam confidens animus, aut tantam graif 
lationem vdut immotus acciperet. » 

* inioa. Bnsbek ne fait pas mention de cette droonstance. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. iq5 

i^nl , passèrent auprès de la fenêtre grillée, arriére 
laquelle le Sultan assistait au conseil. Dès qu'ils furent 
sortis , soixante-dix-sept janissaires vinrent déposer 
aux pieds de Souleïman , de la part du grand-amiral 
Pialé , sept pièces d'étoife de soie et sept pèces de 
drap de couleur. Par une grâce spéciale de Pialé , 
I>on Âlvaro obtint la permission de recevoir des 
étrangers et ses compagnons de captivité '. Le sort 
des prisonniers fut adouci par l'entremise bienveillante 
de Busbek et le caractère doux et humain du nouveau 
grand-vizir Ali-Pascha. Busbek leur fournit des vê- 
temens, pourvut h leur nourriture, et même garantit 
leurs rançons pour des sommes considérables. Enfin 
il parvint à faire mettre en liberté Don Alvaro de Sandi 
et Sancio de Levia , qui dînaient chez lui à des tables 
séparées, leur haine ne leur permettant pas un rappro* 
chement même au sein d'une captivité commune *. Au 
nombre des prisonniers se trouvaient Don Giovan de 
Cordona, gendre de Berenger, et Gaston, fils du duc 
de Médine : le premier avait trouvé moyen de se ra- 
ctieter en arrivant à Khios ^ ; Pialé s'était réservé le 
second , et l'avait caché avec soin à tous les yeux , 
pour ne pas être obligé d'en faire hommage au Sultan ; 
■Xâais il fut pour ce fait dénoncé par Roustem , et l'in- 



■ L'âoge fait par UUoa du courage inébranlable de Don AWaio diffère 
^^ celui de Busbek : « Aiias intrepidum aliquanto commotiorem redi5se 
** ^rerentaoi, ne mutat^ sententia ad necem retraheretur. » Epist. IV. 

a « pdio plus <p]am firaterpo dissidebant. • ^isU IV. 

'S Busbek dit expressément que Cordona s'était racheté à KLhios ; Ultoa 

trompe donc en le faisant figurer au triomphe de Constantinople. 

i3* 



ig6 HISTOIRE 

fortuné Gaston disparut, soit qu*il fût mort de la 
peste, soit que Pialé Teût sacrifié à sa sûreté ' . Alvaro, 
Sancio et Berenger accompagnèrent Busbek , ambas- 
sadeur de Ferdinand, lors de son retour en Autridie. 
Le fils du Grénois Qcala , âgé de dix-huit ans , eut le 
bonheur de plaire au Sultan, et après avoir abjuré sa 
religion, il fut admis en qualité de page dans la pre- 
mière chambre, faveur qui ouvre une voie directe aux 
premières dignités de l'Etat ; aussi parvint-il plus tard 
aux dignités de kapitan-pascha , de grand- vizir et de 
serasker *. 

Le départ de Busbek et raffranchissement des pri- 
sonniers de Djerbé se rapportent à Fépoque où 1 
traité avec TÂutriche suspendit à la fois les hostilit 
sur terre et sur mer. Mais conune la prise de Djer 
entraîna peu de temps après la conquête de la forte 
resse de Pinon de Vêlez, qui elle-même donna Inen 
lot lieu au siège de Malte , il convient d'anticiper 




I Cl 



Credibile est PihaKum (Piale), qao propriœ saluti coiisuleret, Gast( 
*• nis vilœ non pepercisse. » Busbek, Epist, IV. 

• Rapport de Fenvoyé de Ferdinand du 3o septembre i56x , dans li 
Archives de In maison I. R. d'Autriche. Trois jours auparavant (27 septencr^S' 
bre), Giulay Michal était arrivé à Constantinople eu qualité d'ambassade^E_-ir 
de Transylvanie, chargé de remettre le tribut et d'élever des plaintes cont ^"^ 
Behek et Pereny ; il se rencontra avec le renégat transylvanien Bomemi^s-^ 
l4^sslo. Ce Rapport s'exprime ainsi au sujet du fils de Gicala : « Il fiigliue^^- ^^ 
» dei Gicala subito fatto Turco e posto nella caméra del Gran Turco, c^K^al 
»> quai luogo tutti vengono gran maestri, al Gicale, che è nelli 7 torri, ^^v^ 
» aspri per giorno. » Dans le Rapport de l'ambassadeur vénitien du a ac^^' 
1573, il est dit : « ITsci o dal Seraglio con gran favore il figlio di Cigal ^ « 
m è fatto Capigi cou 200 aspri , » au lieu de cent cinquante ordinairet 
alloues. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 197 

ltx>is années sur l'histoire des teknps qui suivirent la 
conclusion de la paix, pour réunir dans notre rédt 
des événemens qui furent la conséquence les uns des. 
autres. 

Regrettant vivement la perte de Djetbé , l'un des 
points les plus importans de ses possessions en Afrique, 
le roi d'Espagne ne songeait qu'à y trouver un dédom- 
magement dans la conquête d'une autre place forte 
sur la même côte. Vis-à-vis FEspagne, et 'à une dis- 
tance de . quarante lieues à peine , existe sur la côte 
d'Afrique la ville de Gomère de Vêlez, et en avant 
d'elle s'élève dans une ile, ou plutôt sur un rocher 
isolé au milieu des flots , le fort qui a reçu le nom de 
iHnon de Vêlez , à eause de la ressemblance du ro- 
cher avec une ponune de pin. Un sentier creusé dans 
le roc conduit au château, et un canal étroit^ qui peut 
à peine contenir dix ou douze navires, le sépare du 
continent et lui sert en même temps de port. Le vice- 
roi de Catalogne , Garcia de Toledo , fit voile de IVIa- 
laga vers la côte d'Afrique (10 août 1564). 11 s'em- 
para sans peine de Gomère de Vêlez , ville non for- 
tifiée , située entre deux montagnes , et ce premier 
succès détermina la garnison, du Pinon de Vêlez à 
abandonner le fort ' , qui fut aussitôt occupé par les 
^Espagnols. La nouvelle de cette prise, et plus encore 
celle de la capture d'un vaisseau chargé de marchan- 

« Terza parte délie Historié {d'Jlfonso Ulloa) , che eontien la liheratior^ 
di Don Alvaro, Vespugnaùone del Pignon di FeUet^ délia Gomera et il siic-^ 
ceuo deUa potentissima armaia mandata del Turco sopra l'isola di Hali^ 
Vanne iS6S ; et Vertot, K X-U« 



igS HISTOIRE 

dises pour le hsffem dcmt sept galères de Malte s'étaient 
emparées entre les iles de Zante et de Géphalonle , 
causèrent une vive irritation à Souleîman , qui déjà 
méditait depuis long -temps la conquête de Malte. 
D'un autre côté, les instances des vizirs, qui lui jSrent 
observer que , par la Croletta et le PiAon de Vêlez , 
l'Espagne était maîtresse des côtes de Tunis et d'Al- 
ger, les plaintes réitérées du bostandji-baschi [tx] 
et des fenmies du harem auxquelles appartenait la 
diarge du vaisseau capturé, ne contribuèrent pas peu 
à sa détermination. En outre , sa fille , la pieuse Mihr- 
raah , ne cessait , ainsi que nous l'avons déjà dit , de 
lui représenter la conquête de Malte comme l'une des 
plus belles et des plus saintes entreprises contre les 
infidèles. 

Le 1" avril 1565, la flotte destinée à cette expé- 
dition sortit donc du port de Gonstantiuople sous les 
ordres du kapitan-pascha Pialé. Le cinquième vizir, 
Môustafa-Pascha, âgé de soixante-quinze ans, reçut 
en qualité de seràsker le commandement en chef de 
l'armée de aiége embarquée sur les navires. Môustafa 
était un descendant de l'ancienne dynastie des Kizil- 
Âhmedlû , qui faisait remonter son origine à Khalid 
Ben Welid , le porte-drapeau du Prophète , et qui , 
sous le nom d'Isfendiaroghli , avait régné dans l' Asie- 
Mineure, sur les côtes de la Mer-Noire. Le grand-vi- 
zir, le jovial Ali, dont l'esprit était fécond en saillies, 
se prit à dire en accompagnant le général et l'amiral 
vers les navires : « Voilà deux hommes de belle hu- 
meur, et toujours prêts à savourer le café et l'opium , 



I 

i 



DE L'EMPIKE OTTOMAN. 199 

qui vont entrept*endre un voyage de plaisir dans les 
fiés : je parie que toute la charge de la flotte est en 
fèves d'Arabie et en extraft de jusquiame. » Cette plai- 
^nterie devait ti^ouvet* place ici, moins sans doute 
pour le plus ou moikis d'esprit qui lassâisonne qu'à 
(A\j^ de là manière doltit elle a été jugée par les prin- 
cipaux historiens ottomans. Os la blâment conune 
f>eu digne de la griavîté d'un grand-virir, et comme 
étant d'un mauvais augure pour l'expédition qui 
^Ut en effet une malhetireuse issue. Ce jugement, 
l>orté sur une saillie sans importance et bonne tout au 
t^iis à fôiirâir un trait du caractère du grand-vizir, 
^cfcùse toute la gravité et toute la superstition otto- 
^àiiejs. Ced historiens remarquent en outre qu'Âli n'é- 
tait pas en t^pport d'intimité avec les personnages aux 
dépétis desquels il s'amusait , et ils ajoutent que ces 
<]ërniers vivaient eux-mêmes en mauvaise intelligence, 
et qu'ils étaient jaloux tous deux de Torghoud , dont 
ils auraient dû attendre l'arrivée avant de conunencer 
1^ stége de Malte. Ces circonstances, et la défense 
liétx>ï(}ttë des chevaliers, expliquent sans doute, bien 
mieiix qUie la plaisanterie du grand- vizir, les revers 
fie ibéttë lolaiiipagne [xxi]. 

Le serasker passa la revue de ses troupes à Modon. 
£Ues se Composaient de sept tnille sipahis de l'Asie- 
^Mineure, commandés par un sandjak et deux alaïbegs, 
de cinq cents sipahis de Karamanie et de cinq cents 
autres de Mitylène, de quatre mille cinq cents janis- 
saires, de treize mille hommes de troupes irréguliéres. 
et de douze cents sipahis et trois mille cinq cents 



aop UISTOIRE 

hommes de troupes irrégulières de la Roumilie, soc^ 
les ordres de deyx sandjaks et d'un alaibeg. La 
était forte (le cçnt quatre-vingt-:une voiles , savoir 
cent trente galères, huit mahqnes, trois kara-inour 
3als, onze grands vaisseaux, dont Tun avait à bord si 
cents sipahis , six mille barils de poudre , treize mill^ 
boulets , et périt corps et biens k Modon ' ; dix ga — - 
1ères, sous les ordres du septuagénaire Ali-PortouL « 
commandant c|e la station de IVhodes; deux galères 
de Mitylène, conduites par Salih, fils du dernier beg— r 
lerbeg d'Alger, et dix-sept galères de moindre gran — 
deur appelées fustes [xxii]. Le 19 mai 1565, la floa^ 
parut devant Marsa Scirocco [xxiii] , port situé au sud- 
est de Tîle; et le lendemain, contre l'opinion de Pialé, 
gui voulait attendre l'arrivée de Torghoud , le seras- 
ker fit débarquer vingt mille hommes avec cinq pièces 
de campagne. On ouvrit aussitôt la tranchée , et Ion 
pointa des canons coptre le fwt St.-Elme; ce fort est 
situé en face de celui de 3.-Angelo, sur une langue de 
terre qui se projette entre le grand port et celui de 
Marsa-Muset , auxquels il sert de défense. Giiiq jours 
0près, Oulqudjali arriva d'Alexandrie ^vec six ga- 
lères ; et le â juin , Torghoud parut enfin avec treize 
galères montées chacune par cent honmoies , et dix 
galiotes portant huit cent dix combattans. Il désap- 



« Selaniki doune Tétat suivant de rartillerie que la flotte amena avec 
elle : vingt pièces du calibre de 5o, cent vingt faucons, fauconneaux et oou-: 
leuvrines, cinq mortiers (hawayi top), vingt mille quintaux de poudre, 
quarante mille boulets, dix mille pelles et pioches, et cinquante chcloufie^ 
ç^iiouqières. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 201 

prouva l'attaque du fort St.-Elme, qui, disait-il, serait 
plus tard tombé de lui-même ' ; mais il déclara qu'a- 
près lavoir entreprise , il serait honteux d'y renon- 
cer : et pour en activer le succès, il dressa une nou- 
velle batterie avec les canons de ses galères , et fou- 
droya le ravelin de la pointe du port Muset, laquelle 
a depuis lors reçu son nom. Les ouvrages du fort 
furent à la fois battus en brèche, du côté de la mer 
par l'artillerie de la flotte , et du côté de la terre par 
trente-six canons. Après plusieurs tentatives infruc- 
tueuses , Torghoud ordonna un assaut général , qui 
devait lui coûter la vie. Un boulet , lancé du fort 
S.-Angelo, porta contre une pierre, dont les éclats 
rejaillirent sur la tête du b^erbeg de Tripoli : frappé 
à mort , il tomba en perdant des flots de sang par le 
nez et les oreilles (1 6 juin 1 565). Moustafa fit jeter 
un drap sur son corps, et prit sa place avec le plus 
grand sang-froid, continuant de s'entretenir avec l'in- 
génieur sur l'établissement d'une nouvelle batterie. 
Les restes de Torghoud furent transpcotés à Tripoli. 
Sept jours après , la chute de St.-£lme vengea la mort 
du beglerbeg; ses défenseurs, au nombre de treize 
cents, parmi lesquels cent trente chevaliers, mouru- 
rent en héros. En voyant combien ce fort , qui avdt 

1 « VIII, Cal. Âug. Mustafa S. St. Elmi castellum ante omnia accipien- 
^ dum proponit, — postridie ascensionis paulo ante lucem murum egressus, 
*^ eo ipso die post solb ezortum 80 trirèmes aquatum abeuntes castellum ex 
*• alto petebant. Habet castellum St. Elmi propugnaculum in ea parte, qua 
"^^ portum monetae (le port Muset) excepit, ad fossae vere caput agger feues- 
**> tratus uni tormenti capax et militaris portula (aux sorties}. » Rapport do 
Oryphius, à la Bibliothèque impériale de Vienne, manuscrit ocxxiv. 



2oa HISTOIRE 

coûté tant de pertes, avait peu d'étendue, Moustafe- 
Pascfaa ne put 8'empècher de dire , en pressentant les 
sacrifices qu'exigerait la conquête de la place : « Si le 
fils nous a coûté si cher, par quels sacrifices faudra- 
t-il acheter le père? » Pour assouvir sa colère contre 
les prisonniers, il fit écarteler leurs cadavres, et clouer 
leut*s membres mutilés en forme de croix sur des plan- 
ches, qu'il fit conduire par mer au pied des murs de 
la ville et du fort S.-Âhgelo. Le grand -maître des 
dievaliers de St.-Jean, l'héroïque Lavalette, oubliant 
l'humanité dirétienne à la vue d'un tel spectacle, or-» 
donna en repi*ésâilles de massacrer les prisonniers et 
de lancer leurs têtes eti guise de boulets dans le camp 
des Ottomans. C'est alors que Moustafa fit sommer le 
gi*and-maitre de retidre la forteresse, par uii esclave 
chrétien âgé de soixante-dix ans , qui depuis trente 
ans servait sur une galère turque. Lavalette conduisit 
l'esclave sur les remparts, et, lui montrant les fossés 
laides et profonds, il le renvoya avec cette réponse : 
« Voici le seul terrain que je puisse abandohner à ton 
mattre, pour qu'il vienne le remplir de Cadavres de 
janissaires. » Après cet inutile pourparler , l'attaque 
reprit avec une nouvelle ardeur, et les assiégeans diri- 
gèrent touà leurs efforts contre les forts S.-Angeio et 
St.-Michel. Ce dernier , appelé aussi presqu'île de la 
Sangle, est bâti comme le premier sur une langue de 
terre qui s'avance dans le grand port, et tous deux en- 
clavent et protègent le port des galères. Sur ces entre- 
faites, le beglerbeg d'Alger, Hasan, arriva à Malte avec 
vingt- sept voiles et deux mille cinq cents hommes; 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ao3 

c'était un renfort dont les assiégeans commençaient à 
sentir toute l'utilité. Fils de Khaïreddin-Barberousse 
et gendre de Torghoud, Hasan donandà, pour sou- 
tenir l'honneur de ces noms illustres, à diriger lui- 
même l'assaut du fort St. -Michel; Moustafa lui ayant 
dcmné six mille hommeis, il marcha à leur tête contre 
le fort , après avoir remis lé commandement de son 
escadre à Candelissa, renégat grec blanchi dans la vie 
périlleuse de cor&aire. Candelissa s'avança d'un autre 
c^é, avec ^quatre mille Algériens, contre la chaîne 
<lui fermait le port des Galères, au bruit des tambours 
^t aux fmfares des trompettes, précédé d'une cha- 
'otipe motitée par des imams et des marabouts qui 
'iraient le Koran et iiiêlaient à leurs prières des impré- 
cations contre les chrétiens. La lutte fut Jongue et 
^^eurtrière : à peine cinq cents hommes des assaillans 
^^vinrent-ils sains et saufs de ce combat, où des deux 
on ne fit aucun quartier; de toutes parts les che- 
iers de Malte semèrent la mort et le carnage, qu'ils 
^^ppelaient la monnaie des massacres de St.-Elme , 
^^^ar allusion aux cruautés commises sur lés braves 
^^éfensetirs de ce fort. Les assiégés eurent à déplo- 
^*>^r la mort de Garcia de Toledo , fils du vice-roi de. 
^^idle, et celle du neveu du grand-maître. Les chefs 
ttomans titirent un conseil , où ils décidèrent que 
ialé continuerait avec les soldats de la flotte le siège 
[e la ville et du fort S.-Angelo , tandis que le b^- 
beg d'Alger et les corsaires pousseraient vivement 
attaque du fort St. -Michel. Le siège se prolongea 
encore deux mois entiers, pendant lesquels dix as- 



ao4 HISTOIRE 

V 

sauts, tentés contre le fort St. -Michel, furent coti— ' 
duits et repoussés avec une égale bravoure. Dan:^ 
le dernier, Turcs et Chrétiens prétendirent avoir vtr 
sur les remparts une fenune et deux honunes incon— 
nus de tous ; les seconds crurent reconnaître en eux 
la sainte Vierge, accompagnée de saint Paul et de 
saint Jean-Baptiste, le patron de l'Ordre [xxiv]. La 
croyance générale à cette vision poussa les dirétiens ' 
à faire des prodiges de valeur, et devint une sorte 
d'excuse pour les Ottomans, dont le courage com- 
mençait à faiblir. Enfin la veille de la nativité de la 
Vierge, les secours du roi de Sidle si souvent annon- 
cés, et toujours retardés jusqu'alors, ayant heureuse- 
ment débarqué , Moustafa et Pialé levèrent le siège, 
qui avait coûté près de cinq mille hommes aux assié- 
gés, et plus du quadruple aux assiégeans (1 1 septem- 
bre 1565). 

Après avoir suivi Pialé dans ses excursions sur les 
côtes de la Méditerranée , Piri-Pascha et Sidî Ghasi 
dans leurs expéditions sur les golfes Arabique et Per- 
sique, après avoir décrit les conquêtes de Tripoli, 
Djerbé , Boudjia , Benezert , Oran et Bastia , la perte 
de Mehdiyé et de Pinon de Vêlez, les expéditions sur 
Piombino, Elbe et Sorrento, et enfin le sîége infruc- 
tueux de Malte , nous devons remonter le cours de 
cette période de seize ans si féconde en événemens 
maritimes, et reprendre le récit des affaires politiques, 
que nous avons interrompu à Tépoque du traité de 
paix avec l'Autriche. Ferdinand était mort dans la 
seconde année qui suivit ce traité, conclu par Busbek, 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ao5 

^t qui stipulait une paix de huit années entre la Porte 
^1 r Autriche (35 juillet 1564). A la nouvelle de la 
xnort de Ferdinand, le grand- vizir réclama auprès de 
l'ambassadeur Albert de Wyss, résidant à Constanti- 
nople, renvoi du présent annuel, stipulé par le traité, 
^t dont le versement avait été retardé depuis deux 
ans; il demanda en outre un renouvellement de la 
capitulation pour les. six années qui restaient à courir. 
Le présent de ces deux années avait été remis à 
des internonces , chargés de Toffrir au Sultan ; mais 
ceux-ci avaient été retenus à Ofen par la garnison ré- 
voltée , qui s'était opposée à leur passage. Dans une 
telle circonstance , Maximilien avait jugé à propos de 
différer un second envoi jusqu'au renouvellement du 
traité conclu par son père. Souleïman, en lui députant 
le tschaousch Ali pour le félidter de son avènement, 
Id fit demander en même temps s'il pensait à main- 
tenir l'ancienne capitulation. Sur ces entrefaites, le 
fils de Zapolya s'étant emparé de Szathmar, l'em- 
pereur envoya à Constantinople l'intemonce Michel 
Czernowicz , ancien drc^man de Venise , pour faire 
des représentations à ce sujet. Lorsque Czernowicz 
arriva à Komorn, Arslan-Pascha , qui avait succédé 
à Roustem dans le gouvernement d'Ofen, lui signifia 
que Hasan de Gran ne le laisserait passer qu'au cas 
où il serait chargé du paiement des sommes dues à la 
Porte ; en même temps il fit informer l'empereur par 
le tschaousch Hedayet, renégat transylvanien , dont le 
nom de famille était Saint-lVIarc Scherer, qu'il avait 
l'ordre positif de refuser le passage à toute ambassade 



aoô HISTOIRE 

qql ii'^pporterait pas le montant du tribut des deu: 
années qui s'élevait à soi^i^ante mille ducats, non corn 
pris trente mille ducats promis personnellement au 
vizirs par Busbek ; mais l'empereur craignait qu 
tous ces sacrifices ne fussent en pure perte et n'ame 
nassent la paix. Néanmoins les deux tschaouscfas, Bal 
et Hedayet , furent congédiés avec la promesse d 
prochain envoi des sommes convenues et une lettr 
dans laquelle l'empereur insistait de nouveau sur la res 
titution de Szathmar (15 novembre 1 564 ). Les 





nonces Michel Czernowicz , George Albany et Âcha 
Csabi, arrivèrent à Constantinople à la fin de cett< 
année (ââ décembre) [xxv]. George Âlbany mou 
au commencement de janvier ; ses deux collègues ^ 
avant 'd'être reçus en audience par le Sultan, remi — 
rent, le 4 février 1565, dans un diwan solennel, le^ 
soixante mille ducats dus par l'Autriche, et de plus^ 
les trente mille ducats promis aux vizirs [xxvi]. Eim 
retour le grand- vizir leur accorda le renouvellement 
de la paix pour un nouvel espace de huit années , et 
stipula que le Sultan conserverait toutes ses posses- 
sions en Transylvanie , situées au-delà de la Theiss , 
à l'exception de Banya ou Neustadt, appelée aussi 
Frauenbach, pour avoir fait partie de la dot de la 
reine de Hongrie. Clonmie les nonces et l'ambassadeur 
n'étaient point autorisés à traiter sur cette base, Czer- 
nowicz retourna à Vienne, accompagné du tschaousch 
Hedayet ; Âçhaz Csabi resta à Constantinople ; ea 
même temps un autre tschaousch fut expédié en Tran- 
sylvanie, pour recommander aux Etats le maintien 



DB L'EMPIRE OTTCWyiAN. 207 

je la tranquillité. D^ns rintervalle , George Bebek 
ivait été rendu à la liberté spr Tintercession de l'am- 
bassadeur transylvanien Bekessy, et grâce à l'amitié 
3u Sultan pour Jean Sigismond. A peine arrivé à 
rschorlii, Cpernowicz se vit arrêté et ramené à G)n- 
stantinople par 4eux tschaouschs envoyés à sa pour- 
suite ; cette mesure avait pour cause la nouvelle trans- 
mise par le pascha d*Ofen , d'une tentative de l'em- 
pereur sur Tokay, et d'un grand rassemblement de 
Iroupes, ordonné par ce souverain. La prise de Tokay 
par Maximilien , au moment même où il demandait 
à être remis en possession de Szathmar , irrita vive- 
ment Souleïman [xxvu]. 

Après avoir témoigné à Czernowicz tout le mécon- 
tentement du Sultan , ^es vizirs lui permirent de re- 
partir pour Vienne avec Hedayet. Les instructions 
de ce dernier lui prescrivaient d'articuler de vives 
plainjtes , au nom de Souleïman , sur la conduite de 
lempereur, qui sans attendre de réponse à sa demande 
rels^yei^nt à Szathmar , s'était emparé si arbitrai- 
rement de Tokay et de Serencs. Lorsqu'il fut admis à 
préseçijter à l^^^^o^ilien ses lettres de créance, il rem- 
plit fid^lemi^nt sa mission, et déclara que le Sultan 
savait dô|i9é prdfe aux paschas d'Ofen et de Temes- 
yf^ dç sç porter avçc sept ss^ndjaks au secours du fils 
^ Ifxpolff2^. En effçt , ^ la réception de cet ordre , 
Arsl^Di, pascha d'Ofen, avait fait partir six mille hom- 
mes pour }^ TraiPiisylvanie ; le gouverneur de Temes- 
ij^Sr* Jï^lh-Frodovich , ^'était emparé de Pankotta. 
Pa^ sijîtj? :^e ces hostilités , Czernowicz fut de nou- 



!io8 HISTOTllE 

veau député à G)tistantinople et, jusqu'à son retour , 
le tschaouch Hedayet fut retenu en otage. Suivant ses 
instructions , Czernowicz devait demander que Pan- 
kotta fût restituée à l'empereur, et qu'il fût enjoint au 
fils de Zapolya d'être fidèle au traité de Szathmar. 
Mais le lendemain de son arrivée, Czernovicz perdit 
par la mort du grand-vizir Ali-Pascha son plus ferme 
appui dans ses négociations pour la paix auprès de la 
Porte; le second vizir, le Bosniaque Mohammed So- 
kollôvich, qui succéda à Âli, était connu pour ses dis- 
positions guerrières. Dans sa première entrevue , il 
déclara à Czernowicz que l'empereur devait restituer 
Tokay et Serencs, que le traité de Szathmar n'était pas 
valable, parce qu'il avait été conclu sans l'assentiment 
du Sultan , que toutes négociations seraient suspendues 
jusqu'au versement du tribut, et qu'alors seulement on 
pourrait reprendre la question du renouvellement de 
la paix. L'ambassadeur Albert de Wyss et le nonce 
Czernovici n'avaient point pouvoir pour accepter de 
telles propositions ; ce dernier se disposait à retour- 
ner à Vienne pour communiquer à l'empereur la ré- 
ponse du Sultan , lorsqu'arrivèrent à Gonstantinople 
des messagers de Transylvanie , qui annoncèrent que 
cette province allait être entièrement conquise , si le 
Sultan ne se hâtait de la secourir (7 juillet 1 565). Par 
suite de ce rapport , Czernovicz fut momentanément 
retenu en captivité ; et ce ne fut qu à la réception de 
la nouvelle de la prise d'Erdœd par Hasariv begler- 
beg de Temeswar, après un siège de quarante-quatre 
jours et deux grands assauts (14 juillet), que le grand- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aog 

vîzir fit appeler le nonce ( 7 août ) et lui remît pour 
^&oû maître une lettre dans laquelle Souleïman décla- 
rait nul le traité de Szathmar, réclamait en outre la 
«restitution de Nagy-Banya et de Tokay en faveur de 
Zapolya, la retraite des troupes impériales de la Tran- 
sylvanie, et la mise en liberté du tschaousch Hedayet. 
IM uni de cette lettre , Czernovicz se rendit en quinze 
jours ' de Constantînople à Vienne ; Âchaz Csabi le 
suivait à petites journées [xxviii]. Vers ce même temps, 
Moustafa Sokollovich, neveu du grand-vizir Moham- 
med Sokollovich et gouverneur de Bosnie, envahit 
la Croatie gour faire de ce côté une diversion utile 
aux affaires de Transylvanie. Moustafa et son oncle 
devaient leur nom au lieu de leur naissance , Sokol 
(nid de faucon). Mohammed SokoUi, qui s'était suc- 
cessivement élevé dans le harem impérial aux emplois 
de grand-fauconnier et de porte-armes du Sultan, 
avait été promu en sortant du serai à la dignité de 
kapitan-pascha, et peu de temps après à celle de b^- 
lerb^ de Roumilie. Favorisé par la haute position de 
son oncle , Moustafa Sokolli était passé de la place 
d'écuyer- tranchant à celle de defterdar de Temeswar, 
qu'il avait quittée presque aussitôt pour le gouverne- 
ment de Fûlek. Depuis, appelé au sandjak de Klis, 
Moustafa avait réduit le château de Korian , conquête 
qui lui valut sa nomination au gouvernement de Sze- 
gedin et par la suite à celui de Hersek [xxix] ; c'est 
dans ce dernier poste qu'il entreprit son expédition 

1 £t noo pas onze jours, comme Taffirme Isluanfi, I. XXII; car C/.er- 
Dowicz quitta Constantinople le 8 août et arriva à Vienne le aa. 
T. VI. 14 



210 UlSTCiKË 

en Croatie et le siège de Kruppa, place qui ayait ap- 
partenu aux dievaliers de Saint -Jean et était alors 
au pouvoir de Zriny . Arrivé devant Kruppa , Mous- 
tafa somma le commandant, Mathias Bakics, de se 
rendre; mais celui-ci refusa d'une manière digne 
du nom qu'il portait , et fit demander de prompts 
secours au capitaine-général de la Camiole Herbart 
Auersberg, àZriny, Muni et Erdœdy. Moustafa, après 
avoir assiégé Kruppa pendant seize jours contre son 
attente, sans obtenir de résultat décisif, et épuisé tous 
ses boulets, se vit forcé de faire venir de nouvelles mu- 
nitions de Banyalouka et de Yerbozen ; mais cet ap- 
provisionnement étant insuffisant, il fut obligé de se 
servir de caillons recouverts de plomb par des Bohé- 
miens. Dans ces conjonctures, Auersberg arriva avec 
sept mille hommes sur la rive opposée de l'Unna. Sé- 
parés seulement par une rivière de peu de largeur, les 
soldats des deux camps ne cessèrent d'échanger des 
coups de fusils en les accompagnant d'injures et de pro- 
vocations. Sluni et Farasicz offrirent de tenter le pas- 
S8^ de la rivière, mais Auersberg leur refusa les mille 
hommes qu'ils demandaient pour effectuer ce projet ; 
€t ce ne fut pas sans raisoti que cet excès de prudence 
fut taxé de làdieté par les Hongrois , car Auersberg 
laissa prendre Kruppa sous ses yeux le vingtième jour 
du dége ) sans faire aucune tentative pour s'y opposer. 
En présence des deux camps la place fut livrée aui 
flammes, et ses braves défenseurs massacrés avec leurs 
femmes et leurs enfans sur ses ruines fumantes ; Novi 
subit le même sort. Excité par ces succès , Moustafa 



t 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. au 

fit une pointe avec dix - sept œnts hommes jusqu'à 
Qbreslo, non loin de Cris. Mais là, Erdœdy attaqua 
ce détachement à l'improyiste avec quinze cents ca- 
valiers et trois mille fantassins, lui fit cent vingt-huit 
prisonniers et lui enleva un riche butin , notamm^it 
douze chevaux de somme, appartenant à Moustafa 
iui-méme , et chargés d'une grande quantité de bou- 
clierg, javelots et autres armes de guerre. Vers le même 
temps , Soulejfman adressa une lettre au doge de Ve- 
nise, pour se plaindre des excursions des Uskoks de 
S^ sur le territoire ottoman ' . 

Pendant que ces événemens se passaient en Hon- 
grie, on reçut à Gonstantinople la nouvelle de la levée 
du siège de Malte. Les uns imputèrent ces revers au 
kapitan-paschalKalé, les autres au serasker Moustafa- 
Pascha. Pour ne pas donner au peuple le triste spec- 
bcle de3 galère^ vaincues et p(»*tant encore les cica- 
trices du combat , il fut ordonné à Pialé de faire de 
Quit son entrée dans le port. Dans le diwan à cheval 
<iui se tint peu de temps après, Souleiônan n'adressa la 
parole qu'aux premier et second vizirs Mohammed 
Sokcdli et Pertew-Pascha , et n'interpella aucun des 
^^^es, afin d'^adoucir en quelque sorte la disgrâce du 
^'icjuième viziîr , le serasker de Malte , auquel il ne 

' Celte lettre , la dernière de celles de Souleiman qui se trouTent dans 

^ ^Hit volumes des Scritture turchesche, dans les Jetés vénitiens de la mai- 

'^ ^. R. d'Autidche, est datée du mois de scbâban 978. Souleïman se 

r'^^t dans c^tte lettre des relations que les Uskoks entre^enilient .avec les 
^Uans de Zara, de Sebenico et de Spalatro, de leur sortie de Tîle de 
^^^ avec deux brigantins, et du pillage qu'ils avaient fait sur une cara- 

^'*^^ non loin ie Macarsca. 

• 4" 



a 12 HISTOIRE 

parla pas. x\hined-Pascha, beglerbeg de RoumUie. était 
en marche pour Sofia, lorsqu'il apprit les revers de 
son frère , le serasker Moustafa. Parmi les personnes 
de la suite d'Ahmed se trouvait l'historien Selaniki , 
en qualité de lecteur du Koran ; Selaniki parvint plus 
tard au rang de maître des cérémonies, puis à celui de 
président de la chambre des comptes de la Mecque, 
de Médine et d'Anatolie. C'est sur l'autorité de cet 
écrivain, témoin oculaire digne de foi, que nous ba- 
serons notre histoire pendant les trente-six années 
qui suivent cette époque. 

Tout en se préparant sérieusement à la guerre, 
Maximilien ne laissa pas de tenter une nouvelle dé- 
marche pour ramener la paix; dans ce but, il députa 
à Souleïman, au commencement de l'année suivante 
(31 janvier 1566), le Hongrois Hossutoti, en le char- 
geant de réclamer la restitution de Pankotta et d^ 
Kruppa [xxx]. Hossutoti arriva avec des présensi^ 
pour les vizirs et vingt prisonniers affranchis ; de c 
nombre était le vieux tschaousch Kasim, fait prison 
nier quelques années auparavant par les soldats d 
palatin Thomas Nadasdy, et dont la veuve de Rous 
tem avait expressément demandé la mise en liberté 
Mais comme Hossutoti n'apportait point le tribut ar 
riéré et évitait toute explication relative à Tokay, Sou 
leïman le fit enfermer et garder à vue dans la mêm 
maison qu'Albert de Wyss. Aussitôt la guerre con 
la Hongrie fut résolue et proclamée. 

Peu de temps avant l'ouverture de la campagne d 
Hongrie, Mahmoud, récenunent destitué de son goa— 




^ DE L'EMPIRE OTTOMAN. ai 5 

ternement dans l'Yémen, arriva par terre à Gonstan- 
tinople, où il eut immédiatement une entrevue avec 
Sélkn (schâban 97 3 — février i 566) ; il gagna si bien la 
faveur de cç prince et celle de Souleïman par Toffre 
d'immenses présens , qu'il fut promu au gouverne- 
ment d'Egypte ' à la place de Sofi Kiloun Âli-Pascha. 
Ce dernier , le même qui , dans la bataille livrée à 
Kotiiah entre les princes Sélim et Bayezid , avait été 
en sa qualité de beglerbeg du Soulkadr d'un si grand 
secours pour le premier de ces princes, avait depuis 
successivement occupé les gouveriiemens de Bagdad^ 
Haleb, Damas, et enfin celui d'Egypte. Les Arabes le 
nommaient Kiloun, et les Turcs Sofi, c'est-à-dire le 
philosophe contemplatif. La pompe et la magnificence 
<le Mahmoud firent un contraste frappant avec la sim- 
plicité de mœurs et de costume de son prédécesseur. 
C'est de l'administration d' Ali-Pascha qae date la pré- 
fère altération de la monnaie égyptienne; il avait 
^ené de Haleb au Caire des monnayeurs, auxquels 
^1 fit frapper des dirhems d'une valeur réelle de trente 
4X)ur cent au-dessous de leur valeur nominale. Son suc- 
Kîesseur, Mahmoud-Pascfaa, ne gouverna qu'une année, 
^t s'efforça d'assouvir sa soif insatiable d'or et de sang 
^^)ar de nombreux procès et de sanglantes exécutions, 
il s'appropria les trésors de l'émir de la Haute-Egypte, 
^lohammed Ben Omer, et ceux du defterdar Ibrahim, 
chez lequel on trouva plus de cent mille pièces d'or. 

I Selaoiki, p. a4. Le Raouzatoul- ehrar dit que ce fut au mois de redjeb. 
Le bérat (diplôme) de Mahmoud comme gouverneur d'Egypte, daté de 
lannûa y73 (i565), se trouve dan& la ColUeiion des lettres de Tadjxadé,^ 



2 4 HISTOmE 

MafaaK)!id mourut frappé d'une balle , en se rendant 
à dieyal à Boulak^ au moment où il passait devant 
le palais dit des Bédouins \ Ses restes furent déposes 
dans la mosquée de Romeïla, fondée par lui. 

Plusieurs raisons déterminèrent Souleïman à se met- 
tre lui-même à la tête de Tarmée d expédition contre 
la Hongrie. Il voulait dans le cours de cette cam- 
pagne soumettre Ërlau et Sîigeth , qui avaient jtis 
qu'alors bravé tous les efforts de ses armes , et efik- 
cer par la conquise de ces deux f<»rteresses la tadie 
du malheureux siège de Malte; il pensait que la for- 
tune kie le trahirait pas sur la fin de sa glorieuse car- 
rière , et qu après l'avoir commencée par le siège de 
Belgrade sur les fh>ntières méridionales de la Hon- 
grie, il la terminerait avec le même éclat par la prise 
des forteresses de Raab et de Komom, sur la Anm- 
tière septentrionale du même royaume. D'un autre 
côté , les représentations de sa fille Mihrm^ et du 
scheïkh Moureddin vinrent le confirmer dans cette 
résolution ; celui-ci lui reprochait d'avoir trop long- 
temps négligé les devoirs d'un bon Musulman , en 
s'abstenant de conduire en personne les guerres saintes 
contre les infidèles. Enfin le nouveau gouvamenr 
d'Ofen, sumommé Ârsian (le lion), fils de Mohatn- 
med-]^àsdia et petit-fils d'Yahyaoghli , ne cessait de 
lui représenter dans ses lettres et ses message qoe 
la BEongrie était dégarnie de troupes , ^ que sur ton» 
les points cette province était ouverte à la conquête. 

I Kassr JBedewi. 



DE L'EMPIiΠOTTOMAN. 2i5 

Arsian, habitué à exciter encore par l'opiuin et le vin 
le courage de lion dont la natwe l'avait doué, ne put 
se résigner à attendre la présence du Sultan , et dans 
le dessein de lui frayer par un pranier succès le che- 
min de la victoire, il se porta, sans avoir reçu aucun 
ordre , devant Palota , et en commença le mége avec huit 
mille hommes et quatre pièces de canon (9 juin 1 566). 
Depuis dix jours il foudro^ la place , et avait enfin 
ouvert plusieiHTS tn^hes, lor8<]u*il se vit ccmtraint 
de lever le siège par l'arrivée des troupes impériales , 
que le commandant Thury avait appdées à son se- 
cours, et qui furent signalées par le beschlû-aga Deli- 
Loutfi, dans une reconmissance qu'il fit dans la forêt 
de Bakon. Ne trouvant plus l'ennemi qu'il vencât com- 
battre , le comte Eck de Salm s'empara par surprise 
de Wessprim et de Tata; tel fut dans c^te circon- 
stance l'achiotiement des soldats all^nands, qu'ils 
n'épargnèrent ni amis ni ennemis, et égoi^rent indis- 
tincteœe&t les Turcs et les Hongrds qm voulaient 
sauver quelques-una des vaincus, ce qui amena quel- 
ques fiidbeuses représailles des Hongrois contré leurs 
dliés. Le superbe monument de Wessprim , l'église 
fondée par £ti»me roi de Hongrie, qui jusqu'alors 
avait survécu même aux occupations des Ottomans , 
fut réduite en cendres. Soixante Turcs faits prison- 
niers à Tata furent envoyés à Raab avec le capitaine 
des janissaires Kurd. Cependant l'armée était. sortie 
de Conatantino[de, divisée en deux corps principaux 
ayant chacun une destination différente. Le premier, 
fort de vingt-cinq mille hommes de cavalerie et d'in- 



a I () HISTOIRE 

fanterîe , et de deux mille janissaires , sous les ordres 
du second vizir, Pertew-Pascha , ancien aga des ja- 
nissaires , se dirigea vers les frontières de Transyl- 
vanie, où il devait faire le siège de Gyula, après s'être 
renforcé des troupes des gouverneurs de Temeswar 
et de Belgrade '. Le prince de Transylvanie, Sigis- 
mond Zapolya, et le klian de Crimée, Dewlet-Ghiraï, 
avaient reçu ordre de reprendre Szathmar et Tokay, 
dont la perte avait si vivement irrité le Sultan. Enfin, 
le 1" mai (il schewal 973) [xxxi], Souleïman lui- 
même se mit en marche avec un appareil plus impo- 
sant que dans aucune campagne précédente. C'était la 
treizième fois que le Sultan présidait en personne aux 
opérations de ses armées : pendant son long r^e 
de quarante-cinq ans, il avait conunandé successive- 
ment les expéditions de Belgrade , Rhodes , Mohacz , 
Vienne , Gûns , Bagdad , Corfou , Suczawa , Ofen , 
Gran, Tebriz et Nakhdjiwan *. Il était accompagné 
dans cette camp&gne par le grand- vizir, en qualité de 
serasker, et par les troisième, quatrième et cinquième 
vizirs, Ferhad, Ahmed et Moustafa. Le second vizir, 
Pertew-Pascha, était, ainsi que nous l'avons dit, parti 
deux mois auparavant pour Gyula. A la suite du Sultan 
se trouvaient encore les deux juges d'armée, Hamid 

■ D*aprè$ Pelschewl , Fçrtew ne quitta Goustantinople que le 7 schewal 
(2^ avril); m^is suivant Selaniki, il était parti à la (in du mois de schàban 
(mi-mars). 

a La première fois, en iSaij; la deuxième, 1622; la troisième, 1626; 
la quatrième, «529; la cinquième, i532 ; la sixième, x533; la septième, 
i536'( I4 huitième, i538; la neuvième, x54i; la dixième, x543; laoi\r 
zième, x548; la douzième, x552; la treizième, x566. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ai; 

et I^erwiz-Efendi , l'aga des janissaires Ali, le premier 
defterdar Mourad-Tschelebi , le nischandji Egri Abdi- 
zacié Mohammed Tschelebi, qui avait été nommé à la 
place de l'historien Djelalzadé. Ce dernier avait en effet 
&vdvi le Sultan avec le titre de nischandji dans ses cam- 
pagnes précédentes, dont il avait écrit l'histoire comme 
témoin oculaire. Le gouvernement de la capitale fut 
Confié à Iskender-Pascha, en qualité de kaïmakam, et 
aux second et troisième defterdars ; la direction du 
port et de l'arsenal fut remise au kapitan-pascha Pialé 
et au bostandji-baschi Daoud. Le moufti Ebousououd, 
le kaïmakam Iskender-Pascha et le juge de G)nstan- 
tinople, Kazizadé Ahmed-Efendi, accompagnèrent le 
Sultan lors de son départ, le premier jusqu'à la mos- 
quée d'Ali-Pascha, et les deux autres jusqu'à la porte 
de la ville appelée la porte d'Andrinople. Hors des 
murs, le Sultan fit halte dans la prairie de Roustem- 
Tschelebi, et les poètes Abdoul Baki, Newayi, Fouri 
et Kazi Obeïdi-Tsdielebi, lui présentèrent des poésies, 
où ils chantaient d'avance les futurs succès de la glo- 
rieuse expédition du Padischah. 

Le premier camp fut établi dans les environs de 
Constantinople, près des aqueducs, dont Souleïman 
contempla avec orgueil et ravissement l'entier achè- 
vement. AfiFaibli par l'âge et soufihint de la goutte , le 
Sultan ne put faire le trajet à cheval comme aupa- 
ravant , mais dans une voiture , qu'il ne quittait pas 
même pour les conférences avec les vizirs. Sur toute la 
route, le grand- vizir devançait le Sultan d'une station, 
afin de faire aplanir les chemins pour le passage d^ 



2i8 HISTOIRE 

la voiture impériale. Ce ne fut qu'au bout d'un mois 
( 1 3 âlkidé — 1 '' juin) qu'on arriva dans la plaine 
riante de Tatarbazari , où l'on dressa les tentes. Le 
Sultan y reçut par un chambellan une lettre, qui loi 
annonçait la naissance d'un fils de Mourad, gou- 
verneur de Magnésie et fils de Sélim ; il donna à cet 
arrière-petit-fils, suivant la demande qui lui en était 
faite , le nom de Mohammed , et reprit sa marche à 
travers le Balkan. Des pluies abondantes rendirent 
très-difBdle le passage du défilé de Kapouluderbend; 
on, s'airéta un jour à Sofia , deux à Nissa ^ trois à 
Belgrade, où Soulennan arriva quarante-neuf jours 
après son départ de Constantinople. Sur la route, 
Tarmée eut à souflfrir de Vaudace et des rafwes des 
brigands ; Souleïman ordonna de les poursuivre dsuos 
leurs repaires et de les lui livrer naorts ou vivans. 
L'aga des janissaires et les yasakdjis, espèce de gens 
d'armes qu'il avait sous ses ordres , redoublèrent de 
vigilance ; par leurs s<»ns, ainsi que par ceux du b^ 
de Milgara , Orenbeg , on saisit dans leurs cavernes 
un grand nombre de ces brigands , et diaque sta- 
tion de l'armée fut marquée par qudques exécuticHis. 
Orenbeg ftit récompensé de la sécurité qu'il avait pro- 
curée à l'armée par l'^nploi de tscfaaousch-baschi, et 
quatre janissaires, qui s'étaient particulièrement distin- 
gués dans la recherche des brigands , passèrent dans 
les rangs des sipahis avec une solde de trdize aspres 
par jour. A l'arrivée du Sultan à Bdgrade, les eaux du 
Danube se trouvèrent tdiement grossies par les der- 
nières pluies, qu'il fut impossiMe d'étsdblir de suite 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. tiip 

un pont à Sabacs ; SouMman ordonna en conséquence 
aux agas des janissaires et aux defterdars , à l'arma 
de Roumilie, d'ÂnatoIie et de Karamanie, de passer 
lé fleuve sur des barques, et de se rendre par Semlin 
cians les plaines de la Syrmie , où il ne tarderait pas 
à les rejoindre. Les chemins de Belgrade à Sal]âcs 
étaient défoncés par les plaies ; un grand nombre de 
^iiameaux périrent ; la tento. impériale même fut per* 
^ue, et le Sultan dut se servir de celle du grand-vizir. 
Ce trajet si court n'avait pas demandé moins de quatre 
journées, pendant lesquelles Beïrambeg , sandjak de 
Semendra, était parvenu à achever le pont de Sabacs ; 
Souleïman le passa achevai, au milieu de son armée 
dii^)osée sur deux lignes, et fit son entrée solennelle 
à Semlin. Les begkrbegs de Roumilîe , d*Ânatolte et 
de Karamanie , Schems-Ahmed , Sal-Mahmoud et le 
Tscherkease Soulennan, le reçurent à la tête de leurs 
troupes en lui souhaitant, suivant le cérémonial d'u- 
sage, mille prospérités. H fit aussitôt publier l'ordre de 
célébra à Semlin le petit Bdùrson. La veille de cette 
fête (9 âlhic^é — 27 juin), il envoya sa propre bar- 
que à Sigismond Zapolya, pour Vamener à T^itrevue 
à laquelle il l'avait fait mviter par un tschaousch quel- 
que temps avant son départ de Gonstantinople. Sigis- 
moud se rendit aux désirs du Sultan, accompagné de 
quatre cents nobles de sa cour, et fut conduit par les 
sandjaks et les tsrhaouschs jusqu'à la tente impériale,, 
^ablie sur une liauteur où s'élevait jadis le château 
d'Hunyade. A son arrivée au camp, il fut salué par 
une salve générale de l'artillerie ottomane, et sa tente 



aao HISTOIRE 

fut dressée dâBs le voisinage de celles des paschas. Le 
jour suivant, après la célébration du petit Beïram, qui 
eut lieu avec une grande solennité , Souleïman distri-r 
bua des présens considérables à Tarmée et à ses chefs. 
Les beglerbegs reçurent chacun un don de cinquante 
mille aspres, les sandjaks de trente mille, Jes sipahis de 
mille, et les janissaires de cinq cents \ Ce ne fut que 
le lendemain (1 1 silhidjé — 29 juin) que Sigismond 
fut admis en audience solennelle dans la tente du 
Sultan. Le cortège du jeune prince était formé de 
cinquante tschaouschs qui le précédaient, et de cin- 
quante autres qui le suivaient; immédiatement au- 
devant de lui marchaient à cheval l'aga des janissaires, 
le grand-chambellan et le grand-marédial de la cour, 
avec leurs baguettes ornées de chaînes d'argent, trois 
maîtres de cérémonies et quatre vizirs ; il avait à ses 
côtés les coureurs du serai* en costume persan , dont 
quatre, entièrement vêtus d*or, tenaient les étriers de 
son cheval. Arrivé devant la tente impériale , Sigis- 
mond mit pied à terre, et attendit que cent janissaires 
eussent offert au Sultan ses magnifiques présens, parmi 
lesquels on distinguait douze coupes de vermeil riche- 
ment travaillées, et un rubis d'une valeur de cinquante 
mille ducats. Puis, accompagné de neuf grands de sa 
suite, il parut devant le trône d'or du Sultan, autour 



I «c Profectiouis Ser. Principis JoannisII, electi Régis Hung. ad Suleima- 
» num Imperatorem Turcarum modus et séries anno Ghr. x 566 faclae et ce* 
» lebratœ, » lire d'un vieux inauuscrit par Samuel Thprday. Voyez Catona» 
t. XXIV, p. 207 et Istiiaufi, t. XXIII; et, pour la réception de Sigismoiid| 
ï?fl?.chewi, f. i35, AH, f. a 8 4, Solakuadô, f. 1*7, Se!aniki, f. 3^. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. i«f 

duquel étaient assis les quatre vizirs, qui en représen- 
tent les colonnes. Le prétendant à la couronne de Hon- 
grie fléchit trois fois le genou, et trois fois le Padischah 
l'invita à se relever, en lui présentant sa main à baiser 
& en le nommant son fils bien-aimé ; le grand- vizir 
lui-même le conduisit à un siège orné de perles et de 
pierreries. S'adressant alors à l'interprète Ibrahim, 
Sigismond lui dit que, troublé par tant de magnifi- 
cence, il ne pouvait que rappeler au Sultan qu'il était 
le fils d'un de ses vieux serviteurs ; Souleïman répon- 
dit au prince qu'il ne déposerait pas les armes avant 
de l'avoir placé sur le trône de Hongrie. Quarante 
ans s'étaient écoulés depuis que la plaine de Mohacz 
avait vu tomber le roi légitime de Hongrie Louis, dont 
la mort avait été suivie à trois ans de dbtance de la 
soumission de ce royaume à la Porte dans la personne 
du prétendant Zapolya ; il y avait vingt-cinq ans que 
le fils de Zapolya avait été chassé d'Ofen avec sa 
mère , Isabelle de Pologne , en recevant la promesse 
de recouvrer un jour la couronne de son père. Sou- 
leïman renouvela alors solennellement cette promesse, 
sur la demande que Sigismond lui en avait présentée 
par écrit, ajoutant qu'il était toujours prêt à assister 
les veuves et les orphelins. Il le congédia gracieu- 
sement, et lui envoya le lendemain, par vingt-deux 
tschaouschs, des présens magnifiques, parmi lesquels 
on remarquait un poignard et un sabre richement 
ornés de pierreries , et quatre chevaux superbes con- 
duits par le grand-écuyer. Souleïman voulait encore 
honorer Sigismond d'une invitation à un festin , mais 



îiaa HISTOIRE 

le grand-* vizir Ten dissuada en lui représentant quo 
le prince , d'une faible complexion , pourrait être in- 
commodé par les mets turcs auxquels il n'était pas ha-^ 
bitué , et que son indisposition pourrait être attribuée 
par les Hongrois à un empoisonnement. Ce n'était 
là qu'un prétexte sous lequel Mohammed-Sokolli ca- 
chait le véritable motif qui le portait à vouloir pri- 
ver le prince de l'honneur d'être traité par le Sultan. 
SokoIIi avait invité Sigismond à venir lui rendre visite 
dans sa tente ; mais celui-ci cédant aux conseils de 
Bekessi , qui lui représentait qu'il n'était pas de sa 
dignité de faire un tel hcmneur à un esclave, avait ré- 
pondu d'une manière évasive à l'invitation du grand- 
vizir, en témcMgnwt le désir que leur entrevue se fît à 
cheval et en pleine campagne ; telle fut l'origine de la 
haine de Mdiammed-6dkolli contre le prince. Deux 
jours après (1 3 silhidjé — 1 "juillet), Sigismond eut son 
audience de congé, dans laquelle le Sultan lui adressa 
ces paroles : « Pr^ids soin de te pourvoir de soldats , 
de poudre, de plomb et d'argent, et si tu éprouves 
quelques besoins, fais-nous les connaître, afin que 
nous puissions les satisfaire. » Souleïman se leva deux 
fois pour l'embrasser. Dans sa demande écrite, Si- 
gismond ne réclamait que le territoire compris entre 
la Theiss et la frontière de Transylvanie, évitant d'in- 
sister sur la restitution de T^Aieswar et de Lippa, où 
se trouvaient déjà des mosquées , ainsi que sur cdie 
(Je Debrezin et de Szolnok , deux villes frontières. 
£ki faisant droit à sa modeste demande, le Snhan mit 
en liberté trois cents prisonniers qm relevaient de son 



f DE L'EMPIRE OTTOMAN. aa5 

[ gouyernement. Le jour de la dernière audience du fils 

de Zapolya , Souleïman reçut aussi Tambassadeur du 

it)i de France , Guillaume d'Âube , qui s'était rendu 

9u camp ottoman pour présenter au Sultan les féli- 

<^itations de son souverain au sujet de la campagne 

9ui allait s'ouvrir en Hongrie. Dans cette occasion , 

'^ambassadeur du roi très-chrétien félicita Sigismond 

^polya d'avoir abjuré la foi catholique , pour em- 

^t^asser la doctrine de Luther. 

De Sanlin, le beglerbeg de Karamanie, Souleîman- 

*^ascha, reçut ordre de se diriger sur Ofen ; le Sultan 

*^i-même devait passer le pont de Peterwardeïn pour 

^arcfa^ sur Erlau. Mais on apprit que le comte 

Nicolas Zriny avait surpris à Siklos Mohammed, isan- 

^jak de Tirhala , ancien grand-écuyer tranchant de 

^oul^iman, l'avait tué, ainsi que son fils , avait pillé 

^on camp et emporté un butin considérable, com- 

t^renant , en argent seulement , une somme de dix- 

tept mille ducats. Furieux de cette nouvelle , Souleï- 

iaaii changea son plan de campagne, et résolut de 

inir avant toi;^ Zriny par la conquête de Szigeth. U 

jeter sur le Danube, près de Vukovar, un pont 

lequel passa l'armée dès qu'il fut achevé. Cette 

nnière mardie , conduite par le kapidji-baschi Âli- 

, en sa qualité de quartier-maitre général , fut 

[lement rapide , que le trajet de deux journées se 

en une seule ; le Sultan , en proie aux irritations 

me vieillesse valétudinaire, fut choqué de cet excès 

^diligence , et voulut punir le zèle mal entendu du 

lidji-baschi en ordonnant de lui trancher la tête. 



^li HISTOIRE 

Mais le grand-vizir parvint à lui sauver la vie 

représentant à Sonleïman que cette infraction è 

ordres aurait cependant un heureux résultat, et j 

rait la terreur parmi ses ennemis, en leur mon 

que , malgré le poids des années , Sa Majesté 

vait encore doubler les marches comme dans sa 

nesse. Une nouvelle crue du Danube emporta le 

de Vukovar [xxxii] ; et dans l'impatience que lui 

cet accident, Souleïman ordonna d'en établir un 

sur la Drave , près d'Essek. En moins de dis 

jours , ce pont , composé de cent dix - huit po 

d'une longueur totale de quatre mille huit cent 

nés, fut prêt pour le passage de l'armée '. Le î 

vint le visiter au bruit du canon , sur un yachi 

plendissant d'or, dont le gouvernail était condu 

Ali Portouk , le vieux beg de Rhodes. Chargé du 

mandement de la flottille du Danube, Âli Pc 

avait amené ce yacht et trois galères des eai 

Bosphore dans celles du Danube et de la Dra\ 

descendant à terre , Souleïman entra dans la tei 

l'aga des janissaires, et récompensa généreuseme 

zèle et celui du commandant de la flottille ; il or 

aux beglerbegs de faire sans délai passer le Dai 

l'armée, qu'il suivit lui-même vingt-quatre 1 

après, le 1*' moharrem 974 (19 juillet 1566). 

qu'il eût été sévèrement défendu de piller et 

cendier le pays , plusieurs villages furent livr 

I Selanikr, p. 35, et Almosino, d'accord avec lui, p. 4i : Puente 
pasos de lar/^o y i^ de ancho acahada en i6 dias; seulement il s'a 
pas et non pas d'aunes. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aaS 

flammes; Souleïman, irrité de cette indiscipline, or- 
donna au grand-chambellan Gou]abi-Âga et à cent ka- 
pidjis, de pendre tous les auteurs du pillage et de 
l'incendie sur le théâtre même de leurs excès ; il en- 
joignit également au grand- vizir de veiller, conjoin- 
tement avec les tschaouschs , à la prompte exécution 
des coupables. Le commandant de l'artillerie de siège 
''eçut ordre de faire traîner, par des buffles, les pièces 
de campagne à Szigeth , et notamment le gros canon 
de Katzianer, qui avait été déposé comme trophée à 
Ai^ad, par Khosrew et Ferhadbeg. Pendant cette mar- 
che, Tarméc campa à Harsany, entre Fûnfkirchen et 
Sîklôs, village fameux par Texcellence des vins de son 
^^rroir, et tristement célèbre dans l'histoire ottomane 
P^r l'exécution d'un des plus braves généraux de la 
T'urquie. 

3Le gouverneur d'Ofen, Mohammedbeg , dit le lion 
(^Klan) , dont la tentative prématurée sur Palota avait 
^•^cJisposé le SuItan^, s'était attiré toute sa colère en 
'hissant prendre Wessprim et Tata; il avait en outre 
^^cité contre lui le ressentiment du grand-vizir, par 
^^s lettres insultantes que Souleïman avait com- 
'^Uniquées à ce dernier *. En arrivant à Siklos, le 
^^Itan ordonna au tschaousch-baschi Bourounsiz de 



^ On lit dans le Rapport de rambassadaQr vénitien sur la mort de Mo- 

^■^medbeg : « Il Sgr. haveva fatto tajar la testa (il fut étranglé) al Bassa di 

'uda per sospetto, che havesse iutelligenza coll' Imperatore, e che il 

*imo Vesir non era in gran confidenza. » Archives de la maison 1. R. 

-'Vuiiiche. Les lettres d'Arslan-Pascha à cet ambassadeur prouvent lout-à- 

* * ^ le contraire. 

T. VI. l5 



2!i6 HISTOIRE 

se rendre avec ijmnze tschapusdis à Ofen , et de l 
nç)porter la tête du gouverneur de cette place , Ars 
lan-Pascha. Au moment où il signait cet wdre , 
^misssôre du gouverneur lui annonça qfue celui-ci avai 
quitté son armée depuis trois jours pour se rendre a 
camp ottoman. Sur cet avis , Souleïman substitua 
son premier ordre celui de le décapiter, au momcD 
où il entrerait dans la tente du grand-vizir. Le len- 
demain matin, lorsque l'armée s'arrêta à Harsany, ei 
pendant que les vizirs étaient assemblés au diwan 
Arslan-Pascha arriva vers la fin du conseil , accom- 
pagné de cavaKers couverts de lourdes armures ; il 
présenta à la tente du grand- vizir et prit place sur I^ 
siège qui lui avait été préparé. Sa hardiesse confondfe^ 
tout le monde : les tschaouschs se demandaient c 
qu'il venait faire au camp, et chacun le jugeait fo 
d'avoir ainsi abandonné les troupes qu'il commandait 
sans un ordre du Sultan. Le grand-vizir, s'avançanf 
vers lui, l'interpella ainsi : « Que prétends- tu faire ici .^ 
A qui donc as-tu confié le soin de ton gouvernement.'* 
Le Padischah t'avait nommé beglerbeg, et tu as livré 
ses forteresses aux infidèles. Malheur à toi , miséra- 
ble ! ta sentence de mort est prononcée. » Et se tour- 
nant vers le tschaousch-baschi , il lui dit : « Fais disr 
paraître cet homme de la terre. » Arslan tira de son 
sein deux rapports qu'il voulait soumettre à l'empe- 
reur; le grand-vizir les prit, et au même instant le 
tschaousch - baschi s'empara de sa victime. En l'ab- 
sence du bourreau, son aide fut chargé de l'exécution. 
Lorsqu'Arslan sortit de la tente , Ayas - Pascha lui 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 227 

dit : (c Les choses de ce monde n*ont pas de durée ; 
repens-toi et tourne tes regards vers le ciel. » Sans 
répondre à cette exhortation, Ârsian s'adressant au 
bourreau : « Mon cher maître, lui dit- il , sois prompt , 
«tîprends soin de bien appliquer ton pouce. » Aussi- 
tôt celui-ci l'étrangla. Le gouvernement d'Ofen fut 
donné au neveu du grand-vizir Moustafa-Sokolli. Tous 
les biens d'Arslan-Pascha furent confisqués au profit 
^ TËtat. On veilla pendant la nuit près de son corps, 
^ le lendemain matin on le transporta au tombeau de 
la famiUe Yahyaoghli, où il fut déposé près des restes 
-de son père, qui, dit -on, l'avait autrefois maudit dans 
sa colère , et lui avait prédit sa fin tragique * . L'in- 
fortuné Mohammedbeg, surnommé le Lion pour 
«a valaar éprouvée, était petit -fils de Balibeg, fils 
<l'Yahya-Pascha, gouverneur de Bosnie, l'un dés plus 
braves généraux de Mohammed II. Son aïeul Hamza 
Balibeg s'hait distingué dès l'âge de quatorze ans dans 
une lutte héroïque , et s'était fait remarquer au siège 
de Vienne, dans son poste sur le Wienerberg. Yahya- 
Pascha, gendre de Bayezid, avait eu quatre fils, tous 
célèbres comme hommes de guerre; l'un d'eux, Bali- 
beg, avait eu trois fils et un petit -fils gouverneurs en 
Hongrie, savoir : Ahmed à Stuhlweissenbourg , Der- 
wisch à Szegedîn et pkts tard à Fûnfkirchen, Mo- 
hammed et Arsian à Ofen. 

Le lendemain de l'exécution d'Arslan-Pascha , le 
Sultan faisait son entrée solennelle à Fûnfkirchen, 
précédé par les fils du grand-vizir, Kurdbeg et Ha- 

I Selaoîki» témoio oculaire de celte exécution, p. 3S. 



i5* 



aa8 HISTOIRE 

sanbeg (4 août 1566). Pendant la marche, le général 
des ouloufedjis, Ferhadbeg, le chef des mouteferrika^' 
et cinq lecteurs du Koran, récitaient la sourre de loT 
victoire et de la conquête. Le Sultan, qui saluait de sa 
voiture Tarmée rangée en ligne sur son passage, était 
escorté à gauche par les vizirs Ahmed -Pascha et 
Ferhad-Pascha , à droite par le frère de ce dernier, 
Moustafa - Pacha , cinquième vizir, et par Kiloun 
Sofi Ali - Pascha , sixième vizir récemment rappelé 
d'Egypte '. Trois jours auparavant, le beglerbeg de 
Roumilie était venu camper , avec quatre-vingt-dix 
mille hommes et un parc d*artillerie de trois cents ca- 
nons, sur la colline de Semilihov, au nord de Szigeth. 
Le 5 août, Souleïman arriva lui-même devant Szigeth*, 
et donna l'ordre d'en commencer le siège. Cette plac^^ 
à deux milles de Fùnfkirchen , appelée aussi Szigeth — 
war, c'est-à-dire la \dlle des îles, est entourée de toi 
les côtés par la rivière d' Aimas, et divisée en trois par- 
ties que réunissent entre elles des ponts , le château 
l'ancienne, et la nouvelle ville. Le château présente 
cinq bastions construits en terre et en fascines, et en- 
tourés d'un triple fossé; la tour ronde, qui sert di 
magasin aux poudres , les clochers et les corps-de- 
garde, sont seuls bâtis en brique. A l'approche des Ol^ — 
tomans, Zriny, commandant de Szigeth , fit élevés^ ^ 



« C'est à cette époque qu'on voit apparaître un sixième vizir, et non so«^ 
Je règne de Sélim II, comme l'affirme Mouradjea d^bhsson, Tableau ^* 
V Empire ottoman, t. VII, p. 21a. f vl 

> £t non le i» août, comme le dit Istuanfi. Tous les htslorîeos otto* Ê^ 
mans sont d'accord avsc Budina, qui donne la date du 5 août» 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aag 

une croix au milieu de la forteresse ; il ordonna en 
même temps rexécution d'un soldat qui avait tiré son 
sabre contre un de ses chefs; mais à ce châtiment 
conforme à la discipline militaire , Zriny joignit une 
cruauté inutile, en faisant trancher la tête à un aga turc 
qu'il avait fait prisonnier. Pour répondre à la pompe 
que déployait Souleïman et montrer qu'il était prêt à 
Je recevoir dignement , Zriny fit tendre les remparts 
de draperies rouges et recouvrir la tour à l'extérieur 
d® plaques d'étain qui étincelaient comme de l'argent; 
^^fin, dès que le Sultan parut sur la colline de Semi- 
J^hov, il lui souhaita la bien-venue en le saluant par la 
décharge d'un gros canon. L'attaque commença aussi- 
*^^t de trois côtés à la fois. L'aile droite des Ottomans 
^lail commandée par le troisième vizir Ferhad-Pascha 
^t le beglerbeg d'Anatolie Schems-Ahmed ; l'aile gau- 
^lie, par le*cinquième vizir Moustafa-Pascha et le beg- 
^^rbeg de Roumilie Sal-Mahmoud. L'aga des janissaires 
^t Ali-Portouk, beg deKodja-Ili, occupaient le centre, 
^t avaient sous leurs ordres les begs des frontières ; 
Parmi ceux-ci Nassouh , beg de Poschega, fut chargé 
fie foudroyer la vieille ville avec cinq gros canons , 
Notamment avec celui de Katzianer qui, par l'ordre 
exprès de Souleïman, avait été départi aux janissaires. 
Clonvaincu de l'impossibilité de défendre la nouvelle 
"ville, Zriny la fit livrer aux flammes. Les Turcs 
se logèrent sur les décombres et y dressèrent des bat- 
teries ; ils comblèrent ensuite au moyen de sacs de 
terre les marécages qui séparent l'ancienne ville de la 
citadelle , et se tracèrent ainsi vers cette dernière un 



a^ mSTOIKE 

<^mki solide. Le quinzième jour aprèa Tarmée du 
Sultan, les assiégeans étaient msàtres de toute» les 
fortifications extérieures ; la citadelle seule continuait 
d'opposer à leurs efforts une résistance désespérée 
(1 9 août 1 566). Ce fut en vain que Souleïman tenta de 
fléchir rhéroïsme persévérant de Zriny , en offrant de 
lui céder la possession exclusive de toute la Croa^. 
Les Ottomans avaient pris le porte-drapeau et le trom* 
pette du (ils aîné de Zriny , qui se trouvait dans l'armée 
envoyée par Maximilien au secours de Szigeth ; Sou- 
leïman , dans la vue d'alarmer Zriny sur le sort de 
son fils, ordonna que ces prisonniers fussent conduits 
devant les murs de la citadelle , et que le premier y 
déployât son drapeau, tandis que le second sonnerait 
l'air de la victoire ^ En même temps il fit jeter dans la 
place, en lesattachant à des flèches, des lettres écrites^ 
^langues allemande, hongroise et croate, et tendant à 
semer la division parmi les troupes, ou à ébranler leur 
fidélité par de belles promesses. Ces lettres avaient été 
composées par l'interprète Ibrahimbeg , le kiaya Lala 
Moustafa-Pascha et le secrétaire intime Feridoun, qui 
avait été récenmient promu à la place lucrative de 
nischanc^i ^, pour avoir fait quitter au grand- vizir un 

1 « Forgacsii Zigethi Hungariae daustri praestaotissimi vera descriptio el 
» obsidionis epitome. » Forgacz ne fait meulion que du trompette, taiidis 
que Selaniki parle aussi du porte-drapeau. 

9 Selaniki remarque à ce sujet que les mouteferrikas (les disséminés , 
qu'en français on pourrait traduire par les officiers du service extraordi- 
naire) n'étaient qu'au nombre de cinquante, et qu'à cette époque leurs places 
étaient aussi honorables que lucratives : dix avaient des fiels et quarante un 
traitement fixe. 



DE UEMFHIB OTTOMAN. a3i 

poste dangereux , où quelques instans plus tard une 

boBibe avait tué pluâeurs soldats. 

Dans le premier assaut donné à la citadelle, le&asr 

^égeans repoussés perdirent deux drapeaux, et eurent 
à regretter la mort de l'ancien gouverneur d'Egypte, 
Sofi ÂU-Pascha ' , accouru du Caire pour assister à cette 
campagne (9 sâfer — 26 août). Le second assaut, livré 
tFOîs jours après, le jour m^e de l'anniversaire de 
la l)ataille de Mohacz, de la prise d'Ofen et de Bel- 
grade, fut plus acharné encore et plus terrible [xxxm]; 
quatre jours plus tard, on en tenta un troisième; mais, 
l^s janissaires se retirèrent bientôt , et attendirent l'ar- 
^hèvement de la mine pratiquée sous le grand bastion, 
t^ans la matinée du 5 septembre, cette mine fit ex- 
plosion avec un vif éclat de lumière, qui semblait être 
^mme la torche funéraire de Souleïman ; car ce grand 
Souverain mourut dans la nuit du 5 au 6 septembre 
(âO sâfer), soit de décrépitude, soit des atteintes d'une 
dyssenterie, soit enfin d'une attaque d'apoplexie. Le 
grand- vizir eut soin de cacher cet événement, et, s'il 
faut en croire certains historiens, pour mieux assurer 
le secret , il fit étrangler le médecin du Sultan. Ainsi 
Souleïman expira , sans emporter avec lui la conso- 
lation de la prise de Szigeth , et avant d'avoir reçu la 
nouvelle de la reddition de Gyula. Cette dernière place, 
assiégée depuis le 5 juillet par Pertew-Pascha à la tête 
de vingt-cinq mille hommes, venait d'être rendue par 
Keretsenyi. Dans l'impatience et l'irritation que lui 

» Budina l'appelle Miserski , c'est-à-dire celui do Caire. 



a5a HISTOIRE 

causait la résistance de Szigeth , Souleïman avait écri 
au grand- vizir quelques heures avant sa mort : « Celt 
cheminée n'a donc pas cessé de brûler, et le gro 
tambour de la conquête ne se fait donc pas encore- 
entendre. » De prétendues lettres autographes du 
Sultan , conçues dans le même sens , furent après sa 
mort publiées dans le camp, sous la forme d'ordres^ 
du jour, et communiquées aux vizirs qui n'étaient pa 
initiés au secret. L'auteur de ces lettres était Djâferaga,- 
premier porteur d'armes du Sultan ; lui et le secré- 
taire intime Feridoun étaient les seuls à qui le grand- 
vizir eût dévoilé la mort du Sultan ; l'un et Tautre 



continuèrent plus tard , sous le règne de Sélim II oi 
plutôt de Sokolli, son grand- vizir, à justifier la con- 
fiance qu'ils inspiraient, le premier comme gendre d< 
Sokolli et aga des janissaires, et le second comme reïs-^ - 
efendi. Le 8 septembre (2â sâfer), tous les ouvrage^ s 
extérieurs étaient détruits , et, parrtii les fortification ^ 
intérieures , la tour seule était intacte , avec son ma 
gasin aux poudres. Voyant que le moment était veni 
de se rendre ou de périr, Zriny choisit ce dernier pari 
avec une dignité ferme et une admirable tranquillité 
d'esprit ; décidé à mourir en héros , il prépara ave 
un froid courage son heure dernière. Il se fit donnei 
par son chambellan François Cserenkœ , un surtou^*^ 
en soie, passa sa chaîne d'or autour de son cou, ^^ 
couvrit la tête d'un chapeau noir, brodé d'or, et sur'-' 
monté d'un panache en plumes de héron, sous lequ^^ 
étincelait un diamant de prix; puis il fit mettre dari^ 
sa poche cent ducats de Hongrie , rejetant avec soi'' 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 235 

ceux qui portaient le titre de la monnaie turque, afin, 
clisait-il , que celui qui s'emparerait de ses dépouilles 
ûe pût se plaindre de n'avoir rien trouvé sur lui. Se 
disant ensuite apporter les clefs de la forteresse, il les 
'^U dans la poche qui contenait les ducats , et dit à 
^^ux qui l'entouraient : « Aussi long-temps que ce bras 
Pc)urra se mouvoir, nul ne m'arrachera ces clefs ni 
^^t or ; après ma mort , s'en emparera qui voudra ! 
''^ïais j'ai juré que dans le camp turc personne ne 
J^^urraît me montrer au doigt. » Parmi quatre sabres 
^'honneur incrustés d'or, qu'il avait reçus pour des 
actions d'éclat dans le cours de sa carrière militaire, 
il choisit le plus ancien : « C'est avec cette arme, dit-il, 
ique j'ai acquis mes premiers honneurs et ma première 
gloire, et c'est encore avec elle que je veux paraître 
devant le trône de l'Eternel , pour y entendre mon 
jugement. » Précédé de son porte-drapeau et suivi du 
page qui portait son bouclier , il descendit dans la 
cour sans casque ni cuirasse, et se présentant aux six 
cents braves déterminés à mourir avec lui, il stimula 
leur courage par une courte allocution, qu'il termina 
en invoquant trois fois le nom de Jésus. Déjà le feu 
envahissait sur tous les points le château intérieur, et 
Ion ne pouvait plus différer d'un instant le signal de la 
sortie. Près de la grande porte, se trouvait un mortier 
chargé de mitraille ; Zriny ordonna de le démasquer 
et d'y mettre le feu ; plus de six cents des assaillans 
qui se pressaient sur le pont furent renversés. A 
travers la fumée causée par l'explosion du mor- 
tier, Zriny s'élança sur les Turcs, comme la foudre 



a54 mSTGIRE 

qui perce h n«^ Avec Laorent Jupanitech, son fidèle 
porte*drapeau, il se précipita au milieu des rangs les 
plus serrés, et tomba frappé à la fois de deux balles 
dans la pdy^ine et d'une flèche à la tête '. A cette 
vue, les Ottomans poussèrent à trois reprises les cris 
de Allah! Les janissaires s'emparèrent du brave dé- 
fenseur de Szigeth , et le portèrent sur leurs épaules 
devant Faga; puis le déposant encore vivant sur TaflRlt 
du canon de Katzianer, la face tournée contre la terre, 
ils lui tranchèrent la tête [xxiv] . Ainsi mourut sur le 
canon même du traître Katzianer, celui qui l'avait fait 
assassiner dans son propre château , expiant par cette 
fin la violation de l'hospitalité et l'exécution injuste 
et cruelle d'un aga turc, son prisonnier. 

Dès ce moment, le meurtre et l'incendie se déchaî- 
nèrent avec une fureur sauvage dans la citadelle ; le 
chemin qui y conduisait était jonché de cadavres ; les 
femmes et les enfans , entraînés hors de leurs foyers , 
étaient souvent massacrés impitoyablement par les ja- 
nissaires qui se disputaient leur proie. Le chambellan, 
le trésorier et l'échanson de Zriny étant tombés au 
pouvoir de l'ennemi, eurent la barbe coupée et brûlée. 
Le gr^nd- vizir leur fît demander, par l'intermédiaire 
de l'interprète Ibrahim , quels étaient les trésors d^ 
Zriny, et ce qu'ils étaient devenus. L'échanson, jeune^^ 
Hongrois d'un noble oi^eil *, répondit avec assu— 

I Petschewi , d'après Selaoiki , dit atteint par une balle du poids de ci 
drachmes. 

3 Selanikî, p. 49, donne ces détails, qu'on ne trouve pas dans Lstuanfi 
Budina , l'orgacz et Sambuccus. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. î35 

rance : « Zriny possédait cent mUle ducats hongrois , 
eent miUe écus , mille coupes d'or de toutes dimen- 
sions et une riche vaisselle; ila tout détruit, c'est à 
peine s*il a laissé une valeur de cinquante mille ducats 
en objets de prix, déposés dans une caisse; mais ses 
provisions de poudre n'en sont que plus considéra- 
hles; elles vont faire explosion au moment même o» 
nous parlons, et le feu, qui seul vous a livré la for- 
teresse, deviendra aussi la cause de la ruine de votre 
^'•niée. » Ces paroles menaçantes furent confirmées 
par les deux autres prisonniers. Le grand-vizir alarmé 
^'•donna au tschaousch-baschi de monter à cheval 
9vec tous ses gens, et de prendre les mesures néces- 
^îres pour prévenir un tel malheur. Les tschaouschs 
®^rent à peine le tanps d'avertir les chefe de se retirer 
^^ <ie donner Tordre de la retraite; la tour sauta avec 
^^ horrible fracas , ensevelissant plus de trois mille 
'^^ïïimes sous ses ruines. Le même jour [xxxv] , le 
S^nd-vizîr envoya, par l'entremise du grand cham- 
^^ttan Goulabi-Âga , la tête de Zriny, avec son cha- 
ï^^au et sa chaîne d'or, à Mohammed-SokoUovich, son 
^eveu , gouverneur d'Ofen , en lui enjoignant de la 
ïaire porter aussitôt ay camp de l'empereur. Confor- 
^îiément à cet ordre , Sokollovich adressa ces tristes 
^dépouilles au comte Eck de Salm. Plus tard, la tête 
9ut portée par Balthazar Bacsanyi à Tschakathurn, où 
^lle fut déposée dans le couvent de Sainte Hélène, à 
côté du tombeau de l'épouse de Zriny, née Frangipan. 
Xe huitième jour après l'occupation de Szigeth, Sokolli 
convoqua un grand diwaq , dans lequel le moutefer- 



a36 HISTOIRE 

rika Djelalzadé, le reïs-efendi Mohammed-Tscl 
et le secrétaire-d'Etat Feridoun écrivirent des 
de victoire , qui furent expédiées , au nom de S 
man, comme s'il eût encore vécu, à tous les g( 
neurs de Tempire, au khan de Crimée, au schéji 
Mecque, au schah de Perse, et autres souverain: 
de la Porte. On distribua des récompenses et < 
corda des augmentations de solde ; puis on pubi 
prétendue lettre de Souleïman, dans laquell 
écriture avait été contrefaite par son premier é< 
Djâfer ; cette lettre ordonnait qu'une partie d 
mée partirait aussitôt pour le siège de Babocsa , 
l'autre serait employée à reconstruire les fortifia 
de Szigeth. En même temps on répandit le bri 
le Sultan, ne pouvant à cause d'une attaque de 
paraître en public, était dans l'intention de se i 
à la mosquée de Szigeth, dès que la construct 
serait achevée, pour y faire sa prière du vendre 
rendre grâce de sa brillante victoire. On fit di 
promotions à des emplois devenus vacans par 1 
de leurs titulaires [xxxvi]; à cette occasion, Djel 
rentra dans sa place de nischandji. En occup 
troupes aux fortifications de Szigeth et à l'expo 
de Babocsa , la prudence de Sokolli sut cacher 
cret de la mort de Souleïman pendant trois sen 
et donner ainsi à l'héritier présomptif le temp^ 
river de Kutahia à Constantinople. Une semblât 
sure avait été employée avec un égal succès à 1; 
de Mohammed I", Mohammed II et Sélim P' 
hammed Sokolli , le conquérant de Szigeth , 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aS? 

d'une main si ferme les rênes du gouvernement, que, 
non seulement durant ces trois premières semaines , 
mais encore pendant les treize années qui s'écou- 
lèrent jusqu'à sa mort , il fit observer fidèlement les 
institutions de Souleïman , et maintint la prospérité et 
la puissance de l'empire au point d'élévation où ce 
grand souverain les avait portées. 



LIVRE XXXIV. 



Monumens et hommes distingués du règne de Souleïman I. — Secrétaire* 
d'État, poètes, jurisconsultes. — Réorganisation du corps des ouléar»^* 
et de Farmée. — Système féodal, impôts, lois pénales et réglemens <^^ 
police. — Causes de la décadence de l'empire ottoman, à dater de ^^ 
mort de Souleïman. 



Les lois et statuts de Souleïman sont considér^^ 
comme les élémens les plus importans de sa grar:^' 
deur par les Ottomans , qui donnent à ce prince 
surnom de Kanouni (le législateur) , tandis que les hiï 
toriens européens le désignent sous le titre de GraiB^ ^ 
ou de Magnifique. En faisant Ténumération des mc^' 
numens de son règne, nous devrons signaler non se«^' 
lement ceux de la littérature et des arts, mais encoc*^ 
ceux qui ont rapport à la législation. Nous donne- 
rons d'abord un aperçu des constructions et des ol»- 
vrages scientifiques qui ont illustré son époque, ^^ 
nous ferons connaître ensuite les institutions que TearJ- 
pire ottoman dut à son génie organisateur. Bien qu'^^ 
rapportant les événemens politiques et militaires, et 1^5 
noms des généraux et des hommes d*Etat qui y prireflf 
part, nous ayons parlé sommairement des œuvres 



HISTOIRE DE L'EMPIRE OTTOMAN. aSg 

rt et de littérature, ainsi que de leurs auteurs, nous 
^yons cependant devoir nous appesantir davantage 
' un sujet aussi important, ne pensant pas que ce 
t: nuire à Tunité de Thistoire que d'en éclairer d'un 
ir égal toutes les parties, au lieu de produire les 
es à la lumière , et de rdéguer les autres dans l'om- 
s. Aucune autre époque de l'enapire ne fut aussi 
^onde en productions littéraires €t scienttfiques, que 
règne de Souleïman, qui di»ra quarante-six ans , et 
le celui de son fils Sélim Q, qd ne fut cpie de huit 
mées. 

Ainsi que nous l'avpns déjà remarqué , les histo- 
ens ottomans attachent une très-haute importance 
ce que le nombre dùv ait présidé au règne de Sou- 
îman. Qu'il nous soit donc permis , avant de portar 
1 jugement définitif sur la grandeur véritable ou 
pposée de Souleïman , de donner quelques détails 

éclaircissemens sur ce nonibre dix, appliqué par 
s Orientaux à sa personne et à son règne. D'après 
IX , l'influence de ce nombre s'était manifestée par 

volonté divine , de la manière suivante : Né dans 

première année du dixième siècle de l'hégire S 
)uleïman , le dixième Sultan des Ottomans *, le 
xième grand souverain de son époque % et père de 

1 Aunée 900 de Thégire (i4g4)* 

1 10 Osman, 20 Ourkhan, 3o Mourad I, 40 Bayeiid I, 5o Mohammed T 
Mourad II, 70 Mohammed II , 80 Bayezid II, 90 Sélim I, 10'' Soulei- 
m I. 

3 lo Charles-Quint, 10 l/on X, 3o Henri VIII, 40 FraD<^îs I, 5o Iwan 
bsiliewitsch , 60 Schah-Ismaïl, 70 Schah-Ekber, 80 AnJrea Griui, 90 Si- 
moud I, 100 Souleïman. 



a4o HISTOIRE 

dix enfans ' , offrait en sa personne les dix grandes qua^ — 
lilés des souverains [i]; sous son règne, on compta- 
dix grands-vizirs * et dix secrélaires-d'Etat ^ d'un mé — 
rite distingué , dix légistes ^ profonds et dix grands»^ 
poètes ^ ; enfin le Sultan s'illustra dix fois par la con- 
quête de dix villes et forteresses [u]. 

Après avoir consacré les neuf livres précédens ait 
récit des événemens politiques du règne de Souleï— 
man , nous ne parlerons dans ce dixième livre qu 
des monumens de l'art et de la littérature, et des ins 



1 xo Sultan Mohammed, ao Mahmoud, 3o AbdouUah, 40 Djihaoghir'-^' 
£)0 Moustafa, 60 Bayezid, 70 Sélim, 80 Mihrmah, réponse de Rousteni 9. 
90 et lo** deux prmcesses dont le nom est inconnu , et dont fait mention I^^ 
Rapport de Tambassadeur Téoilien. 

a loPiri-Pascha, ao Ibrahim-Pascha» 3o Âyas-Pascha, 40 Loutfi-Paschs-, 
5o Souleïman-Pascba, 60 Rousiem-Pascha, 70 Abmed-Pascha, 8© BoustenL^ — 
Pascha pour la seconde fois, go Semiz Ali-Pascba, 10'' Mohammed SokoUi -^ 
Yoyez aussi le savant rabbin Almosnino : Que tuviesse die* Oliyîcires, qu^^ 
son la parte principal del Reinoj il parle encore de dix agas des janissaires ^ 
Diez Àgas de Geniçaros, la mayor forlaleza y vigorde su exercito. (Hadj ^• 
Khalfa, Tables chronologiques, p. a 36.) Il se trompe cependant au suje^^^ 
des dix campagnes qu'il prétend avoir été conduites par Souleïman en per- — 
sonne.; Las guerras que dio personalmente Jueron diez, p. 84 ; car il con^— ^ 
fond en une seule les deux campagnes de Mobacz et de Vienne , omet cell^^ 
de Hongrie en i54i t et n*en fait qu'une des deux dernières guerres contr^^ 
le schah de Perse, 

3 10 Iskender-Tschelebi, ao Moustafa Djelalzadé, 3o Mohammed Rams.^" 
xanzadé, 40 Khalilbeg, 5o Ëboulfazi, 60 Mohammed-Tschelebi , 70 Nak^" 
jLasch-Ali, 80 Newbeharzadé, 90 Ibrahim, io<> Feridoun. 

4 10 Kemalpaschazadé, ao Ebouzououd, 3o Ibrahim de Haleb, 40 Tasda." 
kœprizadé, 5o Salih Djelalzadé, 60 Hafiz-Adjem, 70 Lari, 80 Birgheli r 
90 Khaïreddin, 10^ Sourouri. 

5 xo Baki, ao Khiali, 3o Sati, 40 Ghazalî, 5o Yahyabeg, 60 Sonzouli, 
70 Ojelali, 80 Fikri, go Rewani, lo* Lamii, 



DE L^EMPllΠOTTOMAN. 241 

titutions qui signalèrent cette période de Thistoire ot- 
tomane. Nous traiterons successivement des construc- 
tions et des fondations qui y furent annexées, des 
secrélaires-d'Etat , des légistes et des poètes, de la 
'nouvelle organisation du corps enseignant, de l'amiée 
^t du trésor , des lois sur les fiefs , des lois pénales 
^^ des réglemens de police et d'administration inté- 
'"i^ure. 

Nous avons parlé plus haut de la mosquée Souleï- 
'^^«niyé et de six autres, savoir : la mosquée Selimiyé, 
^^^vée sur le tombeau de Sélim P' ; celles des princes, 
ir le tombeau des fils de Souleïman, Mohammed et 
^'ihanghir, à Galata ; les deux mosquées de la sultane 
^^Jihrmah, à Scutari et à la porte d'Àndrinople; celle 
^^« la sultane Khasseki, c'est-à-dire de Roxelane, sur 
*^ marché aux femmes, que le Sultan construisit toutes 
^ux frais de son trésor, quoiqu'elles ne portassent 
^as son nom. Après Souleïmaniyé, le monument dont 
Souleïman s'enorgueillissait le plus était l'aqueduc 
lient nous avons déjà fait mention, et qu on désignait 
^ous le nom des Quarante-Arches ou des Quarante- 
ï^ontaines, parce qu'il alimentait quarante fontaines 
publiques. Par la construction de Souleïmaniyé , de 
l'aqueduc des Quarante-Arches et du pont de Tschek- 
medjé , Souleiman rivalisa de magnificence et d'éta- 
l)lissemçns utiles avec Justinien, à qui l'on doit l'église 
d'Aya-Sofia, les aqueducs de l'ancienne Byzance et 
un pont en pierres sur la même rivière. Si on en ex- 
cepte Constantin , fondateur de (>>nstantinopIe , et 
Mohammed qui conquit et restaura celle capitale, les 

T. Tl» 16 



\ 



242 HISTOIRE 

deux souverains à qui cette ville doit le plus gran^ 
nombre d'embellissemens sont Justinien-le-Grand ^t 
Souleïman. Une description détaillée de tous les édî — 
fices construits par le prince ottoman fournirait ma — 
tière à un ouvrage aussi étendu que celui de Procop^ -, 
qui a décrit en six chapitres les monumens élevés pa 
Justinien ; comme Procope, l'auteur de cet ouvrag 
pourrait s'épuiser en louanges à l'aspect des mosquée 
de la capitale et des provinces, des aqueducs, d^ 
ponts, des fortifications et des nombreuses fondation 
pieuses , dont Souleïman dota l'empire. A l'exempl 
de son père Sélim , qui arracha à l'oubli le tombea 
du grand-scheïkh mystique Mouhiyeddin al-Arabî 
et le rendit aux pèlerinages des fidèles en élevant u 
dôme sur son enceinte, Souleïman fit relever à Bagda d 
le tombeau du grand-imam Ebou-Hanifé , qui avait: 
été détruit par les hérétiques persans, et fonda sur c^ 
tombeau une mosquée et une cuisine pour les pau- 
vres. Dans la même ville, il restaura la mosquée dui 
tombeau du scheïkh Âbdoulkadir Ghilani, fondateur 
de l'ordre célèbre des derwischs Kadris. La mémoire 
du grand poète mystique Mewlana Djelaleddin Roumi 
et celle de Sid-Battal, c'est-à-dire le seigneur, le cham- 
pion , le juge de l'islamisme , furent honorées des 
mêmes faveurs par la volonté du Sultan. Il fonda à 
Koniah , sur le tombeau du premier, une mosquée 
avec deux minarets , une salle destinée aux walses 
sacrées des derwischs ' , des cellules pour leur habita* 
tion et une cuisine pour les pauvres. Il fit bâtir sur le 

1 Simaakhané. Petschewi, Âli, Djela1zadc\ 



DE L'EMPIRE OTTOMAN, 2^5 

Combeau du second ^ à Seïd-e-Ghazi , un grand cou- 
rent, une mosquée, une médresé, et des cuisines pour 
les pauvres et les étrangers; tous ces édifices furent 
recouverts en plomb; le couvent fut concédé à Tor- 
dre des dervnschs Begtaschis. des constructions en 
l'honneur des trois grands -scheïkhs, Abdoulkadir, 
Djelaleddin Roumi et Sid-Battal, avaient acquis à Sou- 
leïman les bénédictions des trois ordres de derwischs, 
des Kadris, des Mewlewis et des Begtaschis, si nom- 
hreux et si influens dans Tempire ottoman. A Kaffa, à 
Nicée et à Damas, il répara les mosquées tombées en 
Tuines ; près du pont de Moustafa-Pascha sur la Ma- 
rizza, il restaura le caravanseraï, la mosquée et la cui- 
sine pour les pauvres, fondés par cet homme d'État. 
Non content d'élever ou d'anbellir tant de mos- 
-quées, Souleïman transforma les églises chrétiennes 
des villes conquises en lieux de prières pour les mu- 
sulmans. Depuis Rhodes et Koron jusqu'à Temeswar 
et Ofen, les cloches cessèrent de convoquer les chré- 
tiens à la prière, et, au lieu du chant des psaumes et 
des accords des orgues, on n'entendit plus que les cris 
des mouezzins au haut des tours : Allah et Moham- 
med! Dans toutes les villes soumises par les armes 
ottomanes, à Rhodes, Koron, Sabacz, Belgrade, Te- 
mesw^ar et Ofen, les églises furent changées en mos- 
quées, pendant qu'on reconstruisait les ranparis ou 
qu'on élevait de nouvelles fortifications. La forte- 
resse de Belgrade, qui avait été réparée au commen- 
cement du règne de Souleïman, le fut encore à la fin, 
après avoir été renversée par une explosion des pou- 



16 



i* 



2{4 HISTOIRE 

dres causée par la foudre. Souleïman relera aussi les 
murs de Jérusalem, et fut le premier des sultans qui, 
à l'exemple des khalifes , embellirent la sainte maison 
de la Kaaba. Il se fit autoriser à ces embellissemens 
par un fetwa du moufli Ebousououd, et ordonna 
que les travaux n'eussent lieu qu'en présence des lé- 
gistes de la Mecque et des quatre imams des quatre 
rites orthodoxes, Hanizi, Maleki, Hanbeli et Schafii. Il 
fonda à la Mecque pour ces quatre rites quatre col- 
lèges (médresés) sur le modèle des collèges turcs, 
à chacun desquels étaient attachés quinze étudians 
(thalebs) et un répétiteur (mouid) : le traitement du 
professeur (mouderris) était de cinquante aspres par 
jour; celui du répétiteur de quatre aspres, et celui 
de chaque étudiant de deux aspres [m]. La maison 
de Khadidjé , la première épouse du Prophète , avait 
été depuis long- temps transformée en mosquée, mais 
elle était tombée en ruines; Souleïman la fit rebâtir, 
et attacha à son service des derwischs qui devaient y 
faire entendre, les mardis et vendredis, les cris de 
AUah et de Ihu! Pour suppléer au manque d'eau , 
l'un des fléaux de la Mecque, Sobeïdé, l'épouse du 
khalife Haroun al-Raschid, avait fait construire un 
aqueduc qui avait coûté des sommes énormes , et avait 
été depuis plus d'une fois réparé. Dans la douzième 
année du règne de Souleïman (939 — i 532) , la pé- 
nurie d'eau fut si complète à la Mecque, que l'outre 
s y vendit au prix énorme d'un ducat, et que les péle- 
rinsf que leur piété avait amenés dans la ville sainte, 
furent sur le point de périr de soif; mais une pluii^ 



DE L'EMPraE OTTOMAN. a45 

bienfeisante vint heureusement les sauver. Pour pré- 
veoir le retour d'un tel fléau , Souleïman ordonna la 
reconstruction des aqueducs de Bedr Honeïn et du. 
mont Aarafat ; le premier aboutissait à un large bassin 
de marbre contenant quarante-cinq pipes d'eau et re- 
couvert d'un dôme. La sultane Mihrmah, fille de Sou- 
leïman , fit construire un autre aqueduc , qui amena 
les eaux de la source du mont Âarafat dans un bas- 
sin près du sanctuaire. On éleva une fontaine sur le 
versant du mont Merwé, et on élargit les deux bassins 
qui se trouvent entre Safa et les tombeaux des schérifs : 
l'un d'eux servait aux caravanes de pèlerins venant de 
la Syrie, l'autre à celles qui viennent d'Egypte; de là 
leurs dénominations de bassin syrien et de bassin 
égyptien. Le sultan égyptien Koulaoun avait fondé 
deux villages, dont les revenus étaient affectés à l'achat 
annuel de la couverture destinée à vêtir la Kaaba du- 
rant les jours du Beïram. Cette couverture se com- 
pose de deux pans d'étofie d'or, dont le premier de 
mille soixante aunes se nomme le voile, et l'autre de 
cinquante aunes , la ceinture. A ces deux villages , 
Souleïman en ajouta d'autres; de plus, il augmenta 
la somme portée dans les pèlerinages annuels aux 
pauvres de la Mecque , et fit prélever cette augmen- 
tation, sous le nom de djewali, sur la capitation des 
rayas. 

Dans la hiérai*chie ottomane , les vizirs et les beg- 
lerbegs occupent le premier rang ; après eux viennent 
les defterdars, les nischandjis et les reïs-efendis, c'est- 
à-dire les présidens de la chancellerie et les secré-- 



I 



246 HISTOIRE 

taires-d'Etat , qui sont , à {nroprement parler, les vé- 
ritables ministres. Les utiles et modestes services qu'ils 
rendent dans le silence du cabinet sont obscurcis par 
les actions plus brillantes des hommes de guerre, 
et né se voient pas toujours appréciés avec justice. H 
est rare que ces dignitaires arrivent à la gloire ; quel- 
ques-uns cependant font exception à cette règle, 
comme Iskender-Tschelebi , par exemple, dont la 
chute retentit dans tout l'empire , et ceux qui se sont 
fait les historiens de leur époque , tels que le grand 
et le petit nischandji Moustafa Djelalzadé et Moham- 
med Ramazanzadé. Parmi les defterdars qui succé- 
dèrent à Iskender-Tschelebi, le malheureux yahya du 
grand -vizir Ibrahim, nous devons surtout remar- 
quer le defterdar d'Ofen , Khalilbeg , qui dressa un 
nouveau registre pour les impôts de Hongrie , et le 
defterdar de Syrie , Eboulfazl , fils du célèbre histo- 
rien Idris. Avant Khalil, on ne comptait dans l'empire 
ottoman que trois defterdars, ceux de Roumilie et 
d'Anatolie et celui de Syrie et d'Egypte. La conquête 
de Hongrie rendit nécessaire la création d'un quatrième 
defterdar, et Khalilbeg fut chargé de l'administration 
financière de cette nouvelle province. Eboulfazl ajouta 
l'histoire du règne du neuvième sultan Sélim n à 
l'ouvrage de son père , intitulé les Huit Paradis, qui 
retrace en langue persane l'histoire de l'empire otto- 
man depuis sa fondation jusqu'au huitième sultan. Mo- 
hammed-Tschelebi, plus généralement connu sous le 
nom d'Egri Abdi Oghli , c'est-à-dire fils d'Abdi-le- 
Boiteux , se distingua par un remarquable talent d'é- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. rxi^ 

rivain, et fut appelé deux fois aux fonctions de def- 
erdar et de nischandji. C'est à lui et au grand-m- 
chandji Moustafa qu'on doit la rédaction de plusieurs 
ois nouvelles, et la réunion en un seul code de celles 
[u*on avait promulguées jusqu'alors : le premier pu- 
blia le Kanounnamé de Mohanmied U, le second le 
Canounnamé sur les finances , qui parut sous le rè- 
:tie de Sélim II. Deux autres defterdars eurent une 
grande part aux affaires de l'empire : ce furent Nak- 
<asch-Ali, c'est-à-dire le peintre Ali, qui contribua 
^ar ses calomnies à la chute d'Iskender-Tschelebi, et 
Sewbeharzadé , le protégé du nischandji Djelalzadé^ 
rioustafa. Parvenu au rang de defterdar, Newbe- 
larzadé refusa de prendre place avant le nischandji , 
omme il en avait le droit d'après l'usage établi, et dé- 
lara qu'il se démettrait plutôt de ses fonctions que 
e s'arroger la préséance sur son bienfaiteur. Souleï- 
lan approuva ce noble mouvement de gratitude , et 
D prit occasion de décréter qu'à l'avenir les rangs 
es defterdars et des nischandjis seraient réglés par 
ancienneté des services. Le defterdar d'Egypte, 
brahimbeg , est auteur d'une collection très-estimée 
[e pièces d'Etat en langue turque ; mais elle ne peut 
Dutefois être comparée à la plus complète de toutes, 
elle du reïs-efendi Feridoun, intitulée: Mounschiati 
\oumayoun, dont nous parlerons plus tard sous le 
ègne de Mourad m. Au nombre des écrits les plus 
emarquables, dus à la plume de ces secrétaires- 
l'Etat, nous devons citer les Lettres de victoire sur la 
bataille de Mohacz et sur les conquêtes de Belgrade^ 



2^8 HISTOIRE 

Rhodes, Tebriz, Bagdad, Ofen et Szigelh, la corres- 
pondance de Souleïman avec le schah IsmaïK le schali 
Tahmasp, et leurs vizirs, au sujet de l'extradition de 
son fils Bayezid , et enfin les diplômes de Souleïman 
pour le schérif de la Meccjue et le grand-vizir Ibra- 
him-Pasdia [iv]. 

Il est sans dotite moins étonnant de rencontrer des 
historiens et des écrivains parmi les defterdars et les 

« 

nischandjis, que des poètes parmi les sultans et les 
vizirs; or, Souleïman, dont le père Sélim P*^ et Toncle 
Korkoud sont mis avec raison au nombre des poètes, 
est lui-même honoré de ce titre dans les biographies 
ottomanes , ainsi que ses quatre fils Sélim , Moustafa , 
Bayezid et Djihanghir ; mais cette distinction fut ac- 
cordée plutôt à l'élévation de leur rang qu'au mé- 
rite de leurs productions littéraires [v]. Le plus grand 
poète lyrique de l'empire ottoman est Abdoul-Baki, 
ou simplement Baki (l'immortel) , que les Turcs ap- 
pellent le sultan, le khan et le khakan de la poésie ly- 
rique ; il est placé sur la même ligne que Motenebbi 
et Hafiz, dans les langues persane et arabe. Né sous 
le règne de Souleïman , Baki atteignit pendant la vie 
de ce souverain son plus haut point de célébrité , et 
s'y maintint pendant le règne de Sélim II. Les œu- 
vres de Souleïman ne sont pas empreintes du génie 
poétique, mais on ne peut leur refuser le mérite d'une 
gravité imposante et d'une moralité pure ; les senti- 
mens d'humanité qui percent dans chaque ligne jus- 
tifient le nom de Mouhibbi, c'est-à-dire qui aime mec 
amitié, que le Sultan avait pris pour $igner ses vers. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 249 

Si Souleïman ne peut entrer en lice avec les grands 
poètes de son époque , on doit le louer d*avoir su , 
dans un âge avancé où il est si difficile de briser d'an - 
dennes idoles et de reconnaître de nouvelles supériori- 
tés , distinguer le mérite éminent de Baki , quand celui-ci 
vînt lui offrir son premier ouvrage, et de Tavoir 
honoré dès lors comme le plus bel ornement de son 
empire , si riche en grands hommes. Il ne se borna 
pas à le récompenser comme sultan; mais, poète lui- 
même, il lui adressa un poème dans lequel il rappe- 
lait le premier poète des Ottomans, et lui prédisait 
avec raison la durée de sa gloire [vi]. Pénétré de 
reconnaissai^ce, Baki déplora la mort du Sultan dans 
une élégie, considérée conmoe le diamant le plus pré- 
cieux de la poésie ottomane. Une autre élégie , qui 
peut rivaliser avec celle de Baki , fut composée par 
le savant moufti Ebousououd , qui , grâce à quelques 
ghazeles, est cité comme poète par les biographes 
ottomans, ainsi que son prédesseur le moufti Kemal- 
paschazadé et Sadi-Efendi. A l'exemple du Sultan et 
de ses fils, plusieurs vizirs et paschas ne jugèrent pas 
au-dessous de leur dignité de chanter des ghazeles ; 
l'infortuné beglerbeg d'Ofen Ârslan-Pascha, les vizirs 
Djemali et Schems Âhmed-Pascha, et le grand-vizir 
Piri-Pascha, sont mis par les biographies au nombre 
des poètjBs ; mais aucun ne peut prétendre au même 
rang que Baki, et même que les neuf poètes contem- 
porains dont nous allons parler. 

Khiali, c'est-à-dire le riche en imagination, mérita 
ce surnom par la richesse de ses images et son brillant 



I 



a5o HISTOIRE 

coloris ; ces qualités lui attirèrent si bien les faveurs du 
Sultan et du grand-vizir, que chacune de ses poésies 
fut récompensée avec une magnificence impériale , et 
qu'il reçut enfin un fief du revenu annuel de cent 
cinquante mille aspres '. Khiali était dans ses opi- 
nions littéraires Fantagoniste de Sati, dont nous avons 
parlé sous le règne de Sélim U, et cependant il Ta 
souvent imité. Nous avons également cité, en racon- 
tant les événemens où ils figurent, Ghazali, TÂrétin 
des Ottomans, surnonmié Deli Burader (le frère fou), 
ainsi qu'Yahyabeg, auteur des ouvrages intitulés : k 
Chai et le Mendiant, et la Rés^olte de la ville de Con- 
stantinople. Fouzouli chanta les plaisirs de lopium et 
des boissons enivrantes , et les amours de Leîla et 
Medjnoun; il traduisit encore, sous le titre de Jardin 
des Bienheureux , l'ouvrage persan le Paradis des 
Martyrs. Djelili et Fikri illustrèrent leurs noms par 
la composition de poèmes romantiques : le premier 
s'inspira du poème persan Khosrew et Schirin et du 
poème turc Leïla et Medjnoun; il traduisit en outre 
le Schahnamé, Fikri puisa ses inspirations dans la 
contemplation des astres , du Soleil et de V Étoile du 
matin * , de Mars et de V^érms ^ ; il écrivit encore 
deux ouvrages rimes , le Parterre des Fleurs ^ et les 
Vierges des Pensées ^. Rewani, qui mourut dans la 



I Latifi, Biographie des poètes turcs, traduction de Chabert, p. 149. 
Voyez aussi Aschik-Tschelebi et Kioalizadé, qui fout mention de deux 
autres Khiali. 

« Mihr ou Anahid, — 1 Behram ou Souhre', — 4 Schoukoufegar. — 
5 KbkaH-efliar, 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. a5i 

première année du règne de Souleïman , s'est placé . 
par son ouvrage descriptif intitulé le LiWe des Plai- 
sirs ' au rang des premiers poètes ottomans, ainsi que 
Lamii , qui figure d'ailleurs en première ligne parmi 
les prosateurs , bien que la traduction par Âli-Wasi 
des fables de Bidpaï soit considérée généralement 
comme le chef-d'œuvre de la prose turque. Lamii ri- 
valisa de talent avec Sati, en écrivant comme celui-ci 
wi poème romantique intitulé la Lumière et le Pa- 
pUbn, et avec Âhi , en traduisant en langue turque le 
roman allégorique de Fettahi * la Beauté et le Cœur, 
n traduisit, par ordre de Souleïman, les plus anciens 
poèmes romantiques persans, tels que FP^eîsou et Ra- 
^m par Nizami, Absal et Selman par Djami, TVamik 
^^ Azra par Anssari, 7^5 Sept Figures ^ par Nizami, et 
'^ BaUot et le Maillet par Aarifi. Lamii chanta encore 
^ soufirances de Ferhad ^ et le martyre de Houseïn ^ , 
^duisit les apologues arabes sur la Noblesse de 
'Homme ^ , la Biogaphie des Mystiques par Djamii ^ , 
^s Qualités du Prophète par le même ^ ; il publia en 
^Utre une collection de facéties ^ et un commentaire 
tar le Gùlùtan de Saadi; enfin il chanta une Révolte 
fe la ville de Brousa '^. Outre ces dix principaux 

I hchretnamé, Latiû, dans Chabert, p. iSg, et manuscrit de Diez, à la 
'^Lliothèque de Berlin. 

<• Fettahi et non pas NUadschi, comme Técrit Chabert. 

3 Hefi péîker, — 4 Ferhadnamé. — S Mahtali Houseïn. 

<> Scbersoul insan, en arabe, imprimé à Calcutta. 

7 Cet ouvrage a pour titre NefhatoUIns^ c'est-à-dire les Souffles de 
* humanité. 

^ SchewahiJoun-noubouwwet. — 9 Lataîfitanié. — »« Schehrengiz, 



aSa HISTOIRE 

poètes ' du régne de Souleïman, les anthologies elles )i 
biographies, en signalent encore cent sous le même 
règne et cinquante sous celui de Sélim U, qui pour la 
plupart furent des poètes lyriques. Cependant plu- 
sieurs prirent pour sujets de leurs poèmes des éyé- 
nemens militaires ou un règne de Sultan, et même 
Fhistoire générale des Ottomans. C'est ainsi que Soudi 
rima les hauts-faits de Mikhaloghi; Merakhi et Âgehi, 
le siège de Szigeth; Schoukri et Derouni, le r^e de 
Sélim I" * ; Hayati et Mahremi , le règne de Sou- 
leïman P' , et que Hadidi ( le forgeron ) , Schemsi , 
Aarif ^ et Hazarparapara , chantèrent les exploits de 
tous les sultans ottomans. Les quatre derniers sont 
désignés sous le nom de Schehnamedjis , c'est-à-dire 
auteurs de livres royaux , parce que leurs ouvrages 
embrassent toute l'histoire ottomane, conune le Schah- 
namé embrasse toute l'histoire persane. Sehi d'Ândri- 
nople, qui, à Texemple, d'Idris donna le titre de Huù 
Paradis ^ à son recueil des meilleures poésies, appa- 
raît à la fois conune historien et conune poète; il fut 
imité par Ahdi Ben Schemsi de Bagdad , d'origine 
persane , qui dans son ouvrage intitulé : Parterre de 
Roses des Poêles * mentionne deux cents auteurs 

I Baki, Khiali, Sati, Ghazali, Yabyabeg, Fouzouli, DjeliU, Filri, 
Rewani, Lamii. 

s Selimnamé; les prosatears Soudjoudi et Ishak Tschelebi, auteurs de 
V Histoire de Sélim /, et Oussouli, auteur de V Histoire de Séiim Jl, 

S Fethallah le Persan vint avec le prince Elkass à la cour de Souleïman I, 
où il fut nommé schehnamedji. 

4 Heschi-bihiseht, Sehi mourut en Tannée 945 (i54S). 

^ Oulscheni schoitara. Ahdi mourut en Tannée 971 (i563). 



DE L'EMPIUE OTTOMAN. 255 

tootemporains , auxquels il décerne libéralement le 
titre de poètes. Latifi ' se montre aussi généreux en- 
vers les habitans de Kastemouni , et compte jusqu'à 
trois cents poètes parmi eux. Enfin , sur les quatre 
cents poètes dont Âaschik Tschelebi ^ a fait les bio- 
graphies et énuméré les ouvrages, un quart appartient 
au r^ne.de Souleïman-le-Grand , auquel cet auteur 
ne survécut que de six années [vu] . 

Parmi les grands jurisconsultes de Tépoque de 
Souleïman , nous avons déjà fait connaître les deux 
mouftis Kemalpaschazadé et Ebousououd, le grand 
philologue Sourouri , et le moUa Ibrahim de Haleb , 
auteur d'un code musulman encore en vigueur dans 
l'empire ottoman, sous le titre de : la Réunion des deux 
mers [viii]. Nous devons aussi une mention honora- 
ble à Taschkœprizadé , qui dans son Encyclopédie 
traite de trois cent soixante-dix sciences différentes , 
et cite les principaux auteurs qui ont écrit sur chacune 
d'elles; il fut le premier qui réunit, dans son ouvrage 
intitulé les Parcelles d anémones ^, les biographies des 
jurisconsultes depuis le régne d'Osman jusqu'à la 
moitié de celui de Souleïman P' [ix]. Hafîz Âdjem [xj 
a composé également deux traités encyclopédiques, 

I Latifi mourut en rannée 990 (i58a). 

a Teskeretoul ichouara we meschaïr ouf tourefa fi kawaïA edab il koutlah 
min el'fouzela, c'est-à-dire Registre des Poé'tes et Modèle des Poètes d* après 
les règles des usages des meilleurs auteurs, par Seïd Mohammed- AU Ascbik- 
Tschelebi, mort en Tannée 979 (1571), à la Bibliothèque I. R. et dans ma 
collection. 

3 Schakaïkoun-naamamjret, contenant la biographie de cinquante scheïkhs 
et de cinq cent vingt-neuf léj^istes. 



a54 HISTOIRE 

SOUS les titres de Registre des Sciences ' et de yOk 
des Sciences *. Salih Djelalzadé se montra le digne 
émule de son frère Moustafa, secrétaire-d*Etat pour 
le chiffre du Sultan , qui avait traduit par ordre de 
Bayezid II l'ouvrage du grand narrateur de coules 
persans ^ , et avait écrit Thistoire de Sélim I*'. Le Per- 
san Larî , qui avait passé du service du prince indien 
Houn>ayounschah à celui du Sultan des Ottomans, 
écrivit une histoire universelle intitulée : Miroir des 
Atones et Bûute des connaissances ^, et s'acquit par 
là une gloire égale à celle des deux Djelalzadé ; on lui 
doit aussi des gloses marginales sur plusieurs ouvrages 
fondamentaux de jurisprudence [xi]. Birgeli, le Cani- 
sius et le Donat des Ottomans, dont on a récenmient 
réimprimé les œuvres à Constantinople , était égale- 
ment versé dans la grammaire et la dogmatique K 
Nous avons déjà parlé, à l'occasion des fêtes de la 



t FihristouUouhum , à la Bibliothèque royale de Paris. 
« Medinetoul-ouhum , ouTrage traitant de huit sciences. 
) Djamietoul'hihayat, par Djemaleddin Mohammed el-Âonfi. Cet ouvrage 
avait été traduit avant lui par Arabschah et Nedjati. 

4 Miretoul-edwar w« merkalouUakhbar, 

5 II écrivit des gloses marginales aux Hedayet et Sadrescheriat, deux Trai- 
tés fondameniaux du droit musulman (voyez Constitution et administradon 
de V Empire ottoman, 1. 1, p. 7 et 8), un Commentaire sur le Jfo^j^^ (syniaxe), 
un Traité métaphysique et un autre sur les prières. Ses ouvrages les plus 
célèbres, réimprimés à Constantinople, sont le Tarikea Mohammediyé [Doc- 
trine mahométane) ^ appelé plus généralement Risalei Biregli ou Birgevi, 
et son commentaire intitulé ^wami/ (Syntaxe des Particules). Il composa en 
outre un Emsilet, c'est-à-dire une Table des conjugaisons , et un Kifayetoul- 
moubtedi, c'est-à-dire un Traité élémentaire. Il mourut en Tannée 980 
(r573). 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. a55 

eiroondsion des princes , du khodja de Souleïman H, 
Khaïreddin , qui prenait toujours place à côté du Sul- 
tan , dans les controverses publiques entre les profes* 
seurs. Les grands- vizirs eux-mêmes établirent souvent 
de pareilles conférences, pour donner de l'émulation 
aux savans : c'est ainsi qu'Âyas-Pascha appela en sa 
présence les huit recteurs des huit collèges de Mo- 
hammed n. Aucun des six médecins qui faisaient par- 
tie du corps des oulémas, sous le règne de Souleïman, 
ne se distingua par des ouvrages scientifiques. Si Mo- 
hammed Alkaïssouni se rendit célèbre , ce ne fut pas 
en guérissant le Sultan lors de sa dernière maladie , 
mais seulement en aidant le grand-vizir Mohammed 
Sokolli à tenir sa mort secrète [xii]. Quelques-uns 
seulement des trente scheïkhs attachèrent leurs noms 
aux conquêtes de Souleïman , par l'enthousiasme que 
leurs paroles inspirèrent aux troupes; tels se mon- 
trèrent le scheïkh AJaeddin lors de la prise de Bagdad, 
et le scheïkh Noureddin dans la campagne de Szigeth. 
Enfin , sur les deux cents légistes dont Taschkœpri- 
. zadé et son continuateur Attayi nous ont transmis la 
biographie, on n'en compte que cinquante qui se soient 
signalés par des ouvrages de quelque importance. 

A ce rapide aperçu de la littérature ottomane sous 
le règne de Souleïman, il convient d'ajouter quelques 
détails sur les innovations par lesquelles ce souverain 
réorganisa le corps enseignant , et compléta les sages 
institutions de Mohammed II. C'est grâces à sa solli- 
citude que le corps des oulémas , qui sont à la fois 
les théologiens et les légistes de lempire ottoman, 



aSG HlSTOlllE 

est parvenu à ce haut degré de perfectionnement ^ 
où il s'est maintenu jusqu'à nos jours, malgré tant de 
causes de dissolution. Les améliorations dues à Sou- 
leïman consistaient surtout en une division mieux en- 
tendue des grades successifs que les mouderris, ou 
recteurs de collège, avaient à parcourir, et qui avaient 
été fixés à cinq par Mohammed II {les nngt, les trente» 
les quarante, les cinquante et les soixante) \ ce même 
prince avait encore distingué les mouderris en inté- 
rieurs et extérieurs. On avait assigné aux trois pre- 
mières classes les médresés de la capitale et des pro- 
vinces, à l'exception des huit médresés de la mosquée 
de Mohammed II , désignées sous le nom des Hbiit, 
dont les mouderris recevaient chacun un traitement 
de cinquante aspres par jour. Aux mosquées d'Âya- 
Sofia et d'Ëyoub étaient attachés seulement deux mou- 
derris ayant soixante aspres par jour. Souleïman donna 
un rang supérieur aux mouderris des quatre mé- 
dresés de la mosquée Souleïmaniyé , en leur assi- 
gnant un traitement de soixante-dix aspres par jour, 
et échelonna, d'après le nombre dix en honneur chez 
les Ottomans , les divers degrés de la hiérarchie du 
corps enseignant , qui comprenait : 1 ^ les mouderris 
extérieurs, ^° les mouderris extérieurs proposés pour 
l'avancement, 3*" les mouderris intérieurs, 4° les mou- 
derris intérieurs proposés pour l'avancement , S"" les 
candidats au rang des mouderris , dits les huit (ceux 
de la mosquée de Mohammed II); 6° les huit, ayant 
un traitement de cinquante aspres par jour ; 7** les 
soixante, ceux des mosquées d'Aya-Sofia et d'Eyoub; 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ^Sj 

^^ d'autres soixante, ayant le même traitement que 
^s précédens , mais un rang supérieur ; 9° les can- 
lidats aux médresés de Souleïmaniyé ; 1 0'' les rec- 
eurs de cette dernière mosquée ' . Ceux des candidats 
[ui ont passé par tous ces grades , sans en omettre 
ucun , ont seuls droit à la première des cinq classes , 
)arrai les membres de laquelle on choisit le plus haut 
lignitaire de la loi. Ceux qui n*ont pas le courage ou 
e temps de parcourir la série entière des d^és ne 
)euvent être incorporés que dans les dix classes du 
;econd ordre ou les cinq du troisième ordre. Mais 
ous les oulémas, les premiers comme les derniers 
3n rangs, partagent deux privilèges, Tafirandiisse- 
ment des impôts et la transmission assurée de leurs 
biens à leurs héritiers, le trésor ne pouvant en au- 
cun cas les confisquer à son profit. C'est ainsi que 
la seule aristocratie des Ottomans, celle des corps 
enseignant et judiciaire , se trouve afiermie par les 
fortunes accumulées de générations en générations 
dans les grandes familles des oulémas ; mais la loi 
qui règle l'avancement ne peut être transgressée en 
aucun cas , si l'on excepte celui où le fils d'un grand 
est inscrit dès son bas âge sur la liste des mouderris , 
de sorte qu'en entrant dans l'âge viril il se trouve 
déjà placé dans un grade plus ou moins élevé de la 
législature. 
Quoique doué d'un caractère naturellement géné- 

s lo Kharidj, ao Hereket Kharidj, 3o Dakhil, 40 Hereket Dakhil, 
50 Moussiléî sahn , 60 Sahn , 70 Altmischlu , 80 Ikindji Allmiscblu , 
90 MoussUeî Souleïmaniyé, lo* Soaleïmaniyé. 

T. VI. 17 



'j5» histoire 

reqx et libéral, Soulennao n'en regardait pas moins 
l'argent cotnme le nerf de la guerre, et comme la 
source la plus féconde de prospérité pendant la paix. 
Dès les premières années de son r^ne , les campa- 
gnes de Belgrade et de Rhodes Tobligèrent de re- 
courir à une mesuré financière' exceptionnelle ; et im- 
lïiédiatement avant la troisième expédition contre la 
Hongrie, fameuse par la bataille de Mohacz, il se vit 
contraint de frapper une contribution de quinze as- 
pres par tète dans tout Tempire, sans distinction de 
religion m de fortune \ Ce furent là les seuls impôts 
extraordinaires du règne de Spulëïman; mais ils suf- 
firent pour exciter lés murmures de la nation ; du 
reste cette me^re , à laquelle on' n'eut recours que 
dans les conunencemens du règne de Souleïman, et 
qu'il eût été dangereux de renouveler, devint inutile 
par la suite , car si les premières campagnes du Sul- 
tan coûtèrent des sommes en wmès, lés suivantes of- 
frirent un ample dédommagement dans le pillage des 
pays conquis et dans les tributs qui furent imposés à 
leurs souverains. La Hongrie, si souvent dévastée, fîit, 
dès l'ouverture de la guerre, assujettie à un impôt an- 
nuel, de même que la Transylvanie, et Les réglemeus 
financiers du defterdar Kfaalil épuisèrent jusqu'aux 
deimères ressources du premier de ces rùy mmes, qui 
paya du plus pur de son sang les magnificences du 

I « Il signor porto uno taio di aspri i5 per testa, cussi a zentilomioi 
«> corne villani in tutto il suo Domino, commenzado dalla Persia, Égitto e 
» Soria. » Pietro Bragadino, Rapport du 29 décembre i5a5, et Marini 
Sanuto. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. aSg 

conquérant: Non seulement Raguse , la Moldavie et 
laValachie, furent soumises à des tributs annuels 
envers la Porte , mais encore Venise et rÂutricbe, la 
prenûère pour les iles de Chypre et de Géphalonie , 
la seconde pour ses posses^ôns dans la Hongrie su- 
périeure. Grâces au zèle financier de ses gouverneurs, 
l'Egypte, qui n^avait d'abord été imposée que de huit 
cent mille ducats, en rapporta bientôt douze cent 
mille; cependant cet excédant de quatre cent mille 
ducats n*«itra pas dans les caisses de TEtat; Souleï- 
man Temi^oyà à la construction d'aqueducs et autres 
monumens. Aux revenus ordinisûres de remjMre vin- 
rent se joindre des revenus extraordinaires , tels que 
les trésors déposés à la Mecque par le souverain in- 
dien de Gk>udjourat, et les biens des vizirs et des gou- 
verneurs exécutés, lesquels, écoulés du fisc par les 
canaux de la faveur, finissaient d'ordinaire par y être 
ramenés. C'est ainsi que les finances de l'empire hé- 
ritèrent des richesses amoncelées par le ddfterdar Is- 
kender-Tschelebi, par le grand- vizîr Ibrahim-Pascha, 
et des vases emplis de l'or d'Arabie et d'Egypte de 
l'amiral Piri-Reïs. Le soin avec leqi^el le grand-vizir 
Roustem-Pascha accumulait d'immenses trésors était 
son plus grand mérite aux yeux de Souleïnàan ; bien 
que le Sultan ne se dissimulât pas que Roustem était 
peu délicat sur le choix des moyens, et qullfiusak 
^ème un trafic des emplois, il le laissait agir en toute 
liberté , dans la pensée que la crainte qu'A lui inspi- 
^^t lui ferait restreindre dans de certaines limites ses 
•Nombreuses exactions. Ce fut sous l'admini^ration de 



'7"^ 



a(5o HISTOIRE 

Roustem que s'établit l'usage d*eiiger, en outre des 
sommes destinées au Sultan dans les traités de paix 
avec l'Autriche, une rétribution moins forte pour le 
grand- vizir et les autres vizirs; les documens turcs 
donnent à ces sommes le nom de tribut, tandis qu*elles 
figurent dans les documens de TÂutriche sous le nom 
de présens honorifiques. Roustem fut le premier 
grand-vizir qui soumit les gouverneurs à des taies 
proportionnées aux revenus de leurs provinces, et 
qui éleva à trois mille ducats la somme de cinq cents 
ducats, fixée par Mohammed II pour la nomination 
duj)atriarche grec V. Si Ion en excepte ces taxes irré- 
gulières , les impôts ordinaires étaient très-modérés ; 
l'impôt foncier était de quarante à cinquante aspres 
(environ un ducat) par maison, et l'impôt extraordi- 
naire (awariz) pouvait être évalué à la même somme. 
Tout sujet turc ne payait qu'un aspre pour deux mou- 
tons, et trois à cinq aspres pour le commissaire, à titre 
de ghoulamiyé, c'est-à-dire redevance du garçon. Les 
biens de la couronne rapportaient à cette époque la 
somme énorme de quatre mille deux cent quarante- 
une charges d'aspres [xiii], ce qui fait près de cinq 
millions de ducats. IjCs revenus ordinaires de l'Etat 
sont évalués , dans les Rapports des ambassadeurs de 
Venise , à la somme annuelle de sept à huit millions 
de ducats [xiv]. 

Bien que les places de gouverneurs eussent été sou- 
mises à un régime vénal par Roustem -Pascha, les 

; « Fuerat Ilcffxcorcoy (Bakhsekisch , c'est-à-dire présent) înitio aurei Soo 
m tiinc vero ad 3ooo perduxerat. » Grusii Turco^rmcia, p. 167. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. %^t 

divers grades de Tannée n'avaient pas encore été m»- 
à prix. A cet égard Souleïman apportait un soinscru»- 
puleux à conserver dans toute leur pureté les prin- 
cipes de son père Sélim. Un négociant, qui avait prêté 
à Sélim une somme de soixante mille ducats , ayant 
demandé pour son fils une place de djebedji (armu^ 
rier), avec la solde de deux aspres par jour, Sélim 
écrivit ces mots en marge de la supplique présentée 
et appuyée par le grand-vizir : « Je vous ferais tous 
exécuter, je le jure par mes aïeux, sans la crainte dû 
faire dire à la malveillance que j 'sa voulu ainsi m'ap- 
proprier l'argent que cet homme m*a prêté ; qu'on le 
lui compte aussitôt, et gardez- vous bien de m'adresser 
à l'avenir de pareilles demandes '. » Les principales 
modifications introduites par Souleïman dans l'orga- 
nisation militaire consistent dans la suppression des 
corps des yourouks ou fantassins irréguliers de la 
Roumilie, et dans la réforme et l'augmentation de 
nombre des ortas des janissaires. Jusqu'à lui le chiffre 
le plus élevé de ces troupes avait été de douze mille ; 
il le porta à vingt mille ; la solde de diaque janissaire 
était auparavant d'un aspre par jour, et à la fin d'une 
campagne , ceux qui s'y étaient distingués recevaient 
une augmentation de deux ou trois aspres. Sdjuleï- 
man institua trois classes avec des soldes différentes : 
la première (^kœtschek) était formée des eschkindjis 
(ceux qui sont en activité de service) , dont la solde 

I Khodschibeg, p. a 3, dit que pour soixante mille ducats on ne pouvait 
à cette époque obtenir une seule place de djebedji , tandis qu'aujourd'hui 
(seus le règne de Mourad IV) on en achetait six pour soixante dncats. 



362 HISTOIRE 

variait de trois à sept aspires par jour; la seconde se 
composait des amelmandes Ou vétérans, qui recevsâent 
de neuf à vingt aspr^ par jour, et dont quarante occu- 
paient les casernes de la capitale souale nom deJk)u- 
rçudjîs; la troisième classe comprenait les . invalides 
(otouraks)j soldats et officiers, ayant une solde de 
trente à cent vingt aspres par jour. Les .admissions 
dans cette dernière classe .étaient rares et difficiles; on 
ne les accordait qu'à des guerriers blanchis sous les ar- 
mes , que leurs blessures rendaient incapables de nour 
veaux services. Le nombre des koiiroudjis n'était que 
de quarante; les tschaouscbs et les moumdjis étai^t 
dans la même proportion parmi les vétérans. Le corps 
entiet* des janissaires ne comptait que trpiâ tschaouscbs 
et douze moumdjis ; mais les tschaouscbs et les Idayas 
n*étaient pas changés aussi fréquemment qu*ils le fu- 
rent par la suite, et ils restaient en place jusqu'à sept 
ou dis; ans ' . Les enfans faits prisonniers et devenus 
esclaves formaient encore , comme dans les premiers 
temps de l'institution des janissaires, la principale pé- 
pinière de ce corps : confinés dans l'Asie-Mineure et 
vêtus d'un uniforme rouge , ils apprenaient la langue 
et le service militaire pendant quatre ou cinq années, 
jusqu'au moment de leur incorporation dans cette 
milice. Souleïman construisit pour les janissaires de 
nouvelles casernes, et, la première fois cju'il les visita, 
il reçut la solde d'un vétéran (quarante aspres) des 

X Kodschibeg , p. x i , à la Bibliothèque royale de Berlin , dit : Aujour- 
d'hui on pourrait diviser rarmée en trois classes, kourondjis (vétérans;, 
otouraks (invalides) et alils (incapables de service). 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. a65 

mains du lieutenant-géDéral (koulkiaya). Depuis lors, 
Souleunan et après liii ses successeurs se rendirent 
habituellement devant les casernes ; sous un costume 
emprunté, le jour de la distribution de la solde; le 
premier valet dé chambre (baschtschokadar) rece- 
vait , des mainà dii colonel du premier régiment , la 
paie destinée au Sultan ; il y ajoutait une poignée de 
ducats, et distribuait le tout aux soldats de garde. En 
Inémoire de cette distinction, ce régiment érigea un 
trône dans une chambre de la caserne , que Von tiiit 
constamment fermée. Déjà quelques années avant 1^ 
construction des nouvelles casernes , Souldman avait 
donné aux janissaires uiie preuve éclatante de sa bien- 
vefllance, en acceptant du colonel du soixante-unième 
régiment (djemaat) lihe coupe à sorbet que celui-ci 
lui avait offerte à son passage , et en ordonnant que 
cette oflfipe lui fût renouvelée toutes les fois qu'il se 
rendrait devant les caseriies ; le régiment auquel avait 
été fait cet honneur en consacra le souvenir par la 
construction d uile salle du trône. Le Sultan appro- 
chait la coupe de ses lèvres, et la donnait à son porte- 
glaive qui la rendait aux troupes pleine d'oï' ; un offi- 
cier des janissaires pi*ésentait aussi une coupe aq 
chef des eunuques, qui accompagnait le Sultan '. Le 
même usage se répétait dans les fêtes du couronne- 
ment, le jour où le nouveau Sultan ceignait le sabre; 
en passant devant les vieilles casernes , il recevait la 
coupe des mains de Taga des janissaires, et la lui ren- 

» Le grand-vizir, en passant devant les casernes, recevait le même hon- 
neur que le Sultan. 



a64 HISTOIRE 

dait en disant : « Nous nous reverrons à la Pomm 
Bouge ' ; » c'est ainsi que les Ottomans nomment la 
ville de Rome. Pendant la campagne de Szigeth, 
alors que la puissance de Souleïman avait atteint son 
plus haut point de grandeur, Teffectif des troupes ré- 
gulières était de quarante-huit mille trois cent seize 
hommes , et leur solde se montait à deux millions 
six cent quarante mille neuf cents aspres (cinquante- 
deux mille huit cent dix-huit ducats) ; ce nombre 
était le double de celui que Farmée présentait à l'é- 
poque de Tavènement de Souleïman *. Le chiflFre deà 
troupes irrégulières , joint à celui des corps réguliers 
dans les campagnes ordinaires , s'élevait à deux cent 
cinquante mille hommes. L'artillerie au complet comp- 
tait trois cents canons, et la flotte trois cents voiles. 

Souleïman apporta le même soin à la réorganisa- 
tion des fiefs de la cavalerie, des timars et des siamets, 
dont les possesseurs, nommés sipahis, ne doivent pas 
être confondus avec les sipahis soldés, qui forment 
le premier, des quatre régimens de la cavalerie régu- 
lière. D'après les réglemens de Mourad P', à qui est 
due aussi l'organisation des janissaires, les fiefs se per- 
pétuaient de mâle en mâle, et ne revenaient à l'Etat 



I Kizil elmadé gœruseliuriis, 

> Le Rapport de l'ambassadeur vénitien, dans Marini Saniito, t. LV» 
porte TefTectif de Tarmée à douze mille janissaires, quatre mille hommes de 
cavalerie régulière (sipahis, sUihdars, ouloufedjis et ghourebas), dix mille 
adjemoghlans , soixante mille mousellims; donc en tout quatre-vingt-six 
mille hommes, sans compter les akindjis (cavalerie irrégulière), et lesazabs 
et mnrtoloses (infanterie irrégulière). 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. a65 

qu'après Textinction des familles. Un crime commis 
par un feudataire pouvait lui enlever la jouissance de 
son fief, mais cette sorte de confiscation ne pouvait 
jamais s'étendre à ses enfans. Plusieurs timars (petits 
fiefs) réunis sur une seule tête pouvaient être con- 
vertis en un siamet (grand fief), mais il n'était jamais 
permis de diviser un siamet en plusieurs timars. Au- 
cun siamet ne devait avoir une valeur au-dessous de 
vingt mille aspres. Les vizirs et les gouverneurs des 
provinces avaient seuls le droit de conférer ces fiefs. 
Dans la dixième année de son règne , Souleïman 
décréta qu'à l'avenir les gouverneurs ne pourraient 
concéder sans l'autorisation de la Porte que de petits 
fiefs ; de là leur dénomination de tezkeresiz, c'est-à- 
dire sans certificat. Dans le principe, les grands fiefs 
étaient provisoirement octroyés par un ferman d'in- 
vestiture (tewdjih fermani). Ces fermans adressés aux 
gouverneurs des provinces , dans lesquelles étaient 
situés les fiefs , leur enjoignaient de s'enquérir si le 
demandeur était réellement le fils d'un sipahi (les fiefs 
n'étant dévolus qu'à des sipahis), et quels étaient les 
revenus de son père lors de sa mort. Si les rensei- 
gnemens étaient conformes à sa déclaration, le de- 
mandeur recevait du pascha un certificat (tezkeré) , 
et c'était sur la présentation de ce certificat à la Porte 
qu'on lui délivrait le diplôme d'investiture (bérat). 
En opposition aux précédens, ces fiefs étaient appelés 
tezkerelus, c'est-à-dire délivrés sur certificat. Lorsque 
le possesseur d'un siamet de vingt à cinquante mille 
aspres mourait à la guerre en laissant trois fils, la loi 



266 HISTOIRE 

permettait de concéder à chacun d'eui un timar de 
quatre à six mille aspres ; mais lorsqu'9 mourait dans 
sa famille, deux de ses fils ne pouvaient prétendre 
collectivement qu'à un timar de cinq mille aspres, et 
l'un d'eux seulement à un timar de quatre mille. Au 
contraire, si les fils, pendant la Vie de leur père, se 
trouvaient déjà investis de timàrs , ils recevaient à sa 
mort une augmentation de deux cents à deux mille 
aspres , suivant une proportion basée sur la valeur 
dé leurs fiefs '. Les gouverneurs avaient pris l'habi- 
tude d'éluder les fermans, en délivrant, aussitôt après 
leur réception , une lettre d'assignation (tahwil kia- 
gadi) au lieu du simple certificat (tezkeré) aux sipahis 
investis d'un grand fief , en sorte que ceux-ci en- 
traient de suite en possession , Sans se faire expédier 
le diplôme de la Porte (bérat). Pour détruire ces 
abus, Souleïman défendit au beglerbeg de Roumilie, 
Loutfî-Pascha , plus tard grand-vizir , de délivrer à 
l'avenir aucune lettre d'assignation , et il lui enjoi- 
gnit d'envoyer les candidats, quel que fût leur rang, 
sandjakbegs, kiayas, defterdars des timars, soubaschis 
(of&ciers) oii simples sipahis, pour échanger à la 
Porte dans un délai de six mois leurs certificats con- 
tre des diplômes. Un fief pouvait bien être divisé en 
plusieurs portions (hissa) , réparties entre divers pos- 
sesseurs , mais celles-ci ne cessaient pas d'être consi- 

I Mouradjea d'Ohsson, VII, p. 371, et avec plus de dél^il$, daiisid. 
Constitution et administration de l* Empire oltoman, t. I, p. 849, où Ton 
trouve le ferman qui renferme ces nouvelles dispositions; il est dalé du 
i*' redjeb 987 (i5v^o). 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 267 

dérées comme appartenant à un seul fief, et tout mor- 
cellement non autorisé par la Porte était sévèrement 
défendu. La pljapart des ordonnances relatives aux 
fiefs, rendues^ sous le ^ègne de Souléiman, sont fon- 
dées sur les fetw^as du moufti Ebousouôud. Dans 
Tannée de la fnprt.d^.S.ultaQ^et immédiatendent après 
rayènemenf de.. Sélim II v le defterdar Môhammed- 
Tschelebi, rassemUa tous ces fetv^as et feimans en 
un seul liyre^ appelé le .Kanounnamé. Bans cet du- 
vrage, Mohammed-Tschelebi émet la toême opinion 
quç le moufti Ebousououd « qui ne reconnaissait que 
trois classes de propriétés territoriales dans touâ les 
Etats de Fislamisme. La première se compose des biens 
soumis à la dîme ' ; ce sont ceux qui ayant été assignés 
aux musulmans^ lors de leurs conquêtes^ étaient dé* 
venus leur véritable propriété (mùlk), et pour les- 
quels ils payaient la dime (aschr) , mais aucun impôt 
foncier (kharadj). La seconde classe comprend les 
biejQs territoriaux assujettis au kharadj^; ce sontceui 
qui au moment de la x^onquéte furent laissés à leurs 
possesseurs non musulmans, à la condition de payer 
non seulemeiiit l'impôt de capitatiôn , mais encore 
un impôt foncier^ et un autre sur les produits U ces 
biens appartiennent, comnie les précédens en pleine 
propriété à leurs possesseurs, et n'en diffèrent ^ue 
par les charges plus lourdes dont ils sont grevés. La 
troisième classe, enfin, renferme les terres de la cou-r 
renne*, c'est-^-dire. celles dont l'Etat se réserve la 

1 Erzi aaschriyé, — » Erzi kharadj if é, — 3 Kharadji mouwazaf. — 
4 Kharadji moukasemé, — 5 Erzi memUket, 



a68 HISTOIRE 

propriété et abandonne la possession viagère contré 
la redevance du service mOitaire en temps de guerre; 
les sujets ou les paysans (raya) qui les exploitent 
paient à leurs possesseurs, les feudataires, le fermage 
(tapou), l'impôt foncier ', et une taxe nommée dîme, 
quoiqu'elle excède le plus souvent la dixième partie 
des produits, et en forme ordinairement la neuvième 
ou la huitième, quelquefois même la moitié. 

Le système des fermes établi en Egypte pour les 
biens territoriaux de l'Etat diffère essentiellement de 
celui des fiefs du reste de l'empire tel que nous venons 
de le développer ; mais cette différence réside moins 
dans le principe de propriété que dans le mode de 
perception des impôts. D'après le Koran, la terre en- 
tière appartient à Dieu qui la lègue à qui lui plaît ; en 
sorte que toute propriété relevant originairement de 
Dieu appartient à l'imam (souverain), qui est son om- 
bre sur la terre. Mais après la conquête d'un pays, 
l'imam aliène son droit de propriété en faveur des 
musulmans à la charge de payer la dîme, ou bien des 
non musulmans, à la charge d'être soumis à un impôt 
foncier et à un impôt sur les produits : les nouveaux 
possesseurs acquièrent ainsi sur ces biens un véritable 
droit de propriété transmissible de père en fils, avec 
la faculté de les vendre, de les partager ou de les con- 
sacrer à des fondations. Le prince a de semblables 
droits sur ses biens de famille et sur ses biens doma- 
niaux (kass), dont il lui arrive souvent d'assigner les 

I Resr^ti tscheft resnti dcenûm^ la censive. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. adg 

revenus à titre de traitement à de hauts fonctionnaires. 
Les domaines du pays, cédés comme fiefs en récom- 
pense de services militaires , ne jouissent pas de ces 
avantages ;^ leurs possesseurs n'ont pas sur eux ce droit 
de propriété illimité, et ne peuvent les aliéner, les 
partager ou en instituer des fondations. I^es domaines 
se perpétuent à la vérité dans la ligne mâle des feuda- 
taires ; mais, comme TEtat seul en a la propriété, il est 
nécessaire qu'à la mort de chaque feudataire, ses fils 
reçoivent du prince un nouveau diplôme d'investiture. 
Xln Egypte, on donne le nom de fermes aux mêmes 
Isiens qui, dans TAnatoIie et la Roumilie, sont appelés 
fiefs , c est-à-dire ceux qui sont concédés en récom- 
pense de services militaires ; mais il y a une grande 
différence entre le feudataire et le fermier égyptien. 
Ce dernier n'a ni les mêmes obligations ni les mêmes 
avantages que le premier; car, tandis que le feu- 
dataire propriétaire viager, ne paie aucun impôt à 
l'Etat et reçoit de son paysan ou raya tous les revenus, 
le fermier au contraire paie à l'Etat un droit de fer- 
mage et partage avec le paysan le surplus des produits. 
Il résulte de là que, dans les provinces ottomanes 
de l'Asie et de l'Europe , les feudataires (siams ou 
timarlus) et les paysans (rayas) sont dans une posi- 
tion bien plus avantageuse que les fermiers égyptiens 
(moultezims) et leurs paysans (fellahs) [xv]. A l'épo- 
que de la conquête d'Egypte , Sélim I" y trouva éta- 
blie cette institution des fermes ; elle avait été fondée 
par le sultan des Mamlouks Baharites , Nassir Ben 
Koulaoun, mais depuis sa mort elle était tombée en 



2170 HISTOIRE 

déi^tude. Conirairement à leur destination qui les 
affectait exclusivement aux militaires, ces biens, échus 
à des bourgeois ou des artisans , avàieiit été trans- 
formés en fondations pietises (wakf), ou grevés d'hy- 
pothèques au profit des pensionnaires de TEtàl ^ En- 
viron quarante ans avant la conquête des Ottomans, 
le sultan Kaïtbaï avait cherdié par un édit à détruii^ 
ces abus ; mais ils se renouvelèrent sous le règne de 
Favant-dernier sultan mamlouk Kansou Ghàwri, et 
furent poussés à un point extrême sou^ Tadministratioti 
du premier gouverneur ottoman Khaïrbeg. La' révolte 
de Khaïn Ahmed-Pascha, gouverneur d'Egypte, at- 
tira sur c^te province Tattention de Souleïman dès 
les commencemens de son Tègne; quand la rébdlion 
d'Ahmed eut été réprimée, le Sultan envoya au Gaîre 
son grand -vizir Ibrahim -Pascha pour présider à fe 
réorganisation du pays. Cependant le véritable Ka- 
nounnamé de TEgypte ne date pas du voyage dlbra- 
him-Pascha , mais du gouvernement de Teunuqûe 
Souleïman-Pascha, kapitan dans les mers de l'Arabie 
et des Indes, et depuis grand-viiîr [xvi]. Ce Kanoun- 
namé détermine les droits et les devoirs des kaschifs 
ou officiers des Mamlouks, des scheïkhs des villes et 
des villages, des inspecteurs des finances et de la capi- 
tale, du pascha gouverneur d'Egypte, des fermiers et 
des écrivains, des commissaires et d^ inspecteurs des 
granges , des géomètres et de;s paysans ; il ^sibrasse 
les fondations pieuses, la douane, la monnsde, le fisc, 

1 Voyez le troisième Mémoire de Silvestre de Sacy, dans le Vile volumQ 
des Mémoires de VlnsUtui, p. 109. 



DE L^MPIRE OTTOMAN. 271 

3t pi*end pour base, dans plusieurs de ^es disposi- 
tions, les anciennes institutions du sultan Kaïtbaji qu qn 
avait surtout en vue de maintenir. Le besoin de jce 
nouveau code et d'un nouveau cadastre était d'autanf 
plus urgent, que tous les anciens registres des impôts 
avaient été copsumés dans un incendie. Lies troupes 
soldées des Ottomans en Egypte furent divisées en 
s^t classes : les janissaires, les azabs, les tschaouschs, 
les mouteferrikas, les djebedjis, les tûfendkscbis et les 
gcennûUûs [xvii]. 

 cet exposé des lois relatives aux feudatairés et 
^ux fermiers , il convient d'ajouter celui des lois qui 
^ncement les rayas ou sujets , musulmans, ou nop 
musulmans, payant aux feudatairés un impôt et d'^u* 
très redevances. Le kanouni raya, ou code des sujets, 
promulgué par Souleïman n , confirmé et complété 
par Ahmed I", énumère les redevances du sujet en- 
vers son feudataire, ainsi qu'il suit : l'impôt foncier, 
la taxe des célibataires, le droit de fiançailles, le droit 
sur les montons et les pâturages , le droit d'hiver- 
nage , le droit sur les abeilles et les moulins , le droit 
sur l'usage du tabac à fumer, les épices et le droit 
sur les esclaves '. Tous les impôts, dans les pays mu- 
sulmans , sont divisés en deux catégories : les im- 
pôts légaux % qui sont déterminés par le Koran et les 



I Resmi tschift; resmi doenum, moudjerrçd ; resmiaarous; resmi aghnam ; 
resmi otlak; resmi kischjak; resmi kowan; resmi deghirmen; resmi dou- 
khan ; resmi esirao ; resmi kaza. 

3 Houkouki ou rousoumi scheriyé. {jO mot houkouk répond entièremeint 
au mot droits f el le mol rousoum au mot impôt. 



!i7i HISTOIRE 

lois fondamentales de Tlslamisme , et les impôts ar-^ 
bitraires ' , qui ne sont institués que par des ordon- 
nances administratives (kanoun) , et qui pour cette 
raison sont aussi nonunés impôts du Diwan. Les im- 
pôts non déterminés par le Koran ou le kanoun sont 
désignés sous le nom arabe de Awani (exBctiorï) , mot 
qui a passé en gardant sa signification d*Orient en 
Occident (avanies). Les impôts légaux sont la capi- 
tation , la dîme , l'impôt foncier et Fimpôt sur les 
produits; tous portent le nom générique de Kha- 
radj *. Les impôts arbitraires comprennent les taxes, 
les amendes , les douanes et les droits proprement 
dits ^ Les taxes se divisent en taxes sur les per- 
sonnes ou sur les choses : les premières sont la taxe 
des célibataires, celle des fiançailles dont létaux varie 
suivant la condition de Tépouse, jeune fille ou veuve, 
et la taxe des hommes mariés; les secondes, les droits 
de justice et les épices. Les amendes sont imposées 
pour de graves délits de police (djérimé)^ ou bien 
pour de légères contraventions aux réglemens de po- 
lice ; on les nonwne bad ou hawa, c'est-à-dire amendes 
du vent et de Voir. Les droits de douane, prélevés 
sur les marchandises, se divisent en droits d'impor- 
tation ou d'exportation , en droits de transit et de 



î Tekalifi ourfiyé. 

3 La capitatioû s'appelle djiziet ou kharadj, la dime aasehr, l*imp6t fon- 
cier kharadji mouwagaf, Timpôt sur les produits kharadji moukasemé, 

3 Awarizi diwaniyé; massdari^é ; reft; badji ; derbendiyé; kassabié; 
liagh; kapan; mouvazené; temgha; koudamiyé; yasak-kouli ; luonbasche- 
riyé; dellaliyé. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 1175 

péage, et en taxes sur les vivres qui comprennent 
celles auxquelles sont assujettis les viandes et les vins. 
Les droits proprement dits sont des droits d'emma- 
gasinage , de balances , de timbre , de commission et 
de courtage ; d'autres se perçoivent sur les domes- 
tîcpies et sur les gardes ; quantité d'autres enfin ont 
reçu la dénomination vague et très-étendue d'inno- 
vations ^ Tous ces impôts arbitraires varient suivant 
les paschaliks, qui ont chacun un kanounnamé parti- 
culier. Le defterdar Mohammed Efendi-Abdi a le pre- 
mier rassemblé ces divers kanounnamés en un seul 
code, sous le règne de Sélim H; et ce code fut édité 
fe nouveau par le defterdar Aïni , sous le règne 
4' Ahmed I" Ainsi, par exemple, dans la Syrie, les 
^iens territoriaux ne sont pas, comme dans l'Anatolie 
^t dans la Roumilie, taxés d'après la censé et le mi- 
nage {tschift et dœnûni), mais d'après la superficie 
qu'une paire de bœufs peut labourer depuis le matin 
jusqu'à midi (feddan) , ou d'après l'espace que par- 
court en vingt-quatre heures l'eau qui s'écoule d'un 
étang par une saignée. Le produit d'un bien affermé, 
qu'il soit payé en argent ou en nature, s'appelle 
dimos *. Les oliviers sont divisés, suivant la croyance 
de leurs possesseurs, en infidèles et en musulmans, 
distinction qui en entraîne une dans leurs impôts. Dans 
1^ ports de mer, outre les droits dont nous venons 
At parler, il en existe d'autres , tels que taxe d'arri- 
vage, taxe sur les diplômes, taxe d'échange, taxe sur 



1 Bidaat, — » Avi^uoç. 

T. VI. iB 



a74 HISTOIRE 

les garçons, sur les présens, sur les domestiques, m 
le balayage, sur les distributions, sur les fêtes, sur les 
vêtemens d'honneur, etc. D'autres impôts sont établit 
sur Tirrigation des champs de riz , sur les ste{^ où 
paissent les troupeaux, sur les fourrages^ sur les pro- 
duits des prairies; enfin, les campagnes sont soumises 
à des corvées , à des fournitures en nature pour le 
passage des armées, et à des contributions de guerre. 
Non seulement Souleïman apporta des modifica- 
tions aux différens codes des janissaires, des fiefs de 
Roumilie et d'Anatolie, des fermes d'Egypte, et à ceux 
des sujets musulmans et non musulmans ; mais encore 
il fit une nouvelle division du territoire ottconan en 
vingt-un gouvernemens , comprenant ensemble deux 
cent cinquante sandjaks [xvni]. Le journal de ses cam- 
pagnes fait également mention de plusieurs innova- 
tions opérées dans le Kanounnamé des usages (ciym) 
et cérémonies de l'empire (tehsehrifat). Enfin, il ap- 
porta un soin particulier à la révision des réglemeus 
de police, et des cinq chapitres du Kanounnamé, qui 
traitent des lois pénales et sont la base de la jurispru- 
dence criminelle de l'empire ottoman. Le premier 
chapitre, de la fornication, condanme les délinquant 
à une amende qui varie de nulle à trente aspres, sui- 
vant leur fortune. L'eijlèvement d'un jeune garçon 
ou d'une jeqne fille est puni par la perte de la viri" 
lité. Quiconque épie et embrasse la femme ou la filfc 
d'un autre, est passible d'une forte réprimande et 
d'une amende d'un aspre pour chaque mot et chaque 
baiser; si la fenune est une esclave, l'amende est moin3 



DE L'EMPIllE OTTOMAIN. 075 

forte de moitié. L'accusaticm pure et simple ne suffit 
pas pour faire instruire le jugement, et si Taccusé 
atteste par serment son innocence, la partie plaignante 
reçoit une réprimande et supporte une amende d*un 
aspre. I^ père qui couche avec lesclave de son fils 
n*est pas soumis à Tamende ; mais celui^qui coromet le 
crime de bestialité encourt une sévère réprimande et 
une amende d'un aspre pour chaque cas. Le second 
chapitre traite des peines et amendes infligées pour 
des injures, des coups, des barbes arrachées, des souf- 
flets, et de légères Uessures à la tète. Une dent cassée 
ou un œil crevé sont punis de la peine du talion. 
Cependant , avec le conswtraient du plaignant , le 
coupable peut racheter cette peine par une amende 
de deux cents aspres, s'il est riche, et de trente aspres 
s'il est pauvre. Si le plaignant est un esclave, IV 
mende est rédt^te pour son maître à la moitié de cette 
scHmme. Pour s*ètre battues entre elles , les femmes 
de la classe des voilées, ou honorables , reçoivent du 
juge une réprimande avec menaces et une amende de 
vingt aspres; la peiœ du mênie délit, pour les femmes 
non voilées, e'est-à*(fira non honorables, est une 
an^ende cte dmt a^res par coup et la simple repris 
n^nde, Le troisième chapitre traite des pdnes portées 
con^e l'usage du vin , contre le vol , le pillage et le 
brigaa^ge. Pour chaque verre de vin , le ecmtreve* 
nant peôe un aspre d'amende ; le vol d'une pièce de 
vclaiSe est puni de la même peine; mais te voleur 
d'te cheval, d'un mulets d'un àne ou d'un buffle, est 
c^NQtdamuâ^ a^oir la maÎQ coupéej» chàtim^ot qu'à peirt 



376 HISTOIRE 

racheter par une amende de deux cents aspres. De 
proches parens, habitant la même maison, ne reçoi- 
vent qu'une réprimande pour s*être volés entre eux. 
Celui qui, dans un mouvement de colère, arrache le 
turban d'un Musulman , est condamné au paiement 
d'un aspre et à une réprimande. Les voleurs, qui en- 
lèvent des esclaves, pénètrent avec eflfractîon dans 
les boutiques , ou qui ont déjà subi plusieurs condam- 
nations pour de petits vols, sont pendus. Si un vol est 
commis dans le voisinage d'un village, les habitans en 
sont solidairement responsables, et doivent indemni- 
ser celui qui a été volé. Si un feudataire se rend cou- 
pable de vol , il peut être aussitôt arrêté ; mais , avant 
de le punir, on doit soumettre à la Porte un rapport 
sur l'affaire. Les faux témoins, les faussaires et les 
faux monnayeurs sont condamnés à avoir la main cou- 
pée. Deux omissions consécutives de la prière pres- 
crite cinq fois par jour, et l'inobservance du jeûne, 
sont sujettes à une amende d'un aspre. Ceux qui par 
des calomnies ou des médisances ont porté préju- 
dice à des familles , sont tenus envers elles à une en- 
tière réparation du dommage causé. Enfin, des peines 
diverses sont portées contre ceux qui prêtent leur ar- 
gent à plus de onze pour cent. Le quatrième chapitre 
contient les réglemens sur les marchés, et le cin- 
quième ceux qui concernent les diverses professions. 
Dans le quatrième chapitre, on remarque, comme un 
trait caractéristique des usages et de la police des Otto- 
mans, la recommandation faite aux habitans de m^ 
nager les bêtes de somqie. Le cinquième renferme 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. a,^ 

d'autres dispositions de moindre importance : ainsi il 
est enjoint aux boulangers d'observer avec soin la 
proportion convenable de beurre et de farine dans 
la composition de leurs gâteaux , et aux gargotiers de 
surveiller attentivement Tétamage de leurs ustensiles 
de cuivre. Le prix de Fhalwa, c'est-à-dire des sucre- 
ries et pâtisseries, est basé sur le prix courant du miel 
et des amandes. Les marchands de raisins et de fruits 
secs doivent se contenter d'un bénéfice de dix pour 
cent. Les prix des diverses espèces de souliers, bottes 
et pantoufles, ainsi que ceux des selles, mors et 
autres harnais , sont soumis à un tarif invariable. Le 
salaire des ouvriers maçons, charpentiers et menui- 
siers, est fixé à dix aspres par jour avec leur nourri^ 
ture en sus. Le prix du bois est réglé sur sa lon- 
gueur, et celle-ci se détermine d'après le mode de 
transport du bois , suivant qu'il est fait à dos d'âne , 
de mulet ou de chameau« Les propriétaires d'éta- 
blissemens de bains sont tenus de chauffer conve- 
nablement leurs chambres, d'avoir d'habiles frot- 
teurs, masseurs et barbiers, et d'entretenir en bon 
état leurs divers ustensiles. U leur est enjoint d'avoir 
des peignoirs particuliers et marqués distinctement 
pour les infidèles , et de recommander à leurs bar- 
biers de ne pas se servir du même linge et des mêmes 
rasoirs pour les Musulmans et les Giaours» Il est per- 
mis aux mendians de mendier les jours de marché, 
eicepté dans les mosquées , et il est défendu aux lé- 
preux de se montrer dans les rues. Aucune mar- 
chandise ne peut être vendue que sur un règlement 



a,8 HISTOIRE 

étaUi par le juge de la ville et le i»H^poi^ du ftiardié. 
On voit, par cet e&trait de& peines fixées par Sonld^ 
man , que les lois relatives à la morale et les régie* 
mens de police devaimt être agréables au peuple; car 
ces derniers assurent avec soin le bon marché et la 
bonne qualité des dioses les plus nécessaires à la vie, 
tds que la nourriture et les vétemetis, et les premières 
sont si peu rigcrareuses oonUis les délits de la sensua- 
lité, qu'elles sont plus propres à les encourager qu'à 
les contenir. Si, sous ce rapport, le code de Souleïmail 
ne peut échapper au blâme d'une censure, 11 est digne 
néanmcÂns de l'approbation des philanthropes et des 
honames d'£tat, en cequ'il rendit plus rare Tapplica- 
tion des deux peines principales fixées contre lé vol et 
l'adultère par la législation de l'Islamii^ne, le Koran; il 
permit en effet de racheter par une amende ces peines, 
qui ne sont autres que la lapidation et la mutilation 
du bras. Le même esprit d'humanité et d'indulgence, 
qui a porté Souleïman à adoucir dans son code l'aus- 
tère sévérité des lois primitives de l'Islamisme, se re- 
trouve dans la tolérance qu'il accorda à l'usage des 
vaisselles d'cr ^ d'argot, qui avait été interdit aux 
Musidn^ns par les Pères de l'Eglise cônome contrâuve 
à l'esprit islamite. Soideïman excita même un grand 
mécontentement parmi les légistes et le peuple , lors- 
qu'un jour^ dans un festin public offert à des ambas- 
sadeurs persans, 3 fit servir les mets dans des vaisselle^ 
d'or et d'argent, luxe dont il n'y a plus eu d'exempte 
depi»s ; car lyoïffd'hm même la vaisselle de la coar 
est en porcelaine de Clrine d'une couleur verte. Sou- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ïîjg 

lelCnian ne défendit pas l'usage du café tiouyellement 
introduit dans son empire, quoiqu'il fût fort douteux 
que le Prophète l'eût autorisé, et on peut conclure de 
l'ordonnance même rendue vers la fin de son règne 
^iontre la vente publique du vin , qu'il l'avait tolérée 
jUsqu*alors. Dans sa jeunesse, lorsqu'il vivait dans la 
^inpagnie de son confident le renégat grec Ibrahim ,• 
U n'avait pas les mêmes scrupules au sujet du vin ; 
^ais quand les douleurs de la goutte et les infirmités 
de la vidllesse lui eurent fait une nécessité de cette 
abstinence, il voulut l'étendre à tout son peuple. Une 
lettre qu'il écrivit à cette époque au schah Tahmasp • 
montre quil se faisait gloire de cet acte de bon Musul^ 
man; il lui annonçait en effet que, conformément aux 
lois de rislamisme, il avait fait défendre l'usage du vin 
dans tous ses Etats, et il se répandait en invectives con- 
tre cette boisson , que le Prophète appelle la mère des 
vices ^. Dans une de ses plus belles ghazeles, Hafiz dit 
du vin : « Cette mère des vices nous est plus douce 
que le baiser d'une jeune fille. » On voit par cette 
parole , en opposition si directe avec la sentence du 
Prophète, que Hafiz était loin d'être un mystique pur; 
aussi excita-t-eUe le zèle des orthodoxes, qui s'en au- 
torisèrent pour demander au moufti s'il ne serait pas 
convenable de défendre, en même temps que le vin, 
un ouvrage qui en faisait un si pompeux éloge. Aussi 
prudent que savant, le moufti Ebousououd, qui n'au- 

I Cette lettre est la dernière de V Appendice au /oumal de Sotil^inan t 
sous \e no txiv. Hadji Khalfa, Tables chronologiques , à Taimée 967 (x56o), 
a Oummoul'khabaïs , liltcralement la mère des bassesses. 



a8o HISTOIRE 

rait pu en aucun cas refuser son fetwa contre Vusage ^ 
du vin , répondit à cette demande par une sentence < 
pleine de modération ; il déclarait qu'à la vérité quel- - 
ques passages du poème de Hafiz pouvaient blesser les ^ 
sentimens de certaines personnes, mais qu'au fond ils ; 
devaient être interprétés et jugés d'une manière plus 
favorable. Ebousououd refusa également un fetwa , 
contre les cafés , dont le premier avait été établi à . 
Constantinople en 1554, par un habitant de Haleb, 

nommé Schems, qui, après trois ans de séjour dans la 

capitale, retourna dans sa patrie avec un bénéfice de^ 
cinq mille ducats. Près de trois siècles s'étaient écou— 
lés depuis que le scheïkh arabe Schaadeli avait dé- 
couvert les propriétés de la fève du caféier, en remar- 
quant que ses chameaux étaient plus dispos que de 
coutume après avoir brouté les feuilles de cet arbris* 
seau; suivant une autre opinion, cette découverte au- 
rait été fortuitement faite par son disciple Omar, 
pendant son exil au mont Ossak près de Sébid. Malgré 
la conquête de l'Egypte et les nombreuses caravanes 
qui vont en pèlerinage à la Mecque, l'usage du café 
était resté jusqu'alors restreint à T Arabie, à l'Egypte 
et à la Syrie, et on ne le connaissait à Constantinople 
que par sa renommée et le rapport des pèlerins ; mais, 
à cette époque, il devint général dans la capitale; 
on vit de toutes parts s'ouvrir des cafés où se ras- 
semblaient les beaux-esprits de toutes les professions, 
et surtout les derwischs et les oisifs, adonnés à la vie 
contemplative, pour y goûter les douceurs de la nou- 
velle boisson. On la désigna par l'un des noms donnés 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. a8i 

au vin , kahweh, mot arabe qui signifie ce qui ôte l'ap- 
pétit ; un poëte arabe l'appela lui nègre ennemi du 
sommeil et de la copulation. Les cafés sont désignés 
en langue turque sous la dénomination à' écoles des 
connaissances '. 

Les aperçus précédens nous ont montré les droits 
que Souleïman s'est acquis au titre de législateur, en 
réorganisant le diwan , les finances , le corps des ou- 
lémas, Farmée, le système des impôts, celui des fiefs, 
des fermes , le cadastre des provinces , le code des 
cérémonies et ceux des lois civiles et pénales. Il nous 
reste maintenant à examiner en premier lieu par quelles 
causes sa politique , malgré la sagesse tant vantée de 
sa législation, donna naissance à des vices qui se dé- 
veloppèrent plus tard, et conmient, au sein de la plus 
grande prospérité de l'empire ottoman , il introduisit 
les germes de sa décadence future. Nous devons ex- 
pliquer, en second lieu, comment, malgré ses défauts 
et ses faiblesses, Souleïman a mérité le titre de Grand, 
qui lui est donné par tous les historiens européens. 

Les causes de la décadence de Tempire ottoman 
ont été souvent exposées avec vérité par les auteurs 
occidentaux; mais aucun d'eux n'a traité cette ques- 
tion avec autant de sagacité, et avec une plus parfaite 
connaissance des choses que Khotschibeg , qui vivait 
du temps de Mourad IV. Son ouvrage sur la déca- 
dence de l'empire ottoman lui a mérité le titre de 
Montesquieu turc, de même que les Prolégomènes 

I Vcklebi-lrfan; et non pas écoUs des sasfans. 



a82 HISTOIRE 

historiques ont valtt à leur auteur Ibn lÛiàldoun le 
surnom de Montesquieu arabe. Les écrivains anglais, 
français, italiens et allemands, qui se sont occupés de 
la recherche des causes de la décadence de l'empire 
ottoman, étaient non seulement peu favorablement 
placés pour pénétrer profondément dans la connais- 
sance du système politique et administratif des Turcs, 
mais encore ils n*ont commencé leurs investigations 
qu'à dater des successeurs de Souleïman , tandis que 
Khotschibeg fait remonter les siennes au règne même 
de ce sultan, et signale dès cette époque les cinq causes 
suivantes de dissolution, que nous allons développer 
d'après lui. 

Après avoir assisté régulièrement au diwan dans 
le commencement de son règne, Souleïman cessa de 
paraître aux séances, contrairement à l'exemple de 
ses prédécesseurs, et se borna à les suivre derrière la 
fenêtre voilée. Le diwan continua à s'assembler dans 
le seraï quatre fois par semaine; mais, à dater de celte 
époque , Souleïman ne prît une part personnelle au 
conseil que dans des occasions extraordinaires, comme 
celle de la controverse religieuse au sujet de l'héré- 
tique Kabi2, ou bien lorsqu'il tenait un diwan à che- 
val sur un projet de guerre ou sur les préparatifs 
d'une campagne. £n se retirant ainsi du conseil et en 
s'y faisant représenter par son grand- vizir, Souleïman 
avait en vue de rendre plus imposante la majesté im- 
périale. Ce fut un coup funeste porté à la prospérité 
de l'empire, que la résurrection de cette ancienne 
coutume asiatique, qni ne permettait pas au prince de 



DE L'EMfïRE OTTOMAN. a85 

traiter Areotement les dffidres de son royaume, et qui 
néme dérobait sa p^sonne à tous les yeux pour Ten- 
•yironner d'un prestige sacré. 

Jusqu'à Ibrahim-Pascha, les grands-vizirs n'étaient 
parvenus à leur dignité qu'après avoir passé par les 
divers emplois de l'Etat et de l'armée; dans le prin- 
cipe on les choisissait parmi les juges de l'armée; ainsi 
les grands- vizirs de la famille des Djendereli avaient 
idégé comme juges ; plus tard , on les prit parmi les 
gouverneurs des provinces. En nommant grand-vîzîr 
son grand-fauconnier Ibrahim , Souleïman donna le 
premier le pernicieux exemple de la promotion des 
courtisans aux emplois de l'Etat, et ouvrit ainsi à 
l'intrigue et à l'incurie des favoris une carrière qui 
demande une expérience mûrie par de longs services. 
Vers la fin de son régne, il aima mieux récompenser 
son amiral Pialé de ses importantes victoires , en lui 
accordant la main de la fille du prince Sélim , qu'en 
rélevant à la dignité de vizir ; mais il n'en a pas moins 
commis une grande faute politique, en augmentant les 
honneurs et l'influence de son beau-frère Ibrahim et 
de son gendre Houstem dans leurs fonctions de 
grands-vizirs. C'est ainâ que, rqetant l'usage observé 
par son père Sélim, de n'accorder à ses gendres que 
des fonctions de sandjaks, et de ne pas les laisser 
s'immiscer dans les affaires importantes de l'Etat , il 
ouvrit «ne large porte à l'ambition des grands. Sous 
l'administration de Roustem, commença à se mani- 
fester te funeste influence du harem sur les affaires 
publiques, grâce au crédit de sa belle-mère, la sultane 



a84 HISTOIRE 

Roxelane, dont les charmes conservèrent jusqu'à 
mort toute leur puissance sur Souleïman. Quoique cetti 
influence, alors favorable à Roustem, semblât affer — 
mir le grand- vizirat , elle Taffaiblit en réalité en le su- 
bordonnant à la volonté du harem; car, après cett^ 
première preuve de sa puissance , le harem ne se 
borna pas dans la suite à soutenir le pouvoir des^ 
grands- vizirs, mais il employa souvent son créditais 
renverser, et plus tard, ce ne furent pas seulement les 
femmes , mais encore leurs gardiens , les eunuques , 
qui eurent part au gouvernement. 

La troisième cause signalée par Khotschibeg consiste 
dans la vénalité et la corruption introduites par Rous- 
tem. U vendit les emplois de gouverneurs à des prix 
fixes et déterminés, et afferma, moyennant des sommes 
considérables, les biens de TËtat à des juifs et à des 
gens sans considération , qui , pour refaire leur for- 
tune, y commirent toutes sortes de dégâts. 

Souleïman dépassa les bornes d'une sage écono- 
mie, en accordant d'immenses revenus à son grand- 
vizir Roustem, et il mit le comble à ses prodigalités, 
en lui permettant de transformer ses biens en wakfs, 
c'est-à-dire en biens inaliénables, dont sa famille con- 
serverait à jamais la propriété. Ces faveurs portèrent 
dans la suite la fortune de cette famille à un revenu 
de dix millions d'aspres (deux cent mille ducats). 

Les grands-vizirs imitèrent la prodigalité fastueuse 
du Sultan ; ils rivalisaient entre eux pour le nombre 
des esclaves et la richesse des ameublemens, ainsi qoe 
nous l'avons dit à l'occasion de l'exécution d'Isken- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN* i85 

der-Tschelebî et de la succession de Roustem-Pascha. 
Le luxe des grands-vizirs entraîna celui des autres 
Tizîrs; ainsi Ahmed-Pascha, gendre de Roustem, qua- 
trième vizir lors du siège de Szigeth et depuis grand- 
vizir, introduisit le premier Tusage de trois espèces 
de vêlemens entièrement composés de magnifiques 
fourrures : le premier se portait dans Tintérieur de 
la maison, le second dans les cérémonies ordinaires, 
et le troisième dans les réunions du diwan. Ahmed- 
Pascha n'avait pas moins de cinq cents esclaves , et 
entretenait cent chameaux et cent mulets dans chacune 
de ses fermes. C'est ainsi qu'en se retirant du diwan, 
en répandant avec profusion ses faveurs sur ses gen- 
dres et d'autres grands de l'empire, et en fermant les 
yeux sur leur luxe, leur avidité et leur corruption, 
Souleïman mêlait à ses bonnes institutions des germes 
nuisibles qui prirent dans la suite de funestes dévelop- 
pemens. Mais les historiens européens lui adressent 
un reproche mal fondé en l'accusant d'avoir éloigné 
les princes des gouvernemens et de les avoir relégués 
dans le harem ; car, à l'exception de deux de ses fils 
morts en bas-âge, tous les autres administraient des 
paschaliks, et, peu de temps même avant sa mort, il 
avait nommé son petit-fils Mourad, fils de Sélim, au 
gouvernement de Magnésie. En outre, parmi toutes ses 
lois, on n'en trouve aucune qui interdise la nomination 
des princes comme gouverneurs , et d'ailleurs nous 
verrons des gouvernemens occupés par le prince Mou- 
rad , sous le règne de Sélim H, et sous celui de Mou- 
rad m, par sou fils Mohammed. 



a86 HISTOIRE 

£n examinant jusqu'à quel point Souleïman a mé- 
rité le titre de législateur, de conquérant, de puissant 
et de magnifique, Thistorien impartial ne doit pa^ 
chercher à rabaisser les diverses gloires de son règne, 
en raison de la part que prirent à la révisicm des an* 
ciennes lois , à la confection des nouvelles, et aux \io- 
toires de ses campagnes, les grands-* vizirs Ibrahim et 
Roustem , les mouftis Ebousououd et Kemal-Pascha- 
zadé , et les secrétaires-d'État Djelalzadé et Mdiam» 
med-Egri- Abdi ; car des instrumens halles sont né- 
cessaires pour l'exécution des grands projets ; et c'est 
déjà un grand talent que de savdr choisir de boni 
ministres et de bons généraux. Mais Thistorien doil 
rechi^cher si Souleïman n'a pas abandonné trop de 
pouvoir à ses vizirs , laissé prendre trop d'influence 
au harem, et montré tantôt une indulgence qui dégé- 
nérait en faiblesse , tantôt une sévérité qui s'exagérait 
jusqu'à la cruauté. Or, il se laissa dominer, plus qu'il 
ne convient à un grand caractère, par son favori 
Ibrahim et par sa femme de prédilection, Roxelane 
la Russe ; plus tard , il fit expier cruellement à son 
ami Ibrahim sa trop grande condescendance envers 
lui; et, après la mort de Roxelane , il ne craig;nit pas 
de tremper ses mains paternelles dans la sang da 
I^nce Bayeiâd et de ses fils. !^ la plupart des pchb- 
breuses exécutions qui e^vmX lieu sous son vèg» 
peuvent être considérées comme des mesures de s^ 
vérité nécessaires^ au maintien de l'ordre , la ïdgA 
perfide d'Ibrahim et d'Ahmed Pascha restera comme 
une tache indélébile ^em w^ hpAoîre. A Vexc€pti(9^ 



DE L'EMPIIIE OTTOMAW. 3187 

dei^ nischandjis , tous les emplois supérieurs de rÉtat 
et de l'armée fournirent , pendant le long règne de 
Souleïman, leur contingent au bourreau. Ainsi Ton 
compte, parmi ceux que frappèrent les ordres sangui-* 
naires de ce souverain, un grand-^vizir, un kapitan^ 
pascha , plusieurs agas des janissaires et des sipahis , 
le defterdar Iskender-Tsdielebi , les reïs-efendis Piri 
et Haïder , Tamiral Piri , le légiste Kabiz , le scheïkh 
Hamza, plusieurs gouverneurs de familles distin- 
guées , tels que Balibeg à Scutari , Arslan-Pascha à 
Ofen , Ferhad-Pascha , beglerbeg de ïloumilie et gen- 
dre du Sultan , enfin le fils et le petit-lils de son grand- 
oncle Djem , puis ses propres fils et petits-fils. Mous- 
tafa et 3on fils mineur, Bayezid et ses cinq fils, en tout 
dix princes du sang, Mafis les fautes dQ Souleunaa 
ne doivent pas nous faire oublier les grandes qua^ 
lités qu'on ne saurait lui contester; rappelons-nous 
ses hauts-faits et ses œuvres diverses, son esprit élevé 
et entreprenant, son çoqrage héroïque, sa stricte ob- 
servance des lois de Tlslamisme qu'il sut unir à tant 
de tolérance, son esprit d'ordre et d'économie qui 
s'alliait à tant de magnificence et de grandeur* SQA 
amour éclairé des sciences et la protection qu'il ac- 
corda libéralement aux savans. Rapp^ns-nous l^ 
treize campagne^ qu'il conduisit en personne, ses nom* 
breuses batailles et ses conquêtes : Rhodes et Belgrade, 
ces deux boulevards de l'empire sur terre et sur mer, 
conquis dès le commencement de son réègne; Ofen 
et Bagdad, soumises dans l'espace de sept ans; Gyula 
et Szis^etbi réduit!^ dsuQis 1^ denûèros heures de »a 



!i88 fflSTOIKE 

vie, et les drapeaux ottomans plantés devant les mur» 
de Vienne et de Diou. Il recula les frontières de soim> 
empire , à Test , jusqu'à la forteresse de Wan , et 2u 
l'ouest , jusqu'à celle de Gran ; au midi il étendit sat, 
domination sur Alger, Tunis, Tripoli, et jusqu'aux: 
frontières de la Nubie. Depuis les cimes escarpées d^ 
l'Ararat et les plaines de Nakhdjiwan jusqu'au piedL 
du mont Semmering et des montagnes de la Styrie , 
les akindjis semèrent la terreur sur leur passage, ne 
laissant après eux que ruines, dévastations et villages 
incendiés. Sur la Méditerranée, les flottes, conduites 
par Khaïreddin-Barberousse et Torghoud, portèrent 
leurs conquêtes et leurs dévastations dans l'Archipel , 
dans la Fouille et la Calabre , la Sicile et la Corse , 
firent trembler Rome et s'avancèrent jusqu'à l'embou- 
chure du Rhône où elles assiégèrent Marseille, tandis 
que sur les mers d'Arabie et dans le golfe Persique, 
une seconde flotte, remontant le Tigre, s'emparait de 
la ville de Bassra. Considérons enfin les constructions 
deSouleïman, ces chefs-d'œuvre de l'architecture ot- 
tomane, la mosquée Souleïmaniyé et les douze autres 
de la capitale et des provinces, l'aqueduc de Justinîen 
restauré et embelli , les aqueducs de l'épouse de Ha- 
roun al-Raschid à la Mecque réparés , les remparts de 
Jérusalem relevés , la construction du pont de Tschek- 
medjé venant faciliter les approvisionnemens de la ca- 
pitale ; considérons aussi toutes ses dispositions légis- 
latives, embrassant les diverses branches de l'admi- 
nistration civile et politique , et nous serons conduits 
à formuler ainsi notre jugement sur ce prince : si sa 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 28g 

condescendance pour sa femme et sa sévérité inhu- 
maine envers ses fils et ses petits-fils sont une tache 
dans sa vie, le titre de grand souverain lui est acquis 
incontestablement. 



T. VI. ^9 



LIVRE XXXV. 



Arrivée de Sélim à CoDStantinople et à Belgrade. — Révolte des janissaires 
après l'annonce officielle de la mort de Souléiman. — - Expédition de 
Pialé dans File de Khios. — Chute de Babocsa et d*Yenoë. — Incur- 
sion dans la Gamiole. — Négociations et traité définitif avec l'empereur 
Mazimilien» — Ambassade persane. — Événemens à Andrinople, à 
Bassra, dans T Arabie et la Moldavie. — Renouvellement de la paix avec 
la Pologne. — Départ d'un ambassadeur ottoman pour la France. — 
Construction de la mosquée Selimiyé à Andrinople. — Essai d'une 
jonction du Don et du Yolga. — Position topographique de l'Arabie, 
sa nature physique et ses dernières destinées. — Conquête de l'Yémen. 



Immédiatement après la prise de Szigeth , le tscha- 
ousch Hasan fut envoyé par Mohammed-Sokolli au 
sultan Sélim, gouverneur de Kutahia ' , avec une lettre 
par laquelle Feridoun, secrétaire intime du grand- 
vizir , rinstruisait de la mort de son père. Hasan était 
également chargé de répandre sur son passage le bruit 
que le padischah Souleïman ne quitterait les environs 
de Szigeth, qu'après avoir entièrement rétabli les for- 
tifications de cette place. Hasan mit dans sa mission 
une telle célérité, qu'il arriva à Kutahia le huitième 
jour après son départ de Szigeth. Le nouveau Sultan ne 

I D'après Almosnino , Sélim II se trouvait alors dans la plaine de Ka- 
rahissar ; En las Uanas Carahicar (que llaman Sijan Obagi)^ p. 39. 



HISTOIRE DE L'EMPIRE OTTOMAN. 9.91 

tarda pas à se rendre à l'appel du grand-vizir, et, le 
troisième jour après la réception de sa lettre, il arriva 
à Kazikœï (Chalcédoine) , en face de G)nstantinople , 
accompagné de son précepteur le kliodja Atallah , de 
son grand-maitre de la cour Houseïn-Pascha, de son 
favori Djelal Tschelebi et de son écuyer Khosrew- 
Aga [i] (9 rebioul-ewwel 97 4 — 24 septembre 1 566). 
De Kazikœï, Sélim envoya le tschaousch Âli au gou- 
verneur de Gonstantinople, Iskender-Pascha, pour lui 
exprimer son étonnement de n'avoir encore trouvé 
aucuns préparatifs pour sa réception. La réponse du 
gouverneur, qui ignorait ce qui se passait , marquait 
autant d'étonnement que d'embarras. Le tschaousch 
Ali fiit renvoyé avec une nouvelle lettre par laquelle 
le Sultan enjoignait au kaïmakam de relire avec atten- 
tion les avis qu'il avait reçus du camp, et de les com- 
parer avec ceux qui avaient été adressés au bostandji- 
baschi; Sélim lui faisait observer en outre que des se- 
crets d'Etat aussi importans que la mort de son père 
ne devaient pas être exprimés d'une manière ouverte, 
ûiais dans un langage figuré , et que c'était à lui à en 
saisir le sens. En effet, le bostandji-baschi avait reçu 
^rdre de préparer avec l'aga du serai les appartemens 
>our la réception de son nouveau maître. Le bostandji 
îiit en mer la galère impériale, et se rendit à Scutari 
iXL palais de la sultane Mihrmah. Sélim ordonna à son 
frand-écuyer d'aller l'attendre à la descente du serai; 
ui-mème monta sur la galère impériale , et dès qu'il 
ut quitté le rivage, les canons de la tour de Léandre, 
[ui s'élève sur un rocher isolé dans la mer près de 

«9* 



^2^1 HISTOIRE 

Scutari, annoncèrent à la capitale étonnée la mort de 
Souleïman et Tavènement de Sélim U. Lorsque le Sul- 
tan mit pied à terre, le bostandji le saisit sous les bras 
pour Taider à monter à cheval, suivant Tétiquette ob- 
servée dans le serai ; le grand-écuyer voulut s'y oppo- 
ser, mais le Sultan mit fin à ce débat, en disant d'un 
ton afiable au bostandji: «Ne Técoute pas, aga, il n'a 
pas été élevé dans le serai, et n'en connaît pas les 
usages ; mais prends les devans et montre - nous le 
chemin ' . » Arrivé à la porte du serai , le kapou-aga 
(grandmattre de la cour) l'aida à descendre de cheval. 
La première visite que reçut le Sultan fut celle de sa 
sœur Mihrmah, qui l'embrassa en versant des larmes, 
el lui prêta une somme de cinquante mille ducats pour 
subvenir à ses premières dépenses. Le moufli £bou- 
sououd , le kaïmakam Iskender-Pascha , le juge de 
(^onstanstinople Kazizadé Ahmed-Efendi, les defter- 
dars Hasan-Tschelebi et Belalzadé Ali-Tschelebi, 
avec tous les mouderris, vinrent baiser la main de leur 
nouveau maître et lui prêter le serment de fidélité. 
Après celte solennité, le Sultan visita , d'après les an- 
ciens usages, le tombeau d'Eyoub, compagnon d'ar- 
mes du Prophète , ceux de Mohammed-le-Ck)nqué' 
rant , de Bayezid II et de son grand-père Sélim P, 
laissant à chacun de ces tombeau^i un don de trente 
raille aspres (six cents ducats) destiné aux pauvres 
(24 septembre 1566). Deux jours plus tard, Séfim 
quitta Constantinople, et se porta avec la plus grande 

» Selaniki, p. 60, tenait cette circonstance du grand-cciiycr lui-même; el 
d*après lui, Solakzadé, f. 128. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ^cjS 

ence vers les frontières. Les ambassadeurs de 
ce et de Venise l'attendaient hors des portes de 
pitale pour lui baiser les mains, et il reconnut 
empressement en leur faisant Taccueil le plus 
eux. A son arrivée à Sofia (6 octobre), il envoya 
3urs tschaouschs aux républiques de Venise et 
aguse , au roi de France et au schah de Perse , 

annoncer à ces diverses puissances la mort de 
nman; et son avènement au trône d*Osman. Dix 

après son départ de Gonstantinople , Sélim ar- 
k Belgrade , d*où il se rendit sans retard à Vu- 
r. Il y trouva une lettre du grand-vizir , qui lui 
allait de ne pas continuer son voyage, et de re- 
ler à Belgrade, plutôt que de se rendre au camp 
îs troupes, à l'occasion de son avènement, ne 
{u^*aient pas d^exiger, suivant l'usage, un présent 
el le trésor ne pouvait subvenir en ce moment, 
itant ce conseil prudent, il revint sur ses pas et at- 
t à Belgrade , dans la maison du gouverneur Bai- 
)eg, l'arrivée du grand- vizir, 
^pendant Tarmée avait jusqu'alors ignoré la mort 
3uleïman, quoiqu'elle eût appris l'arrivée de Se- 
i Gonstantinople. Dès les premiers jours du qua- 
le mois de l'année (3 rebioul-akhir 974 — 1 8 oc- 
3 1 566), elle reçut la solde qui lui avait été allouée 

celte campagne. En même temps les beglerbegs 
lOumilie et d'Anatolie eurent ordre de ne point 
édier leurs troupes avant le jour de Kasim (St.-Dé- 
ius). Le §1 octobre, le grand-vizir fit plier sa 
, et on leva celle du Sultan aux cris répétés des 



294 HISTOIRE 

tschaouschs et aux applaudissemens tumultueux de 
Tarmée. Le corps de Souleïman fut placé dans unelv- 
lière voilée, comme s'il eût encore été plein de vie; 
immédiatement après sa mort, ses entrailles avaient 
été inhumées d'après les ordres de SokoUi , par les 
personnes initiées au secret, au lieu même où était 
dressée sa tente, et sur lequel on éleva dans la suite 
une chapelle funéraire. Â quatre stations de Belgrade, 
SokoUi convoqua les lecteurs du Koran attachés à Tar- 
mée, et leur ordonna de se réunir autour de la litière 
impériale, pour lire le Koran et les prières des morts. 
vers la quatrième heure avant Taurore, la même où 
quarante-huit jours auparavant le Sultan avait expiré. 
L'armée était campée sur la lisière d'une forêt , lors- 
qu'au milieu de la nuit on entendit tout-à-coup re- 
tentir le fatihé ou première soura , oraison funèbre 
qu'une inscription placée sur tous les tombeaux invite 
le passant à réciter. Tandis qu'à droite on chantait le 
chœur : Toute domination pjérit, la dernière heure at- 
tend tous les humains, et que l'on répondait à gauche: 
Lêe temps ni la mort ne peuvent atteindre l'Etemel [n], 
les soldats, rompant leurs rangs, éclatèrent en plaintes 
et en cris douloureux. A la vue de ce désordre, les 
paschas, se rassemblant autour du grand- vizir, témoi- 
gnèrent leurs regrets de ce que la nouvelle officielle 
de cette mort eût été aussi intempestivement annoncée, 
bien qu'elle fût déjà secrètement répandue dans l'ar- 
mée. Quand le jour commença à poindre, le grand- 
vizir, parcourant les groupes des soldats, leur adressa 
ces paroles : « Mes compagnons d'armes , pourquoi 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 295 

refusez- VOUS de continuer votre marche? Ne devons- 
nous pas plutôt entonner des chants d'allégresse , et 
féliciter ainsi le Padischah d'être appelé au sein de 
IMeu Tunique? D a fait de la Hongrie la maison de FIs- 
lamisme et comblé chacun de nous de ses bienfaits ; 
est-ce là la reconnaissance que nous lui témoignons ? 
Ne devons-nous pas plutôt charger sur nos têtes ses 
restes précieux, et les porter au-devant de son fils et 
successeur Sélim-Khan, qui vous attend à Belgrade, 
pour exécuter les dernières volontés de son père, en 
vous accordant des présens et une augmentation de 
solde? Reprenez courage, laissez dire leurs prières aux 
lecteurs du Koran , et mettez-vous en marche. » En 
trois journées, Tannée arriva à Mitrovicz. De là les 
vizirs envoyèrent à Sélim II une députation, pour le 
prier de recevoir le serment de fidélité des troupes sur 
le trône d'or que Souleïman avait amené à sa suite dans 
cette campagne, et de leur accorder, suivant Tusage, 
le présent d'avènement. Sélim communiqua cette invi- 
tation à son précepteur le khodja Âtallah, et lui de- 
manda son opinion. Cdni-ci répondit : « Ta Majesté est 
déjà montée sur le trône à Constantinople ; il est donc 
superflu de renouveler ici cette cérémonie solennelle. » 
Peu satisfait de cette réponse, le Sultan demanda Tavi» 
de son grand-maitre de la cour Lala-Houseïn, qui lui 
dit avec vivacité : « Qu'aurait donc fait l'armée , si 
nous n'étions venus de Constantinople à Bdgrade? 
et à quoi bon cette nouvelle cérémonie ?» Le con- 
fident Djelalbeg , prenant à son tour la parole , s'ex- 
prima ainsi : «Dans les premiers temps de l'empire, on 



D^()i\ HISTOIRE 

avait coutume de dire que les Sultans ne pouvaient ar- 
river au souverain pouvoir, sans passer sous les sabrer 
de leurs soldats , et cela était vrai alors ; mais aujour- 
d'hui que Tavènement au trône dérive du droit de 
succession , on ne doit plus invoquer de tels souve- 
nirs. » Cependant, la tente de Souleïman avait été dres- 
sée sur une hauteur voisine de Belgrade, nommée la 
colline impériale; Sélim, la trouvant ainsi préparée, 
s*y rendit accompagné de sa cour, sans attendre de 
communication ultérieure de Sokolli. En apprenant 
cette démarche, le grand-vizir dit à son confident Feri- 
doun : « Ainsi vont les choses, quand le grand- vizir, 
fidèle à son devoir, rend compte de ce qui se passe, 
et que le Padischah ne prend conseil que de ceux qui 
ne sont point initiés aux secrets d'Etat. Les soldats, 
tu le sais , veulent à toute force recevoir de la bouche 
du Padischah l'assurance que le présent usité leur sera 
octroyé ; quel sera donc le résultat des flagorneries 
du grand-mattre de la cour! » Feridoun, qui sem- 
blait avoir prévu cette circonstance , avait préparé de 
nouvelles observations à présenter au Sultan; mais 
SokoUi, ayant fait de mûres réflexions, lui dit: «Non, 
cette nouvelle démarche ne peut se faire ; sais-je si je 
suis encore grand - vizir, et le Sultan n'est-il pas le 
maître de nommer à ma place qui il lui plaît? » 

Dès l'aube du jour suivant , tmite l'armée prit le 
deuil; les ministres et les grands entourèrent leurs 
têtes de bandeaux noirs ; les solaks ôtèrent leurs pa- 
naches . et se ceignirent de tabliers de couleur bleue, 
ï^es tschaouschs, les écuyers-tranchans et tous les agas 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 7.97 

se revêtirent d*habits grossiers. Les habitans de Bel- 
grade les imitèrent; puis, passant le pont du Danube, 
ils se rendirent en foule à la rencontre du char fu- 
nèbre traînant le cercueil sur lequel était posé le tur- 
ban d'Etat de Souleïman. Une quantité innombrable 
de torches brûlaient au-devant de la tente où s'était 
retiré Sélim en habits de deuil ' . L'armée en pleurs 
attendait sa sortie , rangée en ordre de bataille. Aux 
premiers rayons du soleil % Sélim, vêtu d'un habit de 
satin noir, et coiffe d'un bonnet en drap de même 
couleur garni d'un crêpe, sortit de sa tente et s'avança 
vers le char funèbre , en élevant les mains au ciel en 
signe de prière. Le précepteur et Lala-Houseïn le 
prirent sous les bras ; les vizirs se rangèrent à sa 
drc»te , les autres grands à sa gauche . et les mouez- 
zins entonnèrent l'oraison funèbre. La prière termi- 
née, le Sultan- leva de nouveau les mains au ciel , fit 
un salut à droite et à gauche , et se retira dans sa 
tente. Ce fut alors seulement que se manifestèrent des 
murmures , qui éclatèrent bientôt en cris et en blas- 
phèmes confus. «L'usage, disait-on de tous côtés, n'a 
pas été observé ; il n'a été question en aucune manière 
du présent qui nous est dû; pourquoi, vizirs, en avez- 
vous agi de la sorte? Les coupables ne sauraient nous 
échapper ; et toi, Sultan, nous te trouverons près du 



I tt 



Se puso et Bei iina toca tnui peqiiena en la cabeça, 'vistiendosc de 
» lioaeslos vestidos , con una capa 6 albornoz de pafio negro. » 

1 Les mots turcs toulouou eder kihi présentent no double sens, e( peuvent 
sij;niûer à la ibis au moment où ie soleil se Icva^ ou bien au moment ou 
Sélim sortit de sa lente pareil au soleil. 



398 HISTOIRE 

chariot defmi, à la porte d'Andrinople ou à celle du — ^ 
serai. » Prévoyant une révolte imminente , les vizii 
se hâtèrent de faire transporter à Gonstantinople 1< 
restes de Souleïman. Le vizir Ahmed-Pascha, Seferli 
Âli-Pascha, récemment arrivé d'Egypte, le grand- 
écuyer Feiiiad et le scheïkh Noureddin furent char- 
gés de conduire ces précieuses dépouilles au tombea 
des aïeux de Souleïman. Cependant le grand -vizi 
assembla le diwan, et les grands de Tempire, intro 



duits par le précepteur et le grand-maître de la cour 
furent admis à la cérémonie du baise-main. A Tissu 
du diwan, le grand- vizir et Djelalbeg, ancien defter — 
dàr des fiefs de l'armée, restèrent long-temps en — 
fermés seuls avec le Sultan. Cependant le tumulte 
grandissait , les soldats menaçaient et insultaient ceux 
qui avaient accompagné Sélim, et proféraient des im- 
précations contre les restes du Sultan d^nt. Dans 
la vue de prévenir la profanation du cercueil impé- 
rial , Lala-Houseïn ordonna aux tschaouschs de le 
conduire secrètement à Constantinople. Pour mettre 
enfin un terme à ces démonstrations menaçantes, 
Sélim admit en sa présence , pendant trois jours con- 
sécutifs, les officiers de l'armée, puis il fit distribuer de 
l'argent aux troupes. Chaque homme des boulouks, 
c'est-à-dire des six escadrons de cavalerie régulière , 
reçut mille aspres (vingt ducats) , et chaque janis- 
saire, le double (quarante ducats). Mais ces derniers 
murmurèrent ; et comme ils réclamaient trois mille 
aspres , et alléguaient leurs droits à une récompense 
pour la campagne précédente , le vizir leur répondit 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. agg 

que le trésor ne pouvait en ce moment satisfaire à 
leur demande, mais qu'on y aurait égard en temps et 
lieu. L'augmentation de solde des douze mille janis- 
saires fut réglée de la manière suivante : on alloua 
cinq aspres à ceux qui en recevaient trois , huit à ceux 
qui en recevaient cinq , et neuf à ceux qui en rece- 
vaient huit. Dans le corps des cinq mille huit cent 
cinquante-huit cavaliers réguliers , une augmentation 
de cinq aspres de revenu fut accordée aux sipahis et 
aux silihdards, nne de quatre aux ouloufedjis de Taile 
droite et de Taile gauche. Les employés des cuisines 
et des écuries, les armuriers et les artificiers, eurent 
leur paie augmentée d'un aspre , et les recrues d'un 
demi-aspre; le salaire des artisans fut porté à un aspre 
de plus par jour, et cinq cents aspres furent distribués 
entre les apprentis à titre de gratification. Enfin , au 
bout de cinq jours, l'armée reprit sa marche vers 
Constantinople. Dans la plaine de Semendra , les beg- 
lerbegs de Roumilie et d'Anatolie , Mewlana Hamed 
et Mewlana Perwiz Efendi , se trouvant à côté du 
Sultan, qui, à leur insu, avait un goût prononcé pour 
les boissons enivrantes [in], crurent l'occasion favo- 
rable pour lui demander avec instance le maintien de 
l'ordonnance rendue contre le vin par Souleïman. A 
l'^itrée de Sélim à Semendra, les deux juges de l'ar- 
mée furent destitués ; et le corps des oulémas subit 
d'autres changemens , qu'on attribua à l'influence du 
pirécepteur du Sultan , le khodja Atallah. Après çivoir 
visité les bains de Sofia et de Philippopolis, Sélim s'em- 
pressa de se rendre à Andrinople, où il reçut la nou- 



5ot> HISTOIRE 

velle que le corps de Souleïman était arrivé à Conslan- 
tinople et avait été porté au tombeau de ses aïeux [iv]. 
Dans le voisinage de Gonstantinople et en attendant 
fa fin des préparatifs ordonnés pour l'entrée solennelle 
fixée au jour suivant, le Sultan descendit au palais im- 
périal du village d*Halkalù, et le grand-vizir dans une 
ferme qui lui appartenait. Mais, pendant la nuit, les ja- 
nissaires s'ameutèrent à la lueur des torches, et tinrent^ 
des conciliabules autour de tonneaux de vin. Les his- 
toriens Selaniki et Ali rencontrèrent une troupe d^ 
ces janissaires dans le village de Litrova, et en don- 
nèrent avis au reïs-efendi Mohammed et au secrétaire- 
intime Feridoun , qui s'empressèrent d'en instruire le 
grand- vizir; mais, dans cette nuit d'angoisses, per- 
sonne ne put trouver un moyen pour prévenir la ré- 
volte qui se préparait. Le 5 décembre 1 566 , au jour 
naissant, le kaîmakam Iskender-Pascha , le kapitan— 
pascha Pialé et le moufti Ebousououd , ainsi que l& 
corps des oulémas, sortirent de la ville pour se rendre 
au baise-main du Sultan. Sélim leur fît l'accueil le 
plus gracieux, et honora le moufti d'une distinctior& 
l>articulière en posant les mains sur son turban et en 
l'embrassant avec effusion. Les alaï-tschaouschs . ou 
tschaouschs employés dans les occasions solennelles , 
donnèrent le signal du départ, aux cris mille fois ré- 
pétés de vii^e l'empereur ! La foule était immense : on 
se heurtait, on se pressait de tous côtés; les janissaires 
se mirent en mouvement, les rangs étroitement serrés, 
refoulant tous ceux qui les voulaient devancer. Par- 
venus aux anciennes casernes . vers la mosquée des 



DE L'EMPIRE OTTOMATC. 3or 

Princes, la tête de la colonne s'arrêta, forçant ceux 
qui la suivaient d'en faire autant, et obligeant le Sul- 
tan de rester pendant plus d'une heure à la place où il 
se trouvait, non loin de la porte d'Andrinople. «Qu'y 
a-t-il donc ? » demandèrent les vizirs. On leur répon- 
dit : « Un chariot de foin embarrasse le chemin et in- 
tercepte la marche ^ )> Cette locurion est chez les 
soldats un indice de mécontentement et de mutinerie, 
de même que leur refus de toucher le riz qui leur est 
servi. Pertew-Pascha, le second vizir, s*avançant vers 
les janissaires, leur dit : « Mes braves, votre conduite 
est inconvenante. — Crois-tu donc être à Gyula? » 
crièrent-ils tous à la fois, et l'un d'eux plus hardi, le 
frappant de sa hallebarde, le jeta à bas de son cheval 
et fit rouler à terre son turban d'Etat. Le kapitan- 
pascha s'approcha à son tour, et s'écria: «Soldats! cela 
ti'est-il pas infâme? — Qu'as-tu à nous dire, pauvre 
marinier ? » répondirent les révoltés , puis ils le frap- 
pèrent et le renversèrent. L'intervention de Ferhad- 
l^ascha n'eut pas plus de succès : lui et son cheval fu- 
rent assaillis à coups de crosse. A la vue du danger 
toujours croissant , le vizir Ahmed et le grand- vizir 
Sokolli jetèrent les ducats à pleines mains au milieu 

1 « Estaudo entretenidos ea cslo, y el Rei jvaiado, siu subcr la causa, 
» de que estava algo confuse , por no darle a eutcuder la desccrdesia de los 
»Geni^ros, fingieron las cabecas era por ecbar del caaiiuo algunos carros 
>» que venlan al eocuentro, y que hasta eocaminarlos a otra parte no podian 
**pasar, cou que entretuvieron al Rei una hora. » Almosnino, p. 70» 
comme témoin oculaire de l'entrée du Sultan. Cet auteur est dans Terreur, 
quand il dit, p. 63, que le nombre des cbevoux de main de Sclim II clail 
le même que celui de ses prédécesseurs. 



3o2 raSTOIRE 

des masses effervescentes, et, par ces lai^esses et des 
paroles conciliantes, ils achetèrent la possibilité d'une 
retraite honteuse vers les portes du palais impérial. 
L'aga des janissaires noua son mouchoir autour de son 
cou , »gne par lequel il semblait dire aux rebelles : 
«Je suis en votre pouvoir, vous pouvez serrer ce lien, 
si telle est votre volonté ; mais auparavant écoutez- 
moi. » Puis il s'écria: « Soyez bons, soyez généreux, 
mes frères. — Quoi! répondirent les rebelles, tu vetXx 
nous donner du biscuit sucré, au lieu d'eau ; mais tu 
te trompes, si tu crois sauver ainsi les trésors du Sul- 
tan et du grand - vizir ; tu ne saurais toi-même nous 
échapper, et nous te ferons voir le chariot de foin ren- 
versé. » En même tempç ils s^avancèrent en tumulte, 
et pénétrèrent dans la première cour du serai, dont ils^ 
fermèrent les portes. Puis enlevant les vizirs de leurs 
selles, et les saisissant par leurs sabres et leurs vête- 
mens, ils les conduisirent auprès de l'empereur, qui 
s'était avancé jusqu'aux bains de la sultane Khasseki, 
aux cris mille fois répétés de : «Cède à l'ancien usage ! » 
Enfin, Sélim, sur les instances de son grand-vizir, pro- 
nonça ces paroles : « Le présent et l'augmentation de 
solde sont accordés, conformément à l'usage qui m'a 
été transmis par mes ancêtres. » Ensuite les vizirs re- 
montèrent à cheval , et se rendirent au serai*. « Dieu 
soit loué ! s'écrièrent-ils , tout est fini , l'empereur a 
consenti aux demandes des troupes, ouvrez les portes, 
nous vous en supplions. » Mais les gens du serai , qui 
craignaient que les troubles ne fussent pas terminés , 
furent long-temps sourds à leurs instances ; les mouez- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 3o3 

zins appelaient les fidèles à la prière de Taprès-midi 
du haut des minarets de l'Âya- Sofia, et l'empereur 
était encore aux portes du serai; enfin il parvint à y 
entrer, et cette fois la ville échappa au pillage des ja- 
nissaires ' . 

Le jour suivant, vendredi 10 décembre, le peuple 
attendit en vain la visite qu'en pareille circonstance 
les sultans ont coutume de faire à la mosquée. Le len- 
demain , le div^an fut convoqué pour le paiement des 
troupes : les janissaires conservèrent leur attitude me- 
naçante jusqu'à ce qu'on leur eût compté , en outre 
des deux mille aspres qu'ils avaient déjà reçus, les 
mille qui avaient été accordés à leur rébellion , ce qui 
faisait pour chaque honune un total de soixante ducats. 
Sélim fut le premier sultan qui fit au corps des ou- 
lémas un présent d'avènement , afin sans doute de 
complaire au moufld Ebousououd. Les deux kadias- 
kers alors en fonctions reçurent chacun une gratifi- 
cation de trente mille aspres (six cents ducats) et un 
kaflan en étoffe d'or : les deux kadiaskers récemment 
déposés eurent chacun la moitié de cette somme et 
un kaftan en camdot (sofi). Il fut donné dix mille 
aspres et un kaftan de même étoffe au juge de G>n- 
stantinople , neuf mille aspres à ceux qui avaient an- 
térieurement occupé cette dignité, huit mille aspres 
et un kaflan à ceux qui portaient le titre de juges de 
Bagdad ; sept mille aspres furent également accordés 
aux mouderris ayant dix aspres de revenu quotidien ; 

* I Selaniki, comme témoin oculaire, et le Rapport d* Albert deWyss, dalé 
de Constantinople du 12 décembre 1S66. 



3o4 HISTOIRE 

six mille aux mouderris des huit médresés de Mo- 
hammed II , cinq mille aux intérieurs, et trois mille aix^ 
extérieurs; chacun d'eux reçut en outre une pièce 
d'étoffe de camelot. Tous ces dons, tant volontaires 
que forcés, ayant épuisé le trésor, il devenait impoi»- 
sible de satisfaire aux demandes du reste de l'armée , 
en lui accordant également un présent pour Tavène- 
ment du Sultan. Alors les sipahis et les ouloufedjis ne 
craignirent point d'attendre le passage des vizirs qui 
se rendaient au diwan, de se répandre en blasphèmes 
contre eux et de leur jeter des pierres; mais le grand- 
vizir mit fin à ce nouveau désordre, en destituant leurs 
agas Ferhad et Omar, en en faisant décapiter quel- 
ques-tins, et pendre trois lutteurs qui s'étaient mis à 
la tète des mutins [v]. 

Le vide causé dans le trésor par de telles lai^esses 
se comblait d'un autre côté par les présens que firent 
au Sultan, à l'occasion de l'avènement, les nombreux 
gouverneurs des provinces et les ambassadeurs des 
puissances étrangères. L'un des présens les plus con- 
sidérables fut offert par le kapitan-pascha Pialé, qui, 
peu de jours avant l'entrée de Sélim à Gonstantinople, 
était revaiu de son expédition contre l'ile de Khios 
et sur les côtes de la Pouiile. li l'avait entreprise dans 
)e printemps de la même année, avant que rarmée 
eût quitté G>nstantinople pour se rendre au siège de 
Szigeth. 

Pialé avait paru devant Khios, le 14 avril 1566, à 
la tête d'une flotte de soixante galères. Après avoir 
reçu un riche présent des Génois, il invita les douze 



DE L^EMPIRE OTTOMAN. 3o5 

primats qui goavemaient Ttle à venir à bord; et à 
peine ceux-ci furent-ils arrivés, qu'il les fit jeter dans 
les fers et transporter à KalBfa : ces malheureux n'ob- 
tinrent leur liberté qu'au bout de quatre années, grâce 
à Tinterventioti du pape Pie V et de l'ambassadeur 
français. Après s'être emparé de l'Ile et de sa capi- 
^^e, Pialé se rendit sur les côtes de la Fouille; il les 
dévasta dans toute leur étendue, et revint avec d'im- 
penses richesses qu'il déposa au pied du trône de 
^lim \ A l'exemple de Pialé, Pertew-Pascha, con- 
sidérant de Gyula , fit hommage ai^ Sultan du riche 
t^^n qu'il avait fait en Transylvanie. Sélim reconnut 
ï^ services de Pialé , qui , fils d'un cordonnier croate, 
^tait devenu son gendre , en l'élevant à la dignité de 
Vizir de la coupole : ce titre , auquel était attaché un 
traitement de quarante mille aspres, était donné à 
ceux qui avaient le droit de s'asseoir dans le diwan , 
sous la coupole , à côté du grand- vizir. L'aga des ja- 
nissaires , Ali-Aga Mouezinzadé , fils du crieur de la 
prière publique , succéda à Pialé dans sa place de 
grand-amiral. Sélim nomma vizir le beglerbeg d'Ana- 
tolie Mahmoud'Pascha , surnommé Sal , du nom du 
héros persan célèbre par sa force à la lutte : il avait 
mérité d'être appelé ainsi, lorsqu'à l'époque de l'exé- 
cution du fils de Souleïman, Moustafa, il saisit et 
étrangla le malheureux prince qui se débattait contre 
ses bourreaux pour leur échapper et se réfugier au- 

> Hadji lILhalfa, Histoire des guerres maritimes, f. 3 7 et 38; et Knolles, 
I, p. 553 et 554« Ce dernier se trompe de date, car le dimanche de PAqties 
de l'année i566 tombait le 14 et non le i5.aTril. 

T. ▼!. 20 



5o6 HISTOIRE 

près de son père. Le grsind- vizir, dans rintention 
d'éloigner le grand-mattre de la cour Ijala-Hcnisein 
de la personne du Sultan , le fit nommer beglerbeg 
d'Anatolieà la place de Mahmoud. Àbdoul Gbaffour 
Efendi fut promu à la dignité de quatrième defterdar; 
le précepteur du Sultan, Mewlana-Atallah, dont le 
traitement était de deux cents aspres par jour, obtint 
une gratification de soix^te-dix mille aspres à tire 
cf argent d'orge. Le moufti Ebousououd, qui avait 
reçu de riches habits d'honneur et autres présens , vit 
son traitement augmenté de cent aspres par jour, et 
eut un revenu journalier de sept cents aspres (qua- 
torze ducats) (V schâban 974 — 11 février 1567)'. 
Sélim réunit au fief de cent dix mille aspres que pos- 
sédait son confident Djelalbeg celui du poète Kialib^, 
qui rapportait cent cinquante mille aspres. Plusieur$of' 
ficiers du Sultan furent nommés aux emplcôs d'écuyers- 
tranchans et de mouteferrikas ^ , faveurs qui eiici- 
tèrent un nouveau mécontentement parmi les janis- 
saires. On les apaisa en augmentant encore leur solde, 
ainsi que le nombre des kouroudjis , de sorte que le 
trésor eut, de plus que sous le règne précédent, un 
surcroît de paiement de dix-sept mille cinq cent trente 
aspres par jour. Dans les premiers jours du Ramazan, 
les officiers des janissaires furent invités par les vizirs 



I Selauiki, p. 80, se trompe en portant ce chiffre à six ceuto astres, 
que le moufti possédait autérieureinent. 

> Le kapidji-baschi Ferbad devint grand-éeiiyer, le grand-écuyer Khoi- 
rcw gouverneur de Malatia , et le prepûcr valet-de-chambve Moustafa-Ag" 
grand-écuyer tranchant. Seianiki, p. 8t.. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. ^07 

à de somptueux festins , conformément à l'ancien 
osagè; ils furent d'abord traités par le grand-vizir, 
et successivement par les vizirs et le kapitan-pascha. 
Au milieu de cette réconciliation apparente, on eut soin 
de faire disparaître les personnes les plus turbulentes 
et les chefs connus ou supposés de la dernière ré- 
volte. A la fin du Ramazan, le grand Baïram fut cé- 
lébré avec les solennités ordinaires. Aux cris répétés 
des tschaouschs, le Sultan monta sur un trône élevé 
dans la cour du serai , et y reçut successivement les 
hommages des viâsirs , des agas , des oulémas et des 
defterdars (17 schewal — • 27 avril). Dans cette occa- 
sion , se présentèrent deux fils du khan des Tatars , 
^jvA excitèrent l'attention par leurs kalpaks ornés de 
ft^urrures noires. Quand le moufti s'approcha, le Sul- 
^^ti, pour le distinguer entre tous, se leva et Fem- 
"^ï^sa. Le troisième jour du Baïram, le Sultan fit pu- 
blier une lettre autographe , dans laquelle il rappelait 
**W3sage de célébrer les victoires de l'armée par des 
^'ètes et une illumination générale de la ville , ajoutant 
^Xi'il fallait se conformer à cette coutume , non seu- 
lement pour se réjouir des succès de la deriiière cam- 
t>agne, mais encore pour garder un brillant souvenir 
de soii heureux avènement. Mohammed-Sokolli, dont 
le caractère était grave et sévère, craignait que ces 
fêtes ne fussent l'occasion de nouveaux désordres. Il 
chargea son secrétaire Feridoun de préparer des re- 
. présentations à ce sujet pour les soumettre au Sultan ; 
mais celui-ci lui fit observer que le peuple pouvait 
s'indisposer de la sévérité de ses gouvernans, et qu'il 



20* 



5o8 HISTOIRE 

était souvent d*une politique habile de donner Vessor 
à sa joie, en le laissant s'y livrer en pleine liberté. Il 
ajouta qu'il ne lui conseillait pas de contredire le Sul- 
tan; car, disait-il, la volonté du schah émane de Dieu. 
Du reste, continua-t-il, il sera facile de prévenir tous 
les troubles, en donnant des ordres sévères aux gé- 
néraux des diverses armes. 

Les fêtes eurent lieu. A cette occasion , Baki , le 
plus grand poète lyrique des Ottomans , fit hommage 
à Sélim d'un poème sur son avènement ; malgré son 
mérite, cet ouvrage ne peut être comparé à l'élue si 
célèbre que lui inspira la mort de Sôuleïman. Le poète 
Fouri et plusieurs autres offrirent des chronogrammes 
dans lesquels les caractères de la' dernière ligne for- 
maient la date de Tavènement de Sélim II. Le vizir 
Kizil-Ahmedlû Moustaf a~Pascha , auquel ses revers 
devant Malte avaient donné une fâcheuse célébrité, 
jugea l'occasion favorable pour demander la pension 
de retraite de deux cent mille aspres, ordinairement 
allouée aux vizirs ; sa demande fut accueillie avec beau- 
coup de bienveillance , et il obtint sur les domaines 
impériaux (khass) un revenu double de celui dont il 
avait joui jusqu'alors ; ainsi il lui fut accordé sur ces 
domaines une rente de cent cinquante mille aspres, et 
une autre de pareille somme sur la douane. De plus, 
dans une lettre autographe , le Sultan lui permit de 
quitter la capitale pour faire le pèlerinage de la Mec- 
que , en se recommandant à ses prières. Après avoir 
partagé une partie de ses biens-fonds entre ses trois 
Bis , Kizil- Ahmedlû vendit la maison qu'il habàait à 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. Sog 

Constantinople et toutes ses propriétés mobfliéres ; il 
ea retira douze mille ducats, dont il destina une partie 
aux pauvres de la Mecque , et l'autre à l'érection de 
son tombeau à Jérusalem '. Pendant son voyage, il 
visita, en passant à Boli, plusieurs fondations pieuses 
qu'il avait instituées; il mourut peu de temps après en 
revenant de la Mecque. 

Sur ces entrefaites, le grand-vizir Mohammed-So- 
kolU vit augmenter considérablement son influence 
par l'exécution du grand-trésorier Yousouf- Aga ; en- 
nemi déclaré du grand-vizir et du grand-maître du 
serai Mahmoud, Yousouf cherchait constamment à les 
perdre dans l'esprit du Sultan. Â Tissue du conseil , 
où Sélim signa l'arrêt de mort d'Yousouf-Âga , le 
grand-vizir s'empara de sa victime , et la remit entre 
les mains du grand-chambellan Goulabi-Âga, qui la 
livra aussitôt au bourreau (31 mai 1 567). 

Le récit de ces événemens nous a conduit bien 
avant dans la première année du règne de Sélim ; il 
est temps maintenant de revenir sur le théâtre de la 
guerre, que nous avons abandonné à l'époque du siège 
de Szigeth, et de rendre compte des négociations qui 
suivirent la campagne. La veille de la mort de Souleï- 
man , et trois jours avant la prise de Szigeth , George 
Tury fit prisonnier le b^ de Stuhlweissenboui^ Mah- 
moud, qui s'était aventuré jusqu'auprès du camp im- 

1 Selaniki, p. 86. Albert de Yfyss îaài mention de celte circonstance en 
ces termes : « Pridie calendas Junii necati duo ex principalibus familiaribiis 
m Principis autores rebeltionu priore bebdomade contra Mebemed Bassaiu 
<• siiidtataa. » 



3io HISTOIUE 

périal ; cette capture fut suivie de la prise de Babocsa 
et de plusieurs châteaux-forts situés dans le palatioat 
de Sumegb et de Szalad, et qui avaient été abandoD- 
nés par leurs garnisons '. Quinze mille Tatars, inoor- 
pores comme auxiliaires dans l'armée de Jean Sigis- 
mond, éprouvèrent, il est vrai, un échec dans les 
environs de Debreczin et de Kaschau, mais en repré^ 
sailles toute la contrée sur la Tbeiss et la Maros fut 
livrée aux plus terribles dévastations. Partout villes, 
bourgs et villages furent réduits en c^iidres, et plus 
de quatre-vingt-dix mille halûtans furent emmenés en 
esclavage. £n Transylvanie, Pertew-Paseha, après la 
chute de^Gyula, s'était emparé succes^vement de Jenœ 
et de Yilagosvar. Herbart d'Auersberg, )e vattlant dé- 
fenseur de la Carniole, et Jobst, baron de Thurn, 
avaient fait une invasion subite en Croatie, brâlé deus 
villes , et s'étaient avancés en passant TUnna juscpi'à 
Novigrad (26 septembre f566). Non loin de cette 
forteresse sur les rives de la Sama , Us aè trouvèrent 
en face du pascba de Khelouna , qm mardhiait à leur 
rencontre, le battirent eomplèiement,^ le firent prison- 
nier ai^ que les quatre san<]^kbegs qui comman- 
daient 30US lui, et le menèrent à Tarchiduc Charte 
qui dpnna Tordre de le conduire à remperecir; de 
leur côté, lei^ Turca firent prisomûer Christophe Âp- 
falterer et l'envoyèrent à Conslanlînople. Cependant 
les deux députés de l'empereur, le nonce extraor- 

1 Francisai Forgacsii rerum Hungaricarum commeniarii, p, 438. Ce* 
ouvrage donne les noms de ces châteaux : Berzentze, Ch<Brgo»« Zapan^f 
Laak, Vizvar, Belevar, Szekesd. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5ir 

aire HogsUtoti et rambassadeur Albert dé Wyss , 
eut gardéi à Cdtistantinople depuis le SO avril 
is une détention révère, et ce ne fut qaè te 10 no- 
mbre que Ilossutoti fut envoyé au-devant du Sultan 
im , qui revenait de Belgrade dans la capitale. A 
li, à deux journées de marche de Philippopolis , 
SButoti rencontra le cercueil de Souleïman , traîné 
un char bulgare par des chevaux de difiérentes^ 
leurs , et escorté de quatre cents cavaliers seule- 
cit : triste exemple de Tinstabililé des grandeurs hu- 
ines! A son départ de (}onstantinople , Hossutoti 
it été chai^ de déclarer à soi! i^ouva*ain qn*Albert 
Wyss et lui n'avaient été arrêtés que pËrce que 
nperrar avait demandé la restitution de Husf et de 
nkacs . et qu'il avait refusé de rendre Sngeûï et 
ala ; il devait ajouter qu'il n'avait été éhrgi qu'à 
trière du grand- vkir, et que, ^ l'empereur voulait 
enir la pais, il eût k envoyer un âfmbassadeur avec 
prêtions arriérés , et à faire raser lés forts dé Tata 
ie WessprîM. Arsian , ârvalt dit en terminant le 
ir , avait payé de sa télé l'audaige qu'il avait eue 
fftr^endre sans ordre le sîége de Fàlotat , é( lui- 
me avait ordonné dé raser plusieurs repaftses de 
pmâs, tels que Bereeucze et Choèrgoé^. Meiïdèr et 
ibammed^Pai^hî^ parlèrent dMs le même steili^ aii^ 
bassadeurs , et Ibrahim, ambassadeur jde la Porte 
>rès de la république de Venise, adressa à l'empe- 
fc «ne lettre où il feisait des reptéi^entafk>ns sem- 
blés ; aussitôt le grand-màitre de la cour Trauison 
fina l'ordre au secrétaire de l'ambassadeur impérial, 



3i2 HISTOIRE 

récemment mort à Venise , d'entrer en pourparlers 
avec Ibrahim ' ; desoncôté, MoustafaSokolIi, gouver- 
neur d'Ofen , écrivit plusieurs lettres dans le même 
sens à Tempereur et au général en chef Eck de Sahn, en 
langues hongroise, latine et allemande. Moustafa avait 
conunencé cette correspondance immédiatement après 
la prise de Szigeth, lorsque, conformément à Tordre 
de son oncle, il avait envoyé la tète de Zriny à Eck de 
Salm pour qu'il lui fit rendre les honneurs funèbres, 
en y joignant une lettre où il disait qu'il serait dom- 
mage que la tête d'un honune aussi brave fût dévorée 
par les oiseau^ de proie , mais qu'elle avait dû tom- 
ber en représailles de celle de Mahmoud , que Zriny 
avait fait périr, après en avoir reçu ime rançon de 
trois mille ducats \ 

Vers le printemps de Tannée suivante, Sélim ré- 
pondit aux deux lettres que lui avait adressées Maii- 
milien, la première pour le féliciter de son avènement, 
la seconde pour demander un saùf-conduit pour son 
ambassadeur K Dans cette réponse, Sélim disait qu'il 
avait reconnu dans la lettre de Tempereur son déisir 
d'envoyer un ambassadeur pour ouvrir des n^;oda- 
tions de paix, et que de sa part il avait donné ordre à 
son gouverneur à Temeswar de suspendre les hostili- 
tés sur toute la frontière ^. Dans les lettres dont il ac- 

I Archives de la maison I» K» d'Autriche. Ibrahim signa toujours : Sum- 
mus Imerpres Moutferrika et Magnus Suhaschi. 

• L'original de cette lettre se trouve dans les Archives de la maison I. B. 
d'Autriche. 

s Cette lettre est datée du mois de janvier 1567. 

4 Les deux lettres de Sélim, Tune du mois de ramazan 974 (mars i566)i 



DE L'EMPIRE OrrOMAN. 3i5 

compagna celles de Sélim, le grand-vizir témoignait 
des mêmes dispositions, et se faisait en outre un mérite 
d*ayoir sérieusement contribué au rétablissement de la 
paix , en arrêtant par un contre-ordre la marche de 
quarante mille Tatars '. Le pascha d'Ofen adressa à 
Tempereur un délégué, nommé Kurd, pour lui offrir 
des présens, et le prier de remplacer les garnisons 
hongroises des frontières par des garnisons alleman- 
des ; Maximilien lui répondit que la composition des 
garnisons était une question peu importante , et que 
hongroises ou allemandes, il saurait bien leur faire 
observer l'armistice *. Nonobstant ces protestations 
mutuelles, Schwendi s'était emparé deMunkacs et de 
Szathmar ^, et Hasan- Pascha de Putnok et de Kœ- 
wark en Transylvanie^. L'aoïpereur, dans la crainte 
d'une rupture, signifia à Albert de Wyss d'excuser la 
prise de ces premières places , comme appartenant à 
la Transylvanie et non à la Porte, et de faire observer 
au grand-vizir qu'aux premières communications du 
pascha d'Ofen , on s'était empressé de lever le siège 



Tautre du mois de sçhewal 974 (avril i566), se trouvent en original duns 
les Archives de la maison I. R. d'Autriche. 

t Cette lettre est datée du mois de mai 1567. 

> « Sive Germanicb, sive Hungaricis praesidiis loca nostra finitima fue- 
« rint firmata, sedulo curaturi ut induciaB observentur. » Réponse de Masi- 
milien , dans les Archives de la maison I. R. d'Autriche. 

3 Forgacz, p. 477, nomme Hasan-Pascha , ffason-Bassa , dans Catona, 

XXIV, p. 343. 

4 Les lettres du Sultan et du grand-vizir trouvèrent l'empereur à Prague ; 
Maiimilien répondit qu'à son retour à Vienne il enverrait à Constantinople 
un nouvel ambassadeur. 



5i4 HISTOIRE 

de Hust. Néanmoms Sélim et le grand-vizir fir^ 
des réclamations dans plusieurs lettres à Tempereur, 
en disant que Munkacs n'appartenait pas à Zapolya, 
qui n'était qu'un sandjak , mais bien au Sultan lui- 
même. 

Le l""' mai 1 567 , Matimilien reçut de Conslantino- 
ple les sauf-conduits demandés pour son anobassade, 
et vers la fin du mois de juin, il envoya de Pressbourg 
ses instructions à ses trcÂs ambassadeurs, l'évéque 
d'Erlau, Antoine Yerantius ^ Dalmale d'origiae, qui 
se recommandait par ses hautes connaissances et des 
services émina[>s, le Styri^i Christophe Teufenbach, 
et le Belge Albert de Wyss, retenu ^Kore alors à 
Gonstantinople. Quatre mille dueats, quatre coupes 
d'argent et une montre, composaient les présens des* 
tiués au grand*vizir pour en obtenir un bon accueil. 
En outre et conformément aux st^lations du der- 
nier traité, le grand-vizir devait recevoir deux mille 
ducats par an, et le 6rand*Seignenr, le présrat Jio- 
norifique de ivenXe nulle ducats , avec vingt coupes 
dorées et deux ou trois montres. Les ambassadeurs 
étaient encore chaînés d'offrir à Pertew-Pascha, le se- 
cond vizir, deux mille ducats, deux coupes dorées et 
une montre, au troisième vizir Ferhad-Pascha, mille 
ducats et deux coupes d'argent, et à chacun des trois 
autres vizirs, les mille ducats annuels. Le drogman de 
|a Porte , Ibrahim-Pascha , raiégat polonais , devait 
recevoir cinq cents ducats, et le second drogman. 
Mahmoud, renégat allemand, seulement trois cents; 
en outre , les ambassadeurs devaient faire un présent 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5i5 

de deux mille ducats au. juif Jean Miquez^ qui s'était 
élevé jusqu'au rang de duc de Naxos, et qui exerçait 
une grande influence sur les affaires politiques, ainsi 
qu'à d'autres puissans ministres. Suivant leurs ins- 
tructions, ils devaient représenter que l'empereur ne 
consentirait jamais à la démolition des fortifications 
de Tokay et de Wessprim, et chercher au contraire 
à obtenir que le Sultan fit raser les forts de Babocsa 
et de Berencse. Ils devaient demander la restitution 
de Kœwar et de Nagybanya , qui avaient été prises 
par les Transylvaniens, et laisser entrevcrir que l'em- 
pereur ne serait pas éloigné d'offrir en retour la place 
de Hust. Ib devaient surtout insister pour obtenir 
une prompte répression des désordres commis par les 
heiduques et les martoloses , une délimitation précise 
des frontières , des garanties de sûreté et de liberté 
pour les commerçans et les drogmans , et s'efforcer 
en dernier lieu de rabaisser auprès du Sultan le crédit 
et l'influence des Transylvaniens. Enfin , ils étaient 
autorisés à laisser comprendre dans le traité Melchior 
Balassa et Nicolas Bathory ; mais ils devatent s'opposer 
de tout leur pouvcnr à ce que ce traité fût étendu à la 
France et à la république de Venise ^ 

Le l""" septembre, les trois sonbassadeurs furent 
admis à l'audience solennelle du Sultan. Loi*squ'iI& 
eurent exposé l'objet de leur mission, SéRm leur ré~ 
pondit qu'il les avait parfaitement com[»Î8 , et qu'it 



t L'inslYUClio» envoyée à Albert de Wyss, et qui se trouve darjs les Ai- 
diives de la maison I. R. d'Autriche, est entièrement conforme à celles ci • 



3i6 HISTOIRE 

ferait ce qu'exigeait le soin de sa dignité. Les qua- 
torze [vi] conférences qu'ils eurent dans Tespace de 
sept mois, avec le grand-vizir, faillirent échouer con^ 
tre trois difficultés principales : la demande faite par les 
Turcs de la destruction de Tata et de Wessprim, celle 
de l'empereur relative au démantèlement de Babocsa 
et de Berencse ^ et en dernier lieu la délimitation des 
frontières et le partage des paysans. Le grand-vizir 
insistait pour qu'à partir de la montagne d'Erlau , et 
en descendant de là successivement à Szolnok , Het- 
wan, Fùlek, Wygles, Lewencz, Gran, Csokakœ, 
jusqu'à la rivière de Rigna , tous les habitans fussent 
afiranchis de payer impôt à l'empereur , et devinssent 
uniquement tributaires du Sultan. Enfin , le 1 7 fé- , 
vrier 1 ^68 , on signa , pour huit années, un traité de 
paix en vingt-cinq articles , renfermant les conditions 
suivantes : l'empereur Maximilien , et ses frères Fer- 
dinand et Oiarles , conservaient leurs possessions en 
Hongrie , Dalmatie , Croatie , Esclavonie , et s'enga- 
geaient en retour à respecter les territoires des voïé- 
vodes de Transylvanie , de Moldavie et de Valachie; 
les deux souverains convenaient de faire de mutuels 
efforts pour enlever aux voiévodes tous motifs de 
troubler la paix ; ils s'engageaient à exercer une active 
surveillance sur les heiduques , les azabs , les mar-- 
toloses , les lewends et les haramiyés ou brigands. 
Tous larcins commis aux dépens des villages ou des 
personnes devaient être restitués , leurs auteurs punis, 
et les transfuges livrés. Les combats singuliers , qui 
avaient si souvent troublé le repos des frontières, 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 317 

étaienl expressément défendus. Les démêlés qui pour- 
raient survenir entre les deux peuples voisins de- 
vaient être portés devant les gouverneurs d'Ofen et 
de Hongrie , ou soumis à l'arbitrage de commissaires 
nommés de part et d'autre. Les ambassadeurs , les 
chargés d'affaires ou mandataires de l'empereur, et les 
gens de leur suite , seraient inviolables , comme les 
agens des autres puissances ; ils pourraient recevoir 
dans leurs maisons des drogmans et des courriers , 
et fixer leur séjour, selon leur bon plaisir, indifférem- 
ment à Ck)nstantinople ou à Galata ; dans le cas d'une 
rupture de la paix , ils devaient être congédiés et non 
emprisonnés. La question non résolue du partage des 
paysans et de la délimitation des frontières, devait être 
soumise à l'examen et à la décision d'une commission 
nommée à cet effet. L'empereur s'engageait à en- 
voyer annuellement à son allié, le sultan Sélim, une 
ambassade chargée de lui offrir un présent de trente 
mille ducats hongrois '. 

Trois jours après que les bases du traité eurent été 
arrêtées , le grand- vizir présenta à Tambassade trois 
demandes subsidiaires : la première, que la France, 
Venise et la Pologne fussent comprises dans le traité ; 
la seconde, qu'il fût déclaré, par une clause spéciale, 
que Maximilien était Fami des amis de Sélim et l'en- 
nemi de ses ennemis ; la troisième enfin , que le par- 
tage des paysans qui relevaient des deux puissances 

I «Nos eundem Serenissimum Imperatorem Turcarum confoederatum 
» noslrum quotannis munere honorario triginta milUum ducatorum ungari- 
» corum per spéciales homines nostros iovisemus. • 



5i8 HISTOIRE 

fût réglé d'après le registre des impôts dressé par lé 
defterdar Khalil. Les ambassadeurs repoussèrent avec 
force la première demande , qui avait été présentée 
sur les instances de l'ambassadeur français Gran Cam- 
pagnes, et de son secrétaire Gran Rie *; ils rejetèrent 
la seconde comme une innovation inusitée , et lirent 
observer, relativement à la troisième, qu'on était con- 
venu de renvoyer l'examen de l'affaire en litige à une 
commission spéciale. Le grand**viâr céda sur ces trois 
points ; mais il refusa aux ambassadeurs le rappel dn 
drogman Zeffy, exilé à Kaffa, ainsi qu'une girafe qu'ils 
avaient demandée pour la ménagerie de l'empereur; 
il dit , à ce sujet , qu'on n'en possédait qu'une , et 
qu'on en avait besoin pour accoutumer les dievaux à 
la vue de cette espèce d'animaux, et prévenir l'eflfipoi 
qu'ils leur causaient. Les envoyés transylvaniens, Ni- 
colas Orbay et François Balogh, arrivèrent trop tard, 
avec leurs présens, pour empêcher la conclusion de la 
paix, que les mandataires de Maximilien avaient ache- 
tée par deir présens et des sommes évalués à quarante 
mille ducats ^. Il fut notifié à Orbay et à Balogh , en 
présence des ambassadeurs de l'empereur , que Jean 
Sigismond eût à se soumettre en tous points au traité 

• I yeraniii epist, » dans Catona, 1. e. Le Rapport d'Albert de Wyss, 
daté du ay novembre i568, nomme cet ambassadeur M. de Gran Campagnes, 
et dit qu'il était huguenot, 

9 t* Speciiicatio honorarioram (dans Miller, p. 383); » et « coosignatio 
•• munerum honorariorum in quantum se eztendaut jam Constantinopolim ad 
•• Imperatorem Turcarum et Bassas (Ibid,, p. 386-396 ) ; » et • ratiodoium 
» oratorum Caesareornm super dispensalione pecunianim et muoenim hono- 
«rariorum Coustautuiopoii (ïùid,, p. 40^-408). » 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5 19 

qui venait d'être conclu ; que cependant il pourrait, 
avec Tagrément du Sultan , ouvrir des négociations 
avec la Hongrie pour des échanges de territoires , 
villes ou villages ; et que, s'il mourait sans enfans, ses 
sujets auraient la liberté de désigner eux*mémes son 
successeur. Un mois après la signature du traité ' ,. les 
ambassadeurs Verantius et Teufenbach partirent pour 
Vienne, accompagnés du drogman de la Porte, Ibra- 
him, qui était déjà venu présenter à l'empereur, à 
Francfort, les dernières ratifications. Outre le journal 
de l'évêque d'Erlau et son rapport à Maximilien , il 
existe un troisième document littéraire sur cette am- 
bassade mémorable : c'est la description du voyage 
des ambassadeurs par le secrétaire de Verantius, l'Ita- 
lien Marco Antonio Pigafetta * ; mais , par malheur , 
cet ouvrage précieux est devenu très-rare. 

Le séjour de l'ambassade d'Autriche avait coïncidé 
à Andrinople avec celui d'une ambassade persane , 
qui était venue féliciter Sélim sur son avènement au 
trône « Douze ans auparavant , les ambassadeurs des 
deux puissances limitrophes de la Porte à l'est et à 
l'ouest s'étaient rencontrés pour la première fois à 
Amassia; et dans ces deux circonstances, ce furent les 

1 Le %o mars, suivaut le Diaritsm, dans Kovacbich) t. I, p. i53; el 
I^igafetta, p. 119 : «Noi alli 20 di mario partimmo d*Andrînopoli. » Re- 
thlcn, 1. V, p. 176, commet donc une erreur, en disant : « Legati Viennani 
» redeunt pridie calendas Junii anni sequentis, videlicet i568. » 

a Jtiaerario di Marco Ansonio Pigafittu gentUuam Vieentino ail* Illmo, 
Sgr, Edaardo Seymer conte d'Hertford, tondra appresso Oiovani JVelfia 
InghUese i585, 14 z pages. Cet ouvrage est si rare qu'il ne s'en trouve 
qu'une copie dans la Bibliolhèquc si riche de Gœttingue. 



5io HISTOIRE 

mêmes personnages , Tévéque Verantius et le khan 
Schahkouli-Sultan , gouverneur d'Eriwan. A la pre- 
mière nouvelle de l'arrivée de Schahkouli sur les fron- 
tières, le gouverneur d'Erzeroum avait rassemblé les 
troupes et les feudataires de son gouvernement, et 
s'était avancé à sa rencontre à la tête de huit mille 
hommes, parmi lesquels deux mille se faisaient remar- 
quer par leurs armes incrustées d'or et d'argent ; cette 
splendeur avait causé un grand étonnement à l'ambas- 
sadeur, qui avait espéré produire lui-même beaucoup 
d'effet par la. magnificence de son cortège ^ Schahkouli 
était arrivé à Erzeroum vers la fin de l'année précé- 
dente (1" décembre 1566); et un tschaousch avait été 
envoyé au-devant de lui pour le complihienter et lui ser- 
vir de guide jusqu'à la capitale. La suite de Schahkouli 
se composait de cent vingt nobles persans , coiffés de 
turbans brodés d'or, de deux cents cavaliers couverts 
d'étoffes d'or et de quatre cents commerçans, en tout 
sept cents personnes , et de mille sept cents bêtes de 
somme, chevaux, mulets et chameaux. Sa musique de 
chapelle comptait cinq grosses caisses , portées cha- 
cune par un chameau , cinq longues trompettes et 
trois petites, cinq flûtes, un fifre, un tambour et plu- 
sieurs autres instrumens , deux chanteurs des versets 
du Koran, un joueur d'orgue, un joueur de luth, et 
quatre esclaves attachées comme chanteuses à la suite 

1 Lettera seripta aUi Vesirs, dans PigafetU, p. ixsi« Cette lettre n'est 
autre que le rapport du tscbaousch envoyé au-devant de Tambassadeur, 
qui a été traduit en langue italienne par le drogman de Tambassade iio^ 
périale. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. Sai 

de Fambassade. Les présens du schah consistaient en 
deux tentes, dont le dais était en or et dont les côtés 
offraient de magnifiques étoffes brodées avec art , en 
deux ouvrages richement reliés, le Koran et le Schah- 
namé, en deux perles énormes, pesant ensemble dix 
miskalès (quarante dragmes) , en un rubis de Bedakh- 
schan du volume et de la forme d'une petite poire, et 
en étoffes de soie et de laine , d'une valeur de dix 
millions deux cent mille aspres (cent soixante- quatre 
mille ducats). L'ambassadeur persan devait encore faire 
don au Sultan de quarante faucons royaux dressés à la 
chasse; enfin il devait lui remettre les armes et les 
chameaux de l'infortuné Bayezid ; si cette ofire n*était 
pas aussi magnifique que les précédentes, si elle ne 
fut pas publiquement exposée aux regards, elle ne dut 
pas en être moins appréciée par le sultan Sélim. Les 
commerçans de la suite de Schahkouli s'arrêtèrent à 
Gonstantinople ; et la veille de la conclusion du traité 
avec l'Autriche , l'ambassadeur fit son entrée solen- 
nelle à Andrinople (1 6 février 1 567). A son passage 
à G>nstantinople, il avait été reçu avec le plus grand 
faste ; Pialé-Pascha l'avait comblé d'honneurs et de 
distinctions; mais, à Andrinople, on déploya pour lui 
toute la magnificence de la cour impériale, dont l'éclat 
était alors rehaussé par la présence des ambassadeurs 
de l'empereur d'Allemagne, des rois de France et de 
Pologne et de la république de Raguse; tous, sur l'in- 
vitation du Sultan, s'étaient rendus, avec leurs suites, 
dans les rues où devait passer le cortège de l'ambas- 
sadeur persan. Sélim lui avait ,désigné pour introduc**. 
T. VI. ai 



3251 HISTOIRE ' 

teup son confident Schemsi-Pasdia, non pis en raison 
de l'influence que Ii|i donnait cette position, mais en 
copsidération de la culture de son esprit et de son ta- 
lent de poète, Schahkouli ayant lui-même une réputa- 
tion bien méritée d*homme spirituel et instruit. Le Sul- 
tan tenait surtout à ce que son maître des cérémonies 
ne se montrât pas inférieur en sagacité et en talent à 
l'ambassadeur. En voyant, à son entrée dans la ville, 
les troupes chamarrées d'or, d'argent et bigarrées de 
toutes couleurs, Schahkouli dit à Schemsi-Pascha ; 
« Voici de véritables paranymj^es. — En effet , ré- 
pondit Scbemsi, ce sont les mêmes qui ont été cher- 
cher leurs fiancées à Tschaldiran. )» Comme en passant 
devant les ambassadeurs europé^is, ceux-ci ôtaient 
leurs chapeaux ou leurs autres coiffures , Schahkouli 
demanda ce que cela ' signifiait , et Schemsi lui ré- 
pondit qu'ils indiquaient ainsi symboliquement qu'ils 
étaient prêts à déposa leurs têtes aux pieds du Sultao. 
Deux jours après, un fanatique attenta à la vie de 
l'ambassadeur, au moment où il se rendait k l'au- 
dience du grand- vizir; il dirigea sur lui une arme i 
feu , mais il le manqua , et blessa une p^ersonne à ses 
côtés. Par ordre dq grand- vizir, le coupable fut aussi- 
tôt saisi et attaché à la queue d'un cheval , pour être 
traîné jusqu'à ce que mort s'en suivit dans les rues où 
devait pass^ }e cortège de l'ambassade. Irrité de cette 
violation du drdt des gens, Schahkouli voulait aussitôt 
retourner sur ses pas ; mais les instances du grand- 
vizir le déterminèrent à continuer son chemin et à 
s'acquitter de son devoir. Grâce k sa présence d'écrit 



DE L'EMPIRE OTTŒtfAN. 5%i 

et à 3on usage du monde, SchahkouU , malgré ce fô- 
cheiix événement, comWa de politesses le grand- vizir, 
lui adressa des félicitations au sujet de la conquête de 
Szigeth , dont il lui attribua toute la gloire , et le loua 
d'avoir su maintenir la discipline dans Farmée après 
la mort de Souleïman, et d'avoir assuré par ses sages 
mesures la possession de l'empire à Sélim. Un si grand 
vizir, disait-il , méritait sous tous les rapports Thon- 
neur de voir graver son nom sur le frontispice de tous 
les ouvrages des savans du pays de Roum ; et c'était 
avec raison que les savans de la Perse avaient eux- 
mêmes consacré leurs œuvres au récit de ses belles 
actions. Mohammed-Sokolli répondit avec autant de 
modestie que de dignité , que la durée de la domina- 
tion de la dynastie d'Osman avait été fixée de toute 
^ernité, et que pour lui, il n'avait que le mérite 
davoir r^çu du ciel la grâce de vouer sa personne 
^ service de deux membres de cette auguste famille. 
Conformément à l'antique usage, l'ambassadeur ofiril 
^u grand-vizir et aux autres vizirs un choix des pro- 
ductions naturelles et industrielles de son pays : des 
tapis de soie de Hamadan et de Dergbezin, des bon* 
i^ets de Ghadjim , du savon d* Ardjan , des tabliers de 
Mehrouyan, des tapis de Darabdjerd, des housses de 
Djehrem , de la momie de Nirin , des étoffes légères 
4e soie d'Yezt, d'autres plus fortes de Koum, des 
'^étemens de Bésa , et des lames de sabre de Schiraz. 
^rois jours après, l'ambassadeur se rendit à laudience 
du Sultan , «iccompagné d'un magnifique cortège. En 
tête marchaient les sipahis, les tschaouschs et les mojqi^. 



31* 



3a4 HISTOIRE 

teferrikas, tout couverts de riches vêtemens en satin, 
damas , velours et étoffes d*or ; à ceux-ci succédaient 
trois cents Persans dont la plupart avaient des habits 
d'honneur de diverses couleurs et ornés de broderies 
figurant divers animaux, et dont quelques-uns, mais 
en petit nombre, étaient simplement vêtus de drap; 
ils étaient suivis des domestiques à pied de l'ambas- 
sadeur, conduisant ses chevaux de main, et parés de 
leurs uniformes de cérémonie ; venaient ensuite deux 
cents janissaires, puis l'ambassadeur lui-même, un 
turban d'or sur la tête, revêtu d'écarlate, et monté sur 
un cheval dont les harnais étincelaient d'or, d'argent, 
de turquoises et de grenats ; le cortège était fermé par 
cent quarante cavaliers persans. Malgré tant de splen- 
deur, les Persans figuraient avec moins d'éclat que les 
Turcs, favorisés par la nature d'une constitution plus 
robuste et d'un teint moins rembruni [vu] ; d'ailleurs 
leurs étoffes de Venise étaient supérieures par la viva- 
cité des couleurs à celles des Persans. Les présens 
du Schah étaient portés par quarante-trois chameaux, 
et ceux de l'ambassadeur par dix. Les plus précieux 
étaient un exemplaire du Koran , que Ion prétendait 
écrit par Ali lui-même, et le Schahnamé (livre royal) 
de Firdewesi, tous deux garnis d'une reliure en étoffe 
d'or et ornés de pierreries, une cassette de bijouterie 
qui renfermait le rubis de Bedakhschan ' , deux perles 
et huit tasses de porcelaine bleue ', qui passaient pour 

I Balasso ou Balascio est la traduction altérée du mot BedakhsM, 
a Fh^ari au lieu de firouzé, c*est-à>dire turquoises avec lesquelles Piga- 
fèlta confond I9 porcelaine* 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 3a5 

devoir se briser au contact du poison; enfin, deux 
tentes ornées de paysages magnifiques, et plus belles 
que celles de Syrie, que Moteiiebbi, le premier poète 
lyrique des Arabes, a chantées dans son poème '. On 
remarquait, parmi les présens de l'ambassadeur, vingt 
grands tapis de soie , et plusieurs autres d'une moin- 
dre dimension, sur lesquels des broderies d'or repré- 
sentaient des fleurs, des oiseaux et divers animaux; 
neuf rideaux destinés à garnir le devant des tentes , 
neuf tapis en poils de chameaux , neuf selles enri- 
chies d'or et d'argent et incrustées de pierreries, sept 
baguettes d'argent, antique symbole de domination 
conune les baguettes d'ivoire chez les anciens Perses 
et dans la suite chez les Romains , sept sabres avec 
leurs fourreaux recouverts en velours cramoisi , sept 
arcs et sept carquois ornés d'or et de pierreries ; en- 
fin des tapis de Perse d'une laine extrêmement fine 
et d'une grandeur telle, que six hommes suffisaient à 
peine à en porter un seul. Si la magnificence de l'am- 
bassade persane surpassait tout ce qu'on avait vu jus- 
qu'alors , la lettre de créance de SchahkouK se dis- 
tinguait ausi^ par son style pompeusement outré et par 
sa longueur démesurée ; elle figure à ces titres comme 
un monument unique dans les pièces diplomatiques 
des cours orientales ^. Lorsque l'ambassadeur fut in- 



1 Dans le titre de la lxxtiz^ Kcusidé, p. zo8. 

a Cette lettre de créance se trouve dans la Collection du reïs-efcndi Sari- 
Abdoullah, où elle remplit quarante-neuf feuilles in-4«>. Dans mon exem- 
plaire, elle a Ireule feuilles in-40 chacune de cinquante lignes; et dans la 
ColUcUon du comte de Rzewuski, elle forme à elle seule un livre de spij^aiite? 



3a6 HISTOIRE 

troduit dâtiB Id salle d'audience, le Sultan lui dit à'xà 
ton familier : « Comment te portes-tu? » Mais Schah- 
kouli, qui savait combien les libertés des diplomates 
et des courtisans sont restreintes dans les cours orieii- 
tales, garda un silence prudent, et sembla interdit et 
privé de toute réflexion en présence des regards et dé 
la majesté du Sultan. Il lui offrit en son propre nom un 
Koran, une tente, des sabres, des arcs et des flèches, 
des tapis en soie et en poils de chameaux. On observa 
à sa sortie du serai le même cérémonial qu'à son in- 
troduction. Sélim assigna à l'ambassadeur cinq cents 
ducats par jour sur son trésor pour subvenir à ses 
dépenses , et renouvela avec lui le traité de paix sur 
les bases du précédent. 

Peu de jours avant l'arrivée de l'ambassade persane, 
le diwan avait prononcé la peine de mort contre le 
beg ktkrde Âbdal et lt*ente-deUx personnes de sa suite, 
toiivaincus d'avoir tué le tschaousch-baschi, au mo- 
ment où celiii-ci venait arrêter le beg dans la mos- 
quée par l'ordre du grand- vizir. Abdal fut décapité, 
et les trente-deux Kurdes furent rangés suivant les 
Irehte-deùl directions du vent , et livrés à diverses 
tortures. Quelques jours après la présentation des am- 
bassadeurs de Perse et d'Autriche, un incendie éclata 
à Andrihople et bônsuma cinquante maisons. Vers le 
même temps, on apprit qu'Oulianoghli et Mouttaher- 
leng avaient levé l'étendard de la revente dans les dis- 
tricts de Bassra et de l'Yémen. L'insurrection de Moût- 

dix feuilles in-folio. Voyez Eichhom, Histoire de la Littérature otmuau, 
p, x65o. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5^7 

tdiérleng, qui menaçait Tempire de la perte de l'A- 
rabie, et qui fournit aux Ottomans Toccasion d'étendre 
leurs conquêtes dans ce pays , appellera bientôt notre 
attention; celle d'Oulianoghli n'eût pas été moins dan- 
gereuse , s'il eût obtenu des Persans les secours qu'il 
attendait; maïs, trompé dans son espoir, il fut anéanti 
par les beglerbegs de Bassra et de Schehrzor, qui 
étaient accourus à la tète de quelques mille janissaires. 
Le â6 avril 1568, Sélîm II se rendit d'Andrinople à 
Constantinople ; et le 1*' mai, le plénipotentiaire du 
roi de Pologne Sohorowsky fit son enti'ée dans cette 
dernière ville avec une suite de trois cents personnes. 
n apportait des présens magnifiques ' , et venait re- 
nouveler le traité de paix, et exprimer des plaintes au 
sujet des incursions des Moldaves et des Tatars sur 
le territoire polonais. Il était chargé en outre de de- 
mander la radiation de trois articles de l'ancienne ca- 
pitulation , qui stipulaient l'extradition des transfuges 
ottomans; l'obligation de payer un tribut annuel aux 
Tatars , et la liberté accordée à la Moldavie de nom- 
mer ses voïévodes , sans le consentement du roi de 
Pol(^ne. En présentant cette demande relative à la 
nomination du voïévode , Sigismond se prévalait de 

1 « L'ambassador di Polonia a bacciato la roan al Sgr. (xo mai), a fatto li 
*• présent! di X mazzi di zibelliui, X coppe dorate, IV orologi, e III grossi 
» cani di caccia. • Kapport de Tandbassadear Soranzo , dans les Archives de 
la maison I. R. d*Aatridie. Ihid, letterù âel sufuin Selim ùl Re diPoiogna, 
du 14 juin i568. Cette lettre, envoyée par Ahmed-Tschaousch, renfermé 
aussi des plaintes sur les excès commis par les Cosaques à Akkermann. La 
réponse du roi de Pologne contenait des excuses à ce sujet et des plaintes sur 
les ineorsions des Tatars. 



328 HISTOIRE 

l'alliance par lui secrètement contractée avec Bog- 
dan, que Siawusch venait d'installer dans la dignité 
occupée par son père Alexandre ; cette alliance fut 
resserrée encore l'année suivante par la conclusion 
d'un traité d'après lequel Bogdan se reconnut vassd 
de la Pologne, et s'engagea à la secourir en personne 
dans toutes ses guerres , excepté dans celles qu'elle 
pourrait avoir avec le Sultan. La paix fut renouvelée 
avec la Pologne, à la condition que l'ambassadeur 
tatar, retenu en captivité depuis trois ans, serait rendu 
à la liberté ^ 

Cependant le Sultan avait ordonné au voïévode de 
Transylvanie , Jean Sigismond , de restituer au voïé- 
vode de Moldavie les forts de Csicso et de Kûkùllo- 
var; sur les plaintes des habitans de laValachie, leur 
voïévode Pierre Myrtsché, âgé de trente-trois ans, 
avait été conduit chargé de fers à Constantinople. 
Mais Myrtsché s'était arrangé de façon à ce que son 
arrivée fût précédée d'un envoi de quatre millions 
d'aspres (quatre-vingt mille ducats) , somme dont la 
moitié représentait le tribut auquel il s'était soumis 
envers la Porte, et dont l'autre moitié devait être of- 
ferte à titre de présent par lui ou plutôt par sa mère, 
femme aussi intrigante que dissolue dans ses mœurs ^ 



1 « Gautum , ut rex Poloniee legatum Tatarum jam 3 annos detentum 
diiniUat. » Rapport de Wjss , L c. Voyez aussi SûraoEO , dans les Jctet 
vénitiens, 

a « In Pétri locurn Alexander ex Âleppo redux, — mater, salax sGortum, 
«a Sultau&el soiure (vidua Ilusleini) obiinuit vilain. » Happon de Tambas- 
sadeur Albert de Wyss, dans les Archives de la maison I. R. d*AuU*ic]ie. • 



DE L'EMPniE OTTOMAN. Sag 

qui espérait obtenir par ce sacrifice la grâce de son 
fils. En outre, sur les instigations de la mère de Myrt- 
sché , un des membres du conseil du prince révéla 
au Sultan le lieu où était déposé un trésor de cent 
trjente mille ducats, qui revint encore à la Porte ^ 
Néanmoins Sélim refusa de rendre au voïévode sa di- 
gnité, et lui donna pour successeur son frère Alexan- 
dre, qui avait été exilé à Haleb; Myrtsché eut seule- 
ment la vie sauve, et fut, ainsi que sa mère , envoyé 
en exil à Koniah, où il mourut peu de temps après. 

Vers la fin de Tannée, le Sultan renvoya en Tran- 
sylvanie Michel Gyulay, ambassadeur de Sigismond, 
avec les mêmes ordres dont avaient déjà été chargés 
Tannée précédente Sébastien Erdel et François Bal- 
ogh, et qui enjoignaient au voïévode de respecter les 
frontières et de ne pas troubler Tempereur dans la 
paisible possession d'Erdœd, Nagybanya et Zechwar. 
Depuis long-temps la possession de ces trois villes 
et le partage des sujets , qui avaient jusqu'alors payé 
impôt au Sultan et à Tempereur, étaient un objet de 
discussion entre les deux puissances , et depuis peu 
ils avaient donné lieu à un échange de lettres et de 
courriers entre le gouverneur de Hongrie, Moustafa* 
Pascha ^, et le grand -chambellan de Tempereur, 
le prince Trautson. Suivant le rapport de Moustafa , 

I Ces détails, puisés dans le Rapport 0!* Albert de Wyss du mois de mai 
i568, De se trouvent dans aucune histoire de la Moldavie. 
* a Dans ses lettres, Moustafa- Pascha slutiluie : Nos Mustafa-Bassa divina 
Provideniia et Cœsarea clemeniia illastratus Budœ et partium regni Hun» 
gariœ Guhernaior Consiliarius, 



SSo HISTOIRE 

adressé à la Porte, l'ambassadeur turc, Ibrahim (Stroz- 
zeni), avait déclaré, à son passage à Ofen, que Tem- 
pereur avait renoncé à son droit sur les villages qui 
jusque-là avaietit payé impôt à Tune et l'autre puis- 
sance; Âchaz Csabi, qui s'était rendu à Ofen pour en- 
tamer des négociations à ce sujet , n'eut pas plus de 
succès que le tschaousch envoyé par Moustafa m 
prince Trautson \ Les plaintes qu'Ibrahim adressa 
dans plusieurs lettres à l'empereur sur l'enlèvement 
de deux esclaves, et le Ic^ement peu convenable qu'on 
lui avait assigné sur sa route dans une maison dé- 
pourvue de vitres, faillirent amener de nouveaux con- 
flits ; toutefois les explications que Maximilien donna 
au Sultan dans sa lettre de récréance conjurèrent 
l'orage, et les choses en restèrent là. L'ambassadeur 
polonais retourna dans sa patrie peu satisfait de sa 
mission, acccômpagné par Hasan-Tschaousch , chaîné 
de présenter la nouvelle capitulation au roi de Po- 
logne. Ce fut à celte époque que le baile Soranzo fut 
remplacé par Barbaro. 

Au commencement de Tannée suivante (8 janvier 
1 569) , Sélim eut une de ces rares velléités d'indé- 
pendance qu'on signale à de longs intervalles dans 
le règne de ce prince. Sans avoir pris l'avis de son 
grand- vizir Sokolli, qui était en réalité le véritable 
souverain , il nomma dernier vizir de la coupole son 
ancien grand-maitre de la cour Lala- Moustafa, qui 
avait été disgracié. Telle était la crainte que Sélim 

« Il eut son audience de Trautson le 7 septembre. Csabi n'arriva i Oiea 
que le 5 août. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 33î 

avait du grand-vîzip, qu'il n'osa pas d'abord l'instruire 
de cette nomination; redoutant de s'entretenir seul 
avecSokolli, il convoqua, au retour d'une chasse, lin 
diwan à cheval , dans lequel il parla à tous les vizirs 
successivement , et par conséquent aussi à Lala- 
Moustafa et au grand- Vizir, avec lequel il fit ainsi une 
espèce de réconciliation tacite. Le frère de Moustafa- 
Pascha , serasker de l'armée destinée à agir contre 
l'île de Malte, fut démis de ses fonctions de vizir, 
avec la pension usitée de deux cent mille aspres, aug- 
mentée d'un quart ' . Vers ce même temps , Sélim 
ajouta vingt aspres par jour à la pension du fils de 
Myrtsché , naguère prince de Valachie , en récom- 
pense des cent trente mille ducats livrés par sa mère ; 
celle-ci ne reçut en retour de sa révélation que dix 
faîille ducats. Mohammed , fils du beglerbeg d'Alger, 
Salih , qui avait été jeté en prison et menacé de perdre 
tous ses biens , racheta sa liberté par l'abandon d'une 
partie de ses immenses propriétés territoriales. 

A cette époque, de graves intérêts politiques vinrent 
diriger l'attention du Sultan sur les pays d'outre-mer 
et sur là Morée. La mutinerie de la garnison de Tri- 
poli, qui, mécontetate de son gouverneur, l'avait tué 
d'un coup de feu *, de même que l'insurrection des 
Maïnotes en Morée, appelait une prompte répression. 
Après avoir imploré la protection des mânes du grand 



1 « a5o,ôoo aspri, cbe fanno scudi 5,ooo. » 

a « Il Bassa di Tripoli amazzato con una archibuggiata da questi Barbe- 
» reschi per mala sadisfazione del suo govemo. » Haypori de Barbaro da 
za mars iSôq. 



5321 mSTOIRE 

marin Khaïreddin-Barberousse, en sacrifiant des mou- 
tons sur son tombeau ' , le kapitan - pascha partit de 
Constantinopie à la tête de quinze galères montées par 
cinq cents janissaires et un eunuque nommé aux fonc* 
tions de pascha de Tripoli. Dix autres galères furent 
dirigées contre la Maïna , avec ordre d'y élever un 
castel destiné à tenir en bride les descendans des Spar- 
tiates *. A Alexandrie , l'embargo fut mis sur plu- 
sieurs navires français; le juif Jean Miquez, devenu si 
influent à la Porte, avait provoqué cette mesure dans 
le but de se créer une garantie pour des sonunes que 
lui devait la France; l'ambassadeur de ce pays ré- 
clama, mais inutilement ^. 

Au printemps de l'année suivante (28 mars 1 570), 
les deux nonces, Gaspard de Minkwiz et Edouard 
Provisionali, apportèrent à Constantinople le présent 
honorifique de trente mille ducats, stipulé dans le der- 
nier traité, pour le Sultan, et les sommes destinées au 
grand-vizir et aux autres vizirs. Admis à l'audience 
solennelle de Sélim, ils demandèrent qu'il fût ex- 
pressément défendu aux Transylvaniens de tenter de 
s'emparer de Zechwar , d'Erdœd et de Nagybanya , 
et qu'il ne fût accordé aucun secours à des rebelles 

I Rapport de l'ambassadeur Soranza du ao mai i56g : « Avendo fatto 
» sècondo il solito sacrifizio alla sepoltura di Barbarossa. » 

9 « Al brazzo di Maina per fabricar il castello, per tener in freno quella 
» gente inquietissima. » Rapport de Barbaro du a 4 mai i56g, 

3 Barbaro, qui avait été auparavant ambassadeur à Paris, dit : « Giovanni 
«Miches, credilor dei Cliristianissimo Re per il deposilo del gran partito 
» del lione di ciica i5o,ooo scudi, a falto più d'una voila preteusione per i 
» suoi Cîausi mandati in Francia. » 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 333 

t 

tels que François Forgacs, Ladislas Julaffy et Biaise 
Gomathy. Mohammed-Sokolli émit Topinion qu'on 
pouvait bien abandonner aux Transylvaniens le petit 
fort d'Çrdœd , dont la prise avait fait couler tant de 
sang musulman , et qui depuis lors était presqu'en 
ruines ; mais, sur Tinsistance des nonces et de l'am- 
bassadeur, il se désista de sa prétention. Toutefois il 
se montra d'une composition moins facile sur d'autres 
points , et exigea que les villages qui avoisinaient 
Palota, Wessprim et Stuhlweissenbourg ne payassent 
d'impôts qu'au Sultan , et que ceux qui étaient dans 
les environs de Tata et de Papa , jusqu'alors tribu- 
taires de la Porte, continuassent de lui envoyer leurs 
impôts par l'entremise de leurs juges. Il offrit aux 
nonces deux arcs artistement travaillés, et demanda 
qu'en retour on lui envoyât de Vienne une bonne cui- 
rasse. Les mandataires de Transylvanie, Michel Gyu- 
lay et Gaspard Gebees vinrent réitérer leur demande 
au sujet des trois places ci-dessus désignées, et re- 
partirent sans avoir rien obtenu. Quatre mois après , 
un nouyel envoyé transylvanien, François Balogh, se 
présenta à la Porte, accompagné du drogmanFerhad, 
afin de se plaindre des dévastations du beglerbeg* de 
Temeswar et du sandjakbeg de Szolnok. Il reçut un 
gracieux accueil du grand-vizir Mohammed-Pascha , 
qui avait pris en grande affection Gaspard Bekesch , 
pour l'influence salutaire qu'il exerçait sur le faible 
Sigismond Zapolya et sa bonne administration de la 
Transylvanie. 
Le grand-vizir envoya au roi de France l'inler- 



334 HISTOIRE 

prèle ]V|ahmoudb^, chai^ de lui demander la m^in 
de la princesse Marguerite pour Sigismond de Tran- 
sylvanie, auquel il voulait par ce moyen aplanir les 
voies au trône de Pologne *. C'était dans le cours de 
cette année la seconde ambassade de la Porte au roi 
de France. Au retour d'une mission infructueuse au- 
près du roi de Pologne, Ibrahimbeg fut envoyé à Pa- 
ris pour présenter à Charles IX la nouvelle capitula- 
tion * (27 septembre 1 569) [vui]. Dans cette même 
année, les annales de l'empire ottoman signalent l'un 
des plus grands incendies dont l'histoire de Constan- 
tinople fasse mention ; d'après le rapport des ambas- 
sadeurs d'Europe , il consuma trente-six mille mai- 
sons, nombre qui, réduit d'un zéro, paraîtrait encore 
fort considérable. Le feu éclata dans le quartier des 
juifs [ix] , et résista à toutes les tentatives faites pour 
l'éteindre. Le grand-vizir Mohamilied-SokolU , qui 
s'était empressé de se rendre sur le théâtre de l'in- 
cendie, pour chercher à en arrêter les progrès, courut 

I A)I)ert de Wyss, et l'extrait du Rapport de Tambassadeur vénitien, dans 
les Archives de la maison I. R. d' Autriche : « Mahmud mandato in Francia 
»per persuader il Re di sposar la sua sorella Margerila al Transilvano con 
«pronessa di farlo Re di Polpnia dopo la morte del Re, » a oct. iSSg; et 
17 avril de la même anuée : «Mamut porta tre lettere da quel Sîgnore. » 

9 « Si sta qui in aspettazione del ritorno d'Ibraliimbeg di Polonia e di 
«Gubat Ciaus di Trausilvania. » Rapport du baile Barbaro du lo juia 
1^169, dans les Archives de la maison I. R. d'Autriche. Un autre Rapport 
dt| mcme dit : « Richiesto il Re di Polonia per Ibraimo a moy^ contra il 
« Moscovita, ripose non poter romper la tregua, nondimeno, che troverebbe 
» modo a compiacer a sua maesta quando la volesse attendere alla promessa 
• fattali prima cbe morisse sultano Soleimano suo padre, che era di voler 
N subiio enlrato nell* impeip iiiet|er uq apgiior FolacQ in MQUavia, » 



DE LTMPIRIÎ OTTOMAN. 355 

les plus grands dangers, et faillit périr victinie de son 
zèle. Bien loin de secourir les maisons des juifs , les 
janissaires en tuèrent les babitans; ils crucifièrent 
même un jeune chrétien '. L*aga Djâfer, retenu par 
une maladie , n'avait pu quitter son lit et contenir les 
désordres de ses soldats ; il fut destitué et remplacé 
par le grand-écqyer Siawousch , Hongrois ou Croate 
d'origine ; l'emploi de ce dernier fut donné au premier 
porte-glaive Kaitas-Aga [x]. Le grand incendie de 
Conàtantinople fut suivi de plusieurs autres dans les 
provinces. Brousa , Selanik et Tana ( Azof ) furent 
presque entièrement réduites en cendres; dans cette 
dernière ville , mille soldats périrent dan^ l'explosion 
d'un magasin de poudre à canon. Pour rétablir Tan-^ 
cienne discipline des janissaires, qu'on accusa d'avoir 
mis de la négligence à combattre l'incendie, et n^éma 
de l'avoir allumé , on incorpora dans cette milice 
un grand nombre de renégats juif^ et chrétiens qui 
avaient probablement été poussés à a}]gnr^ la foi 
de leurs pères par les cruautés réceniment exercées 
contre leurs co-religionnaires. L'ambassadeur impé- 
rial Albert de Wyss mourut alors à Constai^ople 5 
il fut enterré dans l'église de Saint -Benoît à Péra, 
l'un des faubourgs de la ville [xi]; à celte occaaipn, le 
Sultan et le grand-vizir adressèrent à l'empereur des 
lettres qui sont un tânoignage de l'activité de cet am- 

I Selaniki, p. 100; et Rapport d'Albert de Wyss du 97 septembre j 
« Noctu iogeos incendium, in quo Mobajy^medp. periditAtiis lapsis, in He^ 
» braeorum aedibus flamma erupit, aliquot Hebroei ibidem Gonveali a Janjc* 
9 saris interfectl et juveuis CJiristiaims crucifixvs. » 



556 HISTOIRE 

bassadeur, et des titres qu'il s'est acquis à la recon- 
naissance de sa patrie [xii]. Après avoir pris les con< 
seils de Busbek , prédécesseur de Wyss , le Belge 
Qiarles Rym d'Estbeck, son successeur, entra en né- 
gociation avec le grand-vizir, à l'effet de renouveler 
le dernier traité de paix conclu pour huit années, 
dont quatre étaient alors écoulées. Mohammed fut in- 
flexible à l'égard de la cession des villages en litige; 
il signala, comme une faute du grand- vizir Ali-Pa- 
scha, la paix de 1562, trop favorable à l'empereur, 
et dit que c'était à lui de réparer, sous le règne de Sé- 
lim, la faute qu'avait faite Ali sous celui de Souleïman. 
Il ajouta que , si l'on refusait plus long-temps de se 
rendre à sa juste demande, il partirait d'Ofen à la 
tête d^une armée, envahirait le territoire de l'empire 
à la profondeur de quelques journées de marche, 
saccagerait tout le pays et en ferait un vaste désert, 
pour assurer ainsi la tranquillité des frontières [xin]. 
Vers la fin de ces négociations, on reçut la nouvelle de 
la mort du schah de Perse ' , et l'on se hâta de pour- 
voir les places frontières de Wan et d'Erzeroum de 
canons et de cinq millions de cartouches '. 

1 « Quesia settimana gionti Ciausi di Esdron (Erzeroum), che confirmaoo 
»la morte del vecchio Sofi. » Rapport dn baile Barbaro du a 5 juin iSôg, 
dans les Archives de la maison I. K. d'Autriche. ' 

a Le Rapport de l'ambassadeur vénitien Barbaro donne le contenu de 
huit fermans différens qui furent rendus vers le même temps : i° Comman- 
damento per far la maone a Nicomedia; ao M Cadi di GallipoU perfar 
provisione di teïa per vêle per aoo galee; 3o M Cadi di Mitilene et Morta 
per far provisione difregatte*, 40 Al Cadi di Santum per far provisione di 
sartiame; So In mar ma§gior^ perche le halandarie fabbriçatc siano wa«* 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 537 

L*idée de convertir un p^ys voisin en désert ' jus- 
qu'à une distance de deux journées de marche, pour 
assurer Ja tranquillité des frontières, est digne sans 
doute des temps de barbarie ; mais toutefois c'est une 
conception qui offre quelque grandeur et qui ne man- 
que pas de justesse. Le caractère de faste et de ma- 
gnificence que présente à un si haut degré tout le rè- 
gne de Souleïman , se voit encore empreint dans la 
plupart des entreprises de Sélim n ; le mérite cepen- 
dant en doit moins être attribué au Sultan qu'à son 
grand- vizir Mohammed-Sokolli. Au nombre de ces 
entreprises, l'histoire doit inscrire en première ligne 
l'achèvement de la mosquée d'Andrinople, et la tenta- 
tive, toute infructueuse qu'elle soit restée, de la réunion 
par un canal du Wolga et du Don. Dès la première 
année du règne de Sélim , on jeta à Andrinople les 
fondemens de la mosquée Sélimiyév, dont la coupole 
est d'un diamètre plus grand de deux aunes que celui 
de la coupole d'Aya-Sofia. L'architecte Sinan , dont 
le nom se rattiiche à la plus belle époque de l'architec- 
ture ottomane , déploya toutes les ressources de son 
art dans cette construction; il disait lui-même, en par- 
lant de ses divers travaux, que la mosquée des princes 
à G)nstantinople était l'œuvre d'un apprenti, que 

date in Constantinopolî ; ^o Mli confini di Persia^ che la meta de! ardllerla 
fabbricata Vanno passato sia mandata a Van e Vàltra meta a Esdron; ')o M 
BegUrbcgdi Van^ chefaccigetiar ire milUoui balle di schioppo; 80 Al Beg^ 
lerheg di Esdron^ cite nefaccî geltar due millioni. 

I «Hoc amplius tolerare non pottiisse, et nisi legatus (Wyss) obiisset, 
>• Budœ hibernare voluisse, ut aliquot dierum soUtudinem faciat pro fiui- 
» bus. » Bappori de Rym , dans les Archives de la maison I. R. d'Autriche. 
T. Ti« 22 



538 HISTOIRE 

Souleïmaniyé était celle d'un ouvrier , mais que Se- 
limiyé seule était une œuvre de maître. L^ huit [m- 
liers qui supportent la coupole sont retirés dans le 
mur, de flacon à produire le moins de saillie possi- 
ble , et agrandissent par cette habile disposition Tinté- 
rieur de la mosquée. Les quatre minarets s'élancent 
dans lés airs, sveltes et légers, et sont couronnés par 
trois galeries pour les mouezzins; dans l'un de ces 
minarets, comme dans celui delà célèbre mosquée de 
Mourad n, on arrive au sommet par trois escaliers en 
limaçon, superposés l'un à l'autre, de façon que trois 
personnes qui partent au même instant du pied de 
chacun d'eux, marchent, pour ainsi dire, sur la tête 
l'une de l'autre, et peuvent se parler et s'entendre sans 
se voir. Le directeur de l'académie attachée comme 
fondation à cette mosquée porte le titre de Reïsoul- 
mouderrissin, c'est-à-dire chef des recteurs. La con- 
struction dura sept ans ; elle avait commencé la pre- 
mière année du règne de Sélim n, et ne fut terminée 
que dans Tannée de sa mort ; c'est tin monument 
digne d'admiration et qui aurait dû transmettre à la 
postérité le nom de l'architecte plutôt que celui du 
fondateur. 

L'entreprise de la réunion du Don et du Wolga 
échoua complètement; le defterdar tscherkesse Ka- 
simbeg, qui avait été investi du sandjak de Kafia, eot 
le premier l'idée de ce gigantesque travail, et en reçut 
la direction. Trois mille janissaires et vingt mille cava- 
liers furent à cet effet envoyés à Astrakhan, tandis que 
quinze galères transportèrent à Azov cinq mille janis- 



\ 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5:>r) 

saires et trois mille ouvriers ' (4 août 1 569). Il fut 
ordonné en outre à trente mille Tatars de se joindre 
aux janissaires pour fonlier le si^e d'Astrakhan , et 
d'aider les fantassins à creuser le canal. Mais quinze 
mille Russes, sous le commandement du prince Séré- 
biaiiow , fondirent sur les travailleurs et les disper- 
sèrent^; de son côté, la garnison d'Astrakhan fit une 
sortie vigoureuse, et repoussa les assiégeans avec une 
perte considérable. L'armée des Tatars , dernier es- 
poir des Turcs, fut presque entièrement anéantie par 
les Russes , et ceux qui échappèrent à la mort furent 
faits prisotiniers. D'autres Tatàrs, pris pour guides par 
les Turcs, les égarèrent par malveillance dans des ma- 
rais et des steppes ; et les suggestions perfides du khan 
de Crimée Dewlet-Ghiraï , qui ne voyait dans l'heu- 
reux succès de cette entreprise qu*un surcroit de su- 
jétion pour lui , vinrent encore ajouter à la démora- 
lisation des troupes ottomanes , déjà découragées par 
leurs revers et leurs pertes. Les émissaires de Dew- 
let-Ghiraï représentèrent aux soldats turcs que dans 
ces contrées septentrionales l'hiver durait neuf mois, 
qu'en été la nuit n'était que de trds heures , et qu'ils 
seraient ainsi dans la nécessité de se priver de repos 
ou de négliger les devoirs de leur religion , qui leur 

> Karamsim, p. i56, dit quinze mille sipahis et deux mille jianissaires. 

a C*est dans cette occasion que les Russes conquirent sur les Turcs leurs 
premiers trophées; car ceux qu'ils avaient remportés sur les rives de TOka 
(en i54i), et dont parle Karamsin : « C'est alors que nous vîmes pour la 
première fois des trophées ottomans entre nos mains, » avaient été conquis 
sur le khan des Tatars Sahih-Ghiraï, qui était un Djenghisidé et non un 
ottoman. 



54 o HISTOIRE 

prescrivait de faire la prière du soir deux henrés après 
le coucher du soleil , et celle du matin dès Taube du 
jour. Ces insinuations obtinrent un plein succès: les 
troupes passèrent du mécontentement à une révolte 
ouverte; Kasim fut forcé de renoncer à ses projets et 
de les ramener à Azov où il se rembarqua ; en pldne 
mer, une violente tempête assaillit la flotte, la dis- 
persa et fit sombrer quelques navires, en sorte que 
de toute Farmée ottomane , sq)t mille hommes seule- 
ment rentrèrent au port de G)nstantinople. Pour ré- 
tablir la paix momentanément rompue par cet événe- 
ment, un officier russe, nommé Novossiltof , se rendit 
de la part de Jean-le-Terrible à G)nstantinopIe dés le 
printemps de Tannée suivante (1 570). Aucun échange 
d'ambassade n*avait eu lieu entre la Russie et la Porte, 
depuis la lettre que, treize ans auparavant, Soulei- 
man avait adressée au grand-prince, et dans laquelle 
il le traitait de puissant Tzar, de sage dominateur, et 
lui recommandait les marchands qu'il envoyait ache- 
ter des pelleteries à Moscou. 

Novossiltof présenta au Sultan une lettre de son 
souverain, dans laquelle celui-ci lui rappelait, en 
termes aJSectueux, les anciennes relations d'amitié de 
la Russie et de la Turquie , témoignait son étonne- 
ment de l'invasion inattendue de l'armée ottomane 
dans les Etats russes , et lui offrait paix , alliance et 
amitié. « Mon maître , disait Novossiltof aux vizirs, 
n'est pas l'ennemi de la religion de Mahomet. Plu- 
sieurs de ses vassaux professent hautement le culte du 
Prophète et l'adorent dans leurs mosquées : tels sont le 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 34 1 

tzar Sahim-Boulat, à KassimofF; le tzarévitch Kaï* 
boula , à YouriejQT ; Ibak , à Sourogik ; les princes 
Nogsùfs , à Romanof ; car en Russie , tout étranger vit 
en liberté dans sa croyance ; à Kadom , dans la pro- 
vince de Metsehéra , plusieurs fonctionnaires publics 
du tzar suivent la foi musulmane. Il est vrai que Si- 
méon , défunt tzar de Kasan , et le tzarévitch Mour- 
toza ont embrassé le christianisme ; mais ce sont eux 
qui ont demandé le baptême. » Novossiltof eut lieu 
d'être satisfait du gracieux accueil du Sultan; il re- 
marqua seulement que ce prince affectait de ne pas 
s'informer de la santé de l'autocrate, et que, contre 
l'usage, il ne fut pas invité avant son audience au dîner 
que la Porte a l'habitude d'offrir aux ambassadeurs. 

Cependant, la vaine tentative de la réunion du Don 
et du Wolga ne changea rien aux vastes projets conçus 
par le grand-vizir Mohammed-SokoUi , relativement 
aux provinces du midi de l'empire. L'un de ses projets 
favoris était de percer l'isthme de Suez, aussitôt qu'on 
aurait étouffé la révolte qui bouleversait alors toute 
l'Arabie, et d'établir entre la Mer-Rouge et la Médi- 
terranée une conmiunication qui permît aux flottes 
ottomanes de passer directement de Tune à l'autre 
mer ^ En attendant, les armemens maritimes se fai- 

I Rapport de Tambassadeur Rym, dans les Archives de la maison I. R. 
d'Autriche : « Capiidan Bassa cum 65 triremibus solvit in fama augusta a 
*• Venelis humanissime exceptus, septembre i565. » A leur passage, les 
Ottomans pillèrent les couvens du mont Athos ; « Monasteriura in monte 
» Athos a classe crudeliter direptum , cum omnes Imperatores Ottomani 
*• iilud qua tribularium hucusque intactum reliquissent. » Rapport de yjysa 
Au mois de Juin i568, dans les Archives de la maison I. R. d'Autriche 



5j2 HISTOIRE 

saient avec une grande activité et excitaient Telfroi des 
Vénitiens; et ce n'était pas Sokolli, mais Sélim loi- 
même, qm méditait de conduire en personne Texpédi- 
ti(Hi de Tile de Chypre, devant laquelle les vaisseaux 
ottomans croisaient depuis quelque temps. 

I^ revente d'Arabie et les efforts que nécessita sa 
réfMression appdlent maintenant notre attention. Les 
géognq;)hes oriwteux représentent TArabie comme 
une île , limitée de trois c6tés par des mers (les golfes 
d'Arabie et de Perse et la mer de l'Inde) , au nord 
par l'Euphrate , et ne touchant au continent que par 
des déserts qu'ils comf^urent à des mers , celui de Suez, 
qui la joint à l'Afrique , et celui qui établit ses com- 
munications avec la Syrie et l'Ëuphrate. Le preroier 
est le désert des enfans d'Israël et du mont Sinaï , le 
second le grand désert arabe. Il ne feut pas moins de 
quatre-vingt-dix-sept journées de marche pour faire 
le tour de cette île. Les Grecs divisèrent le pays , d'a- 
près la nature du sol, en trois parties, qui sont, du 
nord au midi, l'Arabie-Déserte, T Arabie-Pétrée , l'A- 
rabie-Heureuse ou fertile. Cette ancienne division est 
encore admise en partie par les Arabes de nos joun, 
sous les noms de l'Yémen et de l'Hedjaz, dont le 
premier désigne l'Arabie-Heureuse, et le second l'A- 
rabie-Pétrée. Les contrées montagneuses sont appe- 
lées par eux Nedjd , et ils nomment Téhama le pays 
qui descend par une pente douce sur les rivages de la 
mer. Ils divisent toute l'île en quatorze districts : 1°le 
désert des enfans d'Israël ; 2** le grand désert arabe , 
espèce de mer séparant, au nord^ l'Arabie de la terre- 



DE L'EMPIRE OTTOMAIf. 545 

ferme; 3° le Hedjaz , avant-mur, ainsi dédigné parce 
que ce district forme pour ainsi dire le boulevard des 
provinces de Nedjd et Téhama , qui renferment les 
deux villes saintes, la Mecque, où est né le Prophète, 
et Médine, où sont déposés ses restes; 4° le Hadjr, 
sur le golfe Arabique; S*" le Bahreïn, Tancien siège 
des Karmates , sur le golfe Persique ; 6° entre les 
districts de Bahreïn et du Hedjaz , le pays pierreux , 
Aariz, dont la capitale, Dérayé, est habitée par les 
Wehhabis; 7° TYémama, dont les contrées fertiles 
sofxt arrosées par trois petites rivières, et dont les 
blés, les dattes et Teau jouissent d'une rwommée pro- 
verbiale \ La partie de T Arabie, au sud-est, bornée 
d'un côté par le golfe Persique, et d& l'autre par 
la mer de Tlnde , comprend le huitième district , le 
plus fertile, mais en même temps le plus malss^in de 
Tile ', celui d'Omman , et les neuvième et dixième, 
l'Ahkaf e^ le Schahtr, entièrement stériles. La partie 
du sud-ouest, baignée par le golfe Ai-ahique el la 
mer de llnde, forme FArabie-Heureuse proprement 
dite , et comprend les onzième , douzième , treizième 
et quatorzième districts, Nedjd, Téhama, Hazraniout 
et Yémen ^ Sij ports spacieux et neuf villes desA- 

I Leise atyob taamen min htmabil-Yemameiy we la escheddoun halawetoun 
min temeriha, ensuite Erakk min mail Yemamet, (Djihannuma, p. SaS.) 

« La fertilité de rOmma est célébrée dans ce passage de la tradition du 
Prophète : Mcn teghadderé aléihi er-riskoufe aléUii hl Omman, « que ceu& 
qui ont à se plaindre de ne pouvoir subvenir à leurs besoins se rendent dans^ 
rOmman. *• Djihannuma, p. 495. 

3 Le Djihannuma, p. 484, désigne comme quatrième partie de l'Arabie 
TAhkaf, el divise l'Yémon proprement dit en Yémen et Hazramout. 



344 HISTOIRE 

nées à servir d'entrepôts pour les foires, entretiennent 
et favorisent le commerce de TArabie avec les pays 
d*Orient et d'Occident, la Perse et l'Egypte. Ces ports 
sont, dans le golfe Persique, Ghafr, port de la ville 
d'Ahsa, l'ancienne capitale des Karmates, renommé 
par la pèche des perles, qui y attira en foule les com- 
merçans de la Perse , et Maskat , ville non moins fré- 
quentée à cause de son commerce étendu avec l'Inde. 
Sur la côte sud-ouest se trouvent , à l'entrée du golfe 
Persique, le port d'Aaden, l'Eden des Arabes, et celui 
de Mokha, l'Eden des amateurs de café ; dans le golfe 
même est le port de Djiddé , où débarquent toutes les 
caravanes de commerçans et de pèlerins qin viennent 
d'Afrique. Les neuf villes qui servent d'entrepôts 
aux marchandises exposées dans les foires , annael- 
lement et à des jours déterminés , sont Doumetol- 
Djendel, non moins célèbre dans l'histoire d*Arabie 
par la victoire qu'y remporta le Prophète, que par la 
défaite que le petit-fils de celui-ci , Houseïn , essuya 
grâce à la trahison du délégué de son adversaire Moa- 
wia[xiv]; puis Meschkar, où les marchandises sont 
soumises à une visite, pour prévenir les fraudes ' ; les 
marchés de Sahar *, de Schahar ^ d'Olan ^, de Rébia, 
et dans le district de Hazramout, celui d'Yémama^ 
destiné uniquement aux ventes de pierres et de nattes; 
le marché de Sanaa ^, capitale de l' Arabie-Heureuse, et 

t Djemazioul-ewwel. Cette -visite de douane s'appelle mes (foire). 
9 La foire a lieu le xo redjeb. — 3 Le i5 schâbaD. 
4 Daus le courant du mois de ramazan. — 5 Du x^au x5 moharreo. 
( i5 silkidé. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 345 

enfin celui d'Okkaz S qui est encore aujourd'hui le 
plus célèbre de tous, et qu'ont ennobli ses luttes poé- 
tiques , dont la voix populaire distribue les palmes. 
C'est dans ces marchés que se font les échanges des 
produits de l'Arabie, tels que les dattes et farines 
d'Yémama, là camiole et l'onyx de l'Yémen, le musc 
et l'ambre d'Omman , le café de Mokha , le baume 
de la Mecque, enfin l'encens et l'aloés, les perles et 
l'or du pays, contre les étoffes, les épiceries et les 
autres marchandises de l'Inde , de la Perse et de 
l'Europe. 

Si l'Arabie par sa position et la variété de ses pro- 
duits mérite l'attention du géographe et de l'agronome, 
elle n'est pas moins digne par sa population de fixer 
les regards de l'ethnographe et de l'historien. Les 
noms des anciens habitans de ce pays, tels qu'ils nous 
ont été transmis par les Grecs et les Romains, offrent 
plusieurs rapports de similitude avec les noms actuels. 
Les Domadœ et Thamudœi ne sont autres que les 
Tasm et les Thémoud, dont parlent les anciennes 
traditions arabes et même le Koran, et dont il ne 
reste aucune trace dans les histoires modernes ; sous 
les noms de Béni Himyar et de Nabat, il est facile de 
reconnaître les anciens Homerùœ et Nabatœi. Les 
Omani, Minari, Sabœi, Atramitce et Zamareni, sur- 
vivent dans les noms des districts et des villes de Om- 
man, Mina, Saba, Hazramout et Dhamar. La rupture 

1x5 silkidé. L*an de ces neuf mai'chés, probablement celui d'Okkaz, est 
sans contredit l'Acre de Pline : « Acra, oppidum in quo omnit negotiatio 
» eonvenit. » 



546 HISTOIRE 

de la digue de Mareb a éternisé dans Thistoire musul- 
mane le nom de Tancienne Mariabe, et Ton recon- 
naît l'ancienne Petrœa dans la ville de Hadjr (Pierre). 
Les Sarrasins^ que les historiens appellent tantôt Sar- 
rasins de Test ' , tantôt voleurs * ou palefreniers ^ , dé- 
nominations qui n'existent pas dans la langue arabe , 
ne sont probablement que les habitans du district de 
Schahar, ou des steppes (sahra) ^. Les Scénites , No- 
mades ou Bédouins sont ^core de nos jours, comme 
il y a mille ans, les fils d'Ismaîl, tels que la Bible les a 
dépeints avec tant de vérité : « levant leurs bras con- 
tre tous, et voyant les bras de tous levés contre eui. » 
Dans ces déserts, il n'y a d'autre institution que celk 
de la famille ; c'est le père qui règne. L'enfant du dé- 
sert , conquérant et nomade , a planté ses drapeaui 
à l'aide d'une lance dans les trois parties du monde; 
mais nulle part il n'a pu fonder un empire de longue 
durée. Les trois principales qualités de l'Arabe sont 
une généreuse hospitalité, une valeur indomptable, 
une élocution facile et iHÎllante. Celui-là seul est ré- 
puté noble dès sa naissance , dont la bouche est aussi 
éloquente que la main est libérale, dont la parole tombe 
juste conmie la flèche de son arc, et dont le bras frappe 
fort comme son glaive. Les auteurs , dont les poésies 
jsont suspendues dans la Kaaba , doivent , pour con- 
server leur prééminence sur leurs rivaux , les vain- 
cre aussi en ccunbats singuliers; et s'ils ne r^nportent 

« Schtrkîoun. — « Sarikin. — 5 Serradjin, 

4 Les nomades s'appellent encore ches les Pei*saas et les Turcs Sahra* 
nischin, c'est-à-dire ceux qui sont assis dans les steppes. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 347 

pas en mène temps les palmes décernées à la valeur, 
ils perdent leur titre honorifique de poëte. Parmi les 
poètes arabes ayant Mohammed, Antar , lun des plus 
illustres , joignit à sa gloire littéraire le mérite de s'être 
acquis le titre de Père des CasHiUers et de Modèle 
idéal de la Chevalerie, telle qu'elle existait dans ces 
déserts. Les ouvrages retraçant les hauts faits d' Antar 
ont reçu l'approbation du Prophète , qui , quoiqu'il 
réprouvât les contes et les oeuvres des poètes per- 
sans, n'eut aucun scrupule de consigner dans son 
Koran les vieilles légendes de son peuple. La plupart 
de ces légendes ont pour théâtre l'Arabie ; ce qui fait 
que le nombre des villes de l'île est presque aussi 
grand que celui des lieux vénérés par les Musul- 
mans. D'après les traditions arabes, Adam et Eve pa- 
rurent sur les montagnes de Merwe et d* Arafat, près 
de la Mecque, lorsqu'ils descendirent du Paradis 
pour habiter la terre; Abraham construisit la Kaaba, 
près de laquelle on voit encore la trace de ses pieds ; 
l'archange protégeant les enfans d'Ismaïl indiqua à 
Hagar les eaux de la fontaine de Semzem. £n pas- 
sant près de Hadjr, les caravanes des pèlerins pous- 
sent des cris , pour apaiser la voix plaintive du cha- 
meau du prophète Salih , qui , emprisonné dans les 
rochers, témoigne encore de nos jours, par ses gé- 
missemens, de l'hérésie de la tribu Thembud, et rap- 
pelle la lapidation dont on punit ses meurtriers. Dans. 
l'Hazramout , la fontaine desséchée ' atteste la> ca- 

>^ Siri-moualtaL (^Djihannuma, p. 491.) 



348 HISTOIRE 

lomnie des Idolâtres qui accusèrent le prophète Han- 

thala d'imposture ; le palais fortifié ' et le tombeau 

du prophète Houd conservent la mémoire de Sche- 

dad, de la tribu Âad, qui dans son paradis terrestre 

crut pouvoir braver le vengeur éternel , prompt à 

poursuivre F arrogance * . Le nom du prophète Moïse 

a revêtu d'un caractère sacré la Mer-Rouge, le mont 

Sinsu et les douze sources près de Suez, et celui de 

son beau-père Schoaïb (Jethro) a également consacré 

comme sainte la ville de Midian , sur la Mer-Rouge, 

où il fixa sa demeure. Saba fut fondée par la reine 

Saba Balkis, qui défiait par des énigmes la sagacité 

du plus sage des rois d'Israël , et dans les champs 

de Nedjan se trouvent les fosses d'où s'élancèrent les 

flammes qui dévorèrent le tyran juif Sou-Nouwas, 

en punition de sa cruauté contre les victimes qu'il 

vouait au bûcher pour leur faire embrasser la religion 

de son peuple. Abraha éleva le palais de Ghomdan, 

ainsi que l'église deSanaa qu'il voulait opposer comme 

Keu de pèlerinage à la Kaaba; mais il se vit arrêté dans 

l'exécution de ce projet par une épidémie de petite 

vérole, qui le fit périr avec une partie de son armée 

au moment où il marchait contre la Mecque pour la 

détruire. A Samara vécurent , peu de temps avant le 

Prophète , ces deux devins au corps incomplet , Sa- 

tih , qui était privé de jambes , et Schakk , qui n'avait 

qu'une seule jambe , un seul bras , une oreille et un 

œil, et qui l'un et l'autre, véritables sibylles de l'Is- 

I Ktmri-motucheyed, (Djikannuma, 1. c.) — - > Erêm »atol-amat. 



DB L'EMPIRE OTTOMAN. 349 

lamisme, annoncèrent la prochaine venue du Pro- 
phète. 

Dans les temps antérieurs à Tlslamisme, Thistoire 
de l'Arabie ne présente que des combats isolés entre 
les diverses tribus, que l'on peut comparer aux points 
qui dirigent le voyageur dans ces déserts , et quelques 
noms de grands hommes, aussi rares que les sources 
qui circulent sous ces sables brûlans. Les auteurs ara- 
bes, en remontant à l'origine de leur histoire, repré- 
sentent ces temps primitifs comme une époque où les 
pierres molles et flexibles comme le limon n'avaient 
pas encore revêtu une forme durable '. Les événemens 
les plus importans qu'ils signalent à des époques plus 
rapprochées sont la construction de la Kaaba, le déluge 
d'Aarem et l'année des éléphans, pendant laquelle le 
roi d' Abyssinie fut arrêté , dans sa marche contre la 
Kaaba, par la pluie de pierres que les oiseaux, suivant 
l'expression du Koran, jetèrent sur ses troupes, c'est- 
à-dire , probablement par une épidémie de petite vé- 
role. Au nombre de leurs guerres les plus célèbres , 
ils placent la guerre d'extermination entre les tribus 
d'abord alliées de Tasm et de Ghadis, qui fut com- 
mencée par cette dernière pour repousser les préten- 
tions du prince de Tasm aux prémices de virginité des 
jeunes filles à marier , et terminée par l'intervention 

I Spécimen prœcipuorum Arahwn regnorum rerumque ah ils gestarum 
ante lllamismum , collegit , evertlt Rasmussen Haunià 1817, d'après 
Hamza d'Isfahan et Mowaïri. Silvestre de Sacy, Mémoire sur divers évé- 
nemens de l'Histoire arabe, t. XL VIII des Mémoires de l'Académie des 
Inscriptions et Belles-Lettres, Pocoke, Spécimen Historiœ Arabum, 



55o HISTOIRE 

des Beni-Himyars ; ils employèrent dans cette circon- 
stance la ruse d'une forêt ambulante , qu'on retrouve 
plus tard dans Thistoire d'Angleterre au siège de 
Birmingham ; la guerre adiàmée des tribus d'Abs et 
Dhobian , qui se manifesta au sujet des courses de la 
jument Ghabra et de l'étalon Dahis, et la guerre des 
tribus Bekr et Taghleb , qui survînt à l'occasion de 
Sérab, femelle du chameau de Bésus, femme d'un &ge 
avancé ; ces deux noms devinrent par là d'un usage 
proverbial pour désigner les plus grands malheurs. 
Aucune des cinquante grandes batailles racontées par 
les historiens arabes n'eut lieu dans des guerres exté- 
rieures ; toutes se rapportent à des* guerres de tribus. 
Ces historiens paraissent ignorer entièrement les succès 
des armées romaines , qui s'avancèrent jusqu'à Pélra 
dans TArabie-Pétrée, et ils ne font aucune mention de 
l'empereur Adrien, que la jactance romaine nommait 
l'Arabe. Us ne connaissent pas davantage Philippe, né 
cependant en Arabie, qui parut quelque temps sur le 
trône de l'empire romain d'Orient. 

Pendant que ces guerres divisaient les tribus de 
l'Hedjaz, on vit surgir dans l'Yémen la tribu des 
Beni-Himyars ou Homaïrs , c'est-à-dire les Rongea- 
très , ainsi nommés à cause de la couleur de leurs vé- 
temens. Cette couleur favorite des Arabes se retrouve 
à une époque postérieure dans le palais rouge des rois 
de Grenade (Al-Hamra). Les Beni-Himyars faisaient 
remonter leur origine à Kahtan et Aadnan , les pères 
des tribus arabes; ils excellaient dans deux sciences, 
la généalogie des familles de leur nation , et la science 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 35 1 

des astres. Ils consignaient avec soin , dans des ta- 
bleaux généalogiques ' , la noble descendance de leurs 
chevaux et de leurs familles , et se dirigeant dans ces 
déserts, par leurs connaissances des astres et des 
sources cachées sous la terre , ils savaient échapper 
au supplice de la soif. Parmi les cinquante rois des 
Beni-Himyars, connus sous le nom générique de To- 
baa, il en est quatre auxquels on attribue des con- 
quêtes en Asie et en Afrique : Abdesch-Schems (le 
serviteur du soleil), qui conquit Babylone; Soul- 
kameïn, surnommé le roi aux deux cornes, qui Con- 
struisit le mur de Derbend ; Schemer , qui porta ses 
armes victorieuses jusqu'au-delà de TOxus, et donna 
son nom à la ville de Samarkand, et Soul-ezhar, le 
possesseur des fleurs, qui vainquit dans les déserts 
d'Afrique un peuple de spectres * , dont le visage était 
tourné vers le dos. Au nombre des autres rois des 
Beni-Himyars , on remarque le fondateur du paradis 
dellnde, dont le nom est plus connu parilii les peu- 
ples de Fouest que celui de Herhad, père de Balkis, 
la célèbre reine de Saba ; Soulminar , ou le construc- 
teur de tours, le premier chef arabe qui éleva des 
tours dans le désert, pour diriger la route des cara- 
vanes; Sou-schenatir, ou \d possesseur des curedents, 
qui livrait à la mort les victimes sur lesquelles il venait 

i 

1 Les sept sous-divisions de la parenté , telles que les donne le DjUian- 
numa, et pour lesquelles aucune langue d*£urope n'a d'expressions équiva- 
lentes, sont : 1* schâb, a© kahiîé, 3** amaré, 4** hatn (le ventre) , 5* fahht 
(la cuisse), 6° fassiU (la cheville), 7** hâi (la claie). 

a Nbnas. Djihannuma^ p. 546. 



35a HISTOIRE 

d'assouYÎr une infJSlme passion, et qui avait coutome de 
se montrer ensuite à une fenêtre, occupé à se curer les 
dents; Sou-nouwas, ou le roi des trembleurs », juif de 
naissance, qui persécutait les chrétiens et les livrait aa 
bûcher pour les convertir à la religion juive ; Abraha, 
ou le maître des éléphans, qui couvrit FÂrabie de 
nombreuses hordes de nègres, amenées de TAbys- 
sinie ; enfin les trois Tobaas : Hares le Grand , ainsi 
appelé de sa taille élevée, le père de Soul-Karneïn; 
Aboukerb, de taille moyenne, juif de naissance, qui 
recouvrit le premier la Kaaba d'un voile ; et Tobaa 
Ben Hasan, le petit Tobaa, dont le fils, Amrou Ben 
Maadi Kerb (renommé par sa dextérité à manier la 
lance), vécut plus de cent ans et assista à la naissance 
du Prophète [xv]. Le dernier des princes de la tribu 
des Beni-Himyars , Seîf Si yezen , fut tué dans un 
festin qu'il donna à l'ambassadeur du roi de Perse 
Khosrew, et dès-lors tout l'Yémen embrassa la reli- 
gion du Prophète. 

Depuis cette époque , toute l'Arabie suivit l'exem- 
ple de l'Yémen, et se soumit aux lois de l'Islamisme. 
Mais ce ne fut que dans le Hedjaz et dans l'Yémen, 
c'est-à-dire dans l'Arabie -Pétrée et l'Arabie -Heu- 
reuse , que régnèrent des dynasties , dont Tune s'est 
maintenue jusqu'à nos jours même sous les Ottomans. 
Quatre de ces dynasties occupèrent le Hedjaz, et qua- 
tre TYémen. Dans le Hedjaz régnèrent d'abord pen- 
dant on siècle quatre princes de la famille Okhaïzar *\ 

> De rhabitude qu'ils avaient de balancer constamment le corps. 

* Beni«Okhaïzar, depuis Tannée a5x de Thégire (855) jusqu'à TaDoée 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 553 

è œux-ci succédèrent les schérifs de la Mecque de la 
famille Haschim, appelés les fils Mousa, dont la domi- 
nation eut une durée de deux siècles et demi ' ; après 
eux , le pouvoir souverain passa aux schérifs de Mé- 
dine, de la même famille de Haschim ^, et le règne de 
ces derniers coïncida avec celui des Beni-Kotadés à la 
Mecque ^ , dont un descendant , Ebou-Nemi , fils de 
Berekat , apporta au Caire à Sélim P' les clefs de la 
Kaaba; depuis et jusqu'à nos jours, les Beni-Kotadés 
ont conservé comme schérifs une oml)re de pou- 
voir sous la dynastie ottomane. La Mecque et Médine 
furent long-temps sous la dépendance de l'Egypte et 
de ses souverains , tant à cause de la proximité de 
ce dernier pays, que par la nécessité où elles étaient 
de suppléer à l'insuffisance de leurs récoltes de cé- 
réales; elles subirent ensuite le joug des sultans otto- 
mans comme elles avaient subi celui des Tsdierkesses. 
L' Yémen au contraire , grâce à son éloignement de 
l'Egypte , à la richesse de ses produits et à la prospé- 
rité de son commerce, fut toujours difficile à subju- 
guer et à maintenir dans la soumission, et brava an- 



35o (961). Onze princes, pendant un règne de quatre-vingt-seize ans. 
Hadji Khalfa, Tables chronologiques^ et le NohhbeUi-tewarikh, f. 3i5. 

1 Beni-Mousa, de Tannée 35o (961) à Tannée 598 (xaox). D'après 
Hadji-Khalia, cette dynastie n'eut que six princes qui régnèrent pendant 
deux cent quarante ans. Les Beni-Haschim , dans le Nokhbetei-tewarikk , 
f. 3x6, sont nommés Ewlad-Mousa. 

a Beni-Hawaschim, de l'année 599 (laoa) à l'année 855 (i45x), deux 
cent quarante-neuf années. Hadji Khalfa, Tables chronologiques, f. 166, et 
ie Nokhbetet''Uwarikh , f . 3x7. 

3 Beni-Kotadc, de l'année 598 (laoi) jusqu'à nos jours. Les mêmes, 1. c. 



354 HISTOIRE 

cieimeiiient k puissance égyptienne conune il a hmi 
par la suite celle des Ottomans. Depuis l'introductkm 
de Flslamisme, rArabie-Heureuse avait été successi- 
Tement gouvernée par huit dynasties cfifSSrenAes. La 
première fut celle des Beni-Siyads; soit fondateur, 
Mohammed Ben ObddouUah , envoyé comme gou- 
verneur dans l'Yémen par le khalife Mahmoun, avait 
subjugué les tribus arabes, et élevé h {^ce-forte de 
Sebid pour les msàntenir dsms Tobéissance '. Deux 
siècles après , la fnnille Nec^h ^ expulsa les Beni-Siyaè 
du trône , qu^elIe souilla de sang pendant un siècle. 
Les Bem-Salih» se maintinrent pendant soixante- 
deux ans à Sanaa dans FYémen proprement At \ 
L'heureux aventurier, que rhîstcnrearsdïie dés^nesous 
le nom de Mehdf et qui s'annonça conmie le dou- 
zième imam de ce nom , non content du titre qu'il 
s'était arrc^é, revencHqua le pouvonr, et mit fo à la 
domination des Beni-Nedjsdis f Son petit-ffls Ab- 
donn-Ndsi (serviteur des prophètes) éleva un dAme 

I Beni-Siyad, depa» l^aimée 20^ (^i9) jusqu'à Vasmée 408- (toij), 
cent quatre-yingt-dix-neuf ans; cinq princes. Hadji Khalfa, f. i6a; et 
Djenabi, à la Bibliothèque de la maison I. R, d'Autriche, f. 378. 

* Beni-Nedjah, depub Tannée 412 (io»x) jusqu'à 553 (xi58)^cart 
trente-sept ans et sept princes; Hadji Khalb, h c, f. xe^3; et Ojeubi) 
p. 379. 

3 Beni-SaKh, de TimnâB 4^0' (tosg) à Tannéte 4^4 (1091)', soixante- 
deux ans, 1. e. 

4 ObeïdouUah Mehdi, fondateur der Fatknites', en huinéé 9(97 (909), 
Mehdi, fibde Tomrout, fondateur des Mowaliides, en Fanoée 5f4 friso); 
dans^le-Aioghrebet 1* Andalousie; Sdbokh Mobtmniedi-M didi^ ftmdatevrdes 
achérifs de Fez, en Tannée 920 (i5x4). Hadji Kbalfti, f. c, et le Ifokk- 
bete^-4ewarikh , f. 327. 



DE L*EMPIRE OTTOMAN. 555 

(silkhdasa) sur le tondbeaa de son grand-pète, et 
voulut ein faire ufi Keù de pèlerinage en défeiiddiit 
aux pèlerins de se rendre à la Kaaba. Quinze ans s'é- 
taient à peine écoulés , que le fr^ aîné de Salabed- 
din , Schemseddewlet-Touranschah , chassa les Beni- 
Mehdis et s'empara du pouvoir ; dès lors cinq princes 
de la famille d'Eyoub ' formèrent pendait un demi- 
siècle une grande dynastie, qui, divisée en sept bran^ 
ches , régna à la fois au Caire , à llaleb , Damas , 
Himss , Hama , Khalat et dans TYémen. Aux Eyou- 
bides succédèrent les Beni-Resouls (fils des en- 
voyés) , dont trois princes se sont acquis une gloire 
immortelle dans Fhistoire littéraire des Arabes par la 
protection éclairée qu'ils accordèrent aux savans. Me- 
lek Moeyid Daoud bâtit à Taaz une académie qui 
porte son nom^ et qui renferme son tombeau; grand 
amatem* de livres, il laissa à sa mort une b3)liothèque 
de cent mi&e volmnes '. Melek Moudjahid et Meldk 
£f(8ial fondèrent à la Mecque et à Taaz deux acadé- 
mies qui portent leurs noms, la Moudjahidiyé et TËf- 
dhaliyé. Aussi savant que brave, Melek Efdhal écrivît 
un ouvrage historique intitulé VAgrémem des yeux. 
Son fils Meld^oul-Eschref fonda à Taaz l'académie 
d'Eschrefiyé, et appela à sa cour les plus grands sa- 
vans de son époque; il manda d'Egypte l'fanstCKrien 
Ibn-Hadjr, natif d^Askalon, et de Perse, Mohammed 
de Fhtniz^d, auteur du diclk^nsôre arabe le plus 

I Beni-EyoubVémeii, de Tannée 569 (11 73) à Tannée 6a6 (laaS), 
cinquante-cinq ans; six princes. 

» limuhaoul'Ouyoun , dans le Nokhbeiet-tewarikh , L 39 3. 

25* 



556 HISTOIRE 

Yoluminenx, le plus estimé, et portant à juste titre le 
nom de Kamous (Océan). Après un règne de trente- 
deux ans , les Beni-Resouls eurent pour successeurs 
quatre princes de la famille Tahùr ', qui succom- 
bèrent sous la puissance des Ottomans ; cependant la 
famille des Seïdiyés sut défendre contre ces derniers 
son indépendance , qu elle a conservée jusqu'à nos 
jours dans une partie de l'Yémen '. Lia famille Ta- 
hir, qui s'éteignit sous le règne de Sélim P', et la dy- 
nastie des imams Seïdiyés, qui surgit sous celui de 
Souléiman-le-Grand , nous ramènent naturellement 
au cours de notre histoire. 

Le dernier prince des Beni-Tahirs, Aamir, fils 
d'Abdoul-Wehhab, régnait depuis vingt-huit ans, 
protégeant les sciences et les savans, Iorsqa*un refus 
inconsidéré fait à Tamiral du sultan Ghavm amena 
sa perte. L'avant-dernier sultan tscherkesse Gfaawri 
avait envoyé au secours du prince de Goudjourat, 
Mouzafiferschah, alors en guerre avec les Portugais, 
l'émir kurd Houseïn , amiral de sa flotte. A son ar- 
rivée sur les côtes d'Arabie, Houseïn adressa une am- 
bassade chargée de présens ati prince de la famille 
Tahir, pour lui demander des vivres pour sa flotte, 
qui était à l'ancre dans la rade de Kaméran. Craignant 
qu*en accédant à cette demande, sa condescendance 
ne fût considérée conrnae un acte de soumission, 
Aamir répondit par un refus , qui inspira à Vémr la 

I De Tannée 858 (i453) à Tannée gaS (1517), soixante-quatre ao>; 
quatre princes. 

» Seîdijésy de ^53 (i 546) jusqu'à nos jours. 



DE L'EMPIRE OTTOMAH. 357 

résolution de se venger en l'expulsant de ses Etats. 
Renforcé par le secours des ennemis d'Aamir, c'est- 
à-dire par les tribus montagnardes des Seïdiyés et les 
chefs de Djazan ' et de Lohaya ', Houseïn s'empara 
d'abord de Sebid. Après avoir laissé dans cette ville 
une garnison sous le commandement de l'émir Ber- 
sebaï , il se dirigea sur Aaden qui se défendit avec 
courage, msdgré la terreur inspirée aux Arabes par 
les canons, qui leur avaient été inconnus jusqu'alors. 
Ne pouvant vaincre cette résistance , Houseïn se re- 
tira avec quelques navires pris dans le port et revint 
à Djidda, où par ses ordres on pendit une partie des 
prisonniers, on arracha les entrailles à d'autres et on 
fît subir à tous mille tortures; sa cruauté ne tarda pas 
à être punie. Le schérif Eboul-Berekat, qui avait 
fait sa soumission à la Porte , en envoyant , conune 
on se le rappelle, son fils Ebou-Nemi au Caire, pour 
présenter au Sultan les clefs de la Kaaba , reçut or- 
dre de faire jeter Houseïn à la mer. Cependant Ber- 
sebaï, que l'émir Houseïn avisât laissé à Sebid, s'était 
mis en marche contre larmée d'Aamir, avait pris là 
ville de Taaz, et livré une bataille en rase campagne; 
qui avait coûté la vie au prince Aamrr et à son frère-, 
et mis fin à la domination des Beni-Tahirs. Plusieurs 
poètes déplorèrent la mort du noble et malheureux 
prince par de touchantes élégies [xvi] (23 rebioul- 
akhir 923—15 mai 1517). Lorsqu'il eut livré Sanaa 
au pillage, Bersebaï revint avec huit mille chameaux 

I Le schérif Âxeddin, fils d'Ahmed. 
* \a fakih Eboubekr. 



358 HISTOIRE 

duii^gés du bmtin; o^ds, sqi la route de Nedjran, il 
fut surpris p^r des Arabes , qui lui enlevèrent ses 
tf^ésprs avec la vie. Le tscherkesse Iskei^der succéda 
à Bersebaï dans le commandement de Sebid , â peu 
4e teiiip? après 11 fut investi par Sélim du gouverne- 
ment de VYémen, dont il fut le premier pascha otto- 
man. Mais Iskender ne cons^ra ps» long-temps son 
pouvoir : il fut tué par un officier des janissaires, 
nommé Kemal , qui s'empara de Selûd et Tembellit 
d'une mosquée qui porte son nom, la Kem^liyé. Ke- 
mal «succomba à son tour sous le poignard d*Iskender 
leKaramanien, qui lui succéda. Houseïn, sandjakb^ 
de Djidda, et Selman, Tqn des cajMtaines de la fbtte 
turque, reçurent ordre de jdindre leurs forces à celles 
du schérif de Djazan , pour mettre im terngie à cette 
succession d'usurpations fondées sur le meurtre. Is- 
kender le Karamanien éprouva le sort de son prédé- 
cesseur Iskender le Tscherkesse; Sebiian se retira 
poin*suivi par Iqs malédictions des habitans de Sebid, 
à cause de ses cruautés; Houseïn, resté seul msdtre de 
la ville , étendit sa domination sui" Taaz ; mais il mou- 
rpl peu de temps après, et eut pour successeur Mous- 
tafst-Alroumi. Sur ces entrefaites, Ibndiim-Pa^cha , 
alors en Egypte, envoya à l'amiral Selman-Reïs qua- 
tre mille hommes sous les ordres de Khaïreddin- 
Hamza, avec injonction d'installer ce dernier dans le 
gouvernement de Sebid, et de soumettre avec son se- 
cours l'Yémen à la puissance ottomane. Moustafa-Al- 
roumi ayant refusé de se démettre du gouvernement 
de Sebid, Selman le battit à Al-salif , entra triom- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 5Qg 

phant à Sehid et à Taaz, et abandonna au (^age iFab 
et DjeUa. Alroumi ftit livré au bourreau; Selman ne 
tarda pas à être victime de la jalousie de IQiaïreddin- 
HaD[iza, et ce dernier fut à son tour décapité par le 
neveu de Selman, Moustafa, qui vengea ains^ la mort 
de son oncle. Ne se croyant plus en sûreté oans Se- 
bid, Moustafa et son compagnon d'armes Safer se ré- 
fugièrent à Goudjourat , où ils reçurent du Sultan le 
titre de khans; en outre, le premier fut nommé au 
commandement du port de Diou, et le second au 
gouvernement du Sourat. Sebid se trouvant ainsi sans 
gouverneur, Yemir Iskender-Mouz s'en anpara et 
administra le pays au nom de Soulaman; il se iSt aimer 
d^ savans et des soldats par sa justice et sa libéralité, 
et fonda à Sebid une superbe mosquée, qui porte lé 
nom d'Iskenderiyé. H mourut dans la septième année 
de son administration, en laissant le pouvoir à son 
fils, sous la tutelle d'un vizir, le pilote Ahmed. 

Ce fut à cette époque qu'apparut dans les monta- 
gnes de l'Yémen la nouvelle dynastie des Seïdiyés, qui 
s'y est maintenue jusqu'à nos jours. Son fondateur, 
Schemseddin, fils d'Ahmed, s'attribua à la fois la sou- 
veraineté et le titre d'imam , en faisant remonter son 
origine jusqu'au Prophète. Cette secte des Seïdiyés a 
reçu son nom de Seïd , frère de Mohammed-Alba- 
kir, fils du troisième imam Seïnoul-Aabidin , fils de 
Houseîn, fils d'Ali. Ce dernier s'étant révolté contre 
Hischam, troisième khalife de la famille d'Ommia, fut 
battu et périt les armes à la main ; son corps, qui avait 
été déposé dans un tombeau sous le lit d'un ruisseau, 



36o HISTOIRE 

fut exhumé et suspendu à une potence , et , cinq ans 
après, jeté dans les flammes par ordre du khalife We- 
lid, successeur de Hischam [xvii]. Les Sunnis, bien 
qu'ils blâment Seïd d'avoir professé quelques opiDions 
erronées, et, entre autres, d'avoir soutenu l'inutilité 
de la prière faite en un lieu livré au pillage ou soas 
un vêtement pris à l'ennemi , ne lui attribuent pas le 
schisme des Seïdiyés , et en considèrent son précep- 
teur, Wassil Ben Atta, comme l'auteur. Wassil Ben 
Atta était disciple de Hasan-Bassri, l'un des pères de 
l'Islamisme, qui le fit mettre à mort, en lui disant : Tu 
as fait schisme; depuis lors les Seïdiyés furent appelés 
schismatiques (motazélés) par les Sunnis. Leur doc- 
trine diffère de celle des Musulmans orthodoxes re- 
lativement au dogme de la prédestination, et sur d'au- 
tres points encore; ainsi les Seïdiyés admettent, outre 
le paradis et l'enfer, un troisième séjour des âmes, et 
professent, en opposition avec les principes philoso- 
phiques de l'Islamisme, des opinions qui ont été dé- 
veloppées dans deux ouvrages différens par l'imam 
Schemseddin, fils d'Ahmed [xviii]. 

Scherifeddin , imam des Seïdiyés , ordonna à ses 
deux fils Moutahher et Schemseddin- Ali , d'attaquer 
le pilote Ahmed , alors gouverneur par intérim de 
Sebid ; mais ils furent battus et forcés de se retirer 
avec leurs troupes. A cette époque, l'eunuque Sou- 
leïman - Pascha , gouverneur d'Egypte et plus tard 
grand- vizir, revint de son expédition à Goudjourat; 
il avait été déterminé à cette retraite par une ruse de 
guerre imaginée par Khodja-Safer, que Mahmoud, 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 56 1 

sultan de Goudjourat, avait honoré du titre de khou- 
dawendkiar. Lors de son passage sur les côtes d'Ara- 
bie, Souleïmau-Pascha avait enlevé au dernier re- 
jeton des Tahirs , Aamir Ben Daoud , le reste de ses 
possessions en s'emparant de la ville d'Aaden. A son 
retour d'Asie , il aborda à Mokha et invita le pilote 
Ahmed à se rendre à son bord avec le fils mineur 
d'Iskender-Mouz. Ahmed tomba dans ce piège; à 
peine fut-il à bord , qu'il fîit tué avec les deux jeunes 
princes qui l'accompagnaient; le gouvernement de 
Sebid fut donné, au nom du Sultan , au sandjak de 
Ghaza, Moustafa. Souleïman se rendit par Djidda et 
la Mecque à Constantinople , emmenant avec lui Sid* 
Ahmed , fils du schérif de la Mecque Ebou-Nemi 
(8 schewal 945 — 27 février 1 539). Après une vaine 
tentative pour s'emparer de Taaz, le sandjak Mous- 
tafa fut remplacé par Mouslafa £n-neschschar (le 
scieur) , ainsi nommé parce qu'il faisait scier en deux 
les brigands et les ennemis qui tombaient en son 
pouvoir. Le premier de tous les gouverneurs de T Yé- 
men , il obtint le titre de beglerbeg. Son successeur 
Oweïs, esclave de Sélim I", profita habilement des 
discordes survenues entre les deux fils de Scherifed- 
din, l'imam des Seïdiyés, pour agrandir son territoire. 
Il s'empara de la ville de Taaz, en accordant son se- 
cours au fils aîné de Scherifeddin, Moutahher, contre 
son jeune frère Schemseddin , désigné par leur père 
comme son successeur (1" silhidjé 951 — 13 février 
1545). Mais il s'attira, par la discipline sévère qu'il 
imposait aux troupes, la haine des lewendis, dont 



35!i HISTOIRE 

le chrf B9ma Vdi&wm le poignarda. Le f^w du 
tscherkesse Ouzdemir veng^ bientôt le meurtre d*0- 
weïs, et ce nouveau chef, fidèle aux Ottomans, con- 
quit au nom de Sélim la ville de Sanaa. Â la nouvelle 
du meurtre d*Oweïs, le Sultan nonmia à son gouver- 
nement le b^^beg Ferhad. Celui-<â ramena à IV 
béissance la ville d'Aaden, qui s'était révoltée, et par 
une victoire remportée à Abou-Aarisch dans le (ïs- 
trict de Djazan sur les troupes alliées de plusieurs 
schérifs arabes, il parvint à rétablir la tranquillité dans 
le Djebal et le Tehama, c'est-à-dire, dans les mcnita* 
gnes et le pays plat. Rappelé à Constantinople, Ferhad 
céda le gouvernement à Ouzdemir. 'Ausëi brave qa'é- 
rudit , ce dernier résolut d'anéantir la puissance de 
Moutahher et de sa secte. Dans ce but, il demanda à 
la Porte les secours nécessaires, etDaoud, alors gou- 
verneur d'Egypte , lui envoya par ordre du Sultan 
trois mille fantassins et mille cavaliers sous le com- 
mandement de Moustafa-le-Scieur, naguère destitué 
de son gouvernement. Ouzdemir et Moustafa entre- 
prirent ensemble le siège de Thela, où Moutahher 
s'était renfermé ; mais, par suite d'un différend sur- 
venu entre les deux chefs , Moustafa usa des pleins 
pouvoirs qu'il avait reçus, et délivra à Moutahher un 
diplôme ' du Sultan qui lui conférait le titre de sandjak 
et lui assurait la jouissance tranquille de son gou- 

« Ce diplôme daté du xo schewal 957, et )a réponse de Moutahber du 
mois demoharrem 958, se trouvent dans mon exemplaire de Koutbeddin, 
f. 43, et dans Vlntcha du defterdar d'Egypte, Ibrahim, f. 87 et 88, i la 
Bibliothèque I. B. 




DE L'EMPJRE OTTOMAN. 363 

vernemcDt. Ouzddipir, après avoir, pendant «ept ans 
d'administration , agrandi son territoire par la prise 
de ^ept châteaux ' , céda son gouvernement à Mous- 
tafa-^le-Scieop*} et r^ouma par Sewakin à G>nstànti- 
QC^le, où il soumit au Sultan le projet de la conquête 
de Nubie. Souleïman , toujours disposé à exécuter de 
grandes entreprises, approuva ce projet. Ouzd^mir 
partit de la Haute - Egypte à la tête de trente mille 
hommes pour la Nubie, construisit plusieurs forteres- 
ses k Ibrim ^t sur d'autres points du littoral du Nil, et 
moyrut à Dewarowa, pr^ooier gouverneur ottoman de 
Nubie; il fut enterré à Massoura, où son fils Osman- 
Pascba éleva sur son tombeau un dôme magnifique. 
Son successeur dans le gouvernement de FYémen, 
Moustafa-^ê^deur, eut le n^érite d'organiser les cara- 
vanes de pèlerins dans cette nouvelle province et de 
leur donner un chef, Emirol-hadj (prince des pèle- 
rins) , à Tinstar des caravanes qui viennent de Damas 
et du Caire (967-1 560). Moustafa-le-Sdeur laissa son 
gouvernement à Moustafa-Kara-Schahin (le faucon 
noir) , ainsi nommé pour la vivacité de ses yeux et sa 
couleur de mulâtre. Ce dernier, promu un an après au 
gouvernement d'Egypte , eut pour successeur Mah- 
moud-Pascha , qui plus tard fut également gouver- 
neur d'Egypte, et qui , ayant été assassiné par suite 
de sa tyrannie , reçut après sa mort le surnom de 

« Routbeddin ne fait mention que de la reprise de la ville de Sebid , 
occupée par Haïder (Notices et Extraits de la Bibliothèque du Roi, t. IV» 
P< 449) ) inais le Djihannuma, p. 55o, çlonne les noms des six autres places 
fortes; savoir : Khelan, Habesch, Sewakin, Atra» Makhlak et Khanfar. 



364 mSTOIRE 

Maktool (le tué). Un des premiers actes de Tad- 
ministration de Mahmoud, fut Texécution du direc- 
teur des monnaies , qu'il accusa d'être le seul auteur 
d'une altération de monnaie , existant déjà sous son 
prédécesseur [xix]; plus tard, cependant, ce même 
Mahmoud altéra lui-même les monnaies pendant son 
gouvernement d'Egypte , ainsi que lavait feit Âli. H 
fixa sa résidence à Taaz, et mit le siège devant Habb, 
qui était exclusivement possédée depuis trois géné- 
rations par la famille Nezari. H attira par de perfides 
négociations le chef des Nezaris dans son camp, où il 
le fit exécuter; ce meurtre, qui le rendit maître de la 
ville, inspira une telle horreur aux Arabes, qu'ils ap* 
pelèrent dès lors les actions perfides et honteuses des 
mahmoudiyés ' , c'est-à-dire, des actions de Mahmoud, 
ou, d'après l'autre sens ironique du mot, des actions 
louables. 

En récompense de cette perfidie qui avait accru les 
possessions ottomanes, Mahmoud fut promu au gou- 
vernement d'Egypte , et eut pour successeur , dans 
r Yémen , Ridhw^an , fils du précédent gouverneur 
Kara-Schahin , qui s'empressa d'adresser à la Porte 
un rapport détaillé sur l'administration dé son pré- 
décesseur (rebjeb 972 — février 1 565). Dans le des- 
sein de se venger de cette délation, Mahmoud repré- 
senta à la Porte que l'Yéjnen avait une trop grande 
étendue pour être bien administré par un seul gou- 

I m lis donnèrent même à ces ruses infâmes le nom de Mahmoud, et Itf 
appellèrent mahmoudia, • C'est encore ainsi que l'on appelle aujourd'hui 
k# fMèees d*or ^ppées à Censtantinople. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 365 

*venieur, et qu'il serait très-utile d'en instituer deux. 
En conséquence I*Yémen fut divisé en deux gouver- 
nemens : l'Yémen supérieur et TYémen inférieur; 
le premier, qui resta à Ridhwan, comprenait les pays 
montagneux, et avait pour capitale la ville de Sanaa ; 
le second, dont le siège était à Sebid, fut donné à 
Mourad-Pascha le borgne. Lorsque Mourad débarqua . 
à Sebid, Ridhwan était en guerre avec les Ismaëlis, 
qu'il avait poussés par ses demandes exagérées à se 
révolter et même à contracter une alliance avec les 
Seïdiyés, leurs ennemis naturels. Ridhwan demanda 
des secours à Mourad, et celui-ci les promit; mais la 
discorde s'éleva bientôt entre eux, lorsque Mourad 
présenta à son collègue le r^istre des villes et vil- 
lages de son gouvernement , sur lequel se trouvaient 
portés les villages de Djeblé, Alkander et Soulsofalé, 
quoiqu'ils eussent appartenu jusqu'alors au gouver- 
nement de Sanaa. Peu de temps après , Ridhwan fut 
destitué, et sa place donnée à Hasan-Pascha, Russe 
d'origine. Le départ de Ridhwan fut le signal d'une 
insurrection générale. Moutahher, qui avait jusqu'a- 
lors trompé Mourad-Pascha par des protestations 
d'amitié et de dévouement, leva le masque et mit le 
siège devant Sanaa. Les Arabes de Soudan , Sche* 
wafi, Taaker, Sahian et Gharmin ', se liguèrent et 
chassèrent la garnison turque de Habb *. Mourad, en 

> Dans les Notices et Exlraiu, t. IV, p. 462 , Al'Arahàin, 

'* Oh lit, dans les Notices et Extraits, Ah au lieu de Hahh, ce qui pour» 

rail induire en erreur, parce qu'il existe dans rTémen un autre village du 

nom de ^^. 



566 HISTOIRE 

se retirant ptfr kr rome de Taaz, fût surpris ptf tes 
Arabes, battu et tué, et cette défaîte amena la sotstd»- 
sion de Sanaa. Moutabher fit son entrée dans ^tfe 
ville, précédé par la garnison turque, forte de((cia- 
torze ceffts hommes, et commandée par dix-sept satt- 
<]|atEbegs et quatre agas. M^s à peine se rit-il maître de 
&uiaa, que violant la capitidation faite, il mit la v3ie 
au pillage , fil la garnison prisonnière , et en jeta me 
partie dans \e^ dlen^s de la ville, et l'autre dans le» 
châteaux des montagnes (3 safer 975 — 9 août 1567). 
Le premier vendredi qui suivit la prise de la place, la 
prière publique fut célébrée au nom de MoutaUer : 
lorsqu'il eut invoqué les bénédictions du ciel sur le 
Prophète, sur son gendre Ali et sa femme Fatin^t 
le prédicateur (khatib) appela les gràces^ du Très- 
Haut sur le père de Moutahher, Schertfed(fin, Timam 
des Seïdiyés, et après lui seulement sur les trois kha- 
lifes Eboubekr, Omar et Osman, puis sur Hamza, le 
héros de l'Islamisme, sur Abb»», le fondateur du kha- 
lifat, sur les dix compagnons d'armes du Prophète, sur 
toutes les femmes orthodoxes et les autres disciples de 
Mohsonmed. D proclama ensuite Moutahher khalife et 
Emirol-mouminin , pria pour lui et les Musuhnsois , 
les pèlerins et les combattans de la guerre sainte, 
les voyageurs et les compagnons de ses victoires '. A 
Tarrivée à Sebid de Hasan-Pascha, ncxnmé gouver- 
neur de Djebal à la place de Ridhwan, les Seïdiyés 
mirent le siège devant Taaz ; le commandant ayant 

1 Cette prière hérétique si importante n'est indiquée que dans une note 
des Notices et Extraits, p. 463. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 367 

vainement demandé des renforts au nouveau gou- 
verneur , la vffle fut emportée d'assaut , ainsi qùt le 
château -fort de Kàhiriyé (3 rebfoul - akhhr — 7 oc- 
tobre ). Peu de temps après , le Tehama fut adjoint 
au gouvernement de Hasan , qui dut seul régir toni 
FYémcn, en attradant l'arrivée des forces envoyées 
par le Sultan pour réduire les rebelles à Tobéissance. 
C'est ainsi que cessa ce partage en deux gouverne- 
mens , opéré au (Kf riment de ta puissance ottomane, 
sur la perfide proposition de Mahmoud-Pàscha. La 
chute d'Aaden ne tarda pas à suivre celle de Taaz. 
D'un autre côté, Habb tomba au pouvoir d'Âli, après 
un siège de peu de durée. Frère de Moutahher, Ali 
avait été désigné par son père pour lui succéder; mais 
à la mort de Scherifeddin , il avait abjuré la doctrine 
des Seïdiyés, et avait résigné b dignité d'imam en fa- 
veur de son frère Moufahher. Un autre chef de» SeSi- 
diyés, Alî l^n Schoweyi, le même qui avait soumid 
Taaî et Aaden, se rendit maître de Mewseî; S mar- 
cha ensuite sur Mokha , et de là sur Sebid , d'où il 
fut repoussé par une sortie vigoureuse d^ la garnison. 
PSar suite de ces conquêtes, tout ITémen, à l'exception 
de Sebid, se trouva sous la dommation des Seïdiyés, 
et l'imam Moutsdhher ne craignit plus de prendre le 
titre de khalife. Ces envahissemens appelaient une ré- 
pression prompte et efficace. Mohammed-SokoUi, qui 
avait saisi d'une main puissante les rênes du gouver- 
nement, mais qui désirait tenir éloignés de la cour tous 
ceux dont l'influence sur l'esprit du Sultan pouvait 
nuire à la sienne, expédia à l'ancien grand-maltre de 



{ 



568 HISTOIRE 

la cour de Sélim, Lala-Moustafa, Tordre de partir en 
qualité de serasker pour faire la conquête de FYé- 
men. Du reste, cette mission ne fut pas confiée sans 
raison à Moustaia ', car il avait à venger sur les Ara- 
bes la mort de Mourad-Pascha, l'un de ses plus pro- 
ches parens. Le Sultan nomma beglerbeg de TYémen 
Osman, fils d'Ouzdemir, et conféra le gouvernement 
d'Egypte à Sinan-Pascba, Albanais ignorant, égoïste 
et entêté *, frère d'Ayas-Pascha, exécuté sous Souleï- 
man pour avoir favorisé la fuite du prince Bayezid ; à 
dater de cette exécution , Sinan était devenu l'ennemi 
déclaré de Lala-Moustafa. 

En donnant à Moustafa le c(»nmandement supé- 
rieur de l'armée d'Arabie, SokoUi, au lieu de lui 
adjoindre, comme on le faisait d'ordinaire pour les 
seraskers, quelques milliers de janissaires et trente ou 
quarante tschaouschs , lui ordonna de ramassa* en 
Syrie tous les gens sans aveu pour les enrôler sous le 
nom de janissaires égyptiens , et de choisir dix ou 
douze de ses cavaliers feudataires (saïms) pour les 
convertir en tschaouschs. Les représentations de Mous- 
tafa sur un commandement en chef aussi contraire aux 
usages restèrent infructueuses. Une autre humiliation 
l'attendait au Caire : le gouverneur Sinan-Pascha lui 

« Ali, qui à cette époque était secrétaire de Moustafa, s'étend avec détail 
sur les causes de sa nomination, ainsi que sur celles qui firent échouer son 
expédition. 

» Djahilanoud we hitsch birferdé khoulouss ou mouhahetù yok birzemi- 
moul'woudjoud Arnaoud, Le panégyrisie de Sinan, Koutbeddin, ne signale 
point les défauts de son caractère, que l'on trouve consignés dans la Bio- 
graphie des Vizirs et dans tous les historiens ottomans. 



DE L'EMPlKfc OTTOMAN. 56'g 

témoigna tout son ressentiment , en lui assignant pour 
logement une maison particulière au lieu de te rece- 
voir dans son palais. Dans un diwan solennel , qui 
se tint au Caire, et auquel assistèrent le serasker 
Moustafa , le gouverneur d'Egypte Sinan-Pascba , le 
beglerbeg de TYémen Osman Ouzdemir-Pascha , le 
moufti du Caire , le scheïkh Mohammed - Efendi , le 
defterdar Tschiwizadé Mahmoud - Efendi , l'amiral 
égyptien Kourd-Oghli Kizrbeg, et tous les autres begs 
et agas du pays, l'historien Âli donna lecture de tous 
les fermans rendus par la Porte relativement à l'expé- 
dition d'Arabie. Douze de ces fermans avaient été ap- 
portés par Moustafa , onze par Sinan-Pascha et sept 
par Osman-Pascha. Ces différens fermans, conformes 
aux intentions de ceux qui les avaient sollicités , pré- 
sentaient entre eux de telles contradictions , qu'il fut 
impossible de s'entendre à cet égard. Dans l'un des 
fermans du serasker, on remarquait ce passage : « Tu 
dois pourvoir à tous les besoins de l'armée, et ne te 
rendre coupable d'aucun retard dans l'exécution des 
ordres qui t'ont été donnés, sous prétexte de deman- 
der avant d'agir des instructions à la Sublime-Porte. » 
Mais on lisait aussi dans un ferman du gouverneur 
d'Egypte : « Tu feras en sorte de fournir en quan- 
tité suffisante les choses nécessaires au serasker, en 
évitant toutefois d'épuiser le pays. » Ces deux fer- 
mans recelaient implicitement des contradictions , qui 
déterminèrent des dissentimens entre le serasker et le 
gouverneur : ainsi le premier demanda quatre mille 
soldats , et le second lui en fournit à peine quatre 

T. VI. 24 



370 HISTOIRE 

cents. Les amis de Moustafa, son reïs^efendi Ser- 
wisch Tschelebi , traducteiir du Mesnewi, son kiaya 
Mouferrih Moustafabeg, les begs égyptiens Moustafa 
et Mohammed, le mouteferrika Âdjem-Molla, qui 
remplissait auprès de lui les fonctions d'intendant 
(nouzl - emini ) , et 1^ sandjakbeg d' Yenischdir Beg- 
lizadé Mohammed , ne cessèrent de lui représenter, 
à Toccasion de ces démêlés, qu*il ne parviendrait sods 
aucun rapport à réussir dans son expédition , s'il ne 
commençait d'abord par joindre à sa dignité de se- 
rasker celle de gouverneur d'Egypte. C!e fut en effet 
dans ce sens que Lala-Moustafa écrivit à la Porte; 
mais, de son côté, Sinan-Pascha manda au Sultan qu'il 
avait pourvu aux besoins de l'armée, et que le serasker 
ne retardait sa campagne que sous de futiles prétextes 
et dans la seule vue de cumuler le gouvernement 
même de l'Egypte avec ses fonctions de serasker. 11 
avança entre autres calonmies que Moustafa nour- 
rissait le projet de faire proclamer sultan d'Egypte le 
fils qu'il avait eu d'une parente du sultan Ghawri, et 
que lui Sinan avait failli perdre la vie dans un festin 
ou le serasker lui avait fait servir une coupe de sorbet 
empoisonné* Le grand-vizir mit à profit ces perfides 
insinuations pour perdre le serasker : sur son or- 
dre, le tschaousch-baschi, suivi de sept tschaouschs et 
connu sous le nom de Bourounsiz (sans nez), vint au 
Caire porter à Lala-Moustafa $a destitution , et l'io- 
jonction de partir pour Constantinople, afin d'y ren- 
dre compte de sa conduite ; en même temps, S^ao- 
Pascha fut investi du commandement en chef de l'ar- 



DE L'EMPIRE OTTOMAN- 371 

mée contre rYémen. Dans le cfis où les insinuations 
de Lala-Moustafa auraient empêché Osno^n-Ouzdemir 
de se rendre à son poste , le tschaousch-baiscbi était 
dhargé de faire décapiter ce dernier, et de faire pen- 
dre en outre les begs mamtouks Moustafa et Moham- 
med. Moustafa se prépara à son départ; mais, pré- 
voyant le sort qui Fattendait à Gonstantinople , il écri- 
vit auparavant au Sultsin une lettre pleine d'humilité , 
dans laquelle il lui rendait un compte exact db ce qui 
s'était passé , et prouvait victorieusenient i^n inm)- 
cence [tol]. Cependant les deux begs mamlouks fu- 
rent pendus ; Âdjem-Molla , dont Texécution n'avait 
pas été ordonnée au tschaousch , fut soumis à mille 
tortures, et se vit plusieurs fois conduit sur le lieu du 
supplice. Ouzdemir-Pascha était parti pour FYémen 
sept jours avant l'arrivée du tschaousch-baschi ; ainsi 
peu s*en fallut que ce futur grand- vizir, conquérant 
de rYémen et des pays du Caucase , ne périt par le 
glaive du bourreau. 

Avant l'arrivée de Sinan-Pascha en Arabie , Os- 
man-Pascha avait ouvert la campagne par la prise de 
Taaz , l'une des places les plus importantes des con- 
trées montagneuses de l'Yémen, et aujourd'hui la ca- 
pitale de l'imam de ce pays. !l^tie par l'Eyoubide 
Teftekin, T^az devait surtout sa prospérité aux princes 
de la dyn^tie Beni-Resoul ; parmi eux , Omar Ben 
Manssour y avait fondé deux académies , Melek- 
Moudjahid et Melek-Efdhal , les deux académies de 
Moudjahidîyé et Efdhaliyé. Les nombreuses richesses 

de Taaz, consistant surtout en marchandises de l'Inde 

94^ 



^71 HISTOIRE 

et de TEurope, furent abandonnées à la rapacité de 
] 'armée ottomane. La citadelle de la ville de Kahiriyé 
résistait encore , lorsque l'arrivée de Sinan vint rani- 
mer le courage des assiégeans. Il avait quitté le Caire le 
Sjanvier 1569 (17 redjeb976), et s'était rendu à Taaz 
par Yenbou, la Mecque et Djazan. Son armée chassa 
les troupes des Seïdiyés du mont Alaghbar, et peu de 
temps après Kahiriyé capitula et rentra sous la domi- 
nation ottomane. Dès lors, Sinan songea à la conquête 
d'Aaden et de Sanaa. II avait déjà envoyé contre la 
première de ces villes la flotte de la Mer-Rouge, com- 
mandée par Mohammed Kourdoghli ; alors il fit mar- 
cher contre elle une division de son armée sous les 
ordres du beg Mimayi , eélêbre pour avoir chanté 
cette campagne en vers turcs ^ . Avant d'entreprendre 
le siège de Sanaa , Sinan convoqua un conseil de tous 
les chefs de l'armée , auquel il fit également inviter 
par deux tschaouschs le beglerbeg Osman Ouzdemir. 
Dans la crainte 'd'une trahison de la part du serasker, 
Osman augmenta ses forces d'un grand nombre d'Ara- 
bes et de transfuges du camp du vizir, qui vinrent 
de tous côtés se rallier sous ses drapeaux. Sinan, qui 
se trouvait muni de pleins pouvoirs et de fermans en 
blanc-seing , destitua le beglerb^ et donna sa place au 
Russe Hasan-Pascha ; mais ce dernier, s'étant rendu 
odieux par ses exactions , il ne lui laissa que le titre 

I Ali, f. 35o, nomme les trois auteurs qui ont célébré cette campagne; ce 
furent Roumouzi , Mimayi et Schehabi : leurs ouvrages portent le titre àt 
Foulouhati Yemen , cest-à-dire la Conquête de VYémen, Un quatrième ou- 
vrage du même titre se trouve à la BîbKotJièque I. R. de Vienne, n* 479* 



DE L'EMPlKE OTTOMAIS. 575 

de la dignité , et lui en retira tous les pouvoirs [xxi]. 
Dans la vue de se soustraire aux poursuites dirigées 
contre lui par Sinan, Osman-Pascha se hasarda à tra- 
verser seul les montagnes jusqu'à la Mecque , afin 
d'obtenir Tappui des scheïkhs arabes, toujours flottant 
irrésolus entre les deux chefs rivaux ; il leur écrivit 
qu'il avait été mandé à la Porte comme particulier, 
et non pas en qualité de beglerbeg. C'est ainsi qu'il 
parvint à échapper à la hache du bourreau et aux 
lances des Arabes, et qu'il arriva sans accident à Conv 
stantinople, où le grand- vizir, prévenu par les lettres 
de Sinan, travaillait, mais en vain, à sa ruine, comme 
il avait travaillé naguère à celle de Lala-Moustafa ; ce 
dernier avait à la vérité été arrêté à son arrivée dans 
la capitale; mais Sélim, qui ne devait le trône qu'à ses 
intrigues, s'était empressé de le faire élargir. SokolH 
fit jouer tous les ressorts de l'intrigue, afin de perdre 
le fils d'Ouzdemir [xxii]. Sous prétexte que sa pré- 
sence pourrait porter quelque atteinte à la tranquillité 
de la ville, il lui enjoignit de se loger sous des tentes 
en dehors des portes de Constantinople^ Résigné à 
tout supporter pour obtenir justice, 0sman fit dressée 
ses tentes devant la porte d'Andrinople, au Hiilieu des 
pluies et des neiges d'ua hiver rigoureux, et malgré 
les ravages de la peste qui sévit sur les siens et l'en- 
toura de leurs tombeaux. Lorsque Sélim, à son retour 
d'Andrinople dans la capitale, passa près des tentes 
d'Osman sans faire d'observation ni proféra une pa- 
role, Lala-Moustafa qui venait de rentrer en faveur, 
croyant cette occasion favorable pour obtenir la grâcQ 



374 HISTOIRE 

de son ami, lui dit : c< Votre Majesté ne daignera-t-elle 
pas demander à son esclave, qui est celui qui de- 
meure sous ces tentes? — En effet, répondit le Sultan, 
en jetant un regard de ce côté , qui donc demeure là? 
«--* C'est, répliqua Moustafa, votre esclave Osmati- 
Pascha , fils d'Ouzdemir , qui sous le règne de feu 
le Sultan Souleïman agrandit l'empire de deul pro- 
vinces, TYémen et la Nubie. Après avoir marché 
dans TYémen sur les traces de son père , Osmaâ se 
voit ici privé de tout emploi et exposé aux pluies et 
aux neiges de cette saison rigoureuse. » Dès te jour 
suivant , un kbatti-schérif investit Osman du gouver- 
nement de Bassra. Sokolli ayant fait quelques objec- 
tions à cette nomination , le Sultan lui dit d'un ton 
menaçant : « Garde-toi de le destituer. » Néanmoins 
Sokolli sut éluder cet ordre, et au lieu du gouverne- 
ment de Bassra, il conféra à Osman celui d'Ahsa au 
nord-est de l'Arabie, qui forme aujom*d'hui le siège 
des Wehhabites. 

Après le départ d'Osman-Pascha, Sinan avait éta- 
bli son camp dans le voisinage de Taaz à Alkaïda. 
Il y reçut l'heureuse nouvelle de la prise d'Aaden 
par le commandant de la flotte, Khaïreddin-Kourd 
(â9 silkidé 976 — 15 mai 1569). 11 nomma sandjak 
de cette ville son neveu Houseifn , et se porta incon- 
tinent sur Sanaa. Trois routes conduisaient de Taaz 
à Sanaa : la première par les montagnes de Nakil-al- 
ahmar, la seconde par la vallée de Sahban , la troi- 
sième par Meïsem; celle-ci qui était la plus longue, 
mais la plus sûre et la moins difficile, fut celle que prit 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 375 

Sînan. U campa, chemin faisant, entre Djc^a et 1^- 
ker, s'empara de cette dernière ville, et chassa a;irec 
le secoors d'un émir des Ismsulis, qui lui était dé-^ 
voué , les Seïdiyés de leurs positions sur le mont Hou- 
tàïscb. Puis il soumit Ab, situé au pied de la monta- 
gne de Boudan. Pour stimuler Tardeur de ses soldats, 
il c^tribua aux uns des récompenses et accorda aux 
autres xme augmentation de solde. Voulant assiurer 
sa retraite et ne laisser sur ses derrières aucun en- 
nenii, il envoya un détachement pour faire le siège du 
château de Habb , près de la place de Dhamar, la- 
quelle s'était empressée de faire sa soumission. Dha- 
mar, entourée de murs et de beaux jardins, a donné 
le jour à tm grand nombre de savans ; les Sâ'diyés y 
ont une académie , qui est fréquentée par cinq cents 
élèves et forme la principale pépinière de leurs savans. 
Après avoir traversé le défilé de Dhiraaol-kelb (pau- 
vre comme un chien), l'armée arriva à Sanaa, capitale 
de l'Yémen, située sur une petite rivière qui descend 
vers Dhamar (11 safer 977 — 26 juillet 1569). Le 
dmat de Sanaa est le plus salubre de toute l'Arabie ; 
l'atmosphère en est û pure et si dépourvue d'humi- 
dité , que la viande peut s'y garder huit jours sans 
subir d'ahération; aussi les malades affluent-ils de 
tous côtés dans cette ville, pour rétablir leur santé, et 
envoie-t-on dans ses prairies les chevaux et les cha- 
meaux dont les forces sont épuisées. Les maladies y 
sont aussi rares que les insectes; il n'^y pleut que dans 
les mois de juillet, d'août et de septembre, et jamais 
avant le coucher du soleil ; un jour pluvieux, pendant 



5:6 HISTOIRE 

lequel les affaires seraient interrompues, y serait con-' 
sidéré comme un phénomène. Le jubeb est le plus re- 
nommé des fruits qui croissent sur le sol fertile de 
Sanaa, et, parmi ses produits industriels, les plus cé- 
lèbres sont des turbans, des tissus rayés d*une brillante 
couleur, le maroquin et la peau de chagrin '. On y voit 
les ruines du palais de Ghomdan , aussi renommé dans 
rhistoire arabe que ceux de Sédir et de Khawrnak ; 
les quatre façades de ce palais étaient peintes d'une 
couleur différente. Tune rouge, l'autre blanche, la 
troisième jaune et la quatrième verte; au centre s'é- 
levait un kœschk d'une hauteur de sept étages; la 
plate-forme offrait une terrasse , d'où la vue s'éten- 
dait à trois milles de distance. Le khalife Osman dé- 
truisit ce palais , nonobstant une prophétie qui pré- 
disait une mort violente au destructeur; et, en effet, 
Osman succomba sous le poignard d'un assassin. À 
côté des belles ruines du palais de Ghomdan, on ad- 
mirait encore à Sanaa l'église chrétienne fondée par 
le roi d'Ethiopie Âbraha; ce temple avait été doté 
d'immenses richesses en or et en argent, et destiné à 
détourner les pèlerins de la Mecque pour les attirer 
à Sanaa. Âpres l'entrée de Sinan dans cette ville, Me- 
mibeg s'empara du château-fort de Khaoulan, appar- 
tenant à Katran ^, l'un des plus puissans chefs de l'ar- 
mée de Moutahher. Ce château fut rasé, ainsi que la 

1 Djihannuina, p. 486. Les deux mots turcs sakkiian et sighri ont passé 
dans les langues européennes : safion (maroquin) et chagrin, 

a Katran- Pech, d'où le mot italien Cairame et le mot français Goudron, 
Ali, f. 35a. 



I. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 377 

ville de Schibam , située à quelque distance du fort 
le plus important de rYémen, celui de Kewkeban 
(4 rebioul-ewwel —17 août 1569), dont le siège fut 
aussitôt commencé. Le beglerbeg Hasan-Pascha et 
Mahmoud- Pascha, conjointement avecTemir Âbdoul- 
lah-Âlhamadani, reçurent ordre de se porter sur les 
derrières de ce fort , tandis que Sinan- Pascha l'atta- 
querait de front avec le gros de l'armée. Renfermés 
dans la ville voisine de Selé, Moutahher et ses deux 
fils Âlhadi et Loutfalah firent contre le camp des 
Ottomans de fréquentes sorties, dans Tune desquelles 
Alhadi fut tué. 

Le siège de Kewkeban ne fut poussé avec vigueur 
que lorsque Hasan et Âbdoullah Alhamadani eurent 
réduit plusieurs châteaux des montagnes , et que Sinan 
se fut emparé , après en avoir d'abord été repoussé , 
du fort de Beltoul-Iz (maison de l'honneur). Le vizir 
confia les opérations du siège au beglerbeg , et lui 
envoya , de son camp , de la grosse artillerie. Kew- 
keban étant bâti sur des rochers très-escarpés, ce 
ne fut qu'à force de ]:n*as et au moyen de machines 
qu'on parvint à mettre les canons en batterie. Les 
fossés profonds et marécageux du château commu- 
niquaient avec Tintèrieur par un chemin souterrain , 
au moyen duquel les assiégés enlevaient les pierres et 
les matériaux dont l'ennemi cherchait à les combler. 
Le commandant du fort, Mohammed, fils de Schems- 
eddin , prévoyant qu'il ne pourrait résister long- 
temps, quoique résolu à se défendre jusqu'à la der- 
nière extrémité , renvoya aux Turcs sept begs qu'il 



3^8 HISTOIRE 

retenait en captivité '. De son côté , Mouts^er fit 
allumer des feux sur la montagne en signe de yic- 
toire ; ce stratagème lui réussit ; il attira les Arabes 
dans son camp, en les invitant à venir partager le bu- 
tin qu^il prétendait avoir fait sur l'ennemi. H réunit 
ainsi mille cavaliers et huit mille fantassins , avec lés- 
quels il attaqua les troupes du vizir, à peine fortes de 
douze mille hommes ; mais toute Timpétuosfté des 
Arabes ne put ébranler les phalanges ottomanes ; Moor 
tahher fut battu et forcé de chercher son salut dans 
la fuite. Cet échec ne le découragea pas , et, pour se 
faire de nouveaux partisans, il eut recours à d'autres 
ruses : il fit semer adroitement parnû les Arabes le 
bruit d'une apparition du Prophète, et profita d'une 
éclipse de lune pgur la présenter comme une marque 
de la protection que le ciel accordait à sa cause. SeSd 
Nassir, l'un des plus fidèles partisans de MoiitaMier, 
l'avait abandonné ; mais Katran , su^noomié Almedj- 
noun (le fiirieux), et Ali Ben Tahir, soulevèrent tout 
le pays en sa faveur, et interceptèrent presque entiè- 
rement les communications entre Sanàa et l'armée 
ottomane. Sanaa tomba au pouvcHr des Arabes par la 
trahison du beg turc Mmaï (26 ramazan 977—4 mars 
t570), et le corps que Sinan avait laissé à Ifabb 
pour en faire le siège fut surpris et battu. Ces succès 
et ces attaques, sur tant de points differens, rendirent 
nécessaire un envoi de troupes fradchespour appuyer 

1 Ali, f. 354, ^ nomme lo scheïkh Alibeg, a» le frère de Nesimt 
Tschaousch, 3"^ Ki^ilbasch Mohammedbeg, 4"* Mohammedbeg, Tancien def- 
terdar de rYénien, 5* Hasanbeg, 6** Karagœz, 7* Kaïkbeg. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 379 

les Ottomans. Karagœz, Perwiz et le soubaschi Âh- 
medbeg , reçurent ordre de chasser les Seïdiyés du 
noiont Soiunar. Abdi, sandjakbeg de Bhamar, et le 
gouverneur de Rodaa les expulsèrent d'Yérim , en 
sorte qu'ik ne conservèrent que le district de Boudan 
et le chàteau-fort de Habb [xxni]. Cependant les opé- 
rations du siège de Kewkéban marchaient avec beau- 
coup de lenteur et de difficulté. Un poiil, muni d'une 
balustrade en fer, qu^on avait fait venir de Sanaa pour 
le jeter sur le foisi^ et ouvrir ainsi aux assiégeans Tac- 
ces du (Mteau, se rompit par son propre poids. D'un 
autre côté, les rochers qui le défendaient firent échouer 
toutes tentative de mines. On éleva une tête de pont 
pour protéger les tt*avaîlleurs occupés à construire 
un nouveau pont. Mais lorsque celui-ci fut achevé 
et que le fort fut ainsi sur le peint d'être emporté 
d'assaut , les deux partis se trouvèrent las d'un si^e 
qui durait depuis neuf mois, et Mohammed , fils de 
Schemseddin , accueillit avec empressement les pro- 
portions de paix qui lui furent faites par l'imam , le 
juge et Sjemaleddin , secrétaire intimé du vizir. Des 
otages furent livrés de part et d'autre en garantie de la 
caj^tulation, d'après laquelle Mohammed devait con- 
i^erver le sandjak de Kevvkeban , avec un traitement 
de six cent mille aspres (12 silhidjé 977 -~ 18 mai 
i 570). La diute de Kewkéban força aussi Môutahher 
à conclure la paix aux conditions suivantes : les deux 
droits régaliens de l'Islamisme furent conférés ap 
Sultan dans tout l' Yémen ; la^ Porte rentra dans les 
possessions qui lui avaient appartenu antérieurement^ 



/ if 



38o HISTOIRE 

et Moutahher s engagea à ne fournir aucun secours 
aux rebelles de Habb. 

Sur ces entrefaites, le nouveau b^Ierbeg de FYé- 
men , Behram-Pascha , frère de Ridhwan et fils de 
Kara-Sdiahin, était arrivé à Sebid. H s'était rendu de 
cette ville , par Taaz , à Âlbeda , et sous les noiurs de 
Habb , dont la prise lui fut facilitée par FexplosioD 
d'une poudrière et rempoisonnonent d'Âli , frère de 
Moutahher. La conquête de l'Yémen se trouva com- 
plétée par la soumission de cette place , et par celle 
de plusieurs autres châteaux qui furent réduits par 
Behram , pendant son gouvernement de sept hds 
chanté par le poète Nihali en rimes turques. Âpres 
avoir donné des instructions sur l'administration du 
pays à Behram-Pascha , Sinan s'embarqua à Mokha le 
printiemps suivant (4 schewal 978 — 1*' mars 1571), 
prit terre à Djidda, et se rendit en pèlerinage à la Mec- 
que. Le schérif envoya à sa rencontre l'inspecteur da 
sanctuaire et le chef des oulémas , pour le compli- 
menter et lui servir de guides. Les principaux begs de 
la suite de Sinan étaient Moustafa, fils d'Ayas-Pascha, 
son neveu Ibrahimbeg, Emir Hamad, le scheïkh arabe 
Beni-Khaïbar, le scheïkh de Djizé, Solak Ahmedb^, 
Âlibeg et quelques autres. Sinan-Pascha fut convié à 
de magnifiques festins ; il donna audience aux seïds 
dans l'académie de Melek Escbref Kaitbaï, et reçut la 
visite du schérif £bou Némi. Puis il inspecta les tra- 
vaux de la source d'Arafat, et visita, sur la montagne 
de Thor (Tauni) , la grotte à l'entrée de laquelle les 
pigeons avaient établi leurs nids, et les araignées ourdi 



DE 1;EMPIRE ottoman. 38i 

leurs toiles; pour dérober le Prophète aui poursuites 
de ses persécuteurs. Il passa un mois entier à visiter 
les tombeaux et les lieux vénérés des Musulmans, en 
attendant les jours spécialement consacrés aux pèle- 
rinages, qui tombent dans la dernière lune de Tannée, 
appelée pour cette raison la lune du pèlerinage. 

Lorsque les trois caravanes de pèlerins, celles de 
Syrie, d'Egypte et de TYémen, se furent réunies sous 
la conduite de leurs émirs, Sinan alla le huitième jour 
à Mina pour y passer la nuit, conformément aux pré- 
ceptes de rislamisme ; le jour suivant , il se rendit 
à pied à la mosquée d*Âbraham, sur le mont Arafat, 
où il assista à la prière en Thonneur du Sultan des sul- 
tans , du dominateur de deux mers et de deux con- 
tinens , du serviteur des deux villes saintes de Tlsla- 
misme, la Mecque et Médine, le sultan Sélimkhan , 
fils du sultan Souleïmankhan [xxiv]. Les croyans pas- 
sèrent la nuit à Mouzdelifé, et le lendemain ils con- 
tinuèrent leur pèlerinage jusqu'à Mina et la Mecque. 
Us firent sept fois le trajet entre Safa et Merwé; 
chaque pèlerin jeta sept pierres contre Djemreï Âkba, 
le Satan, le maudit, Tinfi^e, le persécuteur, et fit sept 
fois le tour de la maison sainte en présentant ses of- 
frandes, ainsi que cela se pratiquait déjà au temps 
d'Abraham. Après le coucher du soleil , chacun lança 
de nouveau trois fois sept pierres à Satan. Le len- 
demain , ces trois dernières cérémonies se renouvelè- 
rent. Pour immortaliser dans la ville sainte le souve- 
nir de son séjour, Sinan y fit élever une fontaine, et 
institua trente lecteurs du Koran ; chacun de ceux-ci 



1 



38a HISTOIRE DE L'EMPIRE OTTOMAN. 

devait réciter journellement la trentième pafftie da 
livre sacré , qui de cette façon devait être lu en entier 
tous les jours. Mais il trouva un moyen plus efficace 
de perpétuer son nom ; à Toccasion de ce pèlerinage, 
il détermina par sa munificence Mobanmied Ben Mo- 
hammed de la Mecque k écrire Thistoire de sa cam- 
pagne en ArsJ)ie; il prit soin lui-même de lui en com- 
muniquer les faits, et lui en indiqua une autre source 
dans Touvrage du poète Roumouzi , qui a chanté k 
conquête de TYémen. C'est à cet encouragement que 
Sinan doit les seules louanges que les historiens otto- 
mans lui aient accordées , et que la littérature est re- 
devable de Touvrage historique ' qui offre le plus de 
détails sur la campagne de TYémen, et qui a été notre 
guide principal dans ce récit. 

I El'herkol yemani fi fethil-osmani (la Foudre de rYémen sur les pos- 
sessions ottomanes). 



LIVRE XXXVI. 



Rupture de la paix avec Venise. — Guerre de Chypre. — - Siège et con- 
quête de Famagosta. — Bragadino est écorché vif. — Événemens mi- 
litaires en Dalmatie. — Bataille de Lepanto. — Conclusion de la paix 
avec Tenise. — Conquête de Tunis. — Expédition contre Iwan de 
Moldavie. " Renouvellement de la paix avec l'Autriche. — Renégats. 
— Mort de Sélim, — Monumens et caractère de son règne. 



La conquête de l'Arabie, dont les armes ottomanes 
avaient triomphé pour la seconde fois, permit de s'oc- 
cuper de l'expédition de Chypre, l'un des projets que 
Sélim nourrissait avec prédilection depuis l'époque 
où il n'était encore que prince héréditaire, et qui 
se réalisa enfin dans la cinquième année de son r^ne. 
Le principal auteur de cette entreprise fut un juif, qui 
eut, sous le règne de Sélim II, plus de pouvoir et d*in- 
fluence que plusieurs vizirs, et qui, par le rôle impor- 
tant qu'il joua, mérite plus qu'eux d'être connu de 
nous. Joseph Nassy, né en Portugal où il portait le 
nom de Don Miguez, et l'un de ces juifs appelés Mo- 
ranas, auxquels la force avmt imposé une conversion 
apparente au christianisme, s'était rendu avec son 
frère à Constantinople à l'époque où Souleïman ré- 
gnait encore. Là, son amour pour une juive aussi 



r)84 HISTOIRE 

riche qae belle le fit bientôt rentrer dans la foi de ses 
pères, et par la suite il sut par ses présens en perles 
et en pierreries , par ses prêts d'argent , et surtout 
par ses vins exquis , se rendre si agréable à Sélim, 
alors gouverneur de Kutahia, qu'il devint un de ses 
plus intimes favoris. Cette faveur singulière donna 
même naissance au bruit populaire, que Sélim n'était 
pas le fils de Souleïman, mais cdui d'une juive, in- 
troduit furtivement dans le harem dans son bas âge. 
Dès cette époque , Joseph Nassy ne cessa , en flattant 
les penchans du prince et en lui prodiguant les du- 
cats de Venise et le vin de Chypre, de lui représenta 
combien il lui serait facile de se procurer en abon- 
dance cet or et cette précieuse liqueur par la conquête 
de l'ile qui produisait l'un et l'autre. Dans l'entrai- 
nement d'une copieuse libation de vin de Chypre, 
Sélim embrassa avec efiusion son favori, qui avait 
échangé son nom de Miguez contre celui de Joseph 
Nassy depuis son retour à la foi juive, et lui dit : « En 
>érité, si mes désirs s'accomplissent, tu deviendras 
roi de Chypre. » Cette promesse donnée au sein de 
Tivresse remplit le juif d'espérances si ambitieuses, 
qu'il fit suspendre dans sa maison les armes de Chy- 
pre, avec cette inscription: Joseph, roi de Chypre [i].» 
I^es honneurs et les fiefs qu'il reçut de la libéralité de 
Sélim, Iprs de l'avènement de ce prince au trône, le 
confirmèrent encore dans cette espérance. En effet, 
Miguez étant venu se jeter aux genoux du Sultan, lors 
de son retour de Belgrade, celui-ci le releva et l'em- 
brassa en lui donnant le titre de duc de Naxos et des 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 585 

douze principales Cyclades. Sur ses immenses posses- 
sions, Joseph Nassy ne fut tenu de verser dans le tré- 
sor qu'une somme de quatorze mille ducats, et il n*eut 
à payer que deux mille ducats sur la dime des vins qui 
seule lui rapportait quinze mille couronnes. En vain, 
le deftcrdar ne cessait-il d'adresser à Sélim des re- 
présentations sur des faveurs aussi excessives ; celui-ci 
lui imposait silence, en lui disant qu'il ne faisait que 
se conformer aux dernières volontés de son père. Le 
duc de Naxos d'alors fut appelé à G)nstantinople et 
déposé de sa dignité ' ; c'est ainsi que s'éteignit la su- 
prématie des Vénitiens dans l'Archipel , en faveur 
d'un juif, élevé au rang de duc de Naxos, de Paros, 
d'Andros et des autres Cyclades. Dès la première 
année du règne de Sélim, l'ambassadeur vénitien 
commença à concevoir de justes craintes sur les pro- 
jets du Sultan contre l'tle de Chypre [ii]. A la vérité 
ces projets étaient combattus par le grand-vizir , et 
le Sultan comprenait qu'il ne pouvait être question 
d'une guerre avec Venise, avant que la paix avec l'em- 
pereur eût été conclue, et que la révolte en Arabie 
eût été comprimée. Mais* à peine la tranquillité fut- 
elle rétablie en Hongrie et dans l'Yémen, que Don 
Joseph excita de nouveau les passions de Sélim et fit 
jouer tous les ressorts de l'intrigue, pour se mettre 
en possession du royaume qui lui avait été promis* 

1 « Il povero duca di Naxos arrivato a Costanlinopoli (doy. x566) per 
» dir le sue ragioni coulra quel Ebreo Giovanni Miches, quondam Giusepp« 
» Nassy, per esser stato datoli solemnamente Naxos et Andros. • Rapport 
de rambassadeur vénitien, dans les Archives de la maison I. R. d^Autriche» 

T. vi. a5 



386 ttlSTOIllE 

L*încén(fié dé Fâràéûal de Venise , allumé ptôbablê- 
mènt pat lès éttiîâsaires de Nasây, vint alors jeter 
âutatii de découragement dans la république, que 
d'àrdeuf" dans le patii qui à Constantinople désirait 
la guerre aveô cette puissance. Au milieu de la nuit 
du 1 3 septembre 1 569 , une explosion épouvantable 
siB fit entendre à Venise. Dans les premiers momens 
de désordre , les nobles couraient aux armes , et k 
|)ôpulation éperdue errait çà et là , lorsque la Ideur 
d'un incendie vint révéler la cause et l'étendue du 
déi^astre. L'arserial était en feu , et un magasin dé 
J)ôtidre avait ôauté. A Constantinople, les partisans 
de la guerre avaient à leur tête, outre Jean Migueï, 
lès deux vizirs Pialé, Tancien kapiian-pascha et Tan- 
den précepteur de Sélim , Lala-Moustafa , qui tous 
brûlaient de regagner par de nouveaux exploits sur 
ïette et sur mer la faveur que des revers antérieurs 
leur avaient fait perdre ^ Le grand- vi^ir, ennemi juré 
de Nassy ^, penchait vers la paix, mais il perdit le 

1 iiistoihe de V Archipel, p. 3o3. « J. Miches christianus allicilus he- 
» braicb YÎrgiuis conjugio, olim Josepbus de Nassîs, gulôsus, apud Selimum 
» dum adhuc Magoeshe agêret graïus, dux Nassi» crealus. » Rapport d'Al- 
bert de Wyss daté de Tannée 1567, dans les Archives de la maison I. B. 
d^Atittiche. Dans ce passage, le nom antérieur du juif paraît avoir été con- 
foùdn avec son nom ultérieur ; car, dans une lettre qu'il adressa au doge de 
Venise au sujet d'une demande ( dans les Scritture turckèsche des actes vé* 
nitiens, déposés dans les Archives de la maison I, R. d'Autriche), il s'inti- 
tule YousoufNasi, et c'est encore ainsi que le nomme le rabbin Almosnino: 
« Don José Nassi, Judio de nacion, genlîl-hombre de su casa (que llamau 
>• Mulfarraca) , p. 77. « Voyez aussi le Tagehuch de Gerlach, p. 4^6. 

a « Der liât zwar den Mehmet Ba?sa (Mohammed Sokolli) zum œrgslcn 
* Teind, ist aber bey dem Kaiser in desto grœsseren Cnaden, also er auch 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 887 

plus ferme appui de son opinion par la défection du 
moufti Ebousououd; celui-ci représenta au Sultan 
que, suivant l'esprit de Tlslamisme, les sommes né- 
cessaires pour la construction de la mosquée qu'on 
élevait alors à Andrinople , devaient être prélevées 
sur les infidèles et non sur les Musulmans. En même 
temps il rendit un fetwa, dont la teneur rappelait les 
doctrines émises par le légat du pape Cesarini , lors- 
qu'à l'époque de la bataille de Warna il justifia la 
rupture de la paix avec la Porte, en prétendant qu'on 
n'était nullement lié par la foi jurée aux infidèles. 
C'est ainsi que le moufti foulait aux pieds les pre- 
miers principes du droit des gens, et érigeait en œu- 
vre pieuse et méritoire toute violation des traités qui 
amenait une conquête. Comme ce mémorable docu- 
ment du droit de paix et de guerre chez lés Turcs 
porte le sceau d'une insigne perfidie, et que les his- 
toriens ottomans ne craignent point de l'insérer dans 
leurs annales , nous croyons devoir le citer ici dans 
toute son étendue. 

tt Question. — Lorsque , dans un pays autrefois 
compris dans le territoire de l'Islamisme et qui en a été 
distrait par la force , les infidèles changent les mos- 
quées en églises, oppriment les croyans et remplissent 
le monde d'infamie, si le prince musulman, poussé 
par un zèle pur et ardent pour la vraie foi, veut 
arracher ce pays aux infidèles , afin de le réunir de 
nouveau au territoire de l'Islamisme , quoiqu'il existe 

» iiichts esse y als wass dieser Jud zurichlet oàer ihm sdiickt. » Journal de 
Gerlacb, pt 5^ 

25* 



389 HISTOIRE 

avec les autres Etats infidèles des traités de paix, qui 
comprennent ce pays , la loi présente-t-elle dans ce 
cas quelque obstacle à la rupture de la paix? «> Ré- 
ponse. « On ne peut supposer aucun obstacle dans la 
loi. Le prince de Tlslamisme ne peut légitimement 
conclure la paix avec les infidèles, que lorsqu'il en 
résulte avantage et profit pour la généralité des Mu- 
sulmans ; si ce but n*est pas atteint , la paix ne sau- 
rait être sanctionnée par la loi. Il devient même néces- 
saire de la rompre en temps utile, lorsque celte me- 
sure peut amener quelque avantage durable, ou seu- 
lement passager. Le Prophète (que le salut de Dieu 
soit sur lui ! ) avait signé , dans la sixième année de 
rhégire , un traité de paix avec les infidèles, traité 
qui devait durer jusqu'à la dixième année , et dont 
le texte avait été écrit par Ali ( que sa face soit à 
jamais resplendissante ! ) Il jugea cependant utile de 
rompre cette paix dès la septième année de l'hégire, 
pour attaquer les infidèles et conquérir la Mecque. 
Votre Majesté, khalife de Dieu sur la terre, a toujours 
daigné, dans sa sublime volonté impériale, imiter la 
noble sunna (actions) du Prophète. — Ecrit par le pau- 
vre Ebousououd. » En vertu de ce fetwa , le prétendu 
droit de Sélim à la possession de Chypre avait pour 
fondement l'ancienne suprématie exercée sur cette ile 
par les Arabes sous le règne d'Omar, et après eux 
par les sultans d'Egypte. De plus, les revenus de l'île 
ayant été autrefois affectés par les sultans égyptiens 
à l'entretien de la Mecque et de Médine, on considé- 
rait comme un devoir de religion de faire rentrer les 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 389 

deux villes saintes dans la jouissance de leurs anciens 
revenus. Sélim envoya d'abord à Venise l'interprète 
Mahmoud ' pour adresser des plaintes au doge, et 
ensuite le tschaousch Koubad pour réclamer la ces- 
sion de Chypre , comme le prix de la continuation de 
la paix. La lettre du Sultan, présentée au doge en 
plein collège, par le tschaousch Koubad , commençait 
par rénumération des griefs de la Porte contre la ré- 
publique. Ces griefs se rapportaient à la violation des 
frontières du côté de la Dalmatie, au supplice de quel- 
ques corsaires musulmans, et surtout à Tasile donné 
dans File de Chypre aux pirates qui infestaient la mer 
de Syrie, et qui troublaient les sujets de Sa Hau- 
tesse dans leur commerce et les pèlerins de la Mecque 
dans leurs voyages. Le Sultan disait, en terminant, 
que son honneur était intéressé à ne pas souffrir plus 
long- temps un tel état de choses, et que, si la répu- 
blique voulait conserver son amitié, elle devait faire 
disparaître toutes ces causes de discorde ^. Une alter- 
native aussi impérieusement posée ne permettait pas 
de délibération au sénat ; sa réponse fut négative. Le 
peuple montrait une telle exaspération , qu*on fut 
obligé de faire sortir le tschaousch du palais par une 
porte de derrière , pour ne pas exposer sa vie. Le 



1 « Mahumet secandus interpres Veneliis abscns. » Rapport de Rym, dans 
les Archives de la maison I. R. d* Au triche. 

a Fogliella, Paruta, p. 38 à 41, Sagredo, Caraniolo, sont tO!is d'accord et 
dans la vérité. Gratiani est en contradiction avec eux et dans l'erreur, 
lorsque, p. 68, il prétend que le drogman de la Porte, Ibrahim Strozzeni, 
vint alors pour la seconde fois à Venise. 



3go HISTOIRE 

grand-vizir essaya encore une fois de coiyurer l'orage 
qui menaçait la république, et de donner une autre 
destination aux arméniens qui se poursuivaient avec 
la plus grande activité. Il appuya de tout son pouvcnr 
Tambassade des Maures expulsés d'Espagne , qui ve- 
nait implorer le secours de la Porte. Mais toutes ses 
instances furent vaines ^ La passion de Sélim pour les 
ducats de Venise et le vin de Chypre l'emporta sur 
la religion qui faisait un devoir de secourir des mu- 
sulmans, et l'expédition fut définitivement résolue. 

L'île de Kypros, qui doit ce nom à une flem*, à la 
fille de Kymras, ou à la déesse de l'amour, Cypris, 
est aussi désignée sous les noms de ses villes célèbres, 
'Amathusia, Paphia et Salçimirm, On l'appelait en- 
core Kriptos, Ophiusa, Kerastia et Sphekia. C'est 
dans cette !le que la fable place l'origine des cen- 
taures ^. Son nom le plus ancien est celui de Chetim, 
qui lui fut donné par une colonie phénicienne [m]. En 
raison de sa fertilité , et comme séjour favori de la 
déesse Aphrodite , les historiens et les poètes lui ont 
prodigué les épithètes à^ fertile, riche , florissante , 
agréable, aimanie, voluptueuse, sacrée et divine; Stra- 



I Les mêmes et Gratiani. AU, ▼« récit, f. 358. Petschewi, f. iSy. So- 
kolli était personDellement opposé à la guen*e avec Venise; mais en saqua* 
lité de grand-vizir il dut se conformer à la volonté du Sultan, et la présenter 
comme juste au baile Téuitien, ainsi qu'il le fit dans une longue conférence, 
le 3i janvier 1570 : * Che altre volte questa isola era stata delU Soldani di 
nCaifO, non la possedendo vostra Signoria {Rapport de Barbaro au doge) 
» che da cento anni in qua, e che essendo il Signor subentrato in quelle ra- 
» gioni ed essendovi state in esse diverse moschee di Musulmani. » 

a Hv 'jToG/wv axtx>)'r« yovîQV «o"Trcipev &povpv}<7. Dyonisias, 1. V. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. Jgr 

bon l'appelle la trc^sîème des sept Ûes principales dq 
la Méditerranée, et elle mérite en eflfet ce rang , c^p 
sa largeur est de soixante -six milles, sa longiieur 4^ 
cent trente-deux , et sa circonférence de si)t cent cin- 
quante. Située à Textrémité orientale de la Méditer*- 
ranée, non loin des côtes de la Qlicie et de la Syrie, 
elle présente au nord -est le promontoire de S.- 
Andréa (autrefois Denaretum) « en face du large golfe 
d'Alexandrie, et au nord-ouest le promontoire d'Epi- 
fania (autrefois Akamos) , vis-à^vis le golfe de Sata]i$. 
Entre ces deux promontoires s'élèvç le cap Korna- 
chetti, Tancien Croipmyon ; c'est le point le plus rap- 
prodié du promontoire d'Anemouri, en CSUcie, snr le 
continent asiatique. Cette Ue a été comparée par }e9 
anciens , à cause de sa forme , tantôt à nne toison €^ 
tantôt à un bouclier ou à un dauphin. Du mont Crom- 
myon partent deux chaînes de montagnes peu élevées, 
dont l'une se dirige vers l'est jusqu'à l'extrémité de 
File, et l'autre s étend, en forme de cercle, à l'ouei^ 
et au midi. Au centre s'élève l'Olympe, qui domino 
toutes ces montagnes; ses riantes hauteurs, sur les^ 
quelles Euripide a placé le séjour de Vénus aphrodit^ 
et des muses , ont vu plus tard s'élever une chapellç 
consacrée par les chrétiens à l'archange Michel ; la 
croix du Christ a été également plantée sur une colline 
près des Salines, au lieu où existait autrefois un tem- 
ple de Jupiter. Suivant la tradition mythologique, 
c'est à Aphrodision, dans le temple de Phébus d*Ery- 
thrée , que Vénus ^lorée retrouva Adonis après pne 
cruelle séparation, he» villes de Uylé e$ de Twehros 



5g% HISTOIRE 

furent célèbres par le culte d'Apollon, qui y était vé- 
néré sous le nom d'Hylates. A Curium, quiconque 
portait une main sacrilège sur les autels de ce dieu 
était précipité dans la mer. Le culte de Vénus s'était 
transmis d'Ascalon en Phénicie dans Ttle de Chypre, 
ainsi que celui d* Adonis, que les Syriens appelaient 
Témouz, nom par lequel ils désignent encore aujour- 
d'hui le mois de juillet. La fête d'Adonis était annuel- 
lement célébrée à Amathus dans le deuil et les larmes, 
et celle d'Aphrodite à Paphos, dans des voluptés et 
des plaisirs infâmes qu'on décorait du nom de mys- 
tères. Les dieux égyptiens, Isis et Sérapis, avaient des 
autels à Soli. Ce fut à Chypre, d'après le rapport des 
Pères de l'Eglise, qu'on offrit aux dieux les premiers 
holocaustes ; et c'est aussi dans cette île, suivant d'au- 
tres sources, que s'élevèrent les premiers autels de 
Vénus aphrodite, honorée sous le nom de la miséri- 
cordieuse. Chypre doit sa célébrité mythique aux dons 
précieux que lui a prodigués la nature. Elle est re- 
nommée, depuis un temps immémorial, pour ses blés 
et ses vins, son huile et son miel, son encens et son 
styrax, ses mines d'alun, de sel, et surtout celles de 
cuivre, dont le nom, tel qu'il est passé dans la plupart 
des langues européennes, dérive de celui de l'ile ou 
de la déesse, à laquelle ce métal était consacré. Son 
terroir n'est pas moins fertile en produits végétaux , 
tels que le cyprès et la garance, le myrthe consacré à 
Vénus, l'ache et la laitue, la colocasie et le kali, la co- 
loquinte et le térébinthe, la rhubarbe et le laudanum. 
On y trouve plusieurs pierres estimées, le jaspe, l'hé- 



DE UEMPniE OTTOMAN. SgS 

liolrope, la pierre d'aigle, Tamiante, divers cristaux 
et des opales. Parmi ses oiseaux, on remarque les co- 
lombes vouées à Vénus, et surtout les becfigues, dont 
un seul vaisseau exportait souvent en Italie plusieurs 
milliers à la fois. Jadis ses bœufs avaient une re- 
nommée proverbiale en Grèce, et ses porcs, nourris 
de figues , servaient aux cérémonies de la divination. 
Si Tile de Qiypre est célèbre par ses produits na- 
turels et ses traditions fabuleuses, son histoire politique 
ne présente, depuis la plus haute antiquité , qu'une 
déplorable uniformité de tyrannie et d'esclavage, de 
mollesse et de volupté , de conquête et de pillage. 
Dans les temps les plus anciens, l'île fut dominée par 
neuf tyrans qui résidèrent dans les villes suivantes: 
la nouvelle et l'ancienne Paphos ; Amathus (près de 
Umasol)^ qui honorait Vénus la Barbue, Osiris et 
Adonis, et sacrifiait les étrangers en l'honneur de 
3 upiXer Hospitalier ; Citium (près de Larnaca) , dont 
l'origine est encore révélée par des inscriptions phé- 
niciennes; Chitri, renommée pour son miel; Lapa- 
thus , célèbre par ses arsenaux ; Curium , voisine de 
cet autel d'Apollon, si fatal à ceux qui osaient le 
toucher ; SoU , et enfin Salamis , nommée plus tard 
G)nstantia, qui fut assiégée par les Grecs sous Ci- 
mon, dévastée par les Juifs sousTrajan, et renver- 
sée par un tremblement de terre sous G)nstantin-le- 
Grand. Les tyrans de ces neuf villes, énervés par la 
volupté, s'entouraient d'espions et d'inquisiteurs. Les 
premiers se mêlaient au peuple et rendaient compte à 
leurs maîtres de ce qu*ils avaient ouï dire; et les se- 



394 HISTOIRE 

conds étaient chargés d'instruire les procès sur ces 
rapports. Les épouses de ces tyrans avaient aus^ un 
double entourage de dames d'honneur : les unes, 
9ppelées/ku(eus€s, amollissaient le cœur de leurs mai- 
tresses par la flatterie ; les autres étaient obligées de 
s'agenouiller et de leur servir de marche-pieds quan() 
dles montaient en voiture. Les premiers rois de Chy- 
pre appartiennent moins à l'histoire qu'à la fable; c'est 
celle-ci qui nous a transmis les noms d'Aoùs, fil9 
de Céphale et de l'Aurore; de Kyniras, fondateur de 
Smyrne et de Paphos, célèbre par sa malheureuse lutte 
musicale avec Phébus , et surtout par l'amour infor- 
tuné de sa fille , métamorphosée en myrthe ; et de 
Pygmalion, qui vit la statue qu'il avait créée s'animer 
au gré de son ardente passion. Parmi les rois dont 
les noms sont historiques , on compte Diphilos qui 
abolit les sacrifices humains; Ëvagoras, qui subjugua 
l'ile avec le secours du général athénien Chabrias; 
Nikoklès, roi de Paphos, dont l'épouse Axiothea, 
fidèle à l'exemple de son époux et de ses frères, 
n'hésita pas à se donner la mort ainsi qu'à ses enfans, 
plutôt que de se rendre aux Egyptiens ; Nitokrai , 
qui avait reçu de Ptolémée le titre de gouverneur 
égyptien en Chypre , et qui se rendit à jamais exé- 
crable par la cruelle exécution du philosophe Anaxar- 
chos; Philokypos, qui, sur le conseil de Solon, trans- 
planta les habilans de la ville d'Egée, pour leur faire 
coloniser une autre ville qu'il appela Soli du nom 
de ce sage législatrar ; enfin Pymatos , qui donna à 
Alexandre4e-Grand le glaive avec le qud il conquit 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. SgS 

la Perse. Tous ces rois reconnaissaient la suzeraineté 
de rÉgypte, de la Perse ou de la Grèce. L'île fut sou- 
mise à la domination égyptienne sous Âpriès et Ama- 
sis; elle obéit à la Perse sous Cyrus et Cambyse, fut 
assujettie à la Grèce par Cimon et Charès, et se rendit 
ensuite à Alexandre. Caton confisqua ses trésors au 
profit de Rome. Jules-César et Marc-Antoine firent 
don successivement de Chypre à Arsinoé et à Cléo- 
pâtre. Elle fut dévastée par les Juifs sous Trajan, et 
par les Arabes, pendant la domination des Byzantins, 
sous Moawia, Yezid et Haroun al-Raschid ' ; Moawia 
y porta deux fois le pillage et la désolation. Sept ans 
après la descente d* Yezid, Tile était presque entière- 
ment dépeuplée , la plupart de ses habitans ayant été 
dispersés en Syrie ; mais le khalife les renvoya dans 
leur patrie, sur Tordre de l'empereur Justinien, dont 
réponse était née en Chypre. Mamoun fit venir de celte 
île les ouvrages des philosophes grecs "*. Baudouin, roi 
de Jérusalem, et Richard, roi d'Angleterre, succé- 
dèrent à la domination des Arabes, dont ils suivirent 
les traces en dévastant File. Richard céda Chypre aux 
Templiers en gage d'un emprunt de vingt-cinq mille 
marcs d'argent; les habitans s'étant soulevés contre 
leurs nouveaux oppresseurs , il la vendit à Guy die 

1 Soyouti, Histoire des Khalifes, à Tannée a6 de Thégire (648), puis 
à Tanuée go (608). 

s Soyouti, Histoire des Khalifes, à la fin da règne de Mamoun, dans mon 
exemplaire, f. igS. Voyez aussi Lusignan cl Reinhard; mais ce dernier n'a 
pas compris Lusignan, car il parle de vingt-quatre incursions des Arabes, 
tandis que Lusignan dit seulement que Chypre a subi en général vingt-quatre 
dévastations. 



596 HISTOIRE 

Lusignan au prix de dix mille pièces d'or. Après les 
massacres de Pierre-le-Petit , Nikosîe et Famagosta 
furent cédées aux Génois. Le roi Janus fut emmené 
prisonnier par les troupes du sultan égyptien Bersebaï, 
et depuis lors l'île de Chypre fut considérée par les 
sultans égyptiens comme pays conquis et tributaire. Au 
Caire, le roi Jacques prêta serment de fidélité au sultan 
Tahir, après avoir vu ses Etats dévastés pendant trois 
ans par les Mamlouks qui étaient venus le secourir 
contre Aloyse de Savoie, époux de la reine Charlotte 
de Lusignan. Dès le commencement du quatorzième 
siècle, les Vénitiens eurent des établissemens dans 
les principales villes de Chypre, Limasol, Nikosie, 
Famagosta et Paphos; ils y fondèrent des églises, des 
halles, une maison pour le baile, et y possédèrent des 
rues non fermées et plusieurs autres privilèges [iv]. 
Catherine Cornara, noble vénitienne, épousa le roi 
Jacques; après la mort de ce prince et de son fils, 
empoisonnés, comme on le soupçonna, par les Véni- 
tiens, Cornara, déclarée fille de la république, céda 
son royaume à sa patrie. Le sénat pallia la violence 
faite à Cornara en lui prodiguant toutes sortes d'hon- 
neurs; la reine déchue fut conduite solennellement à 
St.-Marc sur le Bucentaure, et, après sa mort, on lui 
érigea dans Féglise de S.-Salvator un magnifique tom- 
beau, sculpté par le ciseau de Contino '. 

Durant cette succession si diverse et si confuse de 
rois et de tyrans, qui, pendant tant de siècles, cou- 

> L« Titien a aussi laissé un portrait de Cornara, qui se trouve dans It 
pr.lais de Manfrin. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. Sg^ 

vrirent d'un voile sombre l'histoire de Qiypre, il ap- 
paraît à peine quelques noms , comme ceux de So- 
lon et de Zenon , qui brillent d une véritable gran- 
deur. Mais plongée dans une mollesse si contraire à 
la morale de Zenon , et soumise à des tyrans qui ré- 
pudièrent si hautement les lois de Solon et expul- 
sèrent de leur patrie ces deux philosophes , Qiypre 
ne saurait même s'enorgueillir de leur avoir donné le 
jour , et se faire une gloire d*un titre vain et stérile. 
C'est en appréciant ses grands hommes et en écoutant 
leur voix qu'un pays acquiert des droits à revendi- 
quer leur naissance comme un titre honorable; s'il 
les a méconnus , il ne retire de là que honte et dés- 
honneur , et le nom de mère - patrie doit être dé- 
cerné au pays hospitalier qui a su accueillir le mérite 
étranger et lui rendre une éclatante justice. Outre 
Solon et les deux Zenon , l'île de Chypre a vu naître 
le naturaliste Ktésias , le médecin Apollonius , les 
historiographes Xénophon et Démétrius, et plusieurs 
saints , entre autres les saints Hilarion , Barnabas et 
Epaphras, deux des soixante-douze disciples du Oirist, 
morts martyrs dans leur patrie, et saint Spiridion, 
dont le nom est surtout honoré dans la ville de Cor- 
fou, qui renferme son tombeau. Pendant la longue 
domination des Lusignans et de Venise , on ne voit 
surgir aucun nom plus illustre que ceux que nous 
venons de citer, si ce n'est celui de Bragadino , qui 
mourut lors de l'expulsion des Vénitiens de l'île de 
Chypre. 

Après cet exposé succinct de l'ancienne histoire de 



5c^ HISTOIRE 

Chypre , nous devons reprendre notre récit et mon- 
trer comment , après Toccupation de Nikosîe , de Fa- 
magosta et de Tîle entière, les Turcs marchèrent sur 
les traces de ses premiers tyrans , et surpassèrent par 
leur barbarie les cruautés fabuleuses des Centaures 
et des Ophiogènes , et celles plus réelles des Tem- 
pliers et des Sarrasins. 

Sélim donna le commandement de l'expédition de 
Chypre à ceux qui Tavaient conseillée ; Lala-Mous- 
tafa fut nommé serasker des troupes de débarque- 
ment , et Pialé-Pascha , commandant en chef de la 
flotte. L'ancien kapitan Mouézin Âlizadé servait sous 
Pialé. Le serasker avait sOus ses ordres Iskender-Pa- 
scha, beglerbeg d'Anatolie, Hasan-Pascha et Beh- 
ram-Pascha , gouverneurs de Karamanie et de Siwas, 
Mouslafabeg , gouverneur du Soulkadr, Dervvisch- 
Pascha, sandjak deHaleb, Moustafer-Pascha, récem- 
ment démis du gouvernement de Schehrzol , et parmi 
les begs de Roumilie , ceux de Tirhala , Yanina , II- 
bessan, Perserin et de la Morée. La flotte était di- 
visée en trois escadres , qui partirent successivement 
dans l'espace de trois mois : en mars , Mourad-Reïs 
fit voile pour Rhodes avec vingt -cinq galères; en 
avril , Pialé le suivit avec soixante - cinq galères et 
trente galiotes *; enfin, en mai, Alizadé se mit en mer 



I Le baile Barbaro écrit sous la date du 20 avril 1570 : «Pialeparit 
» délie selle lorri cou 75 galee. » Il ignorait encore si Texpédition était 
dirigée contre Tile de Chypre ou contre celle de Candie : « Mustafa avendo 
.» eletlo per sua galea quella deil' altro Mustafa disgraziato a Malta (par la 
»> levée du siège) e esseudone stato avertito la muiô, » 



DE L'EMMIIÈ OTTOMAN. 599 

âTèC ttehte-six galères, douze fudtes, htdt inahones'^ 
quarante vaisseaux de transport pour les chevaut 
et quarante karamoursales ou vaisseaux de transport 
pour les troupes, les provisions de bouche et Tarlil- 
leriç. Ces trois escadres comprenaient en tout trois 
cent soixante voiles *. 

Après avoir renouvelé ses provisions dans Vile 
d*Èubée, Pialé-Pascha débarqua à Tine, dans l'es- 
poir de s'emparer par surprise de cette île , et peut- 
être dans la vue d'en ajouter la possession au duché 
de Jean Miguez, le juif favori de Sélim. Huit mille 
hommes saccagèrent l'Ile d'un bout à l'autre, mais 
pour cette fois encore le courage invincible du gou- 
verneur, Jérôme Paruta , sauva la forteresse et pré- 
serva Tine de la domination ottomane. Pialé embar* 
qua ses troupes et fit voile vers le golfe de Fenika 
(l'ancien Phoinicos), où neuf siècles auparavant la 
flotte arabe de Moawia avait battu celle de l'empereur 
Cotistance, et l'avait forcée de se retirer précipitam-* 
ment sur Byzance ?. Sept ans après la première con- 
quête de Chypre par les Arabes, la réunion de cette île 
au territoire de l'Islamisme avait fait du golfe de Fe- 
nika un lieu de rassemblement des plus importans en-: 

t Les paktndarié ré^ùnàent aux hippagogis, et les mahones aux oné- 
rariœ des RumaiDs. 

a CoDtarlni, f. 5 et 9, Venet. rSgS. Le total donné par Coatarini est 
de deux cent quarante-huit voiles, nombre qui, comme on le voit, diffère 
(i^ de celui de trois cent soixante donné par Hadji Khalfa , Histoire des 
guerres maritimes, f. 4ô* 

3 ^o(V(x(x, dans Tkéophanes, à la treizième annéç da règne de Constance^ 
en 654. 



4oo HISTOIRE 

Ire les divers peuples musulmans, et dès cette époque 
les flottes ottomanes ne pouvaient sillonner les eaux du 
golfe sans désirer d'étendre leur domination sur Tile. 
Le premier août 1 570, la flotte turque jeta Tancre dans 
la rade de Limasol (autrefois le siège des Templiers), 
près de Tancienne Amathus, et opéra son débarque- 
ment sans obstacle, grâce à Tincurie et à Tincapadlé 
du provéditeur Nicolo Dandolo, qui défendit à Astor 
Baglioni , commandant des troupes, de s'opposer à 
cette descente. Malgré les dangers qu'on redoutait, 
telle était l'imprévoyance du provéditeur, qu'il avait 
tout récemment permis aux paysans enrôlés dans les 
corps préposés à la garde des côtes, de retourner 
dans leurs foyers [v]. Pour surcroît de malheur, à 
l'ignorance du provéditeur se joignaient celle du comte 
de Rocas , qui avait succédé à Baglioni , et celle du 
général d'artillerie Jacques deNores, comte de Tripoli) 
qui jusqu'alors avait à peine vu une pièce de canon. 
La milice de l'ile était commandée par les frères Sin- 
glitico , la cavalerie régulière (stradiotes) par André 
Çortese, la cavalerie irrégulière (guastadori) par 
Scipion CarafTa; enfin, Piétro Roncadi avait le com- 
mandement en chef des Albailais. Le fort de Leftari, 
dans le voisinage de Limasol, s'était rendu à la pre- 
mière sommation, et le serasker Moustafa avait épar- 
gné la vie et les biens des habitans, pour engager par 
cette feinte modération les autres villes à faire une 
prompte soumission. Mais les Vénitiens prévinrent 
la contagion de l'exemple en tirant une vengeance 
éclatante de la trahison de Leftari; ils surprirent la 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 4oi 

place pendant h nuit, massacrant la plnport des 
habitans, et entraînèrent les femmes et les enfans dans 
les montagnes. Pendant ces premiers événemens, 
quatre-vingts galères avaient été détachées de la flotte, 
et envoyées vers les côtes de Karamanie, pour y pren- 
dre des renforts [vi]. Parmi les personnes chargées 
de cette dernière mission, et celles qui présidèrent 9U 
débarquement des troupes sur les côtes de Chypre, 
nous citerons le tschaousch Schâban, renégat styrien, 
connu antérieurement sous le nom de Hanaker, et 
Dal Mohammed, ancien secrétaire du diwan et plus 
tard beglerbeg de Kaffa. Ce dernier, traductwr du 
Mesnevn , ensuite maître des requêtes d'Osman-Pascha , 
le fils d'Ouzdemir, avait été fait prisonnier dans la 
campagne de Schirwan, et avait passé plusieurs années 
en captivité dans le fort d'Âlamout , un des anciens 
repaires de Tordre des Assassins; délivré enfin lors 
de la prise de Tebriz, il ccmiposa un ouvrage en prose 
et en vers sur la conquête du Schirwan. Dal Moham- 
med était l'ami de Fhistorien Ali, qui suivit aussi Tex- 
pédition de Chypre, en qualité ée secr^aire intime dO 
Lala-Moustafa. 

Vers le milieu du mois d'août, la grosse artillerie 
se trouvant débarquée, le serasker convoqua un con- 
seil de guerre, dans lequel le siège de Nikosie fut 
résolu conformément à l'avis de Lala - Moustafa ; 
Pialé-Pascha au contraire avait émis l'avis de com- 
mencer les opérations par celui de Famagosta. 

Nikosie, appelée autrefois Kali-Nikosia et plus an- 
ciennament limosia , nom grec que rappelle le mot 

T. TI. 26 



4os HISTOIRE 

turc actuel de Lefkosché, était la capitale de l'ile^ au 
centre de laquelle elle était située. Sa position sur une 
colline en faisait une place forte; mais sa circonfé- 
rence , bien qu*elle eût été réduite de neuf à trois 
milles, en rendait la défense fort difficile. U y avait à 
Nikosie presque autant d'alises que de jours dans 
Tannée. Dans la première année du règne de Sélini, 
les Vénitiens avaient rasé Tandenne citadelle, et con- 
verti toute la ville en une forteresse régulière, avec 
onze bastions et trois portes , en en réduisant Ten- 
ceinte à une étendue de huit mille cent quatre-vingts 
aunes (trois milles) [vu]. On avait alors démoli quatre- 
vingts églises, et le grand monastère qui renfermait les 
divers tombeaux des rois de Jérusalem , des Lusi- 
gnans, des princes et princesses de Galilée et d'Ântio- 
die, des sénéchaux, amiraux, connétables et diambel- 
lans des rois de Jérusalem et de Chypre, des comtes, 
barons et autres nobles de Tibériade, Thoron, Sidon, 
Bérythe, Césarée, Joppé et Nicopolis, enfin les tom- 
beaux de seize évêques , archevêques ou patriarches. 
Ce monastère, desservi par quatre-vingts moines, con- 
tenait des appartemens réservés pour le roi et la reine 
qui le visitaient de temps à autre. Les édifices pieux 
et les anciens murs, élevés sous les empereurs grecs 
et notamment sous Constantin-le-Grand, furent ainsi 
sacrifiés à la nécessité d'établir des fortifications nou- 
velles, dont les approches étaient défendues par deux 
cent cinquante pièces d'artillerie. Chaque bastion of- 
frait sur les deux côtés une longueur de trente pas, 
et pouvait aisément contenir deux mille hommes et 



DE L'EMPIRE OrrOMAN. 4o5 

quatre canons. La garnison était forte de dix milla 
hommes , savoir : quinze cents soldats italiens , trois 
mille Vénitiens de terre ferme (cemede), deux mille 
cinq cent miliciens libres (francomati) , deux cent cin- 
quante Albanais, et mille nobles de Nikosie. 

Le ââ juillet, Moustafa-Pascha, déjà maître de tout 
le plat pays, parut devant les murs de Nikosie et en 
ouvrit aussitôt le siège. A son arrivée, il passa en re- 
vue deux mille cinq cents cavaliers, cinquante mille 
honunes d'infanterie régulière, parmi lesquels on 
comptait six mille janissaires; mais, en y comprenant 
les akindjis, son armée pouvait être évaluée à un total 
de cent mille hommes. Moustafa divisa Tinfanterie 
régulière en sept corps d'environ sept mille hommes 
chacun , et leur fit prendre position eh face des sept 
bastions de la place. Il distribua les conmiandemens 
entre les divers chefs : il s'établit lui-même à l'ouest 
du bastion de Costanza , dont la porte donne au sud 
sur les salines , et plaça Iskender-Pascha devant le 
bastion de Podocataro, situé à gauche de la porte des 
salines ' ; le bastion de Davila , sur la droite du se- 
rasker , devait être attaqué par Mousaffer-Pascha , et 
celui de Tripoli par Derwisch - Pascha , beglerbeg 
de Haleb ; en face des autres bastions furent répartis 
les agas et kiayas des janissaires , les begl^begs de 
Karamanie et du Soulkadr, Hasan et Moustafa-Pascha. 
Chaque corps avait une batterie de sept canons [vin] . 

Pendant les sept semaines que dura le siège, Pialé 

I FogUetta, Paru ta, Graliani fout de cet Iskender-Pascha le gouverneur 
d* Alexandrie; iU nomment encore Derwisch Drevis, Fogtieïta, p. 87, 

.26* 



4o4 HISTOIRE 

se tint en croisière avec la flotte dans les eaui de 
Rhodes. Ce fut à cette époque que le beglerbeg d'Al- 
ger, le renégat calabrois Ochiali^ ncnnnié par ks 
Turcs Ouloudj- Ali, puis Kilidj-AU, annonça à la Porte 
qu'il avait chassé de Tunis le prince des Beni-Hafiss, 
et enlevé cette ville à la dcMnination espagnole; fl 
mandait en outre que , sorti du port avec une esca^ 
dre de corsaires, il avait rencontré quatre galères de 
Malte , les avait prises et était rentré avec elles à Tu- 
nis pour radouber ses vaisseaux. Les pavillons enlevés 
par Ochiali furent envoyés à Farmée de Qiypre, et 
Moustafa fit arborer ces trophées sous les murs de 
Nikosie. Cette vue vint ajouter au découragemei^ des 
assiégés ; ils avaient à la vérité repoussé deux attaques 
avec bravoure ; mais , dans un troisi^e assaut livré 
le jour de l'Assomption de la Vierge, ils avaient perdu 
plusieurs de leurs meilleurs officiers. Lorsque Pialé 
revint de sa croisière dans les eaux de Rhodes, le se- 
rask^r lui enjoignit, ainsi qu'au second kapitan-pascha, 
de débarquer cent hommes de chaque galère, afin de 
livrer avec ce renfort un d^iûer assaut général. En 
exécution de cet ordre, Ali amena vio^ mille malelots 
et soldats marins au camp du serasker ; l'attaque fut 
foée au jour suivant (9 sc^embre 1 570). Les basdoDs 
de Podocataro, Costanza et Tripoli, furent emportés 
avant l'aube du jour ; leurs garnisons se retirèrent ei 
désordre dans l'intérieur de la i^ce; les habitani 
de la ville se jetèrent en vain aux pîeds des vainqueurs 
pour implorer la vie, ils furent impitoyablement mas- 
sacrés. Cependant le provéditeur, l'archevêque et les 



DE L^EMPIRE OTTOMAN. 4o5 

aatreB magistrats de la ville occopaient encore le palais 
du gouverneur; Derwîsch-Pîffidia le fit battre en brè- 
die avec six pièces de canon, et le serasker envoya 
aux assiégés un moine pour les sommer de se rendre, 
en leur promettant la vie sauve. Déjà ils avaient mis 
bas les armes , k>rsqu*au retour du moine les Turcs 
furieux pénétrèrent dans le palais, répandant le car- 
nage et la dévastation sur leur passage; personne ne 
fut épargné, et le provéditeur périt lui-même victime 
de son ignorance et de son incurie. Dès ce moment, 
conmiencèrent les horreurs qui ont lieu d'ordinaire 
dans les villes prises d*assaut par les Barbares ; pour 
échapper à la honte dont elles étaient menacées, plu- 
sieurs f(»nmes se prédpitèrent du haut des toits ou 
assassînèreiA leurs filles de leurs propres mains; Tune 
d'elles poignarda son fils en s'écriant : c< Non, tu n'as- 
souviras pas comme esclave les infômes passions des 
IVircs! » Puis elle se frappa elle-même. Vingt mille 
hommes furent immolés à la fureur sanguinaire du 
vainqueur , et deux mille jeunes gens de l'un et de 
l'autre sexe furent enmienés en esclavage. Pendant 
huit jours, le meurtre et le pillage se déchaînèrent sur 
la malheureuse ville; mais l'action héroïque d'une 
femme , Vénitienne ou Grecque , vint priver le vain- 
queur du principal fruit de sa conquête. Mue par le 
désir d'une noble vengeance, elle mit le feu aux galiotes 
du grand- vizir Mohammed-Pascha et à deux autres 
navires qui, chai^ du butin le plus précieux en or, 
argent, canons, et jeunes filles des premières fa- 
milles, étaient dans le port prêts à mettre à la voile;: 



4o6 HISTOIRE 

Texplosiou des poudres fit sauter le vaisseau du grande 
vizir, et le feu consuma les deux autres ; mille jeunes 
esclaves périrent dans les flammes, quelques matelots 
seulement parvinrent à se sauver à la nage ' . La chute 
de Nikosie entraîna celle de Paphos et de limasol 
(Âmathus) [ix] , ces deux sanctuaires de la déesse de 
Cyihère; les Turcs s'emparèrent également de Touzla 
(Lamaca), située près des ruines de Gtium, an- 
cienne capitale de Ttle qu'a rendue célèbre la mort du 
général athénien Gmon. Lamaca est un lieu vénéré 
des Musulmans par son voisinage du tombeau de la 
cousine du Prophète, Omm-Haram [x]. Gercine (au- 
trefois Karkynia) , célèbre dans Thistoire sincienne de 
Chypre comme résidence de l'un de ses neuf tyrans, 
et dans son histoire moderne par la défense opiniâtre 
de Charlotte de Lusignan, succomba aussi sous les 
armes des Ottomans. Le beglerbeg de Merftsch fut 
envoyé à Famagosta, pour sommer le gouverneur de 
se rendre en lui présentant , au lieu d*une lettre de 
Moustafa, la tête de Dandolo. Le serasker lui-même 
ayant assisté le 1 5 septembre 1 570 à la prière du ven- 
dredi dans l'église de Sainte-So[diie , se rendit trois 
jours après devant les murs de Famagosta, en laissant 
à Nikoâe Mousaffer-Pascha avec un corps de deux 
mille hommes. 

Dès son arrivée à Famagosta, Moustafa fit construire 
une redoute, d'où l'artillerie commença le feu contre 
la ville et le port. Ces travaux indiquaient suffîsam- 

r V Histoire des guerres maritimes, f. 4^ » ps^le de huit cents jeunes filiez 
^ui périrent par cette explosion. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 407 

ment qae, malgré la saifion avancée, le général otto- 
man était résolu à poursuivre le siège sans interrup- 
tion. Cependant les kapitans Pialé et Ali ayant ramené 
la flotte à Constantinople , en ne laissant à Chypre 
que quarante galères nécessaires au service de l'ar- 
mée, sous les ordres de Hamzabeg, gouverneur de 
Rhodes , cette circonstance et la rigueur de Thiver 
forcèrent les assiégeans de ralentir leui*s efforts. Mous- 
tafa se borna à cerner étroitement la place et à lui 
couper toutes communications , en attendant le prin- 
temps et l'arrivée des renforts. Malgré sa vigilance, 
douze galères vénitiennes, commandées par Marc- 
Antoine Quirini, parvinrent à jeter dans Famagosta un 
secours de seize cents hommes et des approvisionne- 
mens (23 janvier) ; ces mêmes galères coulèrent bas 
plusieurs vaisseaux turcs , et s'emparèrent de celui qui 
avait apporté de Constantinople la solde des troupes 
Ije Sultan fit expier ces malheurs au beg de Khios 
et à celui de Rhodes qui avaient été laissés en station 
devant l'Ile; le premier eut la tête tranchée, le second; 
fut privé de son fanal, insigne distinctif des begs^ 
de mer. En même temps , le gouverneur de Nègre- 
pont reçut l'ordre de réunir à Khios tous les navires 
en station dans l'Archipel et d'y attendre l'arrivée 
du kapitan Ali-Pascha. Celui-ci quitta le port de Con- 
stantinople avec quarante galères , et opéra sa jonc- 
tion avec les quarante bâtimens du gouverneur de 
Négrepont ; puis ils débarquèrent tous deux dans l'Oe 
de Chypre au mois d'avril 1571. Pendant ce temps, 
Moustafa avait établi un service actif de karamour- 



4o8 UISTOiKË 

j9alè8 €l ffe mâhcmes pour transporter du continent 
d'Asie en Chypre des troupes et des munitions 

Le 16 avril, Moustafà passa uile revue génâ*ale de 
son année. Lek travaux de siège furent poussés làvec 
une activité surprenante : vers le milieu de mai, les 
trandiées, auxquelles étaient (employés quarante mille 
akindjis, furent mtièrement terminées, sans qu'il eût 
^é possible auï assiégés d'y mettre obstade. Dans une 
étendue de plus de trois milles , Mousta£ai avait fiiit 
pratiquer, en ayant dû souvent percer le roc^ un die- 
min large et si profond, qu'un homme à cheval pou* 
vait le parcourir sans être aperçu ; en arrière de ce fossé, 
on avait construit dix forts, à l'abri desquels les tirail- 
4eurs tenaient la garnison dans de contmuelles inqmé- 
tudes. Les murs^ les tours et les bastions étaient foa-- 
droyés par dnq batteries formées de soixante- quatorze 
canons, parmi lesquels on en remarquait quatre d'un 
calibre extraordinaire , tels que ceux que nous avons 
déjà vus figurer aux sièges de Gonstantinople, Scutari, 
Belgrade et Rhodes , et que les historiens européens 
aj^llent tantôt hélépoles, tantôt basilics. Du oôté 
des assiégés, le feu était dirigé par le général d'artillerie 
Martinengo, qui promettait de soutenir en cette dr- 
constance l'honneur d'un nom déjà illustré au si^e de 
Rhodes. Marco-Antonio Bragadino commandait en 
dief la ville et la forteresse; U avait sous ses ordres son 
frère Giovanni Andréa. Hector Baglioni était capitaine- 
génà<al, et Giovanni-Antonio Quirini, diargé comme 
intendant de la comjptabilité de la garnison. Four se 
débarrasser des bouches inutiles, aussi nuisibles dans 



DE L'£MPIK£ OTTOMAN. 4og 

une place assiégée par lears paroles de découragement 
que par leur consommation onéreuse^ Bragadino fit 
sortir huit mille habitans, que les Ottomans, plus hu- 
mains que de coutume, laissèrent passer et se répandre 
dans les villages de Tile. Il ne resta dans la place que 
sept mille hommes, moitié Italiens, moitié .Grecs, ca- 
pables de porter les armes. Famagosla n'était défendue 
que par un petit nombre de fortifications en mauvais 
état, mais elle avait pour commandant un homme d'un 
caractère ferme et d*im esprit fécond en ressources : 
Bragadino fit réparer les murailles, (organisa une fon- 
derie^ couvrit les remparts de canons, et sut par son 
exemple inspirer à tous une telle ardeur, que les offi- 
ciers aJl^ent s'^ablir sur le terre-plein des fortifica- 
tions et ne voulurent plus avoir d'autre logement. 

Par une matinée de mai , on entendit tout-à-coup 
un grand bruit dans le camp des Ottomans ; au même 
instant, protégés par un feu terrible .de leur artillerie, 
les assiégeans pénétrèrent dans les fossés , jusqu'au 
pied des murs déjà fort end<Hnmagés ; ce fut en vain 
qu'ils tentèrent de les escalader; mais ils parvinrent à 
se loger dans les fossés, et tous les efforts des assiégés 
ne purent les en chasser. Cependant les bavaux sou- 
terrains se poursuivaient avec activité de part et d'au- 
tre ; du haut des tours et des remparts , les asâégés 
pouvaient suivre les mouvemens des mineurs otto- 
mans qui allaient, venaient et s'occupai^it du trans- 
port des poudres ; on soupçonnait bien le point sous 
lequel était dirigée la mine, mais on n'avait pu l'é- 
venter, et cedx qu'elle menaçait s'attendaient à sau- 



4io MIStOIRE 

1er d'un instant à l'autre. Enfin elle fit explosion, 
ébranlant toute la ville, et renversant une partie des 
murailles ; aussitôt les assiégeans s'élancèrent sur les 
décombres, dans l'espoir d'emporter la place ; mais 
cet assaut n'eut pas plus de succès que le précédent. 
Loin de ralentir le feu de son artillerie et les travaux 
des mineurs, Moustafa eut recours à un nouveau 
moyen de destruction. Pendant plusieurs jours, la 
place se vit menacée par les bombes d'un incendie 
général, mais le courage de Bragadino et celui de la 
garnison restèrent inébranlables. Déjà le siège avait 
duré deux mois et demi avec un égal acharnement de 
part et d'autre, et les Turcs avaient éprouvé dans plu- 
sieurè assauts des pertes considérables , lorsqu'à la 
vue des brèches ouvertes, le général ottoman ré- 
solut de livrer un assaut général et de le diriger en 
personne. La lutte fut des plus terribles ; les assiégés 
repoussèrent l'ennemi sur tous les points , hors un 
seul, où il conserva l'avantage en se rendant maître 
d'une demi-lune qui couvrait une des portes. Cet ou- 
vrage était miné, et, après de vains efforts pour chas- 
ser les assaillans , on mit le feu à la mine , et Turos 
et chrétiens sautèrent à la fois dans les airs. Retirés 
derrière les retranchemens en terre que Bragadino 
avait fait élever au-dedans des murailles, les assiégés 
se montraient encore déterminés à attendre l'ennenû 
de pied ferme. Les Turcs furent obligés de livra» un 
nouvel assaut contre la porte, dont la mine avait fait 
sauter la demi-lune. Debout sur la brèche, Bragadino 
combattit l'ennemi de si près qu'il reprit de ses mains 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 4i i 

un drapeau vénitien enlevé à Nikosie. Tous les efforts 
des Ottomans furent infructueux ; mais la garnison eut 
à lutter avec un nouvel ennemi, contre lequel toute 
bravoure était impuissante , la famine : depuis un an 
que durait le siège, les approvisionnemens se trouvaient 
tellement épuisés , qu'il ne restait que sept tonneaux 
de poudre , et que les habitans étaient réduits à se 
nourrir de chevaux, d'ânes et de chiens; la garnison, 
menacée d*un septième assaut ' , dut se résigner à une 
capitulation devenue nécessaire. Le 1 '^^ août , le dra- 
peau blanc fut arboré sur la forteresse ; le kiaya du 
serasker et celui de l'aga des janissaires se présentè- 
rent dans la ville en qualité d*otages, et les assiégés 
envoyèrent en échange deux nobles vénitiens dans le 
camp du serasker ; ces derniers furent reçus par le 
fils de Moustafa avec de grands honneurs , revêtus 
d'habits d'étoffe d'or et traités dans la tente de l'aga 
des janissaires. 

Le même jour, la capitulation fut signée sous les 
conditions suivantes : la garnison devait sortir avec 
ses armes, ses bagages, cinq pièces de canon, les trois 
chevaux de ses principaux chefs , et être transportée 
immédiatement à Candie; les habitans étaient libres 
de quitter la ville et d'emporter tout ce qui leur ap- 
partenait; ceux qui y resteraient ne devaient être mo- 
lestés ni dans leurs biens , ni* dans leurs personnes. 
Quatorze vaisseaux turcs, destinés au transport de la 
garnison, entrèrent aussitôt dans le port; les Turcs wse 

« Foglietia et Contarini donnent les détails des six asseuts livrés le a i et le 
39 juin, le 9, le 14, le ao et le 3o juillet. 



4ia HISTOIRE 

retirèrent à une distance de trois milles» et témoignè- 
rent toute leur admiration pour la généreuse défense 
des assiégés , en recevant , avec d'amicales démons- 
trationS) ceux d'entre eux que la curiosité attirait dans 
leur camp. Au bout de trois jours la place fut évacuée 
et toute la garnison embarquée, à Tetception des 
principaux chefs. Le 5 août , Bragadino envoya au 
camp ottoman Henri Martinengo, .neveu du générai 
d'artillerie de ce nom, pour prévenir le serasker qu'il 
aurait l'honneur de lui présenter le soir même les 
clefs de la ville. Moustafa répondit à ce messaage avec 
toutes les apparences de la courtoisie, et fit dire à 
Bragadino qu'il éprouverait une vive satii^action à 
faire connaissance avec les braves défenseurs de Fa- 
magosta. Trois heures av»at le coucher du soleil, Bra- 
gadino se rendit au camp ottoman avec Baglioni , Louis 
Martinengo, Antoine Quirini, plusieurs autres officiers 
et une escorte de quarante hommes. Il mardbait à che- 
val, à la tête du cortège, dans s(hi costume de magis- 
tral vénitien, c'est-à-dire vêtu de la robe de pourpre, 
et faisant porter sur sa tête un parasol rouge, qui était 
une des marques de sa dignité. Il fut reçu avec force 
civilités ; le pasdia s'entretint quelques instans avec lui 
et les personnes de sa suite des événemens du siège. 
Mais ces trompeuses déibonstrations cessèrent pres- 
qu'aussitôt : le serasker leur demanda quelles sûretés 
ils pouvaient donner pour garantir le libre retour des 
vaisseaux chargés de transporter la garnison à Candie; 
et sur la réponse de Bragadino que la capitulation n'a- 
vait rien stipulé à cet égard, il exigea qu'on lui laissât 



DE L'EMPIRE OTTOMAN- 4i3 

en otage le jeune Antoine Quirini. Bragadino se ré- 
cria vivement et avec plus d'indignation que ne lui en 
permettait sa position; dédaignant alors de dissimuler, 
le serasker se répandit en imprécations contre le com- 
mandant et tous les Vénitiens, et les accusa d'avoir fait 
égorger cinquante pèlerins musulmans , malgré leur 
inviolabilité, garantie par la capitulation. Bragadino, 
qui dut chercher à justifier ou à nier ce meurtre, n*en 
continua pas moins à refuser avec courage, et en pa- 
roles peu mesurées, les otages demandés. Moustafa 
passa des injures aux faits, fit garrotter Baglioni, Mar- 
tinengo, Quirini et Bragadino, et ordonna de les traî- 
ner ainsi hors de sa tente ; les trois premiers furent à 
l'instant massacrés. Bragadii^o, témoin de leur mort, 
était réservé à de plus longs tourmens ; cm se contenta 
pour ce mcnnent de lui couper le nez et les oreilles. 
Ce ne fut que dix jours après , un vendredi, que fut 
consommé son affreux supplice ; placé sur un siège , 
une couronne à ses pieds , il fut hissé sur la veipie 
de la galère du b^ de Rhodes, puis plongé dans 
Teau, parce que, d'après l'historien ottoman, il aurait 
traité de la sorte des prisonniers turcs ; on lui suspen- 
dit ensuite au cou deux paniers pleins de terre, qu'il dut 
porter sur les deux bastions pour aider à leur recon- 
struction; chaque fois qu'il passait devant le serasker, 
il était forcé de se prosterner. Enfin , conduit sur la 
placç, devant le palais de la Signoria, il fut attaché au 
poteau sm* lequel les prisonniers turcs subissaient 
d'ordinaire la peine de la flagellation , puis coudié à 
terre et écordié vif, « attendu, dit le général ottoman. 



4,4 HISTOIRE 

que celtd qoiaââlcxi^r lesaiçniiBriinaRdQàt^er' 
ser le giènf. i> Le serasker et le bourreau , s'adressant 
à lliéroïque patient, lui criaient à la fois : « Où donc 
est ton Christ ? que ne vient-il à ton secours ? » Sans 
laisser échapper aucune plainte , Bragadino récita le 
Miserere au milieu de ses affreuses tortures ; et en 
prononçant le dernier verset, accordez-moi. Seigneur, 
un cœur pur, sa grande ame exhala son dernier soupir. 
Trois cents chrétiens, qui se trouvaient dans le camp, 
furent également massacrés. Les otages envoyés au 
camp avant la signature de la capitulation auraient sans 
doute éprouvé le même sort, si, par commisération, ou 
dans le but de les réserver aux mutilations du harem, 
Teunuque du serasker ne les eût dérobés aux premiers 
accès de sa fureur. En effet, Henri Martinengo n'é- 
chappa au fer homicide des Ottomans que pour être 
mutilé par l'opérateur du harem , et se voir à jamais 
condamné à l'esclavage et à l'impuissance. Enchéris- 
sant sur sa perfidie , Moustafa fit retirer des navires 
tous ceux qui y étaient déjà embarqués, et les emmena 
en esclavage. Non content du supplice ignominieux et 
horrible qu'il avait fait subir à Bragadino, il ordonna, 
dans sa sauvage férocité, que le corps du héros fût 
écartelé, ses quatre membres exposés sur les qus^tre 
grandes batteries, et que sa peau fût remplie de foin, 
pour être promenée dérisoirement , sur une vache, 
dans le camp et dans la ville. Cette noble dépouille fut 
ensuite pendue à la vergue d'une galère, et déposée 
dans une caisse, avec les quatre têtes de Bragadino, 
Baglioni, Martinengo et Quirini, pour être envoyées 



DE L'EMPIRE OTTOMAN- 4if; 

au Sultan. Â Constantinople , la peau de Bragadina 
fui exposée dans le bagne, à la vue des esclaves chré- 
tiens [xi]. Plus tard, elle fut rendue à Venise, et dépo- 
sée dans une urne du panthéon de l'église de S. Gio- 
vanni e Paoh; les ossemens de Bragadino, recueillis 
avec un soin religieux, furent inhumés dans Téglise 
de S. Gregorio. 

On ne saurait admettre les raisons alléguées par les 
historiens ottomans pour justifier la conduite féroce 
de Moustafa ; car si des paroles d'une fermeté intem- 
pestive allumèrent la fureur du serasker, rien ne 
peut excuser la violation de la clause qui garantissait 
à la garnison la vie sauve et une libre retraite. D*ail- 
leurs , s'il faut réellement imputer la col^e de Mous- 
tafa aux réponses de Bragadino, ce dernier en aurait 
dû être la première et la s^le victime. Mais les faits 
démentent ces suppositions : ce ne fut qu'après douze 
jours de tourmens que se consonnna le supplice atroce 
de Bragadino, et la capitulation fut indignement vio- 
lée sur tous les points. Ainsi cette conduite infâme 
n'était pas la suite d'une fureur momentanée , mais 
elle avait été longuement préméditée. Du reste, elle 
était digne de l'homme qui avait excité une guerre 
funeste entre deux frères, et poussé Souleïman à 
se souiller du meurtre de son fils Bayezid. Cet acte 
de perfidie était d'ailleurs conforme au fetwa qui 
avait conseillé cette campagne, en déclarant qu'on 
pouvait s'affranchir de la parole engagée aux infi- 
dèles, lorsqu'il y avait quelque avantage à en re^ 
cueillir. Toutefois on ne saurait s'étonner de pareilles 



4i6 HISTOIRE 

cruautés, quand on considère non seulement la barba- 
rie sanguinaire de l'homme qui l'ordonna, mais encore 
Tesprit général de cette époque : Sélim n était con- 
temporain de Charles IX et dlwan-le-Terrible. Une 
année s'était à peine écoulée que les massacres de h 
Saint-Barthélémy jetèrent la terreur parmi les peuples 
de l'Europe, et avant même qu'une nouvelle année 
fût révolue, on vit, à la prise de la forteresse de 
Wittenstein, la garniscm entière massacrée et le com- 
mandant percé d'une lance pour être rôd au feu [xii]. 
Si de pareils actes de cruauté se passaient en France 
et dans la Finlande, quelle barbarie ne pouvait-<Hi pas 
attendre des Turcs? De quel acte d'ailleurs n'était pas 
capable l'homme dont l'élève ne craignait pas d'en- 
freindre publiquement les plus saintes lois de l'Isla- 
misme, en se livrant sans frein aux vices les plus hon- 
teux? On reconnut facilement l'influence de la passion 
dominante de Sélim et de son précepteur dans les pro- 
motions déjuges qui eurent lieu immédiatement aprèi 
la prise de Nikosie. Le juge Rouhi et le moufti Ekmel, 
renommés comme esprits forts , et adonnés à la fois 
au vin et à d'in&mes débauches , ouvrirent et tinrent 
eux-mêmes des cabarets : il était d'usage entre eux 
que le juge s'enivrât le matin chez le moufti , et 
celui-ci le soir chez le juge. Grâce à de tels exemples, 
rhabitude de l'ivresse devint générale dans l'armée, 
et l'on vit souvent les soldats débattre entre eux la 
question de savoir chez lequel des deux juges se trou- 
vait le meilleur vin. De là il arriva qu'à la prise de 
Famagosta , les soldats turcs ne se conduisirent pas 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 417 

autrement que ceux des autres nationd : ils brisèrent 
les portes des caves et s'enivrèrent à Tenvi de vin de 
Chypre. De son côté, le général profana la cathédrale 
de St. -Nicolas; il fit ouvrir les tombeaux et disperser 
les cendres qu'ils renfermaient , lacéra les images des 
saints et souilla le sanctuaire par des horreurs inouïes. 
Par un raffinement de fanatisme , il avait voulu que 
la scène hideuse de Texécution de Bragadino fût ré- 
servée pour un vendredi, jour choisi pour célébrer la 
solennelle inauguration de l'église convertie en mos- 
quée (17 août 1571). Ce jour, consacré dans l'anti- 
quité au culte de Vénus , et institué conmie jour de 
repos par Mohammed , vit se renouveler le tableau 
des horreurs monstrueuses qui marquèrent jadis La 
célébration des fêtes et des mystères de Vénus et les 
cérémonies des sacrifices humains en l'honneur des 
dieux. Quelques jours après avoir donné ce triste spec- 
tacle, Moustafa quitta l'île (15 septembre 1571), et 
quelques semaines plus tard il fit son entrée triom* 
phale à Constantinople , bien que sa conquête lui eût 
coûté près de cinquante mille hommes ' . On affecta à 
l'entretien du grand-vizir les revenus de l'île, dont 
la destination , attribuée par les Sultans tscherkesses 
aux deux villes saintes, avait fourni le prétexte de la 

I Psotita, p. 198. Contarini, f. x3i, donne Tétat suivant de la force nu- 
mérique de Tannée devant Famagosta : quatre-vingt mille hoomies soldés, 
quatorze mille janissaires, soixante mille hommes de troupes irrégulières. 
Dans la Liste des Paschas, Contarini écrit leurs noms avec assez d'exacti- 
tude pour les faire reconnaître, à l'exception des paschas de Schesiiwar et 
de Merâsch qu'il nomme il Bossa di Scivisari et Maraseo, et du sandjak d« 
Diwfighi qu'il appelle il Famburian di Diverie* 

I. VI, ^7 



4i8 HISTOIRE 

guerre, et dont le juif don Miquez avait espéré la 
possession à titre de roi de Chypre. Dans la suite, la 
plus grande partie de ces revenus fut comprise dans 
Tapapage de la mère du souverain régnant (walidé). 
Ainsi rUe de Vénus Aphrodite, offerte conmie épin- 
gles par les empereurs romains aux reines d'Egypte, 
Arsinoé et Cléopfttre, fut donnée au même titre aux 
fenunes du harem impérial [xin]. 

Pendant le siège de Famagosta, les escadres otto- 
manes n'avaient cessé d'inquiéter les côtes de Dal- 
matie. Immédiatement après la déclaration de guerre, 
et avant même que les Turcs eussent opéré leur des- 
cente en Chypre, l'amiral vénitien Veniero avait sur- 
pris Sopoto en Albanie; par représailles , le kapitan- 
pascha Ali et le renégat calabrois Ouloudj-Âli rava* 
gèrent les iles de Candie, de Cérigo ', et l'ancienne 
Cythère vouée au culte de Vénus Aphrodite, dont les 
deux sanctuaires furent ainsi profanés par les Turcs. 
De Navarin, le kapitan-pascha jeta ses hordes dévas- 
tatrices sur les côtes des lies de Zante, de C^dia- 
lonie et de Butrinto ; il envoya quarante galères con- 
tre Sopoto. De son côté , Ouloudj-AK s'empara , à la 
hauteur de Corfou, des galères de Michel Bai4)arigo 
et de Piero Bertolazzi , ainsi que des navires de Leza 



> Paruta donne la force numérique de la flotte ottomane, ainsi qu'il suit : 
PerteW'Paacha avec cent galères à Castel-Rosso, AU-Pascba avec cinquante- 
cinq, Ouloud}aU avec vingt; Hasan, fils de Barberoosse, avec vingt; Ahaed 
également avec vingt galères, dix mahones, et cinq navires devant Chypie; 
en tout, deux cent cinquante voiles. Cet état est entièrement conforme à cehn 
qui est donné par Hadji Khalfa, HUloire des guerres maritimes^ p. 55. 



DE L'EMPIRE OTTOMA.N. 4ig 

et de Moceniga. Âli débarqua à Sopoto quinze cents 
janissaires et sipahis; mais, trahi par la fortune dans 
une attaque contre cette ville, il perdit un tiers de 
ses troupes et se retira en toute hâte. I^a place de 
Dulcigno, vivement pressée sur terre et sur mer par 
Ali et Ouloudj-Âli, fit sa soumission; la lâcheté de 
l'ambassadeur Âlessandro Donato mit Antivari dans 
la nécessité de se rendre; Budna fut réduite à la 
même extrémité par Tincurie de son podestat Agos- 
tin Fasqualigo. Le kapitan-pascha se mit en croi- 
sière avec vingt galères devant Castel-Nuovo, tandis 
qu'Ouloudj-Ali et Caracosa (Karagœz) dévastèrent 
les environs de Lésina et de Curzola. Vers le milieu 
du mois d'août, les deux corsaires renégats relâchèrent 
à Valona, avec le riche butin qu'ils avaient fait à Lé- 
sina ; parmi ces dépouilles, ils montraient surtout avec 
fierté le fanâl du provéditeur , qu'ils avaient enlevé 
de l'égMse de la Madone à Lésina. De Valona , le 
kapitan-pascba Ali, après avoir détaché deux galères 
vers les côtes de Sicile, se rendit à Saseno, dans la 
résolution ne point quitter ce port avant d'avoir reçu 
des nouvelles positives soit de Constantinople, soit des 
flottes combinées des puissances chrétiennes ' . 

Après la chute de Nikosie, le grande vizir Mo- 
hammed SokoUi, craignant que l'alliance des puis- 
sances chrétiennes ne fût fatale au pavillon ottoman , 
ou jaloux des brillans succès de son rival Moutstafa 

I Contarini, f. 33. Hadji Khalfa, Histoire des guerres maritimes, f. 32. 
Dnlcigoo est appelé en langue turque Outgoum, Antivari Bar, Sopoto Sobot, 
Valona Av^iona, 

»7' 



4'JK> UIISTOIRK 

dao8 l'expédition de Chypre, laissa échapper quelques 
paroles de paix dans ses conférences avec le baile de 
Venise, résidant à Gonstantinople, et manifesta le dé- 
sir de voir arriver un négociateur vénitien ; de plos, 
il engagea le baile à envoyer son chancelier à Venise 
pour sonder les dispositions du sénat. Sous Tinfluenoe 
des préoccupations qui le dominaient, Mohammed 
Sokolli renvoya de Gonstantinople à Paris par Venise 
lé plénipotentiaire français Grascinan, avec des lettres 
de lui et du Sultan, qui exprimaient le désir de voir 
la paix se rétablir entre la Porte et la république par 
Tentremise du roi de France. En conséquence, Venise 
envoya Jacques Ragazzoni à Gonstantinople, et mon- 
tra pendant quelque temps un refroidissement de zâe 
pour la ligue dont le pape poursuivait avec ardeur la 
formation. G'est ainsi que, conduites dans un bot op- 
pojsé , les n^ciations de Ragazzoni à Gonstantinople, 
et celles de Golonna, l^at du pape à Venise, se nea- 
tralisèrent réciproquement, et arrêtèrent la ccHidu- 
sion de la paix en même temps qu'elles suspendirent 
la formation définitive de la ligue sainte. Mais bientôt 
les dévastations de Tile de Gandie par les flottes otto- 
manes et la repfîse du siège de Famagosta vinrent 
mettre un terme à Tindécision du sénat; et, le 35 mai 
1 57 1 , le pape , le roi d'Espagne et la république si- 
gnèrent une ligue offensive et défensive , dont l'objet 
était d'abaisser .la puissance de l'empire ottoman, cet 
étemel ennemi du nom chrétien. Les forces comlnnées 
de cette confédération devaient consister en deux cents 
galères, cent vaisseaux, cinquante mille hommes de 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 4a i 

(Hed et quatre mille cinq cents chevaux. Le contingent 
des dépenses était ainsi fixé : le roi en supportait la 
moitié , le pape un sixième et les Vénitiens un tiers. 
L*armée devait être prête au mois de mai, et se réunir 
à Messine. G)mme le pape ne possédait presque aucun 
vaisseau de guerre , les Vénitiens s'obligeaient à lui 
fournir douze galères complètement pourvues de leur 
artillerie et de leurs agrès. Le commandement en chef 
devait être déféré au généralissime espagnol. Le traité 
entre les puissances confédérées fut publié le Sa juillet, 
après la célébration d'une messe solennelle, par l'am- 
bassadeur espagnol, dans l'église de Saint-Marc [xiv]. 
Ce fut en vain qu'en passant à Venise pour se rendre 
à Constanlinople , l'ambassadeur français chercha à 
ébranler la résolution du sénat '. Depuis la fondation 
de l'empire ottoman, c'était la treizième ligue formée 
par les puissances européennes contre l'ennemi juré 
du Qiristianisme, et toutes avaient eu pour principaux 
moteurs le pape et la république de Venise*. Un siècle 
entier s'était écoulé depuis que le cardinal Caraffa 
avait formé la célèbre ligue , qui rapporta en trophée 
la chsdne de Satalia qu'on voit encore dans la sacristie 

* Paruta , p. i63 , désigne ainsi cet ambassadeur : il Ftescovo di Aox, 
» fo Croisade sous Urbain V, prise de Smyrne, i344; 90 Urbain V, 
croisade contre Mourad P^; 3o Grégoire XI, bataille de Nicopolis, 1396; 
40 Eugène IV, bataille de W^arna, i544 ; ^^ Calixte III, Belgrade secourue 
par leà troupes chrétiennes,-! 455 ; 60 Pie II, 1464 ; 70 Sixte IV, conquête 
de Smjrme et de Satalia, 1479 ; 80 Innocent VIII, croisade contre Bayezid II; 
90 Alexandre VI, croisade contre le même sultan, i5oi ; xo^ Léon X, croi- 
sade contre Souleïman 1% zôao; iio Adrien VI, pea de temps avant la 
bataille de Mohaci, i5a6; lao Paul m, 1539. 



42Ï HISTOIRE 

de la cathédnde de Sainl-Pierre ; et trente-quatre ans 
8*étaient passés depuis la dernière ligue conclue entre 
les mêmes puissances, le pape, le roi d*£spagne et la 
république de Venise. 

Don Juan d'Autriche, fils naturel de Charles-Quint, 
dont Tesprit élevé , la valeur et la ressemblance avec 
son père, faisaient déjà concevoir de hautes espé- 
rances, appareilla de Messine le 25 septembre 1571, 
avec soixante -dix galères d'Espagne, six de Malte 
et trois de la Savoie. A cette flotte se joignirent douze 
galères du pape , sous les ordres de Marco Antonio 
G>lonna , duc de Paliano et de Taliacozzo , cent huit 
galères et six galéasses ou mahones d'une dimension 
énorme, sous le commandement de Tamiral véni- 
tien Sébastien Veniero. Dans un conseil convoqué sur 
le vaisseau-amiral, on discuta s*il convenait de faire 
voile pour Valona, Castel-Nuovo ou Sanla-Maura; 
mais Veniero et Don Juan, généraUssime de la flotte, 
opinèrent pour qu'on se dirigeât dans les eaux de 
TÂrchipel , et leur avis prévalut. La flotte se rendit à 
Gumenizze (appelée par les Turcs Houloumlcj^), port 
de Cyrus, vis-à-vis de Corfou; mais instruits du voi- 
sinage de la flotte ottomane , ils partirent pour Ales- 
sandria (l'ancienne Samos), dans l'île de Céphalonie. 
Une division de huit galères éclairait la marche, sous 
le commandement de Jean G)rdona , amiral de Si- 
cile. Venait ensuite l 'avant-garde, forte de cinquante- 
quatre galères, sous les ordres de Jean Andréa Doria, 
Un demi-mille en avant du corps de bataille étaient 
les six galéasses des Vénitiens, que conduisait Duodo. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 4^3 

La première ligne de bataille était composée de soixante 
et une galères , et au milieu d'elles flottaient les pa- 
villons du duc de Paliano, du généralissime et de la 
république ; elle s'appuyait sur une seconde ligne de 
cinquante galères, commandées par le provéditeur 
Barbarigo. Enfin, ÂWaro de Bazzano, marquis de 
Santa-Gt)ce , amiral de Naples , fermait la marche 
avec trente galères. D*après le plan arrêté à Tavance, 
Tavant-garde et Tarrière-garde devaient se mettre en 
ligne sur les ailes. 

La flotte ottomane, forte de deux cent quarante 
galères, quarante galiotes , vingt petits briks, en tout 
trois cents voiles , était stationnée dans le golfe de 
Lepanto, sous le commandement en chef du kapitan- 
pascha Mouezinzadé-Âli, qui avait sous ses ordres 
Oulondj-Âli, bcglerb^ d'Alger, Sjàfer-Pâscba, b^- 
lerb^ de Tripoli, Hasan-Pascha, fils de Khaïreddin- 
BarberoiBse , et quinze autres sandj^s , ayant droit 
comme princes de la mer à porter des fanaux sur 
les poupes de leurs galères [xv]. Les troupes de terre 
embsffquées sur les navires étaient commandées par 
Pertew-Pascha. Pertew et Ouloudj-Pascba représen- 
tèrent inviilasient que les équipages étaient trop in- 
ccmiplets pour tenter la fortune ; le zèle irréfléchi du 
kapitan-pascha l'emporta sur leur prudence , et en* 
traîna la perte totale de la flotte soumise à ses ordres. 

Dans la nuit du 6 au 7 octobre 1 57 1 , ta flotte chré- 
tienne leva l'ancre , et le jour suivant , un ssonedi , à 
une heure et demie a(»rès micK, elle parut à la teiuteur 
de cinq petites iles. appelées par les Grecs Echinas, 



4a4 HISTOIRE 

o*est-à-dire les sangsues, soit parce que ces vers four- 
millent sur les rochers qui en forment les côtes , soit 
parce que le devin Echinas y vit le jour. Ces îles, si- 
tuées vis-à-vis l'embouchure de TAchéloàs (aujour- 
d'hui Aspropotamos ) , sur les côtes d'Albanie , sont 
connues sous le nom de Curzolari. Lorsque la fré- 
gate, envoyée comme éclaireur dans la direction de 
Lepanto, vint annoncer l'approche de Tennemi, Don 
Juan fit hisser sur son màt d'artimon un pavillon vert 
de forme carrée, et donna ainsi l'ordre de rétablir la 
ligne de bataille. Jean André D(xîa , à la tête de cin- 
quante - quatre galères fermant l'aile droite , avait à 
peine dépassé deux écueils des Curzolari, qu*il dé- 
couvrit la flotte ottomane. Celle-ci trompée sur la 
véritable force de la flotte chrétienne, dont l'aile gau- 
die était dérobée à sa vue par les îles de Curzolari, 
se rangea en ordre de bataille, parallèlement à la côte 
de Morée. Le provéditeur Barbarigo , à la tête de 
Taile gauche des chrétiens , composée de cinquante- 
trois galères, se porta dans la direction de Tembou- 
chure de l'Achéloûs, et longea Tile de Petalia ou 
Villa-di-Marmo , en face du promontoire de "Vîlla- 
di-Marmo, appelé depuis ce jour la Mauçaise-Poinie 
(Mal Canione) par les Chrétiens , et la Poinie-San- 
glanie (kanhi bouroun) par les Ottomans. Au centre, 
se déployait la principale ligne de l'armée navale, 
disposée en forme de croissant. Cette ligne était sous 
les ordres du prince de Parme, amiral de Savoie, 
du duc d'Urbain, amiral de Gênes, de l'amiral de 
Naples et du commandeur de Castille. L'une de ces 



DE L'EMPIRÉ OTTOMAN. 4^5 

galères était commandée par Caraccioli, comte de 
Biccari ' , qui décrivit plus tard les exploits de Don 
Juan d'Autriche, auxquels il avait pris lui-même une 
glorieuse part. Don Alvaro, marquis de Santa-Croce, 
conduisait rarriére-garde. En tête de la principale 
ligne de bataille , s'avançaient les trois vaisseaux ami- 
raux; au milieu celui de Don Juan, à droite celui de 
Marco- Antonio Colonna, amiral du pape, et à gauche, 
celui de Sébastien Veniero , amiral vénitien. La capi- 
tane génoise, commandée par Hector Spinola, et sur la 
quelle se trouvait Alessandro Famese, duc de Parme, 
était placée à l'aile droite et suivait immédiatement 
Colonna ; à gauche et tout près de Veniero, marchait 
la capitane de Savoie, commandée par le seigneur de 
Leyni, et montée par le prince d'Urbain. Au centre, 
immédiatement après Don Juan, venait le vaisseau du 
vice-amiral d'Espagne (JPatrond) , sous les ordres du 
grand -commandeur de Castille. A l'extrémité de l'aile 
droite se trouvait le vaisseau-amiral de Malte , monté 
par le grand-prieur de Messine ; la capitane de Lome- 
lini se trouvait à l'extrémité de l'aile gauche. Du côté 
des Turcs, le commandement de l'aile droite avait été 
confié à Ouloudj-Ali, beglerbeg d'Alger, et celui de 
l'aile gauche, àMohammed-Schaoulak, beg de Négre- 
pont. En avant de la ligne du centre et vis-à-vis les 
trois amiraux chrétiens, était le vaisseau-amiral du 
kapitan-pascha Mouezinzadé Ali, ayant à sa droite 

I m Ferrante Caraccioli conte di Biccari scrittor di questa istoria, il quai 
*• con la siia galea andava a destra di quella del Quirino. » / Commenter i 
délie guerre faite con Turchi, p. 34. 



ii6 HISTOIRE 

la galère du vizir et serasker Pertew et à sa gauche 
celle du trésorier de rarmée. 

Les deux années navales se considérèrent quel- 
que temps avec une mutuelle admiration : la flotte 
des chrétiens était forte de plus de deux cents voiles, 
et cdle des Turcs, de trois cents. Le soleil brillait dans 
tout son éclat; tandis que les Turcs étaient éblouis 
par le reflet des casques, des cuirasses et des bou- 
cliers en acier poli des confédérés, œux-d admiraient 
les couleurs vives et variées des vaisseaux et des 
équipages turcs, leurs fanaux d'cH*, leurs drapeaux 
de pourpre avec des inscriptions en lettres d'or et 
d'ai^nt , les pavillons des vaisseaux-amiraux turcs , 
représentant le glaive à double tranchant d'Ali, la lune, 
les étoiles et le diiffre entrelacé du Sultan ' . Le silence 
fut interrompu par un coup de canon chargé à pou- 
dre, que tira le vaisseau-amiral ottoman , en signe de 
salut et comme invitation à l'amiral chrétien de se 
faûre reconnattre de la même façon. Le sifflement d'un 
bc»;det de gros calibre fut la réponse de Don Juan. 

L'action s'engagea vers Taile gauche des chrétiens, 
et il y eut bientôt sur toute la ligne une mêlée de cinq 
cents vaisseaux. Vers quatre heures et demie de l'après- 
midi ' , pendant que Mofaammed-Schaoulak et Giaour- 



< Les noms italiens de Capitana , Patrona et Reale sont aussi ceiis des 
{iremier, second et troisième vaisseaux-amiraux turcs qui marchent immédia- 
tement après celui du kapitan-pascha, lequel porte le nom de Basditarda. 
Voyez, sar les divers pavillons de la marine ottomane, Constitution et admi- 
nistration de V Empire ottoman, t. II, p. 39. 

a Diedo, f. 19. Gontarini dit à sept heures, au coucher du soleil. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. /{in 

Ali manœuvraient pour tourner Taile gauche des con- 
fédérés, et que Barbarigo enveloppé de toutes parts 
tombait sous une nuée de flèches , blessé à mort , le 
kapitan-pascha, Mouezinzadé, marcha droit à la galère 
de Don Juan , pour se mesurer avec lui vaisseau à 
vaisseau et honune à homme. Mais presque aussitôt il 
se vit assailli à la fois par les deux vaisseaux de Don 
Juan et de Veniero; Pertew-Pascha s'attacha à la 
galère de Colonna. Les trois cents janissaires et les 
cent arquebusiers du vaisseau-amiral ottoman com- 
battirent avec la plus grande valeur contre les quatre 
cents arquebusiers de Sardaigne, placés à bord du 
vaisseau de Don Juan. La lutte dura plus d'une heure ; 
plusieurs fois déjà les alliés avaient occupé la moitié 
du pont de la capitane ottomane, et ils en avaient été 
repoussés, lorsque Mouezinzadé tomba frappé mor- 
tellement par une balle : profitant du premier moment 
d'hésitation des Turcs, les Espagnols sautèrent de 
nouveau à l'abords^e, s'emparèrent de la galère et 
en arrachèrent le pavillon turc. Un soldat espagnol 
trancha la tête au kapitan qui respirait encore , et in- 
vitait les assaiUans à descendre dans l'intérieur du 
vaisseau, où, disait-il, ils trouveraient de l'argent; le 
soldat porta la tête à Don Juan , qui , le repoussant 
avec horreur , ordonna qu'on la jetât dans la mer ; 
néanmoins elle fut plantée sur une lance et hissée sur 
le grand mât. Karagœz, capitaine de Valona, et Mah- 
moud , sandjak de Mitylène , suivis de quatre autres 
navires portant fanaux, vinrent au secours de leur 
vaisseau-amiral, et commencèrent une lutte des plus 



4^8 HISTOIRE 

acharnées; le marquis de Santa-Croce, voyant le dan- 
ger qui menaçait les trois chefs de la flotte alliée, ac- 
courut, avec Tarrière-garde, au secours de Don Juan. 
Deux capitaines vénitiens , Loredano et Malipieri , s9 
jetèrent au milieu des ennemis, et attirant sur eux plu- 
sieurs de leurs galères , ils moururent avec la gloire 
d'avoir sauvé leur général et décidé du combat. Les 
galères de Karagœz et de Pertew furent prises à Ta- 
bordage; le premier fut tué; le second, s'élant jeté à 
la mer, parvint à se sauver dans une chaloupe. 

La fortune avait été moins favorable à l'aile droite 
des alliés; Ouloudj-Âli, qui n'avait commencé à com- 
battre que tardivement, était parvenu, à force de ma- 
nœuvres , à tourner la division de Doria , et l'avait 
obligée à s'éloigner du corps de bataille. La marche 
inégale des bàtimens chrétiens les avait séparés les 
uns des autres , et avait amené entre eux de grands 
intervalles. Ouloudj-Ali, voyant quinze galères espa- 
gnoles , vénitiennes et maltaises groupées à une assez 
grande distance, se porta sur elles avec toutes ses 
forces ; enveloppées par un ennemi si supérieur en 
nombre, elles n'en firent pas moins une vigoureuse 
résistance. Ouloudj-Âli s'empara de la capitane de l'or- 
dre de Malte, et trancha de sa propre main la tête du 
commandeur de Messine ; mais voyant que le centre 
de la flotte turque était en déroute , il déploya toutes 
ses voiles et passa au milieu des chrétiens avec qua- 
rante galères, les seules qui échappèrent au désastre de 
cette saqglante bataille. Les Turcs perdirent deux cent 
vingt-quatre vaisseaux, dont quatre-vingt-quatorze se 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 4ag 

brisèrent sur les côtes ou furent brûlés ; les autres fu- 
rent partagés entre les alliés , ainsi que cent dix-sept 
canons de gros calibre, deux cent cinquante-six d'un 
calibre inférieur, et trois mille quatre cent soixante- 
huit prisonniers. Quinze mille esclaves chrétiens, qui 
se trouvaient à bord de la flotte ottomane, furent 
délivrés. Trente mille Turcs avaient péri dans cette 
bataille navale, la plus grande qui se fût livrée depuis 
celle qui, seize siècles auparavant et au même lieu, 
avait décidé entre Auguste et Antoine de Tempire 
du monde. Les alliés perdirent quinze galères et huit 
mille soldats ou matelots : de ce nombre furent Bar- 
barigo, qui mourut de ses blessures le troisième jour 
après la bataille , et vingt-neuf nobles des premières 
familles de Venise , tels que Trissino , G)maro , Ve- 
niero, Pasqualigo, Contarini, Loredano, Quirini , le 
prieur de Malte et le grand-commandeur d'Allema- 
gne. Le nombre des blessés était bien plus considé- 
rable ; parmi eux , nous citerons Cervantes , Fauteur 
immortel de Don Quichotte^ qui eut le bras gauche 
emporté. Au nombre des prisonniers se trouvait le 
Florentin Bongiani Gianfigliazzi, qui fut nommé, en 
sortant d'esclavage, au poste d'ambassadeur de Flo- 
rence auprès du sultan Mourad m. Outre le kapitan- 
pascha Ali, les Turcs comptaient parmi leurs morts 
les sandjakbegs de Tschoroum, Karahissar, Angora, 
!Nicopolis, Lepanto, Khios, Mitylène, Sougadjic, Bi- 
gha, Alexandrie, le kiaya, inspecteur de l'arsenal [xvi] , 
et plusieurs autres de leurs principaux chefs. Parmi 
les prisonniers tombés au pouvoir des chrétiens , se 



43o HISTOIRE 

trouvaient Mohammed, petit-fils du beglerbeg d'Al- 
ger, Salih-Reis, les sandjakbegs Giaour-Ali et Dj&fer, 
les deux fils du kapitan-pascha Ali et plusieurs au- 
très agas '. Les fanaux d'or, les pavillons de pourpre, 
ornés d'étoiles, de croissans et d'inscriptions en lettres 
d'or, les queues de chevaux du serasker, furent la 
proie des vainqueurs. Le succès de cette bataille à 
mémorable doit être attribué à la bravoure de l'armée 
chrétienne, et surtout à la supériorité avec laquelle les 
galéasses vénitiennes dirigèrent le feu de leur artille- 
rie : placées en avant comme six redoutes, elles je- 
tèrent le désordre parmi les Ottomans , et les forcè- 
rent à rompre leurs lignes, pour parvenir jusqu'à 
celles des chrétiens. Marco-Antonio Golonna fit une 
entrée triomphsde à Rome, monta au Capitole et dé- 
posa en offrande , sur l'autel de la Viei^e (^Ara in 
Cœlis), une colonne d'arg^it sur laquelle il avait fait 
graver, par allusion à son nom, cette inscription 
tirée d'Horace : Prœsens superbos çertere funeribus 
triumphos : injurioso ne pede proruas staniem cobun- 
nam. Le sénat lui fit ériger une statue, et en mémoire 
de sa glorieuse victoire, l'église Ara m Cœlîs fut em- 
bellie, aux firais du peuple, d'un plafond richement 
doré et orné de peintures, qui sont encore aujoiff- 
d'hui considérées comme des chefs-d'œuvre. Ghis- 
lieri, qui régnait sous le nom de Pie Y et qui avait été 
l'ame de la sainte ligue, accorda à son amiral, déjà ho- 

1 Mahamut pour Mohammed, Caurali pour Giaour-Ali, Carabiugh pour 
Karabatak. Cependant ce dernier n'était pas, comme le dit Diedo, sandjak 
de Khios ; celte place était occupée par Firdcws. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 45i 

noré du triomphe, une récompense de soixante mille 
ducats, et rendit hommage au brillant courage du gé- 
néralissime Don Juan d'Autriche , en lui appliquant 
avec bonheur ces paroles de l'Evangile : « C'était un 
homme envoyé de Dieu, du nom de Jean [xvii]. » 

En commémoration de la sainte ligue et de la bataille 
de Lepanto, Venise consacra, dans l'église de S. Gio- 
vanni et Paolo, une chapelle embellie à la fois par le 
ciseau de Vittoria et par le pinceau de Tintoretto , et 
qui fcMtne encore le plus beau monument du panthéon 
vénitien. La façade de l'arsenal fut ornée de sculp- 
tures représentant une entrée triomphale, et sur le 
faite de cet édifice on plaça la statue de sainte Jus- 
tine, dont la fête coïncidait avec le jour où fut livrée 
la bataille de Lepanto. Ce jour (le 7 octobre) fut dés^ 
lors institué comme fête nationale et religieuse. Enfin , 
à Padoue, on éleva une église d'une architecture clas- 
sique et simple sous l'invocation de sainte Justine. 

Après avoir admiré le tableau de Vicentino dans le 
palais des Doges de Venise, les sculptures des élèves 
de Sansovino dans l'arsenal, les statues en bronze de 
Veniero et de Barbarigo [xviii] à l'académie, les ta- 
bleaux de Tintoretto et les bas-reliefs de Vittoria dan& 
la chapelle du Rosaire, les trophées suspendus dans 
l'église de Ste.-Justine à Padoue , la statue de Colonna 
au Capitole et ht coupole dorée de l'église Ara in 
CœUs à Rome, l'historien ne peut songear sans un 
profond sentiment de tristesse à la nullité des résul- 
tats de cette bataille, tels qu'ils nous ont été transmis 
par la plupart des écrivains. En effet, par suite de la 



43a HISTOIRE 

mésintelligence et de la négligence des chefs alliés, 
cette victoire, si glorieuse pour les armes chrétiennes, 
ne fut suivie d'aucun avantage important. D'un autre 
côté, la défaite si désastreuse des Ottomans ne fit que 
mettre en évidence l'état de prospérité où se mainte- 
nait l'empire , même sous le règne d'un prince ivro- 
gne, grâce à la persévérante activité du grand -vizir 
Mohammed Sokolli et du moufti Ebousououd ; les 
pertes éprouvées par les Ottomans à Lepanto furent 
bientôt réparées, et, au bout de quelques mois, on vit 
sortir des Dardanelles une flotte presque aussi nom- 
breuse que la précédente. Pialé avait ramené du théâtre 
de la bataille cent vingt galères et treize bâtimens de 
transport S et, vers la fin de décembre, Ouloudj-Àli 
était rentré au port de Gonstantinople, avec quatre- 
vingt-sept vaisseaux; mais dans ce nombre étésai 
compris les galères qu'il avait sauvées du désastre , 
et les navires qu'il avait enmienés des divers ports de 
l'Archipel, afin de dissimuler ainsi aux yeux des habi- 
tans de la capitale toute l'étendue des pertes éprouvées 
par les armes ottomanes *. En récompense du zèle qu'il 
avait montré , Sélim promut OIoudj-Ali à la dignité 
de kapitan-pascha, et voulut qu'à l'avenir son surnom 
d'Oloudj fût changé en celui de KiUdj, c'est-à-dire 



I « Gionto Piale passa con xao galère et 1 3 maone. In que] arsenal enno 
N a8a galère, tra queste x5 innavigabili , si aumentera l'armata fina 3oo 
H galère e 3o maone. » Rapport de Tambassadeur Ténitien du 29 noTembrt 
157a. 

> « Uluzali gionto col resto delF armata al numéro di 87 galère, rimasM 
» fiiori la délia guardia di B.odi, e Carazali con altre tre e fuste. » 



DE UEMPIRE OTTOMAN. 453 

le glaive. Le nouveau kapitan unit ses efforts à ceut 
du grand-vizir , pour rétablir la flotte sur un pied for^ 
midable. Les Turcs ne s'occupèrent pas , comme lest 
Vénitiens , à orner de sculptures leur arsenal , mais à 
en agrandir les chantiers, en prenant sur le jardin 
impérial l'espace nécessaire à l'établissement de huit 
cales voûtées; c'est là que furent construites, pendant 
rhiver qui suivit la bataille de I^panto, cent cinquante 
galères et huit galéasses ou grandes mahones, c'est-à- 
dire plus de vaisseaux que n'en comptait la flotte con- 
fédérée. Dans l'un de ses entretiens avec le grand- 
vizir, Kilidj-Ali lui fit observer que l'on pourrait bien 
achever cent cinquante vaisseaux dans l'espace d'un 
hiver, mais qu'il serait peut-être impossible, en un 
temps aussi court, de se procurer cinq cents ancres, 
les agrès et tous les objets d'équipement nécessaires : 
u Seigneur Pascha, lui répondit le grand- vizir, la ri- 
chesse et la puissance de l'empire sont telles, que 
s'il y avait nécessité, on ferait des ancres d'argent, des 
manœuvres de soie et des voiles de satin ; du reste , 
s'il manque quelque chose à vos navires, venez me le 
demander.» A ces paroles, Kilidj-Ali, s'inclinant de 
manière à toucher la terre du revers des mains, s'écria 
avec enthousiasme : « Je savais bien que vous parvien- 
driez à rétablir la flotte dans son état primitif! » 

I-ie baile vénitien Barbaro, qui était resté à son poste 
à Ck)nstantinopIe malgré la conquête de Chypre et la 
défaite de Lepanto, s'étant présenté chez le grand- 
vizir pour sonder ses dispositions et savoir s'il incli- 
nait à la paix ou à la guerre, celui-ci lui adressa ces 
T. vu 28 



434 mSTOlRE 

paroles : « Tu viç^a voir sans doute oyi ei^ est notre 
coiff£(g^, afi^ès \^ ^j;m,eT accident qv4 ^^VS^ ^^ ar^vé; 
ia2|is il y a u^e gr^uade 4^érence çn^^e votre perte et 
In pôtre. £^ yoçs ^racb^nl np rqyauoie, c'est un bras 
que Vifius vo^s a.yo^s coupé ; et vouis, ea battant notre 
flotte, vous u'^YÇz ùi% que npu£^ raser la barbe. Un 
bras coupé ne saisit croitre dç nouveau, tandis que 
la barb^ raséç se r^proçluît s^veç plus de force qu'au- 
p^avant. » ]^)in 4'étre une vaine f;^nfaronna4e, cette 
répops^e était es^actep^nt vraie 1\l%] ; car, dès le com- 
iuenceme|it 4ç jiuua, uqe flotte turque de deux cent 
cinquante voile^j^ sp if emil ei^ mer. La flotte des chré- 
tien!^, qui s*étaî^ enf^i ralliée après de longs retards 
supportés par le roi d'Espagne, était plus nonçibreuse 
qiue cçUe dei^ TÇw<^^ ; noais la négligence et la mes- 
intieUigence dçs chefs l'empêchèrent de retirer aucun 
avantage de sa supériorité numérique et de l'habileté 
dp ^es équjp^ges^ Les ennemis se rencontrèrept deux 
fois , devant Çérigo et près (}^ prpmoptoire de IVIa- 
tapan, sans engager d'actipu décisive. La flotte turque 
SÇ retira à Modpp et ^ rîavarin ; celte des chrétiens 
rçstsj en station deyîjnt Cérigo, pour empêcher la 
réunipn dçs $vers^ escadres oHoinanes ; néann^oins 
cçttp réuniojtt s'opéra. , ^\ le dup de ï^arnae n'entre- 
prit ppii^^ le s^ége de Mojîpn, ^i qu'il ea avait été 
chargé. Kilidî-Ali r^mpua, sa flptte k Con^lanlinople, 
après avoir perdii seulement quelques galère^. En 
Dalmatie, Soranzo détruisit le fort construit par les 
Ottomans devant Cattarp. Convaincuç qu'elle ne pou- 

yM comgtei; sur m^ açtire çpPP Wpft ^ 1» part 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 435 

de l'Espagne, Venise se vit forcée de faire à la Porte 
de nouvelles ouvertures do paix. L'ambassadeur vé- 
nitien fut chargé par le conseil des Dix de conclure un 
traité même à des conditions onéreuses; mais il trouva 
d'autaot moins d*obstacles à surmonter, que les Turcs 
eux-mêmes commençaient à concevoir des inquié- 
tudes, et qu*il fut vivement appuyé par l'ambassadeur 
français de Noailles, évêque d'Aix ', qui avait été en- 
voya pour la seconde fois à Constantinople^ Le drog- 
no^ Oram et le juif Salomon , médecin du grand- 
vizir, furent les plénipotentiaires de la Porte dans cette 
négociatioi^ [xx}. Bien qu'à la suite de plusieurs con- 
férences les clauses eussent été arrêtées de part et 
d'autre , le secrétaire d'Etat Feridoun changea de sa 
[MTopre autorité les <£spo3itions du document vénitien, 
et, pour pe pa3 repartir sans un résultat , l'ambassa- 
deur fut obligé de signer cet acte ainsi modifié. En- 
fin , le 7 mars 1573, les plénipotentiaires A ntonia 
Bi^rbaro , procwatêur et baile (te Venise , et Aloisio 
Mocenigo , signèrent un traité, de paix comprenant 
Iç^ sept articles suivans : 1° Venise (tevait acquitter 
d^US l'esp^ç^ de trois ans les frais de l'expédition de 
Chypre, évalués à trois cent mille ducate, somme égale 
à celle qu'elle avait payée à Souleïman après la guerre 
t^minée p^ le traité de Corfou ; â"" la place de Sopoto 
dQvaît être restituée avec toute son artillerie ; 3° le 
tpj^ut de cinq cents ducats, imposé pour la possessioa 

X « Monsignor d*Aox, il quale ritomato pur diauzi da Constantino^Ut 
«liaYendo avuto novo ordine del suo Re di trasferirsl dl nuovo a quelU 
»For(a. n Paruta, l. III, p. 3xa. jFiassan, t. H, p. 33. 



456 HISTOIRE 

de rtle de Zante , était porté à la somme de quinze 
ccmts ducats; 4"" le sultan Séiim s'engageait à ob- 
server avec une stricte fidélité la capitulation signée 
par Souleïman et renouvelée par lui ; 5° Venise était 
affranchie du tribut annuel de huit mille ducats qu'elle 
payait pour Tile de Chypre; 6° les limites des posses- 
sions vénitiennes et ottomanes en Albanie et en Dal- 
matie étaient rétablies sur l'ancien pied ; 5"^ les négo- 
dans des deux puissances contractantes devaient être 
indemnisés pour les marchandises et les bâtimens con- 
fisqués à leur préjudice dans le cours de la guerre [xxi]. 
Barbaro se rendit lui-même en Dalmatie, pour régler 
la délimitation des frontières; Andréa Baduer lui suc- 
céda dans sa mission d'ambassadeur extraordinaire 
auprès de la Porte, et Antonio Tripoli fut accrédité 
comme baile résident à Constantinople. En réfléchis- 
sant aux conditions de ce traité, « il semblerait que les 
Turcs eussent gagné la bataille de Lepanto. » 

Après la conclusion de la paix entre Venise et la 
Porte , Don Juan d'Autriche résolut la conquête de 
Tunis. Cette entreprise était d'autant plus facile, que 
la ville seule avait été prise par Ouloudj-Ali, à l'épo^ 
que du siège de Nikosie, et que la citadelle appelée 
Halkolwad (la Golela) était restée au pouvoir des Es- 
pagnols. Le 7 octobre i 57â, jour anniversaire de la 
bataille de Lepanto, Don Juan mit à la voile à Favi- 
gnana en Sicile, et se rendit avec quatre-vingt-dix 
galères sur la côte d'Afrique. A la nouvelle de son 
approche, les Turcs abandonnèrent la ville, qui tomba 
avec trente-trois canons au pouvoir des Espagnob. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 437 

Le fils dénaturé de Mouleï-Hasan, Hamid, qui avait 
arraché la vue à son père, et n'avait répondu que par 
l'ingratitude à la protection de l'empereur, accourut à 
Tunis dans l'espoir d'être rétabli sur son trône par les 
Espagnols ; mais toutes ses instances restèrent infruc- 
tueuses; il fut transporté à Naples sur deux galères 
avec ses femmes et ses enfans. Le marquis de Santa- 
Croce prit possession de la ville et du fort (Al-kassar), 
et conféra au frère d'Hamid le titre d'infant et de 
vice- roi de Tunis *. Don Juan fit élever entre la ville 
et le lac un nouveau fort avec six bastions ', et en 
confia le commandement à Gabrio Zerbelloni, auquel 
il laissa une garnison de quatre mille Italiens sous les 
ordres de Pagano Doria, de quatre mille Espagnols 
conduits par Salazar, et de cent chevaux commandés 
par le capitaine Don Lopez Hurtado di Mendoza. 

La conquête et les nouvelles fortifications de Tunis 
causèrent un vif ressentiment au Sultan, au grand- 
vizir et surtout au kapitan Kilidj-Ali, qui avait déjà 

I Relazione di Tunisi et Biserie con le osservazioni délia qualitk e cos- 
tumi degli hahitanti falta Vanno dopo délia impresa di esse per il serenis- 
simo Signor Don Gloifanni d'Justria, i573. Manuscrits de RaDgon, à 
la Bibliothèque I, R., no IX, f. i48-i54. Le manuscrit italien donne les 
détails suivans : « Le jour de sa conquête, i'^^ octobre 157a, Don Juan 
enleva la plus belle des deux cents colonnes qui ornent la grande mosquée. 
Le fils du roi de Tunis parut devant lui le aa septembre, et, te a6,les 
Maures de Biserta lui offrirent en présent un troupeau de moutons. Cent 
sept galères et trois vaisseaux, portant treize mille Italiens, neuf mille Espa- 
gnols et cinq mille Allemands, en tout, vingt-ftept mille fantassins et trob 
mille hommes de cavalerie légère, furent employés à cette expédition. » 

a Caraccioli donne leurs noms ; Zerbelloni, Doria, S. Giacobo, S. Gio- 
vanni, Salazaro, Gabrio. 



438 HISTOIRE 

une fois enlevé cette place au pouvoir des Espàgnob. 
Aussi , dix -huit mois après , le 23 moharrem 98â 
(15 mai 1 574) , une flotte forte de deux cent soixante- 
huit galères et galiotes , de quinze mahones et quinze 
galions, sous le commandement de Kilidj-Ali, sortit 
des Dardanelles et fit voile vers la côte d'Afrique. Sept 
mille janissaires, sept mille sipahis et un corps irré- 
gulier de six mille soldats de Syrie, en tout quarante 
mille hommes, commandés par le conquérant de FYé- 
men , Sînan - Pascha , opérèrent leur débarquement 
sur la plage de Tunis. La ville facilement prise fut 
livrée pendant trois jours au pillage ; puis le serasker 
Sinan chargea les beglerbegs de Tunis et de Tripoli , 
Haïder et Moustafa -Pascha, d'ouvrir le siège delà 
Goleta (â rebioul-akhir — 22 juillet). Ce fort fût em- 
porté d'assaut après une vaillante défense de trente- 
trois jours : deux cents canons et trente-trois drapeaux 
tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Le comman- 
dant Don Pietro et le vice-roi de Tunis, Mohammed, 
' furent faits prisonniers avec deux mille hommes ; 
cinq mille avaient péri pendant le siège (6 djema- 
zioul-ewwel — 24 août). Les Turcs comptèrent parmi 
leurs morts deux kiayas des janissaires. Sinan fit sau- 
ter les fortifications de la Goleta, pour ôter tout es- 
poir aux Espagnols de s'y établir de nouveau, et 
il commença aussitôt le siège du nouveau fort, qœ 
Hadji-Khalfa désigne sous le noiïi du bastion de Tu- 
nis. Pagano Doria et Giovanni Sinoghera, quoique 
blessés l'un et l'autre, se défendirent avec un courage 
héroïque. Trois assauts furieux donnés à la place sur 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 439 

lotis les poînU à !à îàih Turëirt VIctobîëtièéinétt rîepàuâ- 
^és (S, 8, 11 âeptteihbt'e); irtàfe tiii quatrième tnombha 
de la résistâhce de là ganiisbh. Le cortithàndàiit txà- 
btîb fat conduit devant Sîhah , et celui-ci , ie prenant 
înjuHeùsement par la barbe, lui demahda comment il 
avait élé assez téméraire pour continuer la défense du 
fort après la prise de la Goleta. Il ne restaft plus au 
pouvoir des Espagnols que la tour élevée dans l'iine 
des fies du lac , où s'étaient retirés Pagano Dorià et 
Sinoghera. Le kapitan-pascha et le serasker rendirent 
hommage à leur valeur, en leut adressant une som- 
mation écrite et signée par eux, dans laquelle ils s'en- 
gagèrent à accorder à là garnison la vîe sauve et une 
libre retraite. Plus confiant en la parole des indigènes 
qu'en celle dès Turcs , Pagâno se mît entre les maihs 
de quatre Maures, auxquels il avait promis mille écus 
s'ils le sauvaient ; mais ceux-ci lui tranchèrent là tête 
et la portèrent au serasker. Pour éviter un sort pareil, 
Sinoghera fit sa soumission , et dans l'espoir de pré- 
venir la violation de la foi jurée par les Turcs, il of- 
frit au serasker quinze mille ducats qu'il avait pris 
dans la caisse royale ; mais Sinan déclara qu'il n'ac^ 
cordait une libre retraite qu'à ceux qui occupaient la 
tour avant la chute du fort, et que ceux qui s'y étàîenl 
réfugiés depuis n'avaient pas droit à cette faveur. 
Sur l'insistance de Sinoghera pour obtenir la liberté 
de toute la garnison, le serasker, lui montrant la tête 
de Pagatîo , le menaça du sort de son compagtion 
d'armes, et Sinoghera fut obligé de signer une capitu- 
lation, d'après laquelle il ne Itii était peinfnîs de sauver 



44o HISTOIRE 

de Tesclavage que cinquante hommes sur toute la gar- 
nison. C'est ainsi qu'après la chute de ses trois forts, 
Tunis retomba au pouvoir des Turcs, et devint comme 
Alger et Tripoli un gouvernement ottoman. Ces trois 
villes ont été depuis les principaux repaires de cette 
piraterie, qui prit un si grand développement sous 
les renégats grec, hongrois et calabrois, Barberousse, 
Pialé et Kilidj-Ali, infesta pendant des siècles la Mé- 
diterranée , et porta chaque année le pillage et la dé- 
vastation sur les plus belles côtes dltalie. 

Après avoir retracé les hauts-faits de Don Juan 
d'Autriche, ce héros chevaleresque de la chrétienté, 
il nous reste à parler de l'aventurier moldave Jean 
Iwonia. Nous avons déjà signalé l'active surveillance 
que la Porte exerçait sur les relations que Bogdan , 
prince de Valachie, entretenait avec la Pologne. Iwo- 
nia, qui se donnait comme un fils naturel du voïévode 
Etienne, bien que, suivant une opinion alors fort ac- 
créditée, il fût originaire delà Mazovie dans la grande 
Pologne, profita de la méfiance de la Porte, pour 
solliciter auprès d'elle , à l'instigation de quelques 
boyards , son investiture comme prince de Valachie, 
ainsi qu'un secours de vingt mille honunes ' . Instruit de 
cette démarche, le roi de Pologne s'employa en faveur 
de son protégé Bogdan par l'entremise de son ambas- 
sadeur Taranowsky, mais ce fut sans succès. Quel- 
ques magnats polonais prêtèrent à Bogdan un secours 
plus efficace, en lui envoyant plusieurs milliers d'hom- 

■ Gorecki dit mUle, Lasicki deux mille. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 44i 

mes sous les ordres de Mielecki. Cependant Iwonia 
avait reçu les troupes ottomanes qu'il avait deman- 
dées, et était entré en campagne. Stanislas Lancko- 
ronsky et autres nobles polonais repoussèrent dans 
une escarmouche lavant-garde des Turcs ; mais ils 
se retirèrent ensuite à Qiocin, la seule place forte qui 
restât encore au pouvoir de Bogdan ^ Bogdan dé- 
puta le jeune Radetzki auprès de l'usurpateur, pour 
le déterminer à renoncer à ses prétentions ; mais Ivro- 
nia envoya le parlementaire à Gonstantinople , où il 
fut enchaîné à une galère. L'ambassadeur polonais et 
son interprète Dziersky intercédèrent vainement en sa 
faveur auprès du grand- vizir, qui n'obéit dans cette 
circonstance qu'à la volonté expresse du Sultan, vive^e 
meut irrité de Tinvasion des Polonais en Moldavie. 
Sur ces entrefaites, le roi de Pologne Sigismond Au- 
guste était mort, et avec lui s'était éteinte la race des 
Piastes (7 juillet 1572). Afin de détourner de la Po- 
logne une irruption turque ou tatare, lasloviecky se 
vit forcé de céder Chocin à Iwonia, qui jura en retour 
de vivre en paix avec la Pologne. Mais Iwonia fut à 
peine maître de Qiocin, qu'il demanda en outre l'ex- 
tradition de Bogdan et de son frère Pierre ; le premier 
ne pouvait être livré , car Iwan-le-Sévère , l'ayant 
soupçonné de vouloir embrasser le protestanisme , 
l'avait fait jeter à l'eau dans un sac ; le second fut remis 
entre les mains des Ottomans , et mourut, à ce qu'on 
présuma , empoisonné à Gonstantinople. Maître de la 

I Joannis Lasicii historia de ingressu Polonorum in Falachiam cum Bog' 
dano Voivoda a i573, ad calcem Gorecii^ p. i38. 



44t» HïsIfemE 

Mddavfe , iWotiià èfeolâ le payé ^r &k iftintitiié et 
*ô cnlaùtife : il fit têhlêrrer Vifs dés éViftqaeà et des 
iSiôinéis, pôvlt les fdtcet ^ar tés lofttirtes à découvrir 
tfé prëtëhdtil^ tPé*)rs cachés. li adressa âul Etats de 
ï^oiogtte ûtié lettre écrite en laiigué turque , datas la- 
quelle â leur coti£(eflïait au nom du Sbltah d'éviter 
d'élire pôtit rbi un prinée dé la itaàisbh d'Autriche oti 
dé Ruà'^e; Maïs eti même temps soti ambassadeur 
x^ônjurait lès inaghats de n'acot'der aucune confiahce 
ûux infidèles ; car Iwohia press^itail déjà Torage que 
tes itttrigties du Voïévode de la Valàchie à la Porte 
attfohcelâiéni sur sa tête. Quelque sincère que fût î'a- 
Vèï^tissemeht doi^tié ànx magnats, il dut leur paraître 
d'autant plus ilUspect, qulwotiià avait autrefois abjuré 
le christianii^mé pour embraâser l'ièiamisme , et qu'il 
n'ékil revenu que depuis peu à la foi chrétienne '. 

Les pressentimens d'Iwonîa ne tardèrent pas à se 
réaliser. Le 21 février 1574, un tschaousch se pré- 
senta au diwan d'Yassy avec un ferman dans lequd 
SéKm demandait nfi tribut annuel de cent Vingt mille 
ducats, au lieu des soixante mille qui avalent été payés 
jusqu'alors. Sur cette demande, ïwonia appela leis 
boyards à iiné insurrection générale , et tous jurèrent 
dé vivre où de mourir avec lui. Trop faible toutefois 
pôrip lutter avec ses seules forces contre un ennemi 
tussi puissant, il demanda des secours à l'hetman ûei 
Cosaques Swîèrzèwsky et au roi de Polc^ne hou- 
Vellément élu , Henri de Valois ; hiais le sénat , pré- 

ï Gorecii descriptio helli Joannis voîfodœ Valachlœ, quod anno iS^k 
cum Selimo II Turcarum ïmperatoro gessiu Francofurti, 1578. 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 445 

voyant utœ Nouvelle lutte avec la Russie, 1^ hA ir^ifâd. 
Renforcé par Itietman SwierzeWsky, Iwonîa battît 
les Tûrcà dans trois rencontt'es ; puis il se porta à 
Kronstadt, ^ de là à Braila, à la recherdié de Pîeittè, 
son compétiteur. Il demanda hon extradition an cmn- 
mandant turc de Braila ; et celui-ci lui ayant feît por- 
ter pour toute réponse <Si boulets et déta flèches par 
quatre envoyés, Iwonia donna Tordre de couper le 
nesÉ , les oreilles et les lèvres à ces knatheulrètix , et 
dé tes pendre par les pieds devant les murs de la 
place. Btailà fut prise d'asMut él livrée au câfrnage 
pendant quatre jours : Tehin ou Bendip él Kélôgrod 
ou Akkerman subirent le même sort. Cependant les 
Turcs avaient réuni au-delà du Danube des forces 
considérables avec un parc d'artillerie de cent vingt 
<5anôns , et avaient acheté , au moyen de trente mille 
ducats, la défection du commandant moldave dé Cho- 
cin. Le 9 juin 1 574, l'armée moldave, forte de trente 
mille hommes d'infanterie , pour la plupart paysans 
indisciplinés et mal armés, de treize mille cavaliers, 
commandés par Tscharnjetzky , et de quatre- vingts 
canons , se trouva en présence de Tartnée turque à 
Obloutsch en Bulgarie. Malgré la trahison de Tschafrn- 
jetzky, qui dès le commencement de Tàction or- 
donna à ^es cavaliers de baisser leurs drapeatit, d'in- 
cliner leurs têtes et d'élever leurs casques sur leurs 
lances , la bataille se prolongea avec une fortune di- 
verse pendant trois journées. Les Turcs offrirent alors 
une capitulation que les Cosaques voulaient rejeter; 
mais les Moldaves, souffrans de la soif, en exigèrent 



444 HISTOIRE 

Tacceptation. Les parlementaires eurent sept entre- 
vues , dans chacune desquelles les Turcs garantirent 
par serment la libre retraite pour les Ck)saques, Tam- 
nistie pour les Moldaves et une entière sûreté pour le 
voïévode ; en conséquence, Iwonîa se rendit an kapi- 
dji-baschi. Cet officier s'entretint durant quatre heures 
avec son prisonnier ; puis s'emportant tout-à-coup sur 
une parole dlwonia, il lui porta deux coups de sabre, 
l'un à la face et l'autre dans le ventre. Au même ins- 
tant, les janissaires s'élancèrent sur lui, lui tranchèrent 
la tète qu'ils tichèfent sur une pique , firent écarteler 
son corps par deux chameaux, rougirent leurs sabres 
de son sang et se partagèrent ses membres comme 
des trophées. Les Cosaques tentèrent de se frayer nn 
passage les armes à la main à travers l'armée turque, 
mais tous périrent, à l'exception de seize seulement, 
parmi lesquels Swierzewsky. Sélim nomma voïévode 
de la Moldavie Pierre, fils du prince de Valachie, et 
le fit installer par le kapidji-baschi Djigalazadé, fils 
de Gcala, qui avait été fait prisonnier à la bataille de 
Djerbé. La tête d'Iwonia fut clouée à la porte de son 
palais à Yassy, pour servir d'exemple de la vengeance 
du Sultan contre ses vassaux révoltés ' . 

Ces derniers événemens militaires et la concluâon 
de la paix avec Venise nous conduisent à l'exposé des 
relations diplomatiques que la Porte entretenait alors 
avec les autres puissances européennes, telles que la 
Pologne, la Russie, la France et l'Autriche. A son 

« Siryikowsky la vit encore en Tannée 1575. Engel, Histoire de Uf^ 
davie, p. 226. 



DE L'EMPtRE OTTOMAN. 44^ 

arrivée dans la Daloiatie vénîrienne , où il avait été 
envoyé pour la fixation des frontières, Aloisio Gri^ 
mani apprit que les Turcs s'étaient approprié les ter- 
ritoires des villes de Zara , Sebenico et Spalatro , et 
qu'ils refusaient de les restituer. Sur sa demande, le 
baile Soranzo et Ferhad, pascha de Bosnie, s'étaient 
rendus, par ordre du Sultan , en qualité de commis- 
saires, dans la même province. Ce ne fut qu'après de 
longues discussions au sujet des villages dépendans de 
Zara, Sebenico et Zemonic, que les Vénitiens parvin- 
rent à obtenir la restitution de quarante villages du 
territoire de Zara , de trente autres de celui de Sebe- 
nico, ainsi que du contado dePossidaria. Le Polonais 
Taranowsky fut chargé vers cette époque de deux 
missions auprès de la Porte, ayant pour objet : la 
première, le renouvellement de la capitulation ; la se- 
conde, la présentation des excuses du roi de Pologne 
pour la protection qu'il avait accordée au voïévode 
de la Moldavie, Bogdan ^ Les deux ambassades con- 

I « Gionto un amdassador di Polonia, che gia due auni era stato alla 
«» Porta , per far qucrela cootra i Tartari. » Rapport de Tambassadeur de 
Yenise du lo avril i573. Taranowsky eut sa première audience le i3 mai 
1570. Rapport de Bym. Le Rapport vénitien du 3 juillet 1^73 dit : « Gionse 
» qui il Giaus ritornato da Polonia e porto la conûrmazione délia elezione 
i>4i Mr. d*Angiu figlio del Re Ghristianissimo in Re di quel regno, arriva 
» in campo che già era fatta Telezione. *» Cependant la Porte s'attribua vis- 
à-vis de la France le mérite de cette élection , et Tambassadeur français 
laissa passer cette prétention sans mot dire. Quatre mois auparavant, un 
t^aousch était revenu de Pologne; car, dans le Rapport du baile vénitien 
du 10 mars 167 1 , on lit ces mots : «E ritornato il Giaus, che fu mandato 
»al mese di novembre al Re di Polonia, e dolesi délia novita, che quel Re 
» fece contra i Tartari. » 



446 HISTOIRE 

s^tive» ^ révoque d'Âij^ fqrent i^atives à rinter* 
venUoa (fe la France ^a^s k^ négocis^ticm d^ tn^ié de 
Yenise el à Vû^Qts^l^lioa de Heiu*i cle Yalo^ coome 
roî de ]|\>lpgnç '. L'ambassadeqr français Q'avsdt d^ 
porté a^çim. pfés^eut de 3Qn souveraiii , et le grand- 
yii^F, blessé d^ cet oubli, voulait d'abprd lui refuser 
^a^die^cç du Sultan; mm Tévêque ayaat répondu 
({me le roi de iVa^ce ne s'^t abstenu d'envoyer des 
présens que p9?ce qu'ils étaient çopsidérés conune m 
tribut par ks Turcs, et nullem^t par un motif d'ava- 
rice) le graqd- vizir n*iAsi,sta pas davantage, et Fam- 
ba^sstdcw obtiipLt pon seuleqient son audience , mais 
ei^çoire up f^ni^, dans lequel le Sultan ^cordait aid^ 
^ pirotection aux Français qui se rendraient en pél^ 
lioagç à Jtéru^alem ^. 

J[eaii-le-Terrib]ie envoya im ambassadeur à la Porte 
pour élever des plaintes sur l'invasion des Tatars, qui 
s'étaient avancés jusque sous les murs de Moscou ; 
mais celui-ci repartit de Constantinople fort mécon- 
tent de n'avoir pu obtenir du Sultan Tenvoi d'une am- 
bassade ottomane en retour de la sienne (1 5 septembre 
t571) [xxi]. Un an auparavant, un autre ambassadeur 



1 £!la^an., t. Il, p. ^3. Rapport de Bym et d^Ungnad du mois de dé- 
ceiobre i573, diins les Archive^ l. IL L'extrait du Rapport de rambatsa- 
d£ur vénitien de Taniiée 1572 dit : «Gionta di Persaolt ambassadore di 
» S. M. Christiana. « 

> Le téoioignage de Fiasaan, t. II, p. 33, est plus digne de foi que celui 
de PelU de La Croix , qui prétend à tort que M. de Noailles s'arracka des 
bfw du kapidji-ba&chi, lorsque celui-ci voulut, suivant réti^etle, le oon* 
duire devant le trône ^ et qu'il s'7 rendit tout seuU 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 447 

ru^fi, T^xt^w d'une lel^^e (Jugnw^pwçe' , s'ét»! vw 
çoqtraittl k ît^î^tçr debçiU à V^iujâé^ï^çe d^ S\iH?Mi. ï>a 
toutes le$ r^atiof^s diploms^iques de h Fo^te^ c^Ues 
qu'elle avait ayec VAUeqiagne étaiei;^! les plun fré- 
quentes et les plus intimes : en eiOTet, les querelles, con-i 
tpuelles sur 1^ froidièr^, Te^yo^ d/est Tps^é^m aimu^ls 
et Içs négQci^tioiv^ ^ paix si^ns cei^^e réussissantes., m 
lîtiss^nt pas l?^guir i^n insta^it lesi T^ppprte entr^ k9 
deui^ puissances. Pès Véppqpe de }^ niissiou d^ Hym» 
Fempereur avait envoyé au Stu^t^^, par sw secrétaire 
^anivvald, une le^^e qui contepaU des plaintes et des 
représentations sur envers s^iyels. Les Twrca avaient 
fait plusieurs incursiqi^ pour s^'epip^cr du ^stdot 
i^tué entre la T^eis^ et la San^^ et le pjSi^cha d'Qfen 
ne cessai^ d'exciter les habitans du paktiaat de lipg 
à se ranger sous la 4Qi^<^tioi^ Qttonianie* hià, s^ni^ak 
de I^eograd , avait tenté de souniettre par la fprce 
Çorpona et Ba^abanya, deu3ç yillies dont le Sî^an lui 
^v^ ai^s^^é les reventis. D'v^^ ^u^lre côté , Nassoyf 9 
Yolévode d^ Szegedin, exigeait la cession en sa faveur 
4es villages voisina du siège d^e son gouvernement , 
qupiqu'ils appartinssent ^ l'emperew* £n oub?a , sur 
la ironl^ère de la Croatie 9 ^^ Twcs se déposaient k 
reço^slrnire l^ çhàteaqx de Marçxaly , S;çent-Gyœrgy , 

I Dans son Rapport daté de Constantinople, du 14 juillet iS^p, Tagent 
vénitien Edouard Provisionali dit que le Tzar, dans sa lettre au Sultan, 
s'intitulf^lt : Imperatgrg cU ^^sia » di AUemagna , e ai tatUL la Moscovia, 
Cane ai Casan e d^Jjtracan, Le porteur de cette lettre eut son audience I^ 
3 juillet. Petschewi, f. i6a, Djenabi, p. 43 1, qui font menlion de lluva-; 
sion des Tatars jusqu'à J^osçoujf et, d'apr^ eu^2 Ca&teaûr,' B^^ne de 
Sclim /i# S x^ 



44» HISTOIRE 

Zakany et Csurgo ; déjà mêine ils avaient élevé un nou- 
veau fort, celui de Segesd, d*où ils ravageaient toute 
la contrée; enfin, dans la Carniole, ils avaient mis au 
pillage plusieurs districts situés sur les rives de la 
Poigk. 

L'année suivante (1571), Ali-Firouz, sandjak de 
Kanisa , détacha l'un de ses officiers , Malkodj , afin 
d'attirer par une fuite simulée le brave George Thury 
hors du château de Rajk. Celui-ci donna dans le 
piège; il sortit du fort avec cent cavaliers et deux cents 
fantassins ; cerné de toutes parts, il soutint une lutte 
glorieuse contre les Ottomans, mais il finit par suc- 
comber sous la supériorité du nombre. Le pascha 
d'Ofen surprit, par suite d*une trahison, le château de 
Gede, près de Fûlek, et le fit raser (10 juin). 

Depuis son arrivée à Constantinople, l'ambassadeur 
Rym avait négligé de venir saluer l'empereur lors- 
qu'il passait les vendredis devant l'hôtel de l'ambassade 
pour se rendre à la mosquée ; Albert de Wyss avait 
adopté cet usage depuis la conquête de Szigeth. En 
l'année 1572, l'internonce de Minkwiz se rendit pour 
la seconde fois en qualité d'internonce à Constanti- 
nople, porteur du présent honorifique de l'empereur'. 
Le 9 juin de la même année, mourut le renégat po- 
lonais Strozzeni , drogman de la Porte, qui avait été 
envoyé successivement en qualité d^ambassadeur à 
Francfort, à Vienne, Venise , Paris et Varsovie. Le 
jour suivant , Ali-Firouz offrit au diwan les trophées 

> « Redit Miakuiz (a juillet i^;!) Copsiliarius, qui cum a duobus aooû 
» (1569) hue legatus primum venisset acceptissimus fuit. » Rapport de Rym* 



DE L'EMPIHE OITOMAN. 44g 

de sa victoire, savoir : les têtes de Thury et de neuf au- 
tres chefs, quatorze prisonniers, trois drapeaux et deux 
tambours. Le grand-vizir, voulant honorer Fhéroïsme 
de Thury, ordonna qu'on rendît les derniers devoirs 
à sa tête, tandis que celles des autres seraient exposées 
à la vue du peuple. Outre sa lettre de créance pour le 
grand- vizir, Minkwiz était porteur d'une autre lettre 
de l'empereur adressée au juif Jean Miquez , le puis- 
sant favori du Sultan. En apprenant cette circon- 
stance , le grand-vizir ne put s'empêcher d'exprimer 
son étonnemeift de ce que l'empereur écrivait à un 
juif, qui, disait-il, n'était pas maître de Naxos, mais 
seulement fermier de la dîme des vins de cette île, et 
qui n'avait acquis quelque influence qu'en s'immisçant 
dans les affaires des Vénitiens, peuple de pêcheurs et 
de juifs. 

Le Sidtan ayant eu vent des négociations que Jean 
Zapolya avait ouvertes auprès de la cour d'Autriche 
au comencement de Tannée 1 570, ordonna au renégat 
hongrois Perwané de demander à Zapolya les motifs 
du long séjour de ses ambassadeurs à Prague. Sigis- 
mond répondit au tschaousch que son ambassade n'a- 
vait d'autre but que d'obtenir une plus stricte obser- 
vation de l'armistice ; cependant il conclut à la suite 
de ces négociations une alliance offensive et défensive 
avec l'empereur contre les Ottomans, sur la promesse 
que lui donna Maximilien de lui faire épouser une de 
ses nièces. Mais ce traité fut nul dans ses résultats; 
car Zapolya mourut dans la nuit du 1 3 au 1 4 mars de 
Tannée suivante. Les Etats de Transylvanie élurent 

T. VI. '^9 



45o UISTOIRB 

pour lui succéder Bathory dk Somljo, qui s'empressa 
de faire parvenir le tribut au Sultan par Michel Gyu- 
lay et deux autres envoyés ; satisfait de l'exactitude du 
nouveau prince, Sélim confirma son élection en lui 
faisant remettre par le tschaousch Ahmed, avec le di- 
plôme d'investiture, le drapeau et la massue. Le com- 
missaire ottoman revint à Constantinople, comblé des 
présens de Bathory et accompagné de son envoyé Se- 
besi. Ce dernier fut remplacé l'année suivante par 
Kendi, qui recommanda de nouveau le pays et le 
prince à la protection du Suitan. Dans le cours de 
cette année, l'empereur chargea Edouard Provisionali 
et Ungnad d'apporter à la Porte le présent d'usage, 
et il profita de cette circonstance pour exprimer des 
plaintes sur le pillage du marché de Simand. En 1 573, 
Ungnad revint une seconde fois à Constantinople pour 
remplacer Rym et préparer, à l'occasion de la remise 
des présens, le renouvellement du traité de paix qui 
expirait dans deux années. Msds toute son habileté 
parut d'abord devoir échouer devant le ressentiment 
du grand-vizir, qui se plaignait vivement de l'incen- 
die de Graniza , de la captivité des Turcs Ibrahim et 
Hemin , et de la construction d'un nouveau fort à 
H^falù. Cependant , après sept semaines de négo- 
ciations , Sokolli annonça aux ambassadeurs que le 
Sultan était prêt à signer le renouvellement de la ca- 
pitulation arrêtée en 1 568 , à la seuïe exception des 
articles relatifs à Zapolya (3 octobre 1573). Les am- 
bassadeurs demandèrent que le traité conclu pour huit 
années fût obligatoire pour les héritiers et successeurs 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 45 1 

des deux parties ; mais cette demande fut refusée , 
attendu, dit Sokoili, qu'il n'était pas d'usage cfaei 
les Ottomans que le père traitât au nom du fils; il 
ajouta qu'il était loisible à l'empereur de comprendre 
les archiducs dans le traité, si tel était son désir. Quant 
aux villages qui payaient impôt aux deux Etats, SokoUi 
leur fit déclarer par le tschaousch Mohammed qu'il 
n'entendait pas qu'il fût rien changé aux anciennes 
dispositions. L'année suivante, le grand-vizir retira 
la promesse qu'il avait faite à Ungnad de lui céder un 
jardin et lui défendit même de sortir à cheval, parce 
que le tribut n'avait pas été payé à l'époque voulue. 
Le présent cependant ne tarda pas à être apporté par 
Philippe de Bruxelles, qui arriva à Constantinople 
avec Ibrahim-Pascha ; celui-ci avait été mis en liberté 
sur une lettre dans laquelle le Sultan demandait à 
l'empereur la délivrance d'Ibrahim , et se plaignait 
de l'invasion de Graniza et du rasement de Kallo. Le 
grand- vizir et les six autres vizirs Pértew, Pialé, 
Ahmed, Mohammed, Moustafa et Sinan, reçurent 
comme leur souverain les présens stipulés en leur fa- 
veur. Après quelques discussions, fut conclu un traité 
qui renouvelait la paix pour huit années; te grand- 
vizir y avait introduit quelques modifications, mais 
Ungnad obtint leur radiation; il se disposa à partir 
pour Vienne , accompagné du drc^man de la Porte, 
Mohammed [xxn]. 

Pendant ces négociations exitce la» Porte et J 'Au- 
triche , le Yalaque Bèkes intriguait à Constantinc^le 
ei à Vienne pour obtenir en sa faveur l'investiture do 

^9" 



|5a HISTOIRE 

la principauté de Transylvanie. Le tschaousdi Mous- 
tafa et le grec Scarlate, envoyés à Vienne par Sokolli 
à la recherche de Bogdan de Moldavie , se rencon- 
trèrent dans cette ville avec Bèkes , au moment oà 
celui-ci, négligé par l'empereur, avait résolu de tour- 
ner tous ses eflforts du côté de la Porte. Le prêtre 
Adam Neisser et Marc Benkner , tous deux renégats 
transylvaniens, furent chargés par Bèkes de négocier 
auprès de la Porte sa nomination à la principauté de 
Transylvanie : dans ce but, ils promirent à Sokolli une 
somme de quarante mille ducats, et un anneau d une 
valeur de dix mille ducats, et prirent rengagement de 
payer au Sultan le double du tribut stipulé si Bèkes 
était nommé prince de Transylvanie. Mais Pierre 
Egrud, envoyé de Bathory, fit échouer ces négocia- 
tions par une offre de présens considérables. Vers ce 
même temps, l'Arménien Christophe apporta à Con- 
stantinople une lettre du roi de Pologne , pleine des 
protestations les plus amicales. D'un autre côté, le 
Sultan écrivit, quelque temps avant sa mort (1 574), 
au roi de France Charles IX. ainsi que Sinan , qui se 
préparait alors à sortir des Dardanelles. L'ambassa- 
deur français accrédité à Constantinople était M. de 
Noailles, frère de Tévéque d'Aix. 

Nous ferons remarquer, à l'occasion de ce rapide 
aperçu des Y^elations diplomatiques , que déjà toutes 
les affaires extérieures étaient traitées par l'entremise 
des drogmans, et que ceux-ci pour la plupart étaient 
des renégats, comme les meilleurs généraux et les 
plus grands^ hommes d'état qui ^ sous les règnes de 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 455 

Souleïman et de Sélim, élevèrent l'empire au plus 
haut point de sa prospérité. Sur dix grands-vizirs de 
cette époque, huit étaient renégats. Ibrahim et Feu- 
nuque Souleifman étaient Grecs , Ayas Loutfi et Ah- 
med, Albanais; Ali, dit le gros, était originaire de 
l'Herzégovine, ainsi que Pertew^-Pascha, Hersekoghli 
et Doukaghinoghli. Roustem et son frère Sinan , les 
vizirs Ferhad et Ahmed le traître, Daoud et le conqué- 
rant de TYémen, Sinan-Pascha, étaient tous d'origine 
croate ou albanaise. La Bosnie avait vu naître le 
grand- vizir Mohammed SokoUi, le vizir Moustafa- 
Pascha, Khosrew-Pasdia, la famille des Yahyaoghlis^ 
Yaïlak Moustafa-Pascha, Sal Mohammed-Pascha, le 
conquérant de Chypre Lala Moustafa-Pascha, le gou- 
verneur d'Egypte Maktoul Mahmoud-Pascha , Bal- 
taschi Ahmed-Pascha , Djenabi Ahmed-Pascha , Te- 
merrud Ali-Pascha et Sofi Ali-Pascha, gouverneur 
d'Egypte, mort devant Szigeth. Hasan-Pascha, gou- 
verneur de l'Yémen , et l'eunuque Djâfer - Pascha 
étaient nés en Russie. Enfin , parmi les corsaires et 
anûraux ottomans, Salih-Pascha était d'origine grec- 
que et né dans un village de la plaine de Troie , 
Pialé-Pascha était Hongrois ou Croate, Kilidj-Ali, 
Csdabrais, et Barberousse, originaire de la Grèce. Si 
donc la puissance ottamane foula aux pieds tant de 
naticffis, ce résultat ne doit pas être attribué au ca- 
ractère indolent et grossier des Ottomans, mais à l'es- 
prit de ruse et de finesse qui distingue les peuples 
grecs et slaves, à la témérité et à la perfidie des Alba^ 
nais et des Dalmates, à la persévérance et à ropiniâpr 



4 H HISTOIRE 

tr^é des Bosniens et des &oat6B5 enfin à la valeur el 
aux talens des renégats des pays conquis. 

Avant de terminer cette période, ia plus métaorable 
de l'histoire ottomane , par le réck de la mort de Se- 
lim , laquelle eut lieu quinze jours après la signature 
du traité avec rAutriche , nous croyons devoir men- 
tionner ici quelques événemens que les historiem et: 
tcunans ont conâdérés comme des présages de cette 
mort, et qui ne laissèrent pas de faire une profonde 
impression sur Vesprit superstitieux du Sultan. L'ap- 
parition d'une comète , un tremblement de terre qui 
renversa quatre cents maisons à Gonstantinople, une 
inondation à la Mecque qui fit trembler les habitans 
pour la sainte maison de la Kaaba , causèrent vams 
d effroi à Sélim que le feu qui éclata dans les cuisines 
du serai ; car un incendie dans le palais d' Andrmo|de 
avait également précédé la mort de son aïeul Sélim P. 
Cet accident et la mort du grand-moufd Ebousouoad 
le plongèrent dans une profonde tristesse (septembre 
1574). Il avait moins regretté, deux ans auparavant, 
la perte du second de ses fils qu'il ne déplora alors le 
trépas du grand-scheïkh de l'Islamisme, le pluspiôs- 
sant soutien de la législation ottomane pendant trente 
années; il l'avait comblé d'honneurs dès les premio^ 
jours de son règne , et lui avait sacrifié son confident 
intime Djelalbeg , exilé un an auparavant à Monastir 
pour avoir proféré contre le moufti quelques paroles 
inconsidérées. Un prince adonné au vin comme Sélim 
devait voir dans l'incendie des cuisines un présage 
d'autant plus funeste que le feu avait détruit les offices 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 4^55 

et les caves. Afin de réparer les pertes de ses provi- 
sions, il envoya en Egypte son sommeiller Mesihaga. 
Quelque temps après, la nouvelle salle de bain (kous- 
sour hamam) étant terminée, Sélim la visita avant que 
les murs eussent perdu leur humidité , et , par pré- 
caution hygiénique, il vida d'un seul trait une bon- 
tdlle de Tin de Chypre ; mais les fumées de ce vin 
rendant sa marche chancelante, il glissa et tomba sur 
les dalles de marbre mouillées par les vapeurs du bain. 
On le porta dans son lit, où il fut saisi par une fièvre 
ardente qui l'emporta onze jours après ( 27 scfaâban 
982 — 1 2 décembre 1 574) [xxiu]. Tdle fut la fin de 
ce prince intempérant , l'un des sultans qui ont le 
plus souillé le trône d'Osman par de honteuses dé- 
bauches [xxiv]. 

SéUm laissa six fils, les princes Mourad, Moham- 
nœdi Soideïman, Moustafa, Djihanghir et AbdouUah. 
n avait eu un septième fils, Osman, dont la mort avait 
précédé la sienne de deux années. Ses trois filles fureii^ 
mariées à des vizirs : £sma - Sultane était devenue la 
femme du grand-vizir Sokolli ; Gewher Sultane avait 
épojusé , du vivant de Souleïman , le kapitan Pialé-Pa- 
scha, à l'époque même où la nièce de Sélim, Schah 
Sultane, avait été donnée à Hasan, aga des janissaires ; 
enfin, Fatima Sultane fut dans la suite mariée, par son 
frère le sultan Mourad m, à Siaw^ousch Pascha avec 
une dot de deux cent mille ducats. 

Outre la Sdimiyé dont nous avons déjà parlé, Sé- 
lim, fonda une mosquée à Àndrinople dans le quar- 
tier de Kanbounar ; il releva les mun» de cette ville, 



4»6 HISTOIRE 

et fît construire un château qui dominait le port dé 
Navarin. A la Mecque , il restaura les aqueducs qui 
menaçaient ruine, et ordonna que le vestibule et 
le harem de la Kaaba fussent ornés de trois cent 
soixante coupoles. Enfin, peu de temps avant sa mort, 
il avait fait commencer la construction de deux nou- 
velles académies dont il voulait doter Aya-Sofia , de 
deux minarets, et de deux piliers destinés à conso- 
lider cette mosquée ébranlée par le dernier trem- 
blement de terre ; mais malheureusement ces piliers 
ftirent placés de manière à défigurer le monument. 
Séliiifi dut abandonner à son successeur Taché vement 
de ces travaux , de même qu'en mourant Souleïman 
lui avait laissé le soin de terminer le grand pont de 

m 

Tschekmedjé, pour la construction duquel il avait 
remis quatre cent mille ducats au defterdar Hasan- 
Tschelebi et au contrôleur de la Roumilie Khosrew- 
beg. Si Tachévement du pont de Tschekmedjé , le 
Kanounnamé d'Ebousououd et du nischandji Moham- 
med sur la réorganisation du système féodal , les con- 
quêtes d'Arabie , de Tile de Chypre , et d'autres ex-* 
péditions glorieuses sur terpe et sur mer, peuvent 
être considérés comme le couronnement des grandes 
œuvres du règne de Souleïman , on ne doit pas en 
conclure que les qualités élevées de ce souv^*ain se 
fussent transmises à son fils , prince indigne d'un tel 
père ; mais on doit en attribuer tout le mérite au 
grand-vizir Sokolli , que Souleïman avait élevé dans 
les derniers temps de son règne au premier poste de 
l'empire, et avait légué à son successeur. Ainsi tout 



DE L'EMPIRE OTTOMAN. 457 

l'éclat dont nous voyons briller le règne de Sélim 
n'est que le reflet de celui de son prédécesseur, et les 
peuples ne continuèrent d'être maintenus dans Tobéis- 
sance que par la terreur que répandait encore le nom 
de Souleïman , le plus grand et le plus puissant des 
successeurs d'Osman. 



FIN DU TOME SIXIEME. 



NOTES 

ET ÉCLAIRCISSEMENS. 



T^OTES ET ECLAIRCISSEMENS 

DU SIXIÈME VOLUME. 



LIVRE XXXI. 

I. — Page io. 

Ainsi que nous l'avons fait pour les campagnes de Belgrade^ 
Rhodes, Mobacz, Vienne, Gûns , la première contre la Perse, 
et celles de Gorfou et de la Moldavie , nous eussions extrait 
du Journal de Souleîman ce qui a rapport à la seconde cam* 
pagne contre la Perse, si cette partie existait dans le seul 
exe9)plaire de ce précieux ouvrage qui soit jusqu'ici connu ea 
Europe. Heureusement il est possible de combler en quelque 
sorte cette lacune en consultant V Histoire de la Turquie^ par 
Lewenklau, t. III; l'auteur y donne le Journal exact des mar* 
ches et des stations de l'armée pendant la campagne de r,année 
1547. 

Mois d'avril (sâfer). 

La campagne de Perse fut résolue le 23 sâfer 955 (3 avril 
î54B); le même jour, le sandjakbeg de Bosnie, Oulama, fut 
nommé gouverneur d'Ërzeroum. Le a5 avril, Elkass Mirza, 
frère du scbab, se mit en marche avec deux escadrons de 
ghoui*ebas. 26, départ de l'aga des janissaires. 28, Souleîman 
dresse son camp à Scutari; l'ambassadeur français reçoit l'ordre 



^ NOTES 

de suivre le Sultan ; le fils dTabja-Puscha, M obammedbeg, 
ancien gouverneur d'Ofen , part en qualité de sandjak pour 
Semendra. La seconde station de Souleïman eut lieu à Mal* 
depé. 3| Tekfour tschaïri, comme dans la première campagne 
de Perse (dansLewenklau, Kischon tzupri). 4 9 Dil> ^> Tschi- 
narli (dans Lewenklau , Ginarii) ^ le cbâteau et la rivière 
d'Hereké (dans Lewenklau , Heregie). 6, Si ta ré Kœprisi, près 
de Nicomédie. 7, Kasiklû. 8, Dikillûtasch. 9, Panboukkœi. 
lOy Yenischehr. ii,Akbiik. 12 , Kourtaran. i3y Bozouyouk 
ou Bozœni. i^y Ermeni derbend. i5, Sultanœni. 16, Eski- 
schebr. 17^ Akœren. 18 ^ Se!d-e-Ghazi, Les deux villages 
suivans cités par Lewenklau ne se trouvent ni sur les cartes 
ni dans d'autres sources connues; ce 'sont : 18, Lulapa Giair 
(tscbaïr, prairie), et 19 , Baiatto. 20, Boulawadin. 21, la 
fontaine Selam Aleïk, citée dans Lewenklau comme formant 
la frontière entre la Karamanie et le Kermian. 22 ^ Tatarkœi. 
23 , Akscbebr. 24^ Arkitscbaïri. 25, Ilghoun. 26, Karazengi, 
probablement la petite rivière de Seugissou, qui coule le lon^ 
d'une route (Meiiasik, p. 33). 27, le Kilepegi de Lew. est 
probablement Kelmikh. 28, Koniab. 29, Kirkbinar. 3o, Kara- 
binar. 3i, Akdjescbehr. 32, Adabeg; on passa à côté du lac 
Douden. 33, Adalû, vis-à-vis d'Akdepé, non loin d'Erekli. 
34» prairie Nakarezen tschaïri. 55, Nikdé. 36, Bugiet (?) (de 
Lewenklau). 37, Dewelû Rarahissar. 38, les bords de la rivière 
ïndjé Karassou. 39 , Raîssariyé. 4o , les rives du lac d'Indjir- 
gœli. 4' , plaine de Palas (?). 4^9 Djouboukowa. 43, Kcdû- 
kowa , sur les bords du Sarimsaklû sou. 44 9 Rl^an Ouskok- 
tscbi. 4^9 Latifekban. 4^ Siwas, près du pont du Kizil Irmak 
(Haljs). 47» Habat il ; le mot rahat signifie jour de repos ; il est 
donc probable que l'armée se reposa ce jour-là , d'autant plus' 
que, suivant le Journal de Souleïman, l'armée, dans la cam- 
pagne de Perse, en 1534) s'arrêta. 48, Kotscb hissar, comme 
étant la station la plus voisine. 49» Yapakkœi tschaïri. 50* 
Papas jaïlasi, dans le voisinage du rocher Ozkidji kaîasi. 
5i, Kouyoulou hissar. 52, Akschehr. 53, Souscbehri. 54, 



ET ECLAIRCISSEMENS. 463 

Akdepé yaîlasi. 55, Yazidjûnûn yaîlasi. 5^, le village de Gir- 
inane(?). 57, Erzendjan. 58, Djoubouk owa. 59, sur une mon- 
tagne (yaïla) dont le nom nVst pas cité. 60, Karkînklian (?). 
61 , Kalaai Khobnar. 62, Peïk yaîlasi. 63, le village de Sen- 
sif. 64 9 dans les champs d'Erzeroum , non loin des bains 
chauds (Ilidjé , Elegia), devant les portes d'Erzeroum. 66, 
plaine de Pasinowa. 67, devant le château de Hasan (dans 
Lewenklau Ei-ezkel) (?). 68, Tschoban kœprisi. 6g, à l'entrée 
du déBlé Alagœz Derbend. 70, Iman kayasi. 71, au débou- 
ché d*un défilé, dans Lewenklau Derbend agir, pour agiz 
(débouché). 72, frontière de Perse ; on campe dans la vallée 
d'Ileschgherd. 73, Sirelowasi. 74, Baschsif. 75, château de 
Karadjé. 76, village de Tschakerbeg. 77, village d'Agehi. 
78, sous les murs d*Ardjisch. 79, village de Bendmahi, dans 
la vallée de Karadéré. 80, Hami Alem (?). 81, à l'entrée du 
défilé Karaderbend deresi. 82, près du village de Sœgmenada. 
83, au-delà de Sœgmenada, dans une forêt. 84 9 non loin de 
Khœi. 85 , Gûldepé. 86 , près du Pont-Rouge (dans Lewen- 
klau, Girdemizé) (?). 87; au pied d*une montagne (Tagh dibi). 
88, Yanjedighi. 89, Sofian. 90, Seham kazan, c'esl-à-dire le 
mausolée de Ghazankhan, devant Tebriz. 91, Tebriz. 

Départ de Tebriz. 

• 92, Saruan Gullo (?)• 93, Schebester, célèbre par la nais- 
sance de plusieurs poètes et savans, entre autres de Mahmoud 
Schcbesteri , auteur du Gûlscherd raz (parterre de roses des 
mystères), 94, le bourg de Tesoudj : on passe par les vil- 
lages d'Almalû , Schenvan et Topaki. 95 , Saztschinar. 96 , 
bourg de Selmas. 97, Khanesor. 98, Alabagh. 99, au pied 
d'une montagne (Tagh dibbi). 100, en-deçà du château Mah- 
moudiyé. ici , au-delà de ce château. 102, plaine de Kirkbi- 
nar. io3, dans la plaine du fort d'Aounik (Kàatpoy tov "A^vtxov)^ 
Petis de La Croix confond cette station avec celle de la ville 
de Wan. io4, Wan. io5, Maldud giagi (?). 106, Bendmahi, 



464 NOTES 

1079 Ardjisch. 1089 Tschoban tekijé. ioq, près d'Âadil- 
jouwaz, sur le lac de Wan. 1 10, près du lac. 1 1 1 , Kazan yûki, 
près de Boulanik gœ\ ou lac trouble. 112, Melazkerd. iiS, 
Kalaaï zernidj ; on établit le camp sur les bords de la rivière 
de Gœksou. 1 14 9 Karakœpri (près du Pont-Noir). 1 15 , Ka- 
riyeï ak ghelin. 116, Outsch Boudak, les trois bras, ainsi 
appelé parce que trois rivières se réunissent en cet endroit: 
le Mourad (Omiras) venant de la plaine de Melazkerd, le 
Gœksoui qui descend de celle de Sernidj, et le Wartou (?), 
venant de celle de Terdjan. 117, Sekavrikœi (?), sur les ri- 
ves du Mourad. ii8,Mousch. 119 9 Kalaî Serghit, près de 
Mousch (suivant Lewenklau). lao, Aourmag (?). 12 1, Karieî 
kouschlû ; on passa à côté de Bidlis. 122, l'armée passa à côté 
de la ville de Kefendcr et campa dans le village Kenek (?)• i23, 
passage des ponts de Konakdar. i24) l'armée traversa la rivière 
de Bidlis, et campa près de Doukhan Kœprisi. I25, le couvent 
Dewedjiler kiran. 126, près de la ville d'Ërzen. 127, sur les 
bords de la rivière Bezeri (?), probablement Bescbra ou Al- 
tounsou. 128, sur les bords de la rivière Panboukdji. 129, le 
karavanserai d'Abarhan (?), Kara Amid ou Diarbekr. 

De Diarbekr, Souleïman marcha sur Kbarpout et revint en 
faisant les stations suivantes : i, Dewé getscbid. 2, Argbani/ 
au-dessous du village de Maaden (les mines). 5, Kouschlîidjé. 
4, près d'un lac. 5, sur la rivière de Saru kamiscb. 6, Kirieî 
Seîdler (village des Seïds ou descendans de Mobammed) ; Tar* 
mée passe le Mourad. 7, Pesneg (?). 8 , Kbarpout. g, Paski (?), 
sur les bords d'un lac. 10, Kouscblûdjé. 11, Argbin. 12 , De- 
wegedjid. i3, Diarbekr. 

Marche de Diarbekr à Haleh, 

ï , Les bords de la rivière de Kagred (?). 2 , Kizil depé. 
3, Almalû kœi. 4» Kaneï kodja. 5, Abid binar ou Aabidoon. 
6, Khaziné binar. 7, Roha ou Orfa (Edessa). 8, village de 



ET ECLAIRCISSEMENS. 465 

Scheïkh Mosliro. 9, Bçaclidepé. 10, au-delà de la ville de 
Bîredjik. 11, Karieï Nizib. la, rivière de Segiar (Akssou ?). 
i3, Bab (Dabik?). 14, Haleb. 

II. — Page 18. 

Istuanfiy 1. XVI, appelle l'envoyé de Soukiman Mobam- 
med-TscbaoQScb; Forgacs le nomme Mabmoud; d'après le 
|)Tojet de réponse de Ferdinand à Souleîman , qui se trouve 
<lan8 les Arcbives d'Autricbe, Mabmoud serait le véritable 
nom de cet envoyé : «Nuntium Magnitudinis Yestrae egregium 
• verum Mabmutb libenter visimus et audivimus tura propter 
)> Majestatem Vestram, a qua missus erat, tum quod ipsi <;um 
» eo lingua aostra loqui potuimus. >» 19 mart. i55o. 

III. — Page 21. 

HadjiKbalfa, Tables chronologiques s Osman Efendi,£/o^a- 
phies des Vizirs, Dans ce dernier ouvrage , on lit que Sokolli 
s*éiait marié «n Tannée 96g (i56i) avec la petite-fille du Sul- 
tan, la princesse Esmakbau (née en 961 — 1544)» tandis que les 
bistoriens bongrois placent ce mariage à Tépo^ue dont nous 
|>arlons. Voyez Fessier, t. VII^ p. 718. 

IV. — Page aS, 

latuaaifi confond les deux époques fixées pour la fin des 
•campagnes des Tuvcs,^ savoir^ dans Téquînoxe d'automne le 
jour de Kasùn (qu'il appelle Cassonginum) pour l'armée de 
terre, et le jour de saint Démétrius (10 nov.) pour la flotte. 
Les actes vénitiens déposés aux arcbives <le la maison I. R. 
d'Autricbe contiennent un fermao au doge , daté du mois de 
ramazan 937 (mars i55i), qui enfoint aux Vénitiens de ne 
point inquiéter la navigation des eaîques ^ue le SuUan avait 
fait constnMre à Obro^mf^ 

V. — Page 26. 

istuanfi rappelle Mikbalogbli ; mais Mikbatogli - Kbizrbog 
T. vu 5o 



466 NOTES 

était alors commaoïlant de SzegedÎD; Istuanfi désigne plus 
tard ce commaDdant sous le nom de Heder. 

VI. — Pagb 3o. 

Istuaofi , Forgacs. Ascanio Gentorio. Pctscliewi , f . 92 , se 
trompe en disant qu'Oolama pérît lui-même dans cette afihire. 
Les autres historiens ottomans passent cette défaite sons si- 
lence. 

VII. — Page 3o. 

Forgacs. Ascanio Gentorio^ qui mérite plus de foi, dit à ce 
sujet ; « Stava appoggiato sovra una tavola ove haveva un' 
• orologio, un breviario alla Romana. » 

VIII. — Page 3o. 

Istuanfi dit : « Pugione ejus jugulum, » et Ascanio : «Gli 
» dette una ferita sopra del petto e nella gola, » et non pas 
dans la nuque, comme l'assure Fessier^ t. VIII, p. i3g. 

IX. — Page 82. 

On trouve une relation détaillée de la trabison de Martiauzzi, 
et l'exposé des motifs qui ont déterminé Castaldo à le faire périr 
dans : InstrucUo earum rerum^ quas R. Gregorius episcopus Za- 
grabiensis nec non nobilis Don Didacus Lasso de Castiglio nostri 
consiliarii oraiores et comnUssarii dei^oti fidèles nobis dilectiapud 
beatissùnum in Christo patrem et Domnum D. JuUum III divina 
Proffîdentia Sacrosanctœ Romanœ ac unit^ersalis Ecclesia sum- 
mum Pontificem Dominum nostrum rçdm» nomùie nostro revt" 
renier proponere, agere, traclare et expedire debent. Pragae, 2 ja- 
nuarii 1 552. Le but de cette mission n'était autre que de fiùre 
révoquer l'anatbème lancé par le pape contre les meurtriers 
du cardinal. On remarque ce passage dans les instructions des 
envoyés : « Si tamen intelligeret (Gastaldo) rem aliter transigi 
* non possc; quam quod aut manum sibi inferri pateretar^ 



ET ÉCLAIRCISSEMENS. 467 

» aut ipsi fratri Gcorgio tam nefaria molienti inanum inferret, 
» tune potius ipse eum prœvenirct; atque boc quidem nos* 
» trum mandatum dictas belliciis Locumtenens secutus, >» et 
après avoir développé le projet du cardinal de livrer la Tran^ 
sylvanie aux Turcs, la lettre continue en ces ternies : « Si^ 
M mulque supradictam mandatum in memoriam revocans tan- 
w dem dictum fratrem Georgium prout gravissima ejus de- 
» mérita requirebant interfici curaverit et prsedictos duos tar- 
• cicos Gbiaussios, qui recenter ad eundem fratrem Georgium 
» venerunt in custodiam receperit,adeoque coram Deo et Sanc- 
» titate Sua et universo mundo non solum nuUas pœnas cen- 
» surae incurrerimus, sed potins iaudem et praemium comrae- 
» ruerimus, utpote qui vim nostris militibus per inlerfectum 
n monachum inferendam sine aliorura caede et sanguine vi re- 
» pulerimus. » Les lettres apportées par les deux tscbaouscbs 
se trouvent dans les arcbives d*Autricbe parmi les actes bon- 
grois; elles prouvent jusqu'à l'évidence que si le général turc 
comptait sur les bons services et le dévouement de Martinuzzi, 
il craignait cependant que les tscbaouscbs ne fussent livrés à 
Ferdinand. Il est fort curieux d'entendre un pascba turc parler 
de Gicéron et rappeler à un cardinal les préceptes de l'Écriture. 
« Imperator nostrr semper Augustus de censu bénigne accepto 
» nobis mandavit, ut a regno Transjlvaniae felicissimum érige- 
» remus exercitum et arma totaliler deponeremus, quapropter 
» expugnationem castri Tbemisvar dereliquimus et castrum 
» Gbianad caetera que castra deseruimus felicissimoque exercitui 
» licentiam dedimus ac (nos) ad castrum Peciai contulimus, 
» dominatio quoque vestra cum gladiis, fustibusctlantcrnisad 
» debellationem cîvitatis Lippa venit committatus caterva Plia- 
» risaeorum atque latronum et aliquantulo Turearum cuniculo 
» fugam arripiendo interfecto âd prœfalae ci vitatis castri expu- 
» gnationem, ubi Holamabeg cum aliquibus Gaes^ireis militibus 
» inclusus est debellare studet^ quo intellecto adlUustrissimum 
» Halipassa Budun Beglerbegi cum toto fclicissimo exercitu 
• sibi comisso venit. Nos autem cum nil innovare a Caesare pcr- 

00* 



4<iB NOTES 

» missum siti licentiam dedimus cum taie committere ultra 
» totius orbis terfarum leges sit ; nam, yt Gtcero inquîty fides 
» hostibus seryaada est, et (}ue in pràetciîtià litteris nobîs D. Yé 
n nuntiavity cognovimos ea fide oarere. Veriuntamen finis om- 
» nium rerum et potentia magni Imperàtoris semper Angusti 
» ac eju8 ferocitas eonsideranda est , bisque perspeetis operari 

• sagacissimum est ; quaraebrem D. Y. nobia Mabamet Giau- 

• sinm et Denria famulum nostrum cum responso unîversalî 
m nrittere dignetur. Nam eorum retentia quid ut prodest, quod 
» D. y» utile sit et ne quidem taedium bis meia praesteui fiDem 
» do. Dat. in Castro Peciai die vere primo menais Decembris 

n l55l« » 

Deuxième lettre. 

« Princîpum laus et gloria in manibus eorinn ministrorom 

• consistit, e conversoque zizania discordia et seditio in eoram 

• malignitate constat ; Hoc ideo ne aliqoid innoTetur scanda- 
é Inm cum tua erga Cœsarem fidelitas animiqne sinceritas e 
« commissis manifesta fuerit talique modo Holama dimittendo 

• et regium exercitum placando , cujus causa fidesque versus 
M Dm. Vro. inter taies et tantos principes est praevarieari 
» debeatur, Imperatorque noster semper Augustus bellnm fa- 
n cere teneat, quod si firmiter ac pacifiée permanebit non offi« 
» ceret, nam D. Y* nobis missis litteris nuntiavit, quod cas- 
I» tram Pecia et Beckerek et civitatem Lippa , neque alia cas« 
» tra usque ad rivuin Ghiris non esse in possessione sua, neqoe 
é suœ coBvenire junsdictioni ; nos autem omnia, quas a D. V. 

• ezpAsita fuerant | Inyietissimo Imperatori certificabimus. 
n Urne ideo causa prestata et retardatio census, qui ai ante mis- 
» sus fuisset, non ta lia succédèrent ^ nec hujus discordiae bel- 
» liquë causa fuisset; nnne vero D. Yé Holama Pasciae ordi- 
« navit, ut ex parte D. Y. a nobis castra Pecia et Becscherech 
n peterci ^ «obisque clariim et manifestûm est ^ nullam ex eu 
» suam Gsm. M^. utilitatem et commodum babere^ nam non 



ET ÉCLÂlRaSSËMENS. 4(J9 

u nostrum e$l custra accipere ac iribu^re,. id piœter Casaiû 
w (nemiaeni) decet, nos autem pr»dicta castra mandato Caesa-^ 
» recft ««ecepinms Dcp dani? «oiiservaliimiis> sedy si voliuntas 

• D.y« fuerit hseCf liabece casUa, niiulio lïtterUque a Celso 

• 3iin>moquiQ Impierator^ p^Uit| tunpque cognita fideliU^te «t 
»> vplipntate non âffueg/aint y )>eni^ne et gratiose ceocedet | nos 
w ig.itur prout posse crit nostra ad principes pacificandos 
M laborabimus, D» qiioque Yestra castro Pecia, Becscherecli 
m «t Cliaragb derelictp Domino , qui Malcbojcb (Malkodî) 
4> Begî niincupatur ex consanguineis Morat Begi bene se har 
m bere dignetur. Cum itaque commissio Caesarea ilUc per- 

• mansit , nos autem bucnsque nikil combussimus atque de- 
9 vastavimusy quod si voluissemus hicce cum inedictato (?) 
» Roioanise exercitu regnum istud Transylvani» dévastasse- 
» mus; ideo finem omnium renim consîderare débet seean- 
m dum suam prudentiam atque doctrinam reUgioneraque, cui mir 
w aime deeet meos non mittere bomines , itaque talis est nostra 
w spes, Mt bis yisis mittere dignetur. Nos in ca^ro Belgrado 
M invernari praeceptum fuit; felicissimos exercitus instruere et 
» exstruere; facundissimis litteris nos participes reddere digne- 
» rity ipsosque fidèles mittere bene potest, ut in dLes nostra bene 
» convalescat amicitia, et amor> qui omnibus totins orbis ter- 
» rarum homi&ibus palam sit^ et semper amoris vinculis pijilil- 
» lamina , amicitiaeque accrescere nitemur. D. quoque Yestra 
» Revma. Illma. Mix et prospère valeat. Dat ip Bellogrado 
M Die VIII. mensis Decembris 1 55 1 . » Voici le titre : Illmo. 
Bepmo. Do. Fratri Georgio Archiepiscopo Varadensi nec non 
Regni Transylvanîœ Thesaurario Cœsareoque Locumtenenii 
GenetàU Digmssîmo. Outre les deux lettres précitées et les 
instructions données aux ambassadeurs dans le but d'obtenir 
la révocation de Vanathéme (les documeas les plus importans 
qui existent sur l'assassinat de Martinuzzi), les Arcbives d*Au- 
Iricbe renferment parmi les manuscrits biçtoriqjues, sous le 
n* 9089 un manuscrit portant le titre de Morte di Frate Giorgio 
con aUune altre cose di Transjrltfania et Ungaria successe ncgli 



470 NOTES 

' anni i^Si à i55a. On y lit, f. 43 : « Avvisi da CosUntihopoli 
«> corne il delto frate ancbor che seco fingesse di dar ciancîe al 
» Turco per tenerlo pacifico nondimeno in eflRstto nascosta- 
c^ mente pratticava di riaccordarsi seco , offerendogli maggior 
» tributo del soUto de promettendo i mandare in pertizione i 
w Spagnoli e Todeschi, con cbe lo conârmasse suo Vaivoda e 
• lo lasciasse governar pacificamente di che sua Maestâ,per 
M canibio habea avvertito il Gastaldo, commettendogli espres* 
» gamentc, che quando si accorgesse, che il Frate fosse per 
M venira tal effetlo lo prevenisse. » L'auteur met entièrement 
la responsabilité de ce crime sur le compte des deux secré- 
taires italiens Francesco degli Strepati di Milano et Alessan- 
drino Marco Antonio Ferrari, qui, suivant lui, Tauraicnt 
commis avec Sforza et Pallayicini. On prétend que Martinozzi, 
au moment ou il reçut le coup de poignard, s'écria : Do- 
mine, quare hoc milu? Les tscbaouschs furent arrêtés dans le 
château d*Alvinz, et les lettres du moine trouvées sur eui en- 
voyées à Vienne. 

X. — Pagb 3a. 

Isliiaiifi, 1. XVIi , p. 319. appelle Khizr, Heder. Forgacsii 
Commentarii y p. 4^. Ascano Centorio , f. t56, change le nom 
deTob Michel en Ottonuale, et celui d'Obernstorf en Ourestolfo. 
Yoj. aussi Wolfg. Bethlen, Fessier, Ëngel, Djelalzadé, Solak- 
zadé; Ali, XLYII^ récita Abdoulaziz et Pctschewi. Le dernier 
donne les détaib comme les tenant de la bouche de Hamza- 
Aga, tschaouschbaschi du gouverneur d*Ofen. 

XI. — Page 4^. 

Parmi les vases d'or qui furent trouvés en Tannée 1 790 dans le 
palatinat de Sarosch,etqui sont conservés dans le musée impé- 
rial des antiquités, se trouve une coupe avec cette inscription : 
BOrrAOTA ZQAnAN. TATPÛTH. HTZirH. TAI2H. LeTagrogesel 
les Jazygeses se trouvent déjà cités dans Dio Cassius, 1. XXI, 
de Xiphilinus, où ils portent les noms de locÇx/ytç et Aaxpiyoï. 



ET ECLAIRGISSEMENS. 471 

Xn. — Page 44. 

Si cette lettre de sommation est exactement reproduite dans 
son contenu (Sambuccus, de Agriœ ebsidione), le préambule 
Ego NatuUd Bossa ne l'est pas; c'est probablement une faute 
du traducteur, qui aurait dû lire Bi inayetouUah y Q^est-k-àhe^ 
nous, par la grâce de Dieu, Pascba, etc. 

Xm. — Page 4^ 

Ces noms sont écrits assez correctement dans Sambuccus 
(Syndromus, p. 89)^ et Istuanfi, 1. XYIII. Gatona, XXII, 
p. 359, les appelle Ambates (Âbmed), Ulamanes Deryisius, 
Yeligianes, Arslanes, Hazan ; le Persan Ganber et Deriel sont 
difficiles à reconnaître. 

XIV. — Page 5i. 

Istuanfi, 1. XVIII, Sambuccus, 1. c: Forgacs, Commentarii^ 
p. 70-90 ; Ascanio Gentorio, Commentarii deUa guerra di Tran^ 
sylvama^ p. 221-225, et principalement Sébastien Tinodi, qui 
a décrit dans une chronique rimée toutes les batailles et sièges 
depuis la mort de Zapolya jusqu'à celle de Martin uzzi ; dans 
Gatona, XXII, p. a3 1-239. Les historiens ottomans, à l'excep- 
tion de Petschewi, f. 9<y, ne parlent que très-succinctement 
du siège d'Erlau. 

XV. — Page 55. 

Schemsi-Pascha, qui prétend descendre de Khaled, fils de 
Welid, un des généraux du Prophète, fut successivement beg- 
lerbeg de Syrie, d'Anatolie et de Roumilie. Très-dévoué au 
prince Sélim, il passa .plus tard au service personnel du Sultan, 
qui l'honora de toute sa confiance et l'affectionna à cause de 
son talent poétique. V07. les Biographies des poètes^ par Ahdi,^ 
Latifi, Aschik-Hasanzadé et Kinalizadé. 



472 NOTES 

XVI. — Page 56. 

PeUchewi. Solakzadé dit : « Parce que Tempereur a jugé nê- 
» cessaire de faire mourir le prince^ la demande de la paix n^. 
» fut point accueillie* » 

XVIÎ. — Page 56. 

Les archives du prince Gzartorîsky à Pula^ contiennent sur 
ces sept ambassades on missions les documens suîvans : i^ Une 
lettre datée de Gonstantinople du mois de juin iSSi, dans la- 
quelle Soulèîman promet de défendre les droits ^^Stienne à la 
couronne de Hongrie; 2^ une autre du i5 septembre i55i, 
dans laquelle Soulelman demande la punition de Démétrlt» 
Wisznowiecky ; 3^ une lettre datée d'Andrinople de Tannée 
959-1652, remplie d'assurances d'amitié; 4^ une réponse à la 
lettre de Sigismond Auguste y relative aux afi^ii-es de sa sœur 
Elisabeth et aux ravages exercés par les Turcs en Pologne ; 5o une 
lettre datée de Gonstantinople du 3 août i555 , apportée par 
l'env<>yé Stanislas Teniajnski ; &> une autre du mois de schâbaa 
960 (i565) sur les affaires de Transylvanie; 7® une lettre datée 
de Kutahia de la même année apportée par Yazlowieekï, eteoa- 
tenant des protestations d'amitié ; 8* au mois d'août 1 554i ms- 
sion de Nicolas Brzozowski ; 9* moharrem 962 (novembre i554)i 
mission de Pierre Pilecki; le^ une lettre datée de Haleb (avril 
i555)| relative aux droits de pâturage entre le Dniester et le 
Dnieper; 11* une lettre datée de Gonstantinople du mois de 
siikidé 964 (septembre i566) relative au pillage de Bialogrod;. 
dans cette même lettre, Souleïman exige de nouveau la puni- 
tion de Démétrius Wisznowiecky ; i2*une lettre dat^e d'An- 
drinople du mois de mai iSSj, contenant de nouvelles plaintes 
contre Démétrius et des menaces de faire marcher le khan de 
Grimée. Outre ces dacumens, dont je dois la coimmunicatioii 
au prince Adam Gzartorisky, le comte Stanislas Rzewuski m'a 
communiqué sur des ambassades polonaises antérieures les no- 
tions suivantes : i® Sous Gasimir le Jagellon , Jean Kzeszowski^ 



ET ËCLAlHaSSEMENS. 470 

plus Ufd évéqite ée Cracovie^^et Suchodolski se rendirent en 
Tanaée i444 ^ Gonstantînople afin de s'informer du sort du 
roî Ladislas ; 20 en i^'jQj un ambassadeur turc vint à Brzese 
en Litkuanîei «t le roi promit d*envojer en échange une am<*- 
bassftde en Turquie; 3* en 14899 Nicolas Fîrlej^ conclut le 
premier traité avec la Pologne ; 4^ en 149^9 Albert le JageUon 
reçut en audience un ambassadeur turc y dbargé de renouveler 
la trêve esistante ; elle Ait^ en effet, signée dès Tannée suivante 
pour trois ans $ 5o le a5 janvier iSoo , un ambassadeur turc 
vint dans le même but et fut congédié le 9 janvier i5oi de la 
diète de Petrikau. Pendant son s^our en Pologne, arriva Scbab- 
Ahmed comme ambassadeur du khan des Tatars; le dernier 
revint «n 1 5oa sous le règne d'Alexandre Jagellon. 

XVm. — Page 56. 

Yoy* le Rapport du baile Navagiero de l'année i552, à la 
bibl. I. R* d'Autriche , Cod. DXXVII. Dans ee rapport, Na- 
vagiero , s'exprime ainsi sur la personne du Sultan : « Sul- 
» tano Solimano Imperatore d'anni 6a (il n'avait alors que 
» cittquante*^uit ans) longo délia persona , eccede la statura 
» médiocre, magro, di color fosco, ha in &ccia una mira^- 
» bile grandexza anita con dolcezza , sobrio nel mangiar, ram 
M e poca came e di capreto solo che habbia la pelle rossa ^ 
» non beve vino , ma acque molto «délicate. » Cependant on 
lui ireprocha de s'être livré souvent à la boisson avec son fa- 
vori Ibrahim ; il souffrait d'une paralysie et paraissait menacé 
dli7d<x>pisie« « Servatore délia sua legge fa professione di 
» non mancar mai alla sua fede. » Navagiero raconte une 
anecdote d'après laquelle Rozelane aurait captivé les faveurs 
<de Souleîman en raison des mauvais traitemens qu'elle es- 
suyait de la part de sa rivale, une Ciroassienne , mère de 
Moustafa. La Gircassienne, dans sa colère, appelait Roielane 
de la chair ntendue (came venduta)^ et lui déchirait la figure 
avec les ongles. Lorsqu'un jour Souleïman la manda près de 
lui en lui envoyant le kizlaraga, Roxelanc s'excusa en disant 



474 NOTES 

qu'elle était indigne de paraître en présence de son maître, 
p'étant que de la chair vendue et ayant toute sa figure dé- 
chirée. Puis Fauteur trace une peinture fidèle du caractère 
des fils du Sult^. Ëtisuite il donne quelques notions statis^ 
tiques, et dit que, d'après les livres du trésor, les revenus de 
Fcmpire montaient à cette époque à neuf millions vingt mille 
ducats ;, savoir : capitation, un ducat par tète et un aspreet 
demi pour chaque pièce de hétail, un million cinq cents mille 
ducats; taxes pour des patentes, privilèges, brevets (herat) 
et fernians, cent mille ducats; fortunes laissées au fisc à dé- 
faut d'héritiers légitimes, trois cent mille ducats; revenus de 
i*Egypte et de l'Arahie, un million huit cent mille ducats; la 
moitié de cette somme restait dans les provinces en question, 
afin de couvrir les frais d'administration et d'occupation; reve- 
nus de la Syrie, six cent mille ducats; la moitié de cette 
somme était absorbée par les frais d'administration; reve- 
nus de la Mésopotamie , deux cent mille ducats , dont cin- 
quante mille restaient dans le pays; les mines rapportaient 
un million cinq cent mille ducats; la dîme sur le blé, huit cent 
mille ducats; le tribut de la Moldavie, seize mille ducats; 
ceux de la Valachie, douze mille ; de la Transylvanie, douze 
mille ; de Raguse, dix raille ; de Chypre, huit mille. L'auteur 
ne nous dit pas comment étaient prélevés les trois millions de 
ducats qui manquent pour compléter les neuf millions sus- 
dits. 11 fixe ainsi les dépenses : la solde de l'armée à six mil- 
lions de ducats, et les épargnes annuelles à trois millions, ce 
qui, sans aucun doute, est une erreur. En Asie, quatorze begler- 
begs et quatre-vingt mille cavaliers ; en Europe , quarante 
mille ; les sandjaks jouissaient d'un revenu de deux mille à 
quatre mille ducats; les possesseurs de timars de quatre mille à 
quarante mille aspres, ces derniers étant obligés de fournir en 
retour pour chaque quatre mille aspres un eavalier bien équipé 
et armé. Les soixante-dix sandjaks en Europe fournissaient une 
. armée de quarante mille hommes; les cent cinquante sandjaks 
en Asie une armée de quatre-vingt mille à cent mille hommes. 



ET ÉCLAIRCISSEMENS. 475 

M Non posscAio per il testamento che fece in loro profeta tener 
» per schiavi neGreci, ne Judei. >» Les quatre chefs des eunu- 
ques du sera! sont le kapou-aga, le kizlar-aga, le kbaznedar et 
le kilardji-kaschi. Les gardes à cheval du Sultany en temps de 
guerre, forment six escadrons (boulouk), composés de sipahis, 
sîlihdars, ouloufedjîs de Taile gauche et de l'aile droite, et 
ghourebas de l'aile gauche et de l'aile droite. La flotte comp- 
tait trois cents reïs ou capitaines, dont chacun était maître de 
son navire; chaque galère portait un canon avec cinquante à 
quatre-vingts boulets et quatre fusils avec vingt balles pour 
chacun. Les mahones étaient des bâtimeus de transport pour 
les munitions. Les cheiis des galères que Navagiero appelle 
scapoU recevaient un traitement de neuf cents aspres et cent 
quarante drachmes de biscuit; les padroni dix à quatorze as- 
pres, et les oJËciers subalternes quatre à huit aspres par jour. 

XIX* — Pagb 57. 

Djelalzadé, f. 3o6; Solakzadé, f. 118; Petscbewi, f. 109; 
AlijXLVIIIe récit, f. 26îi ; le rhéteur de Brousa, f. 22 ; Kina- 
lizadé et Ahdi , dans la Biographie des poètes , sous Sultan- 
Moustafa. Le RaouzatouUebrar ^ }^SLà\\ Khalfa , Tahles chro" 
Twlogiques. 

XX. — Page 58. 

Tbuan, XII; Mémoires de Kibier, II, 447» Mauroceni his- 
toria, 1. VII ; Âscanio et Knolles font de Moustafa le gouver- 
neur d'Amassia, et Robertson l'appelle même gouverneur de 
Diarbekr. Ce dernier se trompe encore lorsqu'il dit que le grand- 
vizir Ahmed n'avait gardé sa place que pendant quelques mois ; 
la vérité est qu'il l'occupa pendant deux ans. Istuanfi commet 
la même erreur. Enfin, Robertson cite à tort, comme source, 
la quatrième lettre de Busbek au lieu de la première. La source 
principale des historiens postérieurs était l'ouvrage intitulé : 
Soltani S&limani horrcndum facinus in proprium fiUum natit 



476 NOTES 

nuuumum Soitanum Mustapfutmparncidio a. Z>. iSS5 patniium 
autore Nicolao a Moffan Burgundo* L'auteur prétend que 
SouleimAQ I pouwé par le rq^entir, avait offert des sacrifices à 
Jérusalem ! — Le voyageur allemand Demschwamb ou Thurn- 
schwam , qui se trouvait mêlé à la suite de Yerantius et Zay 
lors de leur vojage à Amassia , donne également quelques dé- 
tails sur la mort des princes Moustafa et Djîliang^r. Cet ou- 
vrage, jusqu'alors inconnu , se ttHHiYe au Musée national à 
Prague* Lia bibliothèque !• R* d'Autricbe possède , sons le 
n* GCCCXC Hùu prof,, un rapport manuscrit en langue ita- 
lienne sur la ifuerre de Perse en iS53y dont le c<mten« s*ac- 
oorde avec le XI* livre de Bizari* 

XXI. — Pagb 59. 

Abdi, Biographies de Kinalizadé; Solakzadé, Ali et Pe- 
tschewi. 

XXII. — Pagb 5^. 

Ali, f. 262, cite de cette élégie trois vers dont voici la tra- 
duction t « Rousiem nous a âiit le chagrin de voir encore Son- 
» léïman assis sur le trône; le scheïtan (satan) est-il destinée 
» vivre encore long-temps? » 

XXnL ^ Page 60. 

Yahyabeg était d'origine albanaise, et avait été enlevé dans 
sa jeunesse pour être enrôlé dans le corps des janissaires. Il 
lut sucoessftvement administrateur des mosquées de Movrad 
«t d'Ourkban à Brousa, et de celle de Bayezid II à Gonstanti- 
nople. A lankort de Roustem, il reçut à titre de pension un fief 
;do nsvenu de vingt-sept mille aspres. Outre deux poèmes ro- 
mindqoes , le Schah et le mendiant et Vousouf et Soulàka , 
Yaàjabega composé un Oussouinamé ou livre -de morale. Dans 
son ouvrage intitulé Sehekrengiz (rét^lte de vme)\ il décrit les 
beautés de Gonstantînople. V07. Const. et le Bospk,y I , p. 6. 



ET ECLAIRGISSEMËNS. 477 

XXIV. — Paôb 6r. 

Les historiens ottomans racontent sans déguisement l'exécu- 
tion de Moustafa ; ils n'ayaient donc aucun motif de cacher le 
suicide de Djihaughir, s'il était vrai, comme l'affirment les his- 
toriens européens^ que celui-ci se fût poignardé en présence de 
son père, après lui avoir énergiquement reproché le meurtre de 
son frère. Les historiens ottomans disent unanimement qu'il 
était tomhé malade | et que tous les soins de la médecine n'a- 
vaient pu le sauver* 

XXV. — Pagb66. 

Ces lettres se trouvent dans Petschewi, f* 106 et 107, et dans 
le Journal d^Souleïman, n® XXXIX. Aucun historien ottoman 
n'a donné les lettres des Persans. Gendûlerun namesi netidjesi 
houndan maaioum olour, c'est-à-dire, « le contenu de leurs let- 
tres est connu par cela (par la réponse), n 

XXVI. — Page 67. 

La formule la plus usitée des fermans du Sultan : Schoïié 
hUesiz (vous devez l'entendre ainsi), et l'autre, empruntée aux 
Arahes et employée envers les princes infidèles ou hérétiques : 
Es-seUan ala men ittebaa e^&oiM^a (bénédiction sur celui qui suit 
la véritable direction) | ont subi, dan^ cette circonstance, une 
légère.modification. La première, Ahtvalunuzi siz bUursiz; la 
seconde, Es^selam ala men ùtelaa el'kelam. Kelam (la parole) 
signifie le plus généralement le Koran. 

XXVn. — Page 69. 

Cette lettre se trouve dans Petschewi, f. iio-i 12, et dans le 
Journal de Souleîman, n® XLIL Ce dernier oontiei^t en outre, 
n<* XLI, une sommation adressée aux begs persans Massoum- 
Khan $afewi, Schahkouli Khalife^ Bedrkhan etSoundik-Kou- 
roudji-^Baschi , de rendre le fort d'Altoun \ dans cette lettre , 



i^S NOTES 

on leur promel non-seulement sécurité pour leurs biens et 
leurs personnes, mais aussi des pensions. 

XXVIII. — Pagb 70. 

Mouradjea dX)bssoii, t. Vil, p. 482, donne la traduction des 
titres du schah et du Sultan. Les mots ratification de la paix 
signée à Constantinople le 7.9 mai i555 contiennent une er- 
reur, en ce que le traité fut signé à Amassia et non à Gonstao- 
tinople où le Sultan n'arriva qu'au mois de juin. Mouradjea 
est tombé ici dans la même erreur que Flassan, en prétendant 
que le premier traité de la France avec Souleïman en l'année 
i535 avait été signé à Constantinople. 

XXIX. — Pagb 7 1 . 

« Dice (Roustem) cbe il Sgr. non ha mai raolestato Orator 
w di alcuno impero, quello cne S. Altezza ha fatto hora a me, 
n che rha fatto non come Oratore ma corne fidejussore délia 
» Maesta Vostra. » Rapport de Malvezzi, dans les Archives I. R., 
daté du 14 octobre i55i. La lettre du Sultan, qui n'existe que 
traduite en latin par le drogman Ibrahim , successeur d'You- 
nisbeg, est signée par ce dernier : « Ibrahimbei intcrpres major 
» Majestatts suae invictissimae Imperatoris Turcarum* » 

XXX. — Page 77. 

Le Djihannuma , p. 590, remarque : Ce chdteau (Sahiun) 
était laî place d'armes principale des Fedawies (Assassins), si re- 
doutés pour leur valeur du temps du sultan égyptien Tahir Bi- 
bar. Chacun d'eux avait un château , et le plus grand nombre 
de ces châteaux était situé entre Tripoli, et Saîdé , Haleb et la 
Méditerranée. Le chef de tous ces châteaux était alors Ben- 
Hamza, connu parmi.eux sousle nom de Scheïkh(lc vieux). Les 
contes que plusieurs auteurs ont écrits sur ses stratagèmes n'ont 
aucun fondement; mais comme ces Assassins étaient un peuple 
d'un grand courage, ces mensonges ont été rassemblés dans un 
ouvrage qui porte le litre de Hamzanamé ou le lii^re de Hamza. 



ET ECLAIRCISSEMENS. 479 

XXXI. — Page 78. 

Castaldo^ dans son rappprt à Ferdinand daté da 9 mai i5$2y 
dit de ces fermans, qui se trouvent au nombre de plus de vingt 
dans les Archives I. R., tous revêtus du sceau et du chiffre 
du vizir Ahmed : « Unde autem émanent hae litterae Turcales 
M et Valachae jam prius coropertum habeo, aut enim est illa- 
» rum Giaus ille, qui pênes Transalpinum Voivodam manet. » 
Comp. Pray, an. V, p. 481 9 et Catona, XXII, p. 189. 

XXXII. — Pàgb 78. 

Des ducats hongrois, dont la valeur était à cette époque celle 
d*un écu de six livres. Comp. Busbek, ep. I, etVrcantius, dans 
Catona, XXII, p. 557. 

XXXIII. — Page 80. 

La traduction latine signée par Ibrahim ; Toriginal daté du 
mois de redjeb 962 (i555) s'étend longuement sur la cession de 
la Transylvanie à Sigismond Zapolya. 

XXXIV. — Page 82. 

Hadji Khalfa et le Raouzatoul-ebrar placent sa mort en l'an- 
née 960 (i553)| et non pas en i55i, comme le font Deguignes 
et Fauteur de VHisU du royaume de la Chersonèse taurique. 
Pétersbourg, 1824, p. 371. LàCs mots V empereur Sélim envoya 
son grand^mzir le déposséder (iô5i) contiennent une double 
erreur, d'abord parce que c'était Souleïman et non Sélim qui 
régnait; ensuite parce que le grand-vizir était alors en Hon- 
grie et non pas dans la Grimée. 

XXXV. — Page 82. 

Le titre de czar ou tzar est généralement considéré comme 
dérivant de Cœsar^ssm& c'est un titre bien ancien des souve- 
rains asiatiques. On en trouve la preuve dans le litre le Schar, 



48o NOTES 

souveraÎD de Gurdjistan (Voy. Mines (T Orient y 1, p. 326, et 
Sieèienmeerj III, p. 200) et dans celui de la tzarine (Zapivvi) des 
Scyines* 



uvRE xxxn. 

I. — Pacb 85. 

Min baadé azl etmem dejù jemin etmischier fil waki katl 
etdiier, Hadji Khalfa, Tables chronologiqxies, dans la liste 
des grands- vizirs , p. 176. Il faut remarquer à ce sujet qu'on 
trouve dans ces tables la date de 972 au lieu de 962 , et que 
s'il est dit dans la ligne précédente : « Lorsque la place de 
Roustem fut offerte à son frère Abmed, » ce mot de frère ne 
désigne pas la parenté du sang , mais simplemeut la qualité 
de collègue dans les fonctions du vizirat, car Abmed n'était 
pas frère de Roustem , le premier étant Albanais d'origine , 
l'autre Croate. Osman-£fendi , Biographies des grands-'vizirs, 
et Ali. 

IL — Paob 86. 

L'Histoire de f ancienne et de la noui^elle Egypte, par Souheili, 
imprimée à Constantinoplc , tome I, p. 55 y confond les trois 
Ali qui se succédèrent dans le gouvernement de l'Egypte, sa- 
voir : Semiz Ali ou Ali le gros ^ Sofi Ali ou Ali le sage, et 
Kbadim-Ali ou Ali F eunuque. Lorsque Souleîman-Pascba fat 
envoyé pour commander en cbef l'armée d'expédition de 
l'Inde en mai i538, Daoud-Pascba lui succéda, et mourut an 
mois d'avril i549; ^^ ^^^ remplacé par Ali-le-Gros, qui mourut, 
selon Soubeîli, en g6o (i553); mais c'est à cette époque et 
après la chute de Roustem qu'il se rendit à Constantinople. 
Il n'administra l'Egypte que quatre ans, et non pas onze, 
comme l'assure Verantius (Catona, XII , p. 755). Il eut pour 



ET ECLAIRCISSÉMENS. 481 

âuccessenr Doukagilin-Mobammed (Ali, Hadji Khalfa, 1. c. , 
et dans la lisle des gouverneurs d'Egypte, p. 219), et non pas, 
ainsi que le prétend Souheïli, Sofi-Ali, qui ne vint que plus 
tard ; Souheïli se trompe donc en faisant mourir Ali-le-Gros 
en g6o et en plaçant Sofi-Ali entre Ali-le-Gros et Doukagbin. 
Iladji Khalfa et VAlmanah er-rahmawyet donnent la liste exacte 
de ces gouverneurs. 

III. — Page 88. 

Ali, dans la Biographie d'Abmed, et Resmi Abmed-Efendi, 
dans les Biographies des reïs-efendis. Lorsque Lalesar Mobam- 
med était premier defterdar, Siinbûl Memi, second defterdar, 
Memi Tscbelebi, remplissait les fonctions de reis-efendi. 

IV. — Page 90. 

Djelalzadé, f. 3i6. D'après Almosnino, p. i4ô, ces quatre 
statues avaient été apportées du Caire ; elles étaient de granit 
que cet auteur appelle Marmorjino del Cairo, 

V. — Page gi. 

Ces inscriptions consistent dans le 36^ verset de la XXIY* 
soura : « Dieu est la lumière du ciel et de la terre. Sa lumière 
est comme la fenêtre ouverte dans le mur, où brille une lampe 
recouverte de verre. Le verre brille comme l'étoile ; la lampe 
est allumée avec de l'buile d'un arbre béni ; ce n'est pas de 
l'buile qui vient de l'est ou de l'ouest; elle ne brûle que pour 
qui elle veut. » On lit au-dessus du mihrab : « Aussi souvent 
que Zacbarie monta les degrés du maître-autel. » Vis-à-vis 
du mihrab, et au-dessus de la porte de la Kibla : « J'ai tourné 
ma face vers celui qui a créé le ciel et la terre* » Au-dessus 
de la fenêtre pratiquée à droite du minùer : « Les lieux ré- 
servés à la prière appartiennent à Dieu : que nul n'ose s'y 
mesurer avec lui. » Sur les deux portes latérales : « Salut à 
Yous qui avez été paticns; car plus tard h royaume des cieus 
X. Yl. 3i 



482 NOTES 

s'ouvrira pour vous; salut à vous, entrez-y poar j rester toatc 
rétemilë. » 

VI. — Page 92. 

Djelalzadé, dont la précieuse bistoîre se termine par la des- 
cription de la Souleïmaniyé y donne encore celle du Harem, 
de la Mesdjid, de rÉcole et de rAçadémiey des salles où se fai- 
saient les cours sur la tradition etleKoran, de la cuisine des 
pauvres, de l'hôpital et des bains (f. 266 à 87 1). L'exemplaire 
de son ouvrage, où nous avons puisé ces notions, fut écrit à 
Szolnok en Tannée 998 (i575), par Ibrahim, fils d'Ali, vingt 
ans par conséquent après l'époque où s'arrête l'histoire de 
Djelalzadé. 

VIL — Page 93. 

La mère de Sélim et non pas de Moustafa, comme je Vai dit 
par erreur dans mon ouvrage Constant inoplc et le Bosphore. 
On lit dans Mouradjea d'Ohsson^ t. II, p. 4^2 : « Elevée parla 
validé Khourrem-Sultane, mère de Sélim; » mais il écrit Sé- 
lim P' au lieu de Sélim II. 

VIII. — Page 98. 

Ali Kinalizadé est l'auteur d*un des ouvrages d'éthique les 
plus estimés; il porte le titre è^Aklaki Alayi, c'est-à-dire la 
morale d'Alayi^ dans lequel sont fondus VAklaki Djelali de 
Djelaleddin Mohammed Eddewani et V Aklaki Nassiri àe^9&- 
sireddin Tousi. On doit aussi à Ali Kinalizadé des gloses mar- 
ginales au TelcQih, au Tec/jrid, au Me<vakifet à ÏHeda/et; il a 
publié, en outre, deux traités en arabe sur la plume et sur le 
glawe {Kalemiyé et Seyîyé), Hasan Kinalizadé, biographe 
des poètes, donne, outre l'histoire de son père Ali, celles de son 
aïeul paternel Miri , et de son aïeul maternel Kadiri , de ses 
oncles paternels Kerami, Moslimi, Nihali, et de ses oncles ma- 
ternels Maleki , InayetouUah et Kadri ; de ses frères Febmi et 



ET ÉCLAIRCISSEMENS. 485 

Feïzii de son coiisin Waffi, de son fils Keraini , de AOn n^ven 
Abdi, Qls de Fe'ûî. L'historien AU raille H«san Kiualizadé dV 
voir fait de tous ses parens autant de poêles. 

IX. — Page 99. 

L'anecdote suivante , rapportée par Tambassadeur vénitîea 
Bragadino (Marin! Sani^to^ XLI)^ est un exemple curieux de la 
jalousie de Koyelane. « AI Sgr. fo donà doe donxelle di Rossia 
» bellissime , una alla niadre del esso Sgr. e la altra a lui , t 
i> zonte in Seraio, la seconda moier quai tiene al présente , 
» haveva gravissimo dolor, e si butlo col viso in terra pian- 
» gendosi> che la madré la quai havea donà la soa al Sgr. si 
» accorse e la ritolsc, e la mandô a uno Sangiaco per moier, e 
» il Sgr. convenue etiam lui mandar la sua a un altro San- 
» giaco, perche soa moier saria morta da dolor, se queste don- 
» celle o pur una di quelle fosse resta nel Seraio. » D*après 
Niger, Wallich et Wagner, Roxelane serait fille de Nani Mar- 
sigli de Sienne, et aurait été enlevée en i525 à Castello Colle* 
chio par des pirates; mais, dès Tannée i524, Roxelane était mère 
de Sélim. 

X. — Page 100. 

Le professeur Senkowsky, dans son ouvrage d'ailleurs fort 
•sttmé Supplément à Vhisieire générale des Turcs et des Mogols, 
a encore ajouté à cette confusion , en ce qu*il a donné aux dé- 
tails contenus dans le rapport de Fambassadeur russe envojé 
À Bo^ikhara, détails qu'il avait tirés de l'histoire de Boukhara, 
par le Persan Mohammed Yousouf de Kazwin, et qui sont 
aussi incomplets qu'infidèles , la préférence sur les notions que 
donnent Herbelot et Deguigne$| d'après le Loubboul-te<vankh, 

XI. ^- Page ioi« 

Danf HL Table généalogique^ Senjkowskj ne donne que deux 



484 NOTES 

fils à Ebonl-Kbaïri Koutschkoundjî et Scbahboudak ; mais il 
en avait eu trois autres. Il ne sait pas non plus que ces enfans 
descendaient de deux mères, dont Tune était arrière-petite- 
fille de Timour. 

XII. — Page loa. 

Senkowskj dit qu'immédiatement après la bataille de Merv, 
Obeîdoullah monta sur le trône , parce que Tbistoire dont il 
s'est servi ne fait point mention de Koutscbkoundji et de son 
fils Ebouseîd. 

Xin. — Page io3. 

Dans la réponse de Soulcîman à Borrakban, on lit ces mots: 
« Vous avez envojé de votre cour Koutlouk Fouladi ; nous 
étions de tous temps avec vos ancêtres Obeîdoullah et Abdoul- 
aziZ| actuellement au paradis, dans le plus parfait accord. » 

XIV. — Page 104. 

On lit dans la lettre de Borrakhan à Souleîman (^Journal f 
n* 4^) : « Et à la même occasion, lorsque les ambassadeurs ar- 
rivèrent, et que les trois cents janissaires amenèrent de grands 
et de petits canons. » On peut induire de ce passage combien 
était mal instruit lliistorien persan qui a servi de source à 
Senkowskj, quand il place sous le règne de Mourad III la 
première ambassade des sultans aux Ouzbegs : u L'ambassade 
venue du temps de Soub Chan-quoli fut, selon lui, la première 
que la cour de Constantinople ait envoyée dans la Boukbarie, 
p. ii4* 

XV. — Page ïo5. 

C'est le titre de ce prince , appelé Bourban dans le manus* 
crit de Senkowskj. Ce même manuscrit place par erreur en 
l'année 960 (i543) l'avènement de Borrakhan^ tandis qu'Ab* 



ET ECLAIRCISSEMENS. 485 

doullatîf ne mourut qu'en 961 (i554)9 peu de temps après l'ar- 
rivée des janissaires de Souleîman. En outre, Borrakban ne 
mourut pas en 972, mais en 967 ; il ne régna donc que cinq 
ans, et non pas quatorze. Enfin il eut pour successeurs immé- 
diats, d'abord Timour-Khan , qui régna un an; ensuite Pir 
Mohammed-Khan, fils de Djanibeg, qui régna dix ans, et non 
pas son frère Iskender; celui-là ne monta sur le trône qu'après 
les deux autres. 

XVI. — Page io6. 

Les lettres qui se rapportent à cette circonstance se trouvent 
dans les Archives imp. roy. d'Autriche. Les représentations 
d'Ungnad à l'empereur, datées de Pettau du 5 août i554, ont 
pour objet le manque d'hommes et d'argent. « Denn icb an 
M Pferden nur 826, an Fussvolk hie Nîemanden hab^-also dass 
» ich vom bemelten landt Steyer so das meiste Gcld reicht , 
» kbeinen Kriegsrat habe. » David Ungnad, baron de Sonegg, 
' signa ses rapports : « Lanshaubtmann in Steyer, Haubtmann 
» und Vizedom zu Zilli, Oberster Spann der Grafscbaft Wa - 
» rasdin, Obrister Feldbaubtman der drejen Landt Stejer, 
» Ghemdt, und Krein auch Crobaten und des windisch Landa 
» Grenizcn. » 

XVII. — Page 106. 

Le sceau de Thouighoun contient cette devise : Nakschi 
muhûri TJwuighoun bendeï Schahi roubi meskoun. C'est une imi- 
tation du sceau du grand- vizir Ibrahim. 

XVIII. — Page 114. 

« Fuit discessus collegarum meorum sub finem Augusti anno 
» supra millesimum quinquagesimum septimo. » 

XIX. — Page ii5. 
Dans les archives de la maison imp. roj» d'Autriche : « Lit- 



486 NOTES 

» tenedeindaciisobservandis dd. i4* Febr. iSSSeirpedit» pèf 
» Maximilianura nomine Ca?s. Ferdinandi ad arecs Agria, Ziget, 
» Giulai, Palota , Comorn^ Tata, Gheznek , Tijhan , Lewa^ 
» Olahwjna, Swran, Cborgo, Bcrzenche, Mwran, ZeDtbgjor^ 
» gia, Segbed » Wyzwar, Papa , Korjona , Dewcber. » Outré 
cette liste des places frontières de Hongrie y voici celle Ati 
cbâteaux-forts qui furent pris par les Turcs pendant la durée 
de Tarmistice : m Gyarmatb, Zeiben , Dreghel, Saagb, Ghyc^ 
» war, Zentgyergo , Waiz, Tata, Sambo, Kretbe, Wessprim, 
» Yilanic y Bberleo, Zeksard , Hegjzcntmartbo, Zentb]acob, 
» Babeche, Korotbna^ Kaposwyawar, Vardan , Petek, Hol- 
u lokœ, Fylek ; en Croatie : Costaniza, Novigrad ; en Esclavo- 
» nie ; Thasma, Wiercupe. » 

XX. — Page 117. 
En arabe le mot talte signifie le tulipier, 

XXI. — Page 120. 

Naâiretoul-Maharib , c'est-à-dire la plus taré àts batailles, 
eh prose et en vers. Ali a reproduit cet ouvrage presque en en-^ 
ti^r dans son histoire. Petscbewi, f. i65, dit qu'Ali, Becré- 
taire de Moustafa^ pendant que ce dernier fut grand-inaitre de 
la cour> et plus tard maître des requêtes de Sélim II, vit toutes 
les lettres échangées entre Bayezid et Sélim. 

XXII. — Page 122. 

On voit par le rappott de t'àmbassadenr véniti^en du 7 lib- 
vembre i558, que Bayezid désirait le gouvernement de Syrie, 
•c Bajezid, doppo la morte délia madré avendo perduto la spe- 
» ranza di pitener la Soria, spera di conseguire sua intenfcione 
» colle arme. » 

XXIII. -. Page 124. 

Btt^«à> ÉfiH, m : « Vidi Cofistantmi^olî ^cedetite 



ET ÉCLAIRCISSEMENS. 487 

» ânno LIX die quinto junii. * Petscliewi donne la date du 
àSschdban. Ce n'était pas le cavalier Chuirt us, que Busbek 
dit avoir eu toute la confiance de Bajezid, qui était d'origine 
kurde; mais bien Kodos Ferhad, dont parle Petschewi, f. 27, 
et qu'il ne faut pas confondre avec Ferbad, cinquième vizir, 
ni avec Ferbad Solak, qui, dans la bataille de Koniab, perdit 
la main droite en combattant aux côlés de Sélim. 

XXIV. — Page 127. 

» 
C'est tout ce que les bistoriens ottomans rapportent sur le des- 
sein qu'aurait formé Bajezid de s'emparer du trône de Perse. 
Solakzadé regarde cette supposition comme n'ayant aucun 
fondement. « Il est évident pour tous les bommes doués de 
quelque jugement, que cette pensée n'avait pu venir à Bayezid, 
car tous les Persans ennemis nés des Sunnis se seraient soulevés 
de toutes parts, et pas un des Ottomans n'eût écbappé. » Ce que 
raconte Busbek des bruits qui couraient alors ne mérite pas 
grande conBance, non plus que ce qu'il dit sur les causes du 
ressentiment du Sultan contre son fils Bajezid. Selon cet am- 
bassadeur, Bajezid aurait introduit sur la scènç le Pseudo- 
Moustafa, et son intrigue une fois découverte, ce prince n'au- 
rait dû la vie qu'à l'intercession de sa mère auprès de Sou- 
leïman. Les bistoriens ottomans qui racontent la révolte du 
Pseudo-Moustafa ne font pas mention de ces circonstances. 

XXV. — Page 129. 

Petscbewi donne sur cette mission des détails qu'il prétend 
tenir de deux témoins oculaires, Sinan-Aga, possesseur d*un 
fief en Syrmie , et qui avait été élevé au service de Tourak- 
Tscbelebi, et de Kara-Piri-Efendi, confident de Mobammed- 
Pascha , fils de Sinan-Pascba, et qui, dans la guerre de Perse 
sous Mourad III, devint sous-secrétaire (kiatib-scbagirdi) du 
kiaya de l'aga des jaaissaires. Il peut j avoir quelque cbose de 
▼rai dans ce que Petscbewi raconte, sur la foi de ces auteurs, 



488 NOTES 

de la demande faîte par Tambassadeur Tiibet , mais la lettre 
qu'il attribue au schab Tahmasp nous paraît apocryphe; car 
elle est écrite en turc et non en persan. 

XXVI. — Page i33/ 

Le manuscrit de Senkowsky ne fait pas mention de ce Pir- 
Mohammed, souverain des Ouzbegs au-delà de l'Oxus, ni de 
son prédécesseur Timour, qui régna pendant unan^ après la 
mort de Borrnkhan. 

XXVII. — Page i3q. 

Solakzadé ^ f .- 1 25 et 1 26 : Abdallanm zakhmnak wc sme^ 
Uchak oldoughi hafla eyaminàé idi, « C'était dans la semaine 
où les Abdals (santons) se meurtrissent et se déchirent la poi- 
trine. » Cette fête commence le i^' moharrem, et se prolonge 
pendant dix jours. Voy. Morier, Second journey throiigh Pers.y 
p. 175. 

XXVra. — Page ï4o. 

Solakzadéy dans son ouvrage, cite deux ghazèles du prince 
Bayezid, écrites en langues turque et persane. 



LivEVE xxxm. 

I. — Page 147. 

Ces douze sciences ne sont citées qu'à cause du nombre pair 
deux fois six; car le nombre réel des sciences* professées dans 
les académies n'est que de dix, ainsi que nous l'avons vu plus 
haut. 

IL — Page 147. 

Le mot galimatias dérive du mot arabe ghalalat^ c'est-à-dire 
confusion, fatras. 



ET ECLAmCISSEMENS. 48» 

III. — Page i5o. 

L'original turc de ce traité ne se trouve pas clans les arcLires 
de la maison d'AutricLe; mais Istuanfî, et d*après lui Gatona^ 
t. XXIII, p. 599, et Betblen, liv, V, p. 26, fen donnent la tra- 
duction littérale , due à Tinterprète de la cour, Gaultier Spie- 
gel. L'appendice au Journal de Souleïman contient la capitu- 
lation de i5479 avec cette remarque, que ladite capitulation fut 
renouvelée en Tannée i56i. Busbek donne la traduction de ce 
traité en latin : Exempta sive copia litterarum creditoriarum a* 
dem Legato in causa induciarum ociennalium ad Romanum Im~ 
perium a Turcarum Imperatore datarum. Dans les archives de 
S. M. Imp. Roj. d'Autriche se trouvent : Litterœ Cœsaris ad 
Sultanum ddo. 8. Dec. i562 responsoriœ item ad AU Pascham, 
par l'ambassadeur d'Ibrahim. 

IV. — Page i56. 

Istuanfi, lib. XXI, etForgacs, lib. XII ; Siglerus etYeran- 
tius, dans Gatona XXIII, p. 567 et 6i8. La lettre deVerantins 
du 26 septembre 1662, datée d'Ofen, est adressée à Roustem- 
Pascha. Istuanfi se trompe donc, lorsqu'il fait mourir de la 
peste le sandjak d'Ofen Ibrahim , immédiatement après la le- 
vée du siège de Szathmar. On trouve dans la maison imp. roy. 
d'Autriche , sur la captivité de Bebek : Litière capiit^orum Be^ 
behi, \oj. aussi les rapports de l'agent de Ferdinand, et de son 
ambassadeur Albert deWyss, du 14 juillet 1562. (Arch. de la 
maison imp. roy. d'Autriche). 

V. — Page* 160. 

La bibliothèque du prince Gzartoriskj à Pulawj contient 
sur les ambassades polonaises de cette époque les documens 
suivans, traduits du turc en polonais : i^ lettre de Souleïman 
datée d*Andrinople du mois de mai i557, où il se plaint de 
Démétrius; 2^ une autre lettre datée d'Amassia du mois de 



490 NOTES 

TDobarrem 969 (septembre i56i) contenant des protestations 
d*amitié y et portée par le staroste de Lemberg à Sigismond ; 
3o une lettre datée de Tannée 971 (i563) relative à l'extradition 
d^Étienne, voïévodc de la Yalacbie; 4^ une autre lettre datée 
du mois de silkidé 971 (juillet i5G3) sur les brigandages exer^ 
ces dans le pays de Bielogrod ; 5o une lettre sur le même sujet^ 
datée du mois de rebionl-akbir 971 (novembre i563); &> une 
autre lettre du mois de juin i563y contenant la demande d'un 
sauf-conduit pour un négociant qui devait se rendre à Moscou) 
y5 un document du mois de safer 972 (septembre i564) conte- 
nant la relation de la mission de Yazlowieckj, qui avait pour 
objet les affaires de la Valacbie et le règlement des droits de 
pâturage; 8^ une lettre datée du mois de rebioul-ewwel 97I 
(octobre i5()4)9 dans laquelle le Sultan invite le roi à secourir 
Alexandre, bospodar de la Yalacbie; 90 rapport du mois de 
moharrem 973 (août i565) sur la mission de Nicolas Brzeskj. 

VI. — Page 168. 

Selaniki : Idjoghlanlerinden bir Korbouzi arkasinê aloub mas^ 
sandraya tschikarmak ilé khalass eledi. Le mot korbouz est 
synonyme de touwana, c'cst-à-direybr/ ou trapu: il vient peut- 
être du mot latin corpus s massandra est la soupente pratiquée 
dans la plupart des maisons des Turcs, et à laquelle on arrive 
par un escalier étroit, ou par une écbelle. C'est là que cou* 
cbent les domestiques et les en fans, et que les femmes vont se 
placer pour regarder les ombres chinoises , les danses et au- 
tres dîvertissemens. 

VII. — Page 169. 

Histoire de Selaniki, f. i3. Ultinerario di M^ Antonio Pi- 
ga/etta, Londra i563, p. io3 : « i5o somme (yûk) d*aspri 
» cbe vengono ad esser 3oo,ooo ducati Soltanini. » D'après 
Almosnino, p. i6e, les frais de cette construction se seraient 
41«véB à cinq cent cinquante /u/^, tomme qui équivaut^ d*aprèi 



ET ÉCLAIRaSSEMENS. 491 

le #oiir9 dé la monnaie i cette époque, à un million cent mille 
ducats. 

VIII. — Page 175. 

Mouradjea d*Ohsson écrit correctement le nom de Mehdi; 
il donne , p. 268 de son Tableau de C Empire ottoman, d'après 
ijuelqués ouvrages persans , le portrait de ce personnage, at- 
tendu au jour du dernier jugement. 

IX. — Page 180. 

Comparez outre les passages déjà cités à Toccasion du siège 
de Gonstantinople, DioCassius, 1. L. Hanovise 1606, p. 4^6. 

X. — Pagb 182. 

Gastiglioni place la fondation de celte dynastie en Tan- 
née 724, d'après Hadji Kbalfa ; mais il paraît qu'il n'a con- 
suite que la traduction faite de' ses ouvrages par Garli, et dans 
laquelle ce dernier écrit Omar au lieu ^Ammar. Dans la 
lÀste des Dynasties ^ p. 167, Hadji Khalfa fixe en l'année 724 
rétablissement de la dynastie des Beni-Ammar, et son ex- 
tinction en l'année 802. Elle se compose de seize souverains, 
qui régnèrent pendant soixante-dix-huit années lunaires. Am- 
mar désigne Thomme policé, qui sait vivre, et dériv^ du mot 
Amara, qui signifie // a véeu, il a cultit^é. Les Arabes attachent 
à cette expression l'idée d'un homme qui remplit fidèlement 
tous ses devoirs religieux, se montre toujours affuble avec les 
autres, a de l'aptitude pour les affaires et aime à respirer l'en- 
cens. 

XI. — Pack 184. 

Hadji Khalfa , ftistoire deè guerres mariiimesj f. 52 ; dans 
l'ouvrage intitulé Appendix Ckroniei Turcici Dreeksleri^ par 
llesinus, Dragut (Torghoud) figure dès l'année i55i, immé- 
dinteUfteÀt après la conquête de Tripoli, comme gouverneur de 



491 NOTES 

eette province. Voy. en outre le discours pnblîé par Rosim i 
jigricola {de bello adt^ersus Turcum^, et Rosariî : De Victoria 
Christiana ad Echinadas; enfin deux épîlres de Sturm. Lipsiaci 
1594. 

Xir. — Page 184. 

Hadji Khalfa, dans son Histoire des guerres maritimes, f. 3o, 
donne son épitaphe par le poète Sahari (vent du matin); le 
dernier vers de l'inscription turque reproduit la date de a 
mort, en 961 (i554)- 

XIII. — Page 186. 

Cet ouvrage précieux se trouve à la bibliothèque royale de 
Berlin. Diez en a donné 1q sommaire dans ses Mémoires sur 
VAsie^ t» I5 p. 33. Il en existe des exemplaires dans la biblio- 
thèque royale de Dresde, dans celle du Vatican et dans celle de 
Bologne. J'en possède moi-même un exemplaire. 

XIV. — Page 187. 

Miretoul Memalik , traduit en partie par Diez dans le 
vol. II de ses Mémoires sur VAsie, On en trouve encore un ex- 
trait dans le premier vol. des Transactions ofthe Asiatic so" 
ciety of Bombay. Katibi est VOlearius turc* 

XV. — Page 187. 

Le Mouhit est très-rare ; je ne l'ai trouvé dans aucune dci 
bibliothèques de Constantinople , et en Europe , je n'en ai vu 
qu'un seul exemplaire au musée Borbonico à Naples. 

XVI. — Page 188. 

V Histoire des guerres maritimes d'Hadji Khalfa contient un 
ordre apocryphe de Souleïman à Pialé et Torghoud ; on ne 
peut pas comprendre qu'un compilateur aussi éclairé qu'Hadii 
Khalfa ait donné place à ce document; il est daté du camp de 



ET ECLAIRCISSEMENS. 49S 

Terdjati, mais Souleimaa n'y était pas revenu depuis sa cam- 
pagne de i535. IbraLim-Pascha , mort depuis Tannée i536, 
j est désigné comme grand-vizir. Du reste, il n'était pas 
encore question ^ à l'époque dont nous parlons, de Pialé ni 
de Torghoud. 

XVII. — Page 188. 

On peut encore reconnaître dans le mot turc Ridjé le nom 
défiguré de la ville de Keggio ; mais il serait plus difficile de 
deviner quels châteaux Petschewi a voulu désigner (f. 117) 
0OUS les noms de Sandaldjiko , Paoulié, Kharoui; il en est de 
même des châteaux situés aux alentours de Naples, Casata, 
Kùj Elina^ CastelUa (peut-être Gastellamare?) et KUia. Pet- 
schewi rapporte que Pialé avait donné Kilia au roi de France 
au nom et de la part du Sultan. Je ne saurais pas davantage 
reconnaître le véritable nom des villes et forteresses qu'A«> 
ramont dans un rapport au Sultan , lors de son séjour à 
Amassia, aurait dit avoir été conquises par le^roi de France 
sur Gharles-Quint. Djelalzadé, Ali, et d'après eux Petschewi, 
f. ii5, les appellent Moïca, Marinas^ Sepes, Maranour et 
Sentit j et ils désignent l'ambassadeur lui-même sous le nom 
de Montes» 

XVIII. — Page 191. 

Les historiens ottomans et européens sont à peu près d'ac-* 
cord sur l'évaluation des pertes éprouvées par l'ennemi. Ulloa 
compte dix-neuf galères ; Hadji Khalfa vingt ; Rosinus, dans 
la continuation de la Chronique de Drechsler, dit : « Trirèmes 
» amissae 27, naves onerariae i4 » (peut-être pour vingt-quatre); 
car Hadji Khalfa, dans son Histoire des guerres maritimes^ 
porte à vingt-six le nombre des barques. 

XIX. — Page 193. 

On trouve à la bibliothèque I. K. d'Autriche, parmi les 
manuscrits, Histoire prof,, n^ DCGCCLXXXIV; un document 



^ NOTES 

qui présente de nouveaux détaik sur la eoni^uéte de Djevl^é. 
Vauleur de ce rapport» Thomas Holzbaîmer de Barklut ei| 
Francoaiei faisait partie de la garnison allemande de Djerbé 
qu*il appelle Scbelues, et il tomba entre les mains des Turcf 
après la reddilion de la place. Ce rapport est acconapagaé d'aa 
dessin représentant le fort de Djerbé, et les divers bastions 
que les Espagnols construisirent sous les noms de Serda, Gon- 
zaga , San Zuan et Andréa Doria. Il contient la liste des co- 
lonels et des capitaines des régimens et compagnies d'Espa- 
gnols, Italiens, Maltais et Allemands; la garnison se compo- 
sait de dix-huit bannières espagnoles représentant ensemble 
douze cents hommes; de neuf bannières italiennes, avec ua 
effectif de huit cents hommes; et d'une bannière allemande, 
c'est-à-dire dei)X cents hommes. Ce rapport donne aussi k 
liste détaillée des divers navires de la flotte et des capitaines 
qui les commandaient. La flotte se composait de trente-sif 
Taisseaux , de quarante-sept galères et qqatre galiotcs ; onze 
vaisseaux, vingt-huit galères et une galiote coulèrent bas; 
dix-neuf galères et une galiote furent prises et dirigées vers 
Gonstantiuople. Enfin, on trouve dans ce rapport, resté jus- 
qu'à présent inconnu, une description de l'île de Djerbé;Z4 
Hertha en contient une qui se rapporte à une époque plus 
récente. Les Espagnols avaient construit les bastions avec 
des troncs d'oliviers et de dattiers; ils avaient des vivres en 
abondance, et L'on distribuait chaque jour à la garnison sept 
mille rations; mais ils manquaient d'eau potable. Ils forcèrent, 
dans le principe , les habitans à boire l'eau des sources salées, 
et lorsque celles-ci furent taries ou infectées par les cadavres 
d'animaux que les Turcs y jetèrent, les habitans passèrent ton) 
du côlé de l'ennemi. Les janissaire^ se servaient d'arquebuses 
dont le canon avait sept palmes de longueur^ et qui lançaient 
des balles pesant plusieurs onces. 

XX. — Pagb 198. 

ficèaniài, p. 16; ce n'était 4I0HC pi» le idslaingfty eomnt 



£T EGLiLiRCISSEMENS. 4^$ 

rai^siyreqt Vertot et autres. Mat8 en trouve, dgns XHistoir^ dfii 
guerres maritimes d'HadjI KLalfa, une faute plus gros^ièrt 
qu'il faut sans doute attribuer au copiste ou à riroppimeur, et 
de laquelle il résulterait que le siège de Malte aurait eu lien 
ei^ Vaquée 968 (1662) au lieu de 972 (i565). 

XXL — Pag£ 199* 

Ali, LVI* récit. Il ajoute que, pendant ce siège, Moustafa^ 
Pascha ordonna un jour aux^canonniers de cesser le feu, afin 
de pouvoir dormir. 

XXII. — Page 200. 

Hadji Kbalfa^ Histoire des guerres maritimes^ en fixe le nwm* 
bre à trois cents. Il faut ajouter plus de foi aux ouvrages def 
historiens européens qui traitent de ce siège, savoir : i^ Comitif 
Secundi Curionis de bello Melitensi. Franco furti ; 20 Hieronymi 
Comitis Alexandrini Commentarii de acerrimo bello in insulam 
Melitam gesto. Venez. 1 566 ; 3o Alfonso Ulloa terza parte délie 
storie , il successo délia potentissima armaia mandata dal Turco 
sopra l'isola di Malta tanno i565. Venez. i566; ^0 Impressa 
di Malta diPier Gentile di f^andomo dans Sansopinoy I, p. 4i B ; 
5" Bosius ; 6* Vertot; 70 Commentaire du comte Jérôme, tra- 
duit en allemand par Jérôme Gœber de Scheuberg. Outre 
ces ouvrages imprimés, on trouve à la bibliothèque I. R. 
d'Autriche un manuscrit intitulé : Antonii Gryphii de expe- 
ditione Turcicce classis et Melitœ obsidione commentarius. L'au- 
teur ènumère ainsi les forces de l'armée turque : sept mille 
sipahis; quinze mille hommes de Karamanie; deux mille deut 
cents du Péloponèse ; cinq cents de l'île de Lesbos; deux 
mille trois cents janissaires ; treize mille hommes d'autres 
troupes soldées; trois mille cinq cents volontaires. Pour la 
flotte, sortie du port de Modon, il compte cent quarante ga- 
1ères, huit mahones (bâiimens de transport), onze vaisseaux 
de guerre f dont un monté par deux ceut^ sipahis portait à 



Iqq notes 

bord quatre mille tonneaux de poudre. Suivant le même au«> 
teur, le fils du beglerbeg d*Â1ger avait amené douze galères 
avec un équipage de quinze cents hommes; Torghoud treize 
galères avec seize cents hommes. Il y avait encore six galères et 
six cents hommes envoyés d'Alexandrie ; seize galères et buit 
cents hommes de Tripoli ; six trirèmes^ vingt-deux birèmes et 
deux mille deux cents hommes d'Alger ; deux birèmes et cent 
quatre-vingts hommes de PiSon de Vêlez ; en tout^ deux cent 
trente-six bâtimens et trente-six mille hommes. 

XXIII. »- PaG^ 200. 

Marsa Scirocco est nommé) dans Y Histoire des guerres man-^ 
tintes, Marsa Schoulok , et Fauteur n'a point reconnu dans le 
mot Marsa la racine arabe Mersi (port), d'où vient aussi le 
nom de Marseille, Ant. Gryphius, manuscrit de la bibliothèque 
I. R. d'Autriche^ appelle ce port Haloque. 

XXrV. ^ Page 204. 

Alfonso Ulloa dit à ce sujet : « Pium est credere et che sieno 
M stati S. Gio. Battista e S. Paolo. » Ulloa parle encore de l'ap- 
parition d'un pigeon qui vint se percher' sur le clocher de Té- 
glise de Sainte-Marie à Liebeinsiedel , et rapproche cette ap- 
parition de celle de l'apôtre Jacques , qui apparut aux chré- 
tiens, monté sur un cheval blanc, pendant la bataille livrée 
par Alphonse IX en 1212 à Miramolin (Mohammed-le-Mo- 
wahide) , et de celle de ce même apqtre et de la madone , qui 
décida en l'année iSig la victoire remportée par les chrétiens, 
0OUS les ordres de Femand Cortez^ sur les Américains de Potosi. 

XXV. — Page 206. 

Il existe à la bibliothèque I. R. d'Autriche une relation de 
éette ambassade par Jacques de Betzeck, intitulée : f^erzaichniss 
etUcher meiner und der vûmemèsten Reîsen so ich zu heyderk* k* 
ap. M. Ferdinandi und Maximiliani II Dinnsten ausser und 



ET ÉCLAmCISSEMENS. 497 

Miter dem roemùschen Reich mit Scfdckungen zum asjftern Mùhl 
in Tyrggey, in Dennermarkh und Schweden auch sonst im 
rœmiscken Reich hin und wieder miit ail Geschicklichkeii meines 
Leibs und Lebens hab unterûienigst Vhiss gebrauchen htssen. 
Les journaux que Betzeck a laissés sur les voyages qu'il fît en 
qualité de courrier sont au nombre de dix. Parmi les manusc- 
rits historiques de la bibliothèque I. R. d'Autriche, se trouve 
une lettre apocryphe de Souleïman à Maximilien II. Les titres 
qu'il s'y donne de grand appui des dieux, de prince dont la 
domination s^étend de P Arbre sec au mont Achaya, et la date 
singulière qui figure en tôte de cette lettre ^ première année 
de notre règne , ^vingt-deuxième de notre âge^ suffisent pour dé- 
montrer clairement qu'elle ne doit pas être attribuée à Sou- 
leïman , car l'année i564 était la quarante-quatrième de son 
règne et la soixante-dixième de sa vie. 

XXVI. — Page ao6. 

£t non pas quatre-vingt-dix mille pour les trois années , 
comme l'affirme Istuanfi. Selaniki dit que les vingt-ciuq mille 
piastres stipulées n'avaient pas été payées l'année précédente. 
Ces vingt-cinq mille piastres , qui représentaient la valeur de 
trente mille ducats, indiquent le cours du ducat à cette époque; 
il équivalait à une piastre un sixième. Selaniki est le premier 
des auteurs ottomans qui ait parlé de piastres ; mais il se trompe 
certainement lorsqu'il donne à une piastre la valeur de cent 
vingt aspres ; car, suivant le cours de la monnaie à cette époque, 
cinquante aspres faisaient un ducat ; par conséquent, une pias- 
tre aurait presque valu deux ducats et demi, d'après l'évalua- 
tion de Selaniki. ^ 

XXVIL —Page 207. 

Voy. rapports d'Albert de Wyss et des internonces , et leurs 
instructions datées du 27 octobre i564* La ratification du traité 
de paix par l'empereur porte la même date. Voy. encore les 

T. TI. 52 



4t)8 NOTES 

lettres de Maiimilien et U réponse de SoaleimAn datée du 
mois de rdE^ioul-eimrel 971 (octobre i564) dans U^elle ce 
dernier témoigne de ses bonnes dispositions à renouveler le 
traité de paix; une autre lettre de Maximilien^ ajant pour ob- 
jet Télargissement des deux nobles génois Cicala, père et fils; 
enfin, la lettre de congé délivrée aux trois internonces, datée 
dn 4 février i565 (redjeb 972). 

XXVIII.— PAGBaog. 

D'après le rapport adressé à Tempcreur Maximilien par la 
conférence, sur l'opportunité de la paix ou de la guerre. La 
majorité des suffrages était pour la guerre ; Tarcbiduc Gbarles, 
gouverneur de la Styrie, l'archiduc Ferdinand, gouverneur de 
l'Autriche, les Etats de Silésie et l'électeur de Bavière, avaient 
opiné pour la paix. Les avis des archiducs furent mis sous les 
yeux d'une commission dont les membres appartenaient tous 
aux Etats de Bohême, de Silésie, d'Autriche, de Styrie et de 
Hofigiie. 

XXIX. ^ Page 209. 

Biographie de Monstafa Sokolli, écrite par un anonyme, et 
dédiée au juge d'Ofen, Ahmid, en Tannée i566, à Tépoque 
où Moustafa succéda à Arslan dans le gouvernement d'Ofen. 
Cet ouvrage, dans lequel l'auteur exalte en vers et en prose les 
hautes qualités de Moustafa , est intitulé : Gendjirm Akklak, 
c'est-à-dire Trésor des qualités. 

XXX. — Page 209. 

Selaniki perdit son père pendant que l'armée était en mar- 
che vers Sofia ; il aurait dû retourner alors à Selaniki, sa ville 
natale, mais il ne put se séparer de la société de beaux esprits 
qui accompagnaient le bcglerbeg. Selaniki appelle le defter- 
dar des timars Kaïtaszadé Ahmed Efendi; celui des saîioos, 
Omarbeg, fils de Khialibeg ; le juge, Ischreti Efendi ; et le se- 



ET ËGLAIRCISSEMENS. 4y9 

crétaire , Khoudajï Efendi. La biographie du beglerbeg Âh- 
med-Pascha Soulkadroghli se^ trouve dans les Biographies des 
Poètes^ et notamment dans celle qu'a laissée Kinalizadé. Admis ) 
à la cour de Sëlim II et de Mourad III , grâce à sa joyeuse / 
humeur, il ne jouissait pas , comme le fait remarquer Ali dans 
sa notice sur les yizirs de Souleïman , d'une grande consîdé* 
ration. Il mourut en 987 (1576)5 son nom de poète était 
Schemsi. 

XXXI. «- Pagb 216. 

Selanild. d'après Ali et Petschewi, ce fut le 9; mais Ali se 
trompe quant au jour de la semaine et même quant à Tannée. 
Le 9 schewai| c'est-à-dire le 29 avril de l'année i566, corres- 
pondait à un lundi et non pas à un jeudi ; et le départ du Sul- 
tan eut lieu en 97^, et non pas en 963 de Thégire. Jstuanfi se 
trompe également lorsqu'il fait partir Souleïman au com« 
mencement du mois de juin. 

XXXII. — Page 224- 

Les historiens hongrois ignorent la construction du pont 
^e Yukovar, et les historiens ottomans ne font pas mention de 
renvoi que, suivant Istuanfi et Budina, Souleïman aurait fait 
à Hamzabeg d'un drap noir, l'avertissant ainsi qu'il serait mis à 
mort dans le cas où le pont d'Ëssek ne s'achèverait pas dans le 
délai prescrit. La vérité est qu'Hamzabeg n'était pas chargé de 
\» construction de ce pont. 

XXXin. — Page 23 i. 

Le passage de l'histoire de Bizari , relatif à cet assaut , et que 
presque tous les historiens postérieurs ont copié, a donné lieu 
à cette erreur généralement accréditée, que la prise de Rhodes, 
la bataille de Tschaldirau et de Haleb , ainsi que celle de Mo- 
h^cz seraient tombées le même jour, 29 août; mais Rhodes fut 
conquise le 25 décembre , la bataille de Tscbaldiran livrée le 
22 août , et celle de Haleb le 24 août. 



5i* 



5oo WOTES 

XXXrV.-~PAGBa34. 

Cette circonstance, inconnue aux historiens hongrois, on 
qu'ils ont passée sous silence , de la mort de Zrinj, est attestée 
par Selaniki , témoin oculaire. Kodjian topi Kondaghi iae- 
riné jrûzi kojroun kibi koyoub, c*est-à-dire « plaçant sa tête sur 
Taffût du canon de Katzianer comme un mouton (qu'on tue). » 

XXXV. — PiGB 235. 

D'après Bizari et Budina , le 9 septembre. Les historiens 
ottomans désignent, les uns le 7, les autres le 8; Selaniki et 
Pctschewi se trompent sur la date de la mort de Souleïman 
(samedi 6 septembre, 20 sâfer) ; ils commettent une double 
erreur, tant par rapport à la date du mois que par rapport aa 
jour de la semaine. Outre Âlf. Ulloa, qui a écrit une relation 
sur la campagne de Hongrie de i566, il existe encore une re- 
lation italienne sur le siège de Szigeth : Impresa diZigethfaUa 
da SoUmano (dans Sansovino, vol. I, p. 4^i) da incerto autan» 
Cette relation est extraite de Budina. Voyez aussi manus- 
crit CVI, List. prof, de la Bibliothèque I. R. d'Autriche, 
feuille soixante-seize à quatre-vingt : Relation und extraU vw 
Aussagen und Besundteren Kundtschafun der Tûrggen erobi- 
rang von Zigeth erfolgt aufdtn 7 september i566. 

XXXVl. — Page 236. 

De ce nombre étaient le trésorier Sinan, à Szigeth; le def- 
terdar Mohammedbeg de Fûnfkircheu ; le beglerbeg de Bassra) 
Derwisch Ali-Pliscba (Selaniki, p. 5i); le kapou-agaYakoub. 
Outre les sources déjà mentionnées, on peut encore consulter, 
sur le siège de Szigeth , Ali, Petschewi, Selaniki , Solakzadé, 
le Raouzatoulr^brar, le Djamioul-iewarikh, le NakhèeUt-tewa- 
rikh, Djenabi, Hezarfenn, Tabiizadé, Aziz Tschelebi, dans 
son histoire de Souleïman , Hadji Khalfa , et le poème rimé de 
Mcrakhi. 



ET ECLAIRCISSEMENS. 5<>t 



LIVRE XXXIV. 



I. — Page t^o» 

Idris parle également de ces dix qualités à Voccasion de 
fiajezid II. Gondé, dans son Histoire des Maures^ 1. 1, p. SSq, 
les applique, avec quelque changement cependant, à Saîd Ben- 
' Souleîman Ben Djoudi : i* droiture; 2^ courage; 3* sentiment 
chevaleresques; 4* grâce; 5^ talent poétique ; 6<> éloquence; 
7° force ;8<' habileté à manier la lance; 9<^ habileté à manier le 
sabre; lo^ habileté à manier Tare. Idris au contraire cite les 
dix qualités suivantes: i<* prudence; 2^ valeur; 3^ sobriété; 
4* force; 5* douceur; 6® fermeté ; 70 dignité ; 8* esprit entre- 
prenant; 90 pudeur; io<> libéralité. 

II. — Page a4o. 

Ali, f. 2349 donne la liste de ces conquêtes, savoir : en Tan- 
née i5ao, Sabacs, Semlin, Slankamen, Kulpenic , Knin, 
Perklas,Baridsch, Srebernik, Sokol, Belgrade; en Tannée 1622; 
Stanco^ Bodroun (Halicarnassus), Leros, Piscopia, Nisari, 
Symé, Telos, Limonia, Kalymné, Rhodos; en Tannée i52&: 
Peterwardein, Illok, Essek, Rataha, Gregurovecz, Berkaszov», 
Mitroviz, Tokaj, Soilan, Mohacz, Pest, Szegedin, Bacs,Becsé, 
Tittel, Parkan, Tschewek, Ërdœd, Kippach (?), Ofen; en 
Tannée i532 : Egerszeg, Neschwar, Babocsa, Berzencze, Be- 
Jovar, Kâpolna , Kapornak, Kœrmandvàr, Poschega, Gûns; 
m Tannée i533 : Aadildjouwaz, Ardjisch, Akhlath, Woustan, 
Awnik, Ikhtiman, Ahoul,Teng, Bikar, Bagdad, Dann, Schehr- 
ban , Harouniyé , Arlouk , Kerkouk , Schehrdjil , Sedjadé , le 
Loristan, le Khouzistan, Dischim, Koron; en Tannée i54i : 
Valpo, Stuhlweissenbourg, Gran, Tata, Fûnfkirchen , Siklos, 
Temcswar, et en Asie Wasit, Wan, Bassra; en Tannée i549, 
dans la campagne de Perse : Tartum, Aktsehé-Kalaa, Ben- 
gffd , Berakan , Miak, Ro'ikt, Koulschouk, Sainglmn, Akhou, 



5oîi NOTES 

Nakbdjiwan; en Tannée i557, dans la campagne de Hongrie: 
Galad, Nagj Feluek, Eperies, Bodorlak, Zadorlak, Arad, 
Csandld, Illadia, Dewa , Lippa. Mais Ali omet ici tous les 
cbâteaax-forts conquis en Dalmatie et en Croatie dans Vannée 
1527, ainsi que les îles de l'Arcliîpel, qui tombèrent au pou- 
voir du Sultan en l'année iSS^. 

III. — Page 244* 

* 

Djîhannwna, p. 5i6 ; la dépense journalière d^unemedresé 
était donc de quatre-vingt-quatre aspret ou de trois cent trente* 
six pour les quatre» 

IV, — Page a48- 

Dans VInscha d*Ibrahim, n^ 324 de la bibl. I. R., se trou- 
vent les documens suivans : la réponse à la lettre de félicitation 
de Scbab Ismaîl (F. 12 et i4); diplôme d'un vizir (f. 16); di- 
plôme pour le gouverneur, de Diarbekr (f. 17); un autre pour 
le grand-vizir Ibrabim-Pascba (f. 18). 1/ Histoire de Djelalzaà 
contient le diplôme d'investiture du gouvernement d'Egypte 
e^ faveur de Souleîman-Pascba, avec 4^ raillions d'aspres de 
revenu (F. 2a) , daté de l'année 943 (i536); une lettre de Soulei- 
man à K-bairbeg, de l'année 926 (1620) (F. 24); lettre à Scbah- 
Tahmaspi relative à Hajezid (F. 25 1 26, 27 et 5i); voyet 
encore le journal de Souleïman. Ensuite les lettres du prince 
Sélim et du grand-maître de sa cour au moufti de la Mecque 
(F* Ô9) ; diplôme de Souleïman au schériF de la Mecque de l'an- 
née 957 (i55i), et plusieurs lettres de félicitations au grand- 
viûr Aoustem f aux vizirs Ali , Abmed et autres vizirs; lettre 
de condoléance à Roustem sur la mort de sa belle-mère ; en- 
fin plusieurs rapports de juges , de sandjaks et autres digni- 
taires. \JInscha persan, que je tiens du cOmte àtà Lutzow> 
contient la lettre de Souleïman à ScbàbkouU y n<> XY, et la 
réponse par Ferroukbzad , -oP XVI, la réponse de SouleïinaA 
à la lettre précédente; la lettre de Tabmasp, n** XVII, par la- 



ET EGLAIRGISSEMENS. 5o3 

quelle il intercède en faveur de Bayezid, manque dans le jour-' 
nal de Soulelman; n® XVIII, réponse du Sultan (dans le 

journal n*LX). 

« 

V. — Page îi48. 

Les biog^raphies elles anthologies ne donnent que quelques 
distiques des quatre fils de Souleîman ; aucun d'eux n'a laissé 
un diwan entier. Fouri donne un extrait du dicvan de Sou- 
leîman sous le titre Akhlaki Souleîmani^ c'est-à-dire, les 
qualités de Soulelman ; cet ouvrage fut terminé six ans avant 
la mort du Sultan, en 97g (i56o). 

VI. — Pagb îi49- 

Tout ce passage, tiré de V Akhlaki Souklmani par Fouri, 
se trouve traduit dans la préface de la traduction allemande 
de Baki , p. XLV. 

VIL — Page 253. 

Sous le règne de Souleîman I*' moururent les poêles suivans: 
I, Edaji, un des protégés du prince Moustafa et du grand- 
vizir Sokolli; 2, Ishak Tschelebi, auteur du Sélîmnamé (His- 
toire de Sélim !«', en prose); 3, Iflatoun-Schirwani, secrétaire 
intime du prince Elkass-Mirza ; 4> Ubami, Denviscli Naksch- 
bendi; 5, Emri-Tschelebi ; 6, Oumidi; 7, Amasi; 8, Enweri; 
9, Beligbi; lO, Bibischli; ii,Bidari; i2,Bejani; i3,Soubouti; 
i4i Senagi; i5, Djami, auteur du Seadet-namé {livre de laféli^ 
cité) et de V Histoire des Martyrs de Kerbela; 16, Djelili, auteur 
des ouvrages intitulés : Khosrea? et Schirin, Léila Medjnoun, 
et Gûli Sadbergf c^est'k'àirey la rose centijèuille; 17, Djenabi- 
Pascba; 18, DjeMrberi; 19, Haleti| 20, Habsi, le prisonnier, 
ainsi appelé pour avoir été retenu en prison pendant dix ans 
par le grand-vizir Ibrabim; 21, Haïreti, protégé des familles 
Yayapascbaogbli, Tourakbau et Mikhalogbli; 22, Sinetschak- 
Mi'wlewi, frère du précédent; 23, Gbawri ; 24, Khoudayi; 



5o4 NOTES 

35, Khialibeg; 216, Daiiischi; 97, Sati; a8, Rakmi; 29, Rahiki; 
3o, Rizayi; 3i, Remn ( Piri - Pascha portait également ce 
nom); Sa, Rijazi; 33, un autre Riyazi; 34, Seîneti; 35, Si^ 
regi, auteur du Mir ou Mah (le soleil et la hinej; 36, Saghiri ; 
37, Saki; 58, Sabatî, traducteur de l'ouvrage intitulé : Ki- 
miài Seadei (alchjrm'e de la félicité) de Gbazali ; 39, Saliarî; 
4o, unautrp Siah^ri; 419 Sourouri; 4^, SiCsili, surnom d'An- 
lan-Paschai 43> Siliki; 44» ScLani; 4^9 Schahidi commenta 
le Mesnem et le Goulscheni tecçhid; 46, Sclioukri , auteur d'un 
Sélimnamé;^']^ Schemsi; 4^) Sabiri; 49» Sani; 5o, Saifi; 5i, 
Aarif, secrétaire d'£lkass-Mirza , auteur d'un Schahnamé sut 
Souleïman, directeur d'une académie de peinture et de belles- 
lettres; Sa, Aarifi; 55,Abdi, 54, un autre Abdi; 55 ^ Askeri; 56, 
Iscbki, Derwiscb-Begtascbi ; 5^, AliTscbelebi Kinalizadé, au- 
teur de VAkhlaki Atayiy ouvrage d'éthique très-estimé, et tra- 
ducteur de l'ouvrage intitulé : Lamiyet de Toghraji; 58, 
Ghoubari, derwiscb Nakscbbendi; 59, Ghazali on Delibûrader; 
60, Ferdi , probablement l'historien; 62, Fazrileng; 63> Fou- 
zouli; 64, Fighani; 65, Fikri; 66, Feïzi ; 67, ^aïki; 68, 
Koudsi ; 69, Kandi; 70, Kiasi; 71, Katibi, c'est-à-dire le capi- 
taine Seîd-Ali ; 72, un autre Katibi ; 75, Keschfi; 74» Gounabi; 
75, Lamii; 76, Monla Laïbi; 77, Lati6, le biographe et poète; 
78, Laali ; 79, Lemii, fils de Lamii ; 80, Liwaji ; 81 , Meali ; 82, 
Mohremi; 83, Mahwi; 84, Mûmi; 85, Merdiidamî; 86, Mûti; 
87 Moslimi ; 88 , Mcschrebi ; 89, Moustafa«Tschelebi , auteur 
du Mihr ou JVefa {amour et fidéUt£)\ 90, Mouidi, auteur da 
Wamik et Azra; 91, Moumin, auteur du ScLfernamé} 92, 
Meïli; 93, Nesari; 94, Nischani, le grand-nischandji, auteur 
de VHisioire de Souleïman, Tabakaloul-Memalik et du Me- 
wahiboul'Akhlak [présens des mœurs) 5 96, Nazmi; 96, Nimeti, 
auteur de Yousoufet Soulèikha; 97, Naïmi j 98, un autre 
Nuïmi; 99, Nikabi; leo, Nakschi; loi, Nigahi^ 102, Noubi; 
io3, Nouri; io4, Nihari; ïo5, Nihani; 106, Wahidij 107, 
Wissali; 108, Hidjri; 109, Hedaji ; no, Helaki; m, He- 
lakj; 112, Yahja , auteur de Yousoufet Souleikha et d'uq 



ET ECLAIRCISSÊMENS. 5o5 

Ousoulnamé (réi^oke de ville J. Sous Sélim II ^ mourarent les 
poètes suivans : 1 1 3^ Agehi ; 1 14 9 Alehi ; 1 15, Amani-Tschc- 
lebi; Ii6y Beyani; 117, Traschi; 118, Sani; rig, Hadjbeg; 
1 20, Djelali , confident de Sélim II, célèbre pour sa beauté; 
i!ii, Djemali; I2t2, DjÎDni; 123, Houkmi; i24)Kliatemi ; I25, 
Khosrew; 126, Derouni; i27^Derwiscb-Tschelebi; 128, Ray i; 
129, un autre Rayi; i3o, Refûleng; i5i, Roubi; i32, Sirri; 
i33, un autre Sirri; 134* Scbani; i35, un antre Scbani ; 
i36, Sadik; 137, Sadii; i38 ; Monla-Aascbik, le biograpbe et 
poète; i39, Ajari; i4o, Obeïdi; i4i) Azari; 142, Iscbreti; 
143, Ilmi; 144) Alewi ; i45| Abdi ; i46> Tazli^ auteur du Gui 
ou BûlSel (la rose et le rossignol); i/{y, Founouni; i48, Fouri, 
uuievLT de Vjikhlaki Souleïmani , c'est-à-dire choix caracténs-^ 
tique du dicvan de S. Souleïman ; 1499 Medjdi, traducteur des 
Biographies de Taschkœprizadéy de l'arabe en turc, de Qua-- 
rante Traditions et du S chemsiyé; i5o, Mabi; i5i, un autre 
Mabi, i52, Moukbtari; i53, Merdoumi; i54, Mescbami; i55, 
Maali; i56 , un autre Maali; i57, Ni^rî; i58, Nibani ; iSg, 
Wousfiouli; 160, Yetim. — Dans l'une et Tautre de ces listes 
manquent les deux grands poètes Abdoulbaki , mort sous le 
règne de Mourad III , et Re^ani , mort au commencement du 
règne de Souleïman I^'. Ali les nomme dans sa liste des poètes 
du règne de Sélim I®'. 

VIII. — Page 253. 

Le grand-niscbandji Djelalzadé , le defterdar Eboulfalz, le» 
poètes Ghazali, Baki, Fouri, Fetballab, Aarif, Ramazanzadé 
et Isbak-Tscbèlebi, étaient également versés dans la jurispru- 
dence. 

IX. — Page 253. 

Ses autres ouvrages sont: des gloses marginales au Kou- 
schafei au Tedjrid; des commentaires sur le Miftab, le Fea^aï- 
doul inayet fi ibn il maani (rhétorique) , sur le D/ezerifci 
(explication du Koran) et sur VAwamil (syntaxe). Il traduisit 



5o6 KOTES 

en cmtre les biographies dlbn-KhalUkan ; le Tarikh Shahabé 
(Hbtoire des Compagnons du Prophète); t Histoire des Philo- 
sophes^ et plusieurs traités dont Attaji donne les titres. 

X. — Page 253. 

Il écrivit encore un commentaire sur la métaphjsique de 
Nassireddin-Tousi {Tedjrid) sous le titre : El-mouhakemat et 
tedjridiyet) un traité intitulé : MaarAoulrKoutiab (les échelles 
des écrivains), et enfin l'ouvrage Es sabaat es-seyarel (les 
sept planètes). Il mourut en gSj (i55o). Attaji et Ali, f. 3oo. 

XI. — Pagb 254. 

Il laissa un commentaire sur les quarante traditions, un 
autre sur le Fercûz de Seradjeddin, sur le Motiofwelj le Kafyei^ 
le TehubouUmantik, le Teduret fi ilm il^heyeij des gloses 
marginales aux ouvrages suivans : le Mev^akif, le Tefsit de 
KasikLan, le Schenuul, biographie du Prophète, le Taalikai 
et le HcdayeL II mourut en 997 (iS^i). Attaji. 

XII. — Page 255. 

Dans Ali : Hekim, Sinan, Isa, Osman, Ishak, Ahmed-Tsche- 
lebi et Mohammed Alkaïssoum. Le fait de l'existence de ce 
dernier, sous le règne de Sélîm, réfute suffisamment cette as- 
sertion émise par Istuanfi^ Bizari^ Budina et Forgacs, que pour 
assurer le secret le médecin du Sultan avait été empoisonné. 

XII bis «, — Page 255. 

I, Akhteri, mort en 968(1660), est Tauteur du Dictionnaire 
persan-turc y imprimé à Constautinople en 1827; 2, Schebes- 
teri, auteur d*une kasside persane sur le règne de Souleîmau, 
de gloses marginales au Tedjrid et au commentaire de Djor- 

1 Cette note a été omise par erreur; elle se rapporte aux mots de quehjut 
iinporianee (p. a55> 1. 8). 



ET ECLAIRCISSEMENS. 507 

djanî) le Tatualii; Schakaîk , f. i36; 3, Scbireddin d'Erdebil, 
traducteur des Biographies d'Ibn Kballikan, assassiné avec son 
protecteur Kbaïn Ahmed-Pascba. Ali, f. 3oo; 4 9 Djemalizadé 
mort en 968 (1560)9 auteur d'une histoire ottomane que Gau- 
tier Spiegel a traduite en allemand par ordre de l'empereur 
Ferdinand. Cet ouvrage se trouve à la bibliothèque rojale de 
Berlin> parmi les manuscrits de Diez, n® 5a. Ali, Attaji et Aziz 
Karatsobelebizadé^ £• 179; 5, Ahdouikerim SOlfnigarj mort en 
964 (i5S6), auteur de gloses marginales au Tedjiid à XHtdayet 
sur l'affrancbissement, et d'un commentaire sur le Miftah^ 
Attaji, f. 7; 6, Abdoulewwel de ELazwin, mort en 966 (i558], 
auteur d'un commentaire à rEtaaywyY}, de gloses marginales au 
Partage de Seïd Djordjani; il traduisit en outre en turc VHis' 
toire de Hanbalizadé. Attaji , f . 8 ; 7^ Gbarik Arabzadé, connu 
aussi sous le nom de poète Koudsi ; il se noja dans son trajet 
de Rhodes à Alexandrie en 969 (i56i), auteur de gloses mar- 
ginales à l'exégèse duKoran de Beïdhawi, à VHedajret,VInayety 
le Sadresch-scheriat j le Mifïah. Attaji, f. 17; 9 , Mimarzadé 
(Moustafa Ben Mohammed), auteur de gloses marginales au 
Dourrer ou Ghourrer, k VHedayet, le Mewakifj le Miftah^ etau 
commentaire de Djami sur le Kcifiyéy mort en 985 (1577); 
10, Assam Ahmed Tschelebi, mort en 971 (i565) ; il écrivit le 
Latifnamé [livre des iigrémens)] 11, Hanbalizadé de Haleb, 
mort en 929 (i565), auteur d'un commentaire sur Touvrage 
mjstiquc d'Atallah d'Alexandrie , d'une Histoire de Haleb 
(Eszâbd wez-zareU)^ d'une Histoire de la Littérature {Dûrroul- 
djehV) , d'un Traité sur les Enigmes , de gloses marginales au 
Sadreschnscheriat, au Feràiz de Seïd Djordjani, d'un commen- 
taire sur le Minar sous le titre : Ewvaroul^mâlk, c'est-à-dire /u- 
mières de t empire^ d'un Traité d'jàriAmétique, intitulé Iddetoul- 
kasib we oumdetoul mouhasià; 12, Fikari, le calligraphe , écrivit 
des gloses marginales au Kouschqfet à Texégèse de Beîdhawi, un 
commentaire sur le Tedjrid^et composa plusieurs poésies arabes 
et persanes; i3 , Saî laissa un Inscha^ ou collection de lettres 
eu languesarabe, persane et turque; 1 4> Mohammed Al-Mogoschi 



5o8 NOTES 

écrivit des commentaires sur le TatvaUi d'Isfishani, le Mewakif 
d*AMdji, le MaïaUi de Razi et le Moukhttusar da juge d'Ad- 
badeddin; i5, Schali Kasim, le Persan^ conduit à Constantin 
nople lors de la prise deTebriz;il mourut en 948 (i 641)9 
avant d'avoir terminé son Histoire de r empire ottoman; 16, 
Mohammed Al-Karamanî laissa des gloses marginales au Kou- 
écht^ff à V exégèse de Beîdhawi, au Tehvih de Teftazani^et 
écrivit un commentaire sur Vlsbatoul-vifadjiù de Dewani; des 
gloses marginales au commentaire du Wikajret, Sadresch- 
sc'heriat , enùn un ouvrage intitulé : DjaUbous^sourour ^{kU 
traits de la joie); 17, ObeïdouUah B. Al-Fenari, laissa le 
meilleur commentaire sur la Barda ^ et une bibliothèque de 
10,000 volumes; 18 Mohammed B. Scheïkb Mahmoud Al- 
magblotaï , mort en 940 (i533) ; il écrivit un commentaire sur 
lidKtifiyé^ des gloses au commentaire de V Hidayetoulrhikmet 
de Mewlanazadé, qu'il ne faut pas confondre avec VHedayet 
de Bourhaneddin de Maragba; il écrivit en outre des notes 
auz gloses de Djordjani sur le Tedjrid et un commentaire sur la 
quatre-vingt-treizième soura du Koran; 19, Moubijeddin Ab- 
doul-ewwel laissa une collection d'écrits turcs^ arabes et per- 
sans, et autres petits traités ; 20, Hosameddin Houseîn Taliscb, 
mort en 964(1 556), laissa un commentaire sur la Borda et un 
Traité de morale (E6ad) ; 22, Baldiirzadé, auteur d'une biogra- 
phie des savans de Brousa ; 23 , MoUa Satschlou Ënweri de 
Tebriz, auteur d'un Inscha à l'instar de ceux de Saï, Fikari et 
Abdoul-ewwel ; 24» Yousouf Bali, fils de Scbemseddin Fenari, 
écrivit des gloses à VHedayet et un commentaire au Miftak, 
mort en 964 (i547); ^^9 Kara Tscbelcbi, auteur de notices sur 
plusieurs oulémas turcs. WakiatiKaraTscbelebi, dans l'histoire 
de son fils, f. 670; 26, Kinalizadé (Ali), père du célèbre au- 
teur des Biographies des poètes turcs, et auteur d'un Kalemiyé^ 
à^VLïk Seïfijré et de VAkhlaki Alayi {morale d^Alayi); 27, 
Sirekzadé , mort en 176 (i566), auteur de gloses marginales 
À VHedayet et au Miftahj fils du précepteur de Souleïman , 
5irek Moubiyeddîn; 28, Mohammed d'ibn en-nedjar, mort «n 



ET ÉCLAlRCISSEMEIfS. 5oç 

977; il écrivit des gloses au Commentaire du Koran dTbou- 
sououdy et des notes aux gloses d'Hasan-Tschelebi sur le Telwih 
de Teftazani , et au Dourrer ou Ghourrer de Monla-Khosrew } 

29, Moustafa Bostan 9 mort en 977 (1569), il a écrit des gloses 
marginales au commentaire de Seïd Djordjani sur le Miftahj et 
à une Histoire arabe des Seldjoukides ; il est encore auteur des 
deux poèmes : le S chah et le mendiant, et Khosret^ et Schirin; 

30, Fouri, mort en 978 f 1670), auteur de gloses marginales au 
Dourrer ou Ghourrer et de VAkhiaki Souleïmani; 5i, MoUa 
Atallah de Birgbé dans la province d'Aîdin, auteur de gloses 
marginales à Texégèse du Koran et au Miftah;32f Bihitschi 
écrivit des gloses marginales au commentaire de YAkaïd 
(dogmes) par Khiali^ au commentaire de VEdabi bahs, par 
Mesoud Ëfeudi^ au Miftah et à la syntaxe de Djami; 33, Oumm 
Welidzadé, mort en g8o (1572), auteur de plusieurs traités 
sur le Kalemiyéf le Seifiyé et le Schemiyé; 34» Akhizadé You- 
souf Tschelebi, qu'il ne faut pas confondre avec le célèbre mé- 
decin de Sélim P', commenta quelques passages du Miftah^ 
35, Scheîkb Gharseddin B. Ibrabim, mort en g6i (i553), écri- 
vit un traité d'arithmétique, un autre sur le partage, un com- 
mentaire sur le Mewakify des gloses au FeleUiat (astrologie), au 
Moudjiz (médecine), au commentaire de Djami sur le Kafijret^ 
un ouvrage cabalistique, et une explication de la kassidc Mi" 
ndyé d'Ëbousououd ; 56, Pirizadé Djemali, soupçonné d'avoir 
empoisonné son père le grand-vizir; 37 à 4o, lesmouftis Saadi- 
Ëfendi, Tscbiwizadé, Kadiri-£fendi, Moubijeddin Alfenari, 
ont déjà été cités dans le cours de cette histoire; 4ii ^ ôo, les 
dix grands légistes cités dans le texte , savoir : Kemalpascha- 
zadé, Ebousououd, Ibrahim de Haleb, Sourouri, Taschkœ- 
prizadé , Hafiz Adjem , Isalih Djelalzadé, Lari, Birgheli, Molla 
Khaïreddin. 

XIII. — Page 160. 

Hezarfcnn ; voy. Administration et constitution de l'Empire 
ottoman, II , p. 182. D'après Cbalcondjle, les revenus de Mo- 



I 



5io NOTES 

hammed II s'élevAÎent à quatre cents myriades de pièces d*or 
( quatre millions de dacats) ; d'après Mouradjea d*01isson , les 
revenus de l'empire s'élevaient sous Mohammed à dix millions 
de piastres , douze cent millions d'aspres ou vingt-quatre mil- 
lions de ducats ; et sous Souieïman , à vingt-six millions de 
piastres y trois mille cent vingt millions d'aspres ou soixante- 
deux millions quatre cent mille ducats. Le rapport de Piétro 
Bragadino (Mar. Sanuto XLI] s'accorde à cet égard avec les 
sources ottomanes ; <« L'entrada di la millioni ducatî. Il Gonto 
» délie Intrade per i Defterdari spesa fatta nel anno 800 mille 
» dncati; item ha il Sgr. del Cairo a Tanno ducati 900 mille e 
» dalla Soria Ducati 200 mille. » Mais le tribut de FEgypte 
montait â lui seul à huit cent mille ducats. 

XIV, — Page î>6o. 

D'après le Rapport du baile Barbaro (Cod. n® 746 des ma- 
nuscrits de Schwandtner, f. SgS) , la cavalerie fendataire était 
forte de cent trente mille chevaux, dont quatre-vingt mille en 
Europe et cinquante mille en Asie : « Questî Tiroari sono cora- 
» parti ti in tal maniera^ che a quelle, ch'è obbligato comparire 
» con un sol cavallo, li vienne assignato un luogo estimato 
» 3ooo aspri *— 60 ducati d'oro, ma quelli che li suoi Ti- 
» mari ascendono a maggior somma sono obUgati da 5ooo 
n aspri in su, condurre tanti cavalli , quanti 5ooo aspri hanno 
» di rendita. » Il j avait, en outre, quinze mille sipahis réguliers 
avec une solde de douze à quinze aspres par jour (la gratifica- 
tion en temps de guerre était de vingt ducats par tête); et douze 
mille janissaires avec une solde de quatre à neuf aspres. L'ar- 
senal contenait trois cents galères, parmi lesquelles quatorze ma- 
hones, et un nombre déterminé de vaisseaux de transport pour 
les chevaux ( palanderies ). La construction d*une galère ne 
coûtait que mille ducats ; chaque galère était montée par vingt 
azabs « li quali servpno per timonier , maestranza, padroni, 
» comiti. La.comune oppinione, che quel Signore habbia 
•» 8 millioni d'oro d'intrata, e che 6 solamente si spendino, c 



K 



ET ECLAIRGISSËMENS. o 1 1 

w che duoi ne vadin seinpre avanzaiïdo. » Barbara doute de ce 
dernier fait; il calcule ainsi : « carazzi (kbaradj) 2 millioni| 
n dazzi I '/a miliioney minière '/a millione, dei scritti */, mil- 
» lioney di béni caducbi ioo,ooO| tributi di principi 17O1O0O1 
» in tntto millioni 7 ed 670,000 (Bl. 4o5). » 

XV. — Page 269. 

Gomp. Constitution et administration de VEmpire ottoman j 
t. I ; et t. YIII, p. 60 des Mémoires de t Académie des inscrip^ 
tiens et Selles^lettres , sous le titre : Troisième et dernier mémoire 
sur la nature et les rét^oiutions du droit de propriété territoriale 
en Egypte, par M. S. de Sacj. Il existe parmi les manuscrits de 
Rangon, n^ X, p. 209, un ouvrage intitulé : Relazione delSgr. 
Filippo Pigafetta nohiîe Vicentino intorno al viaggio del Egitto, 
deW Arabie j e del Mar Rosso e delSinaï, qui renferme ce passage 
curieux : « Non è persona alcuna in tutto Egitto^ cbe babbia 
» per dir cosi un palmo di terreno, cbe sia proprio suo, e ben 
w pocbi ed quelli piccoli podcri possedono, ma il tutto è deir 
» Ottomano , il quale da ad affitto li terreni de tutto l'Egitto, 
» facendosi pagare tanto fromento e tanti denari^ come, per 
n esempîoy délia contrada detta Faium, cbe uella Bibla si dicc 
» Gossen, il Gran Signor cava, corne si è detto^ 10,000 ribebe 
» (probablement Erdeb) di fromento, ed più 4o,ooo Sultaninî, 
» e cusi délie altre. Questi affittuarii si cbiamouo Gbessif (Kas- 
» cbif) Feddan si dice la misura del terreno, cioè una campa- 
» gna si compartirà in tanti Feddan , come sul Bolognese in 
» tornadure e in questri nostri paesi in campi; un pajo de buoi 
» coltivano 24 Feddan ; in cbe è da notare, moite usanze délie 
» Anticbe esser rimaste in Ëgitto fin di quelle dei Faraoni, 
u come questa di non baversi da nessuno privatamente terreno, 
» cbe sia suo proprio , et quest' altro del pagare del terreno 
» affittato il quinto d'ogni cosa , le quale due leggi , come si 
» vede nell' Esodo, furono institute da Giosef Ebreo. » Le pas- 
sage suivant (f. 25) donne des détails sur la valeur de la mon- 
naie égyptienne d'aloi^s : <« Yalendo il Sultanino , quanto il 



5iî NOTES 

N ducato zeccbino Yeneziano, cioè ^i Maedini, et il Macdino 
w il grosso, cioè soldi 4> la borsa raie 621 Soltanini. » Il y 
avait vingt-quatre sandjaks. Pigafetta, en parlant de Faque- 
duc du Caire, dit : • Il Soldano nominato Gampsone Gauro 
» (Kansou Ghawri), il quale fu amazzato da Selim, édifice di 
» pictra un aquedotto alto e bello con assai vole per condurre 
^ M Tacqua del Nilo nel castello, lungo forse 3 miglic pigliandu 
» la piu corta linea dal fiume al castello. » Enfin il donne la 
traduction de trois vers arabes, qu*il prétend avoir été inscrits 
sur le Sphinx : 

Passb quel tempo et quella gente, 

Svenuto questo tempo con lascure. 

Et ognuno dœ dice il vero , gli vien rotto il tapo, 

XVI, — Page 270. 
Ce Kanounnamé date de l'année 989 (i53a). 

XVII. — Page 271. 

Digeon , t. I, p. 86, altère au point de les rendre mécon- 
naissables les noms de ces sept milices , et commet une grave 
erreur en disant qu'Ebousououd 8*était refusé à eomposer une 
élégie sur la mort de Souleïman. Elle se trouve en entier dans 
VAlmanah er-rahmaniyeU II est facile de rectifier Terreur de 
Digeon relativement aux gouverneurs turcs en Egypte; HadjI 
Khalfa, dans ses Tables chronologiques, p. 219, les place dans 
cet ordre : Kbosrew, Feunuque Souleïman (pour la seconde 
fois), Daoud, Ali l'eunuque, Ali Lala Scbahin Moustafii, AH 
Sofî, Mahmoud. 

XXIII. — Page 271. 

10 Roumilie; »• l'Archipel; 3» Alger; 4® Tripoli dans U 
Barbarie ; 5* Ofen ; 6* Temeswar ; 70 Anatolie; 8® Karamanie; 
90 Roum ou Siwas et Amassia ; 100 Soulkadr ; 1 10 Trabezoon ; 
12* Diarbekr; i3« Wan; i4''Haleb; iS^ Damas; i6« l'Egypte; 



ET ECLAIRCISSEMENS. 5i5 

1 7* U Mecque et Médîne (rArabie Pëtrëe) ; 1 8* ITémen et Aden 
(l'Arabie beureuse) ; 19* Bagdad; 20* Mossoul ; ai® Bassra. 
V07. Constitution et admùustraliom de V Empire ottoman, II, 

p. 437 •4^7« 



LIVRE XXXV. 

I. — Page 290. 

Il est incroyable combien il règne de confusion, même cbez 
les meilleurs bistoriens ottomans , par rapport à la date de la 
mort de Souleîman. Ainsi que nous Vayons déjà noté à la fin du 
livre précédent, Ali seul a donné la date exacte de la prise de 
Szigetb (le 22 sâfer — 8 septembre), tandis que Petscbewi s'est 
trompé sur la date de la mort du Sultan (22), et sur le jour de 
la semaine (jeudi), et Selaniki sur le jour de la semaine (sa- 
medi au lieu de vendredi) ; il donne cependant la date véri- 
table de la mort du Sultan (20 sâfer — 6 septembre), La lettre 
envoyée à Sélim est datée du 7 septembre , veille de la prise 
de Szigetb. Le tscfaaouscb qui , buit jours après , la remit au 
prince à Kutabia, ne put arriver dans cette ville un vendredi, 
comme le disent Selaniki et Solakzadé , parce qu'il ne partit 
qu'après l'occupation de Szigetb. Le i4 rebioul-ewwel (29 sep- 
tembre) que ces deux auteurs fixent comme le jour de Ventrée 
de Sélim II à Constantinople n'est pas une date plus exacte , 
car le i4 rebioul-ewwel n'était pas un lundi, mais un diman- 
cbe ; en outre, Sélim repartit de Constantinople dès le 26 sep- 
tembre, comme le prouvent les rapports des ambassadeurs de 
Venise et d'Autricbe. 

n. — Page 294. 

Selaniki, au <îoatrair«, cite' ces paroles : Ya maUkoul-^me" 
nwlik nedjana min el mehalik inté el ebedi el-baki <ve kâlloun 
schetyoun halik^ c'est-à-dire : O possesseur des Empires / saure-- 
T. VI. 33 



5i4 NOTES 

nous de la perdition; tu es V Étemel^ celui à qui rien ne résiste, 
tandis que toute chose doit périr, et celles-ci : Ya ilahi çoeya 
samedi min andek mededi we aleïké moutemedi^ c'est-à-dire : 
O Dieu! 6 Eternel! e* est auprès de toi que je me réfugie, ccsi 
loi qui es mon unique appui» 

III. — Page 299, 

Selanikiy p. 71 ; Solakzadë, le Raouzatoul-ebrar, f. 3oi, et, 
d'accord avec ce dernier ouvrage, les rapports d'Albert de 
Wjss. L'ivrogoerie de Sélim était une des principales causes 
de la disgrâce que ce prince éprouva dans les derniers temps 
du règne de Souleïman. Les historiens ottomans lui d4>nnent 
généralement le surnom de JlfeJ/ (ivrogne); Ali, secrétaire in- 
time de Lala-Moustafa , s'exprime avec franchise à cet égard. 
Plus de vingt poètes et beaux esprits admis dans l'intimité 
de Sélim, tels que Fazli^ Scbani, Alewi, Raji, Kisimi, 
Firaki, Makali, Merdûmi, Nigari, le préfet de son palais Bali- 
Tschelebi, et son compagnon intime Djelalbeg, partagèrent 
ses plaisirs. Un jour Sélim demanda à ce dernier : a Que dit 
le monde de moi? • Bjelalbeg lui répondit : « L'armée veut ton 
frère Moustafa pour successeur; ton frère Sultan-Bayezid est 
aimé de son père et de sa mère , mais on ne parle nullement de 
toi, parce qu'on ne voit chez toi aucune aptitude? » Sélim lai 
répliqua : u Que l'armée désire comme empereur Moustafa, 
que mon père et ma mère comblent de leur affection Bajczid, 
Tempire restera à Sélim , si le seigneur des mendiant le veot 
ainsi. » 

IV. — Pagr 3oo. 

La pompe funèbre de Souleïman-le-6rand fut, comme 
celle de Louis XIV, peu digne de la gloire dont il avait rem- 
pli le monde : E stato Soliman sepelito nuserabûmente , le^ 
i^ato solamente per i Aga, Rapport d'Albert de Wjss daté de 
Constantinople fin décembre. Comp. Almosnino, p. 5^-53. 



ET ÉCLAIRCISSEMENS. 5i5 

V. — Pagb 3o4. 

Selaniki| p. 79. Cet historien rapporte (f. 58), comme uu 
mauvais présage qui par la suite aurait été justifié , que Se* 
lim ) immédiatement après la nouvelle de la mort de son père, 
avait mis en pièces une supplique des officiers de sa cour, rela- 
tive à leur avancement , en disant que le temps de s'en occu- 
per n'était pas encore arrivé, et que cette lacération, telle que 
lui , Selaniki , l'avait vue de ses propres yeux , avait retranché 
les noms de Ferhad et d'Omeraga. Ce fait se passa pendant 
le voyage de ce prince de Kutahia k Constantinople ; Sélim , 
en se rendant à Belgrade , déchira également les suppliques 
que les habi tans lui présentèrent, à son passage , contre les 
exactions det vizirs, en leur disant que, pour j faire droit, il 
faUait que la partie adverse fût présente. 

VL — Page 3 16. 

Fessier dit en treize interrogatoires (v. t. vu, p. 91). Mais il 
se trompe, car d'après le journal de Wranczj, dans Kovachich 
Script, rer, ung, min, I, p. 149^ ils eurent quatorze audiences, 
dont deux chez le sultan. 

VII. — Page 3a4. 

Voj. sur ce traité le rapport daté d'Andrinople , du 20 
mars i568, parmi les 119 pièces diplomatiques qui se trou- 
vent rassemblées dans la bibliothèque du primat de Hongrie ; 
ces rapports ont été rédigés par les ambassadeurs impériaux 
Verantius , Zay, Teufenbach, Busbek et de Wyss. 

VIII. — Page 334- 

Alb^t de Wyss et l'extrait des rapports des ambassadeurs 
vénitiens* On ne trouve aucune trace de ces deux missious 
dans Fiassan , qui ignorait également la capitulation française 
renouvelée par Sélim 11^ et la mission de l'ambassadeur fran- 

33* 



5i5 ^OTËS 

fait Campagnes ) que Verantius (dans Catona, XXV, p. 18), 
appelle Gran Campio, et son secrétaire Gmllaume de Gran Rie, 

IX. -- Pi«B 334. 

AU) f« 556) X* récity dit que e'était Fincendie le plus épou- 
vantable qu'il eût jamab vu , mais il commet un anacluro- 
nisme en faisant coïncider cet événement avec le retour de Si- 
nan de FYémen ; car celui-ci n'arriva à Constantinople qu'en 
Tannée 1571. Ali, f. 357, donne la description de cet incen- 
die dans une lettre adressée à Kinalizadé, et qui peut servir de 
modèle du style ottoman. 

X. — Page 335. 

Seianiki, p. 100, et Albert de Wjss : Supremui stahuli ma- 
gîster natione Ungarus SuUano canssïmus , iia ut UU fiUam 
dare ei in yeziratum exabare cogitet. D'après Asmanzadé 
Efendi, BiograpMeâ des Vizirs, il était Croate ainsi que Pialé. 

XI. — Page 335. 

Les secrétaires Anselme Stœckl et George Saarer, et les in- 
terprètes Mathia de Faro et Theodoric de Berricb , rapportent 
ce qui suit au sujet de la mort de cet ambassadeur : « Corpus 

• ex Constantinopoli ad Porotenses transtulimus in fano S. Be- 
» nedicti ad Franciscanos — vir a Turcis tum propter vitae 
n sanctîmoniam , morum suavitatem et actionum probitatem 
n valde amatus, tum ob prudentiam solertiamque jetiam nune 
» laudatus, cujus obitum viri bujus Portae spectabiles, Mu/^ii 
M Passae, Veziri condolent, imprîrois Mohammetes. » Voici 
son épitapbe : « Hic iacet Illustrissîmips Dominus Albertus 
» de Wyss, Sacratissimorum Principum ac Dominorum Diui 

• primum Ferdinandi Augustae Memoriœ, ac deinde D. Mazi- 
» miliani Secundi Romanorum Imperatorum etc. dam uiueret 
*» Gonsiliarius, et in Guria Ottomanica complures Annos On* 
w tor, Qui obijt XXI. octobris Anno Domini M. P. LXIX. • 



£T ÉGLAIRGISSEMENS. Si 7 

XIL — Page 336. 

La lettre du grand-vizir ^ qui contient à côté des louanges 
accordées à de Wyss^ l'improbation des actes dliostilité com- 
mis par le sandjak de Bosnie contre le banneret de Sluin^ 
est datée du 1®' nov. iSôg. Celle dans laquelle le Sultan de* 
mande à l'empereur la mise en liberté de Hamzabeg est datée 
de djemasioul-akbir 977 (3o nov. i569). D&ns la réponse de 
Mazimilien à cette lettre du Sultan , on remarque ce passage : 
« Quantum enim nos tam rari viri ac fidissimi ministre, qui 
» nobis adeo longo tempore in arduis maximique momenti 
» rébus post positis quibuscumque difficultatibus atque péri* 
M culis eximia fide integritate et constantia praeclare admodum 
» inservivit , quin et totius Christian» Reipubiic» insignia ac 
n imprimis utilia praestitit officia , jacturam fecerimus y id sane 
H nemo rectius quam nos aestimare poterit. 

XIII. — Page 336. 

Rapport de Rjm dans les archives Imp. Roj. Peu de temps 
après son arrivée à Gonstantinople ^ Rjm insistait dans un 
rapport sur la nécessité de choisir des jeunes gens indigènes 
pour les instruire et les former au service d'interprètes : 
« Posthac Majestatis Vestrae turcicis negotiis tractandis maxime 
n successu temporis proderit si \enetorum more cum singu- 
» lis novis oratoribus certo termino avocandis et aliis sub- 
» stituendifl duos aut très bon» indolis et ingenuosae doci- 
w litatis juvenesy unum Germanum et alterum Croatam, ex 

• duabus quippe nationibus fidelioribus et sinecrioribus geni- 

• tos, mittaty quos oratores novi in Turcarum lingua institut 
» curent) ut ubi hanc illi calluerint M. Va; his intcrpretibus 

• utatur, nec opus habeat, ut Principis Turcharum Vasallos 
» aut alterius territorii homines huic operi adhibeat, unde 
» mulia incommoda et difficultates nascuntur, quae quales sint 
» inde colligi potest, quod nequaquam tutum sit exteriorum 

• ministerio uti imprimis eorum , qui referundant hos , apud 



5i8 NOTES 

n quos res gerendae sunt, tamquam subditi, aut cogitent ali- 
» quo modo gratificari illis, quorum in ditîone nati sunt, 
» semper homines alîorum, sui sanguinis hominum rébus ad' 
» juvandis sunt fidiores et studiosiores, et quisque erga sunm 
* Principem et nationem sincerius a£Pectus est et consultius illi 
» vult. » 

XIV. — Page 344- 

La campagne de Doumetol-Djendel eut lieu en Tannée 5 
de l'hégire (626), et le congrès de Doumetol-Djendel, en l'an- 
née 37 de Thég. (657). 

XV. — Page 352. 

Surnommé Samssam, le glaive. Djihannuma, p. 546. Le 
poêle arabe Libid a labsé sur lui ce vers fameux : Laou inné 
hàîyen moudrikoul^felahi edrekouhou moulaibour-^remmahi^ 
c'est-à-dire « si le monde était désigné pour séjour aux hom- 
mes les plus dignes^ le joueur de lance j serait resté. » 

XVI. — Page 357. 

Koutbeddin, dans le BarkoUYemani^ ch. IV, nomme parmi 
les savans protégés du S. Aamir, Allaeddin Mohammed 
Nakschbendi, auteur d'un ouvrage sur l'interprétation des 
songes; l'astronome Ali Kouschdji et le seheîkh Abdourrah* 
roan Ben Rebii, qui écrivit l'histoire spéciale de Sebid^ e/JIfe- 
xid fittarikhi Sebid. 

XVII. ^ Page 36o. 

Koutbeddin raconte une anecdote de Mesoudi, relative- 
ment à la destruction des tombeaux des.Ommiades : « A cette 
occasion, Mesoudi l'historien accompagna AbdouUab B.Ali. Ils 
fouillèrent les tombeaux de Hischam et de Souleïman Abdool- 
meiek k Dabik et Kanesrin , celui de Welîd Ben Abdoulmelek 



ET ECLAIRCISSEMENS. 5rg 

et de son père Yezid B. Moawia à Damas, brisèrent leurs os et 
les livrèrent aux flammes. » Koutbeddîn ajoute : « Cest ainsi 
f]ue fut vengé le crime commis par Hischam et Welid sur le 
cadavre de l'imam Seïd. » Enfin il remarque que Schab Ismaïl 
s'était rendu coupable du même crime en fouillant les tomr 
beaux d'un grand nombre d'bômmes savans et pieux. 

XVIII. — Page 36o. 

Le baron Silv. de Sacy dit, p. 44i àes Notices et extraits des 
manuscrits de la Bibliothèque duRoi^ t. lY : « L'Historien entre 
ici dans un grand détail sur l'origine des sectes hérétiques. Ces 
détails concernent non seulement l'hérésie des Seîdijés , mais 
toutes les hérésies en général. » Voyez sur les sept raisons qu'I- 
blis (Lucifer) fit valoir pour déterminer les. anges à désobéir à 
Dieu , les extraits d'un commentaire arabe sur l'Evangile et le 
Pentateuquei par le baron S. de Sacy^ 1. c. Si lord Byron, qui 
portait sur lui une amulette turque contre les séductions de Sa- 
tan, avait connu ces sept raisons, il en aurait sans doute tiré 
profit dans son poème de Caïn ou dans une autre de ses produc- 
tions. La description de cette amulette, que possède maintenant 
le prince de Metternich , se trouve dans la Gazette générale 
d'Augsbourg de 1825 et dans le Bulletin universel de Tannée 
1827. Le Djiharmuma qui parle, p. 533, de la secte seïdijé , 
remarque qu'un grand nombre de statuts de l'Islamisme avaient 
été observés par les anciens Arabes, et que le Prophète n'avait 
fait que les confirmer; de ce nombre étaient les statuts sur les 
ablutions, la circoncision., 1» taille des ongles > k coifiPnre 
avec le turban , etc. Le Djihannuma donne ensuite l'énuméra- 
tion des dix idoles des anciens Arabes, et les noms des tribus 
qui les vénéraient : 10 Assaf , sur le mont Safa. 20 Naïlé , sur le 
mont Merœé près de la Mecque. Z^ Deké à Doumetol-djendel,. 
adoré par les Beni-Koleïb. ^o Siwaa, adoré par les Beni-Hou- 
deïl. 5o Yagous , adoré par les Beni-Modledj. 6<* Nesou, par 
les B^ni Elkilaa. 7» Yagouk , adoré par les Beni-Hamadao^. 



520 NOTES 

80 Lat, adoré par les Beai-Nacif. g^ Ghaîri y adoré par les 
Beni-Kénané. 100 Hobal, adoré par les Beni-Aoufet Gha- 
fredj. Les deux ouvrages de Fimam Sekerefeddîn sur sa secte 
portent le titre : EUbahrol zakhar fi mezhehes^eldiyet, c'est- 
à-dire la mer bouillonnante sur la secte seïdijret, et El^Ahkam 
fi oussoulezrseîdiyei f c'est-à-dire les bases fondamentales des 
dogmes des Seîdb. Le Djihannuma ne fait de ces deux ouvrages 
qu'un seuL 

XIX. — Page 364- 

Koutbeddin dît que le ducat du Sultan (du poids d'un dirbem 
et deux carats), et qui vaut, dans la Roumilie, soixante aspres, 
dans TEgjpte quatre-vingts, avait dans l'Yémen une valeur de 
trois cents jusqu^à deux mille aspres de mauvais alliage , et il 
ajoute que ceux qui recevaient par mois un traitement de trois 
mille aspres, n'avaient dans le fait qu'un ducat et demi, 
somme à peine suffisante pour acbeter leur café. 

XX. — Page 871. 

Cette lettre se trouve dans l'histoire d'Ali; son témoignage 
est d'autant moins suspect, qu'il dépose contre son ancien 
maître, Lala-Moustafa , des faits relatifs à la guerre civile 
entre Bayezid et Sélim , et qui démontrent claii^ement la faus- 
seté de l'accusation de Sinan-Paseka ; Ali , qui assistait à cette 
fête dans le palais du sultan Gha'wri , assure que cet empoi- 
sonnement n'est qu'une pure invention, et que Sinan seul fei- 
gnit d'y ajouter foi en cracbant le sorbet dont il avait goûté. 
Il ajoute que Lala-Monstafa prit de sa main la tasse que celui- 
ci avait mise de côté et qu'il la vida en sa présence. 

XXI. — Page 373. 

Koutbeddin , dans les Notices et extraits des manuscrits de la 
BibUolhèque du Roi, t. IV, p. 43? • L'auteur, comme pané- 



ET ËGLAIRaSSEMENS. Sai 

gjriste de Sinan , justifie la destitution d'Osman-Paseba en di- 
, sant que les querelles de ces deux chefs auraient pu amener 
d'aussi fâcheux résultats que la mésintelligence entre Moustafa- 
Pascha et Pialé en avait amené au siège de Malte. 

XXU — Page 373. 

Ali, f. 35o, parle avec une égale impartialité des grands-vi- 
zirs Sokolli et Sinan-Pascha. Il est dit du premier : « Les infi- 
dèles et les Musulmans rendaient pleine justice à la modération 
d'Osman-Pascha; tous hlâmaient au contraire la haine du 
stupide grand-vizir, et s'étonnaient de la négligence du Padi- 
schah, dont ils éprouvaient cependant une joie maligne. » 
Quant à Sinan, il s'exprime ainsi (f. 35a) : « Sinan-Pascha, un 
de ces Albanais entêtés, qui ne reviennent jamais de leur opi- 
niâtreté, était ennemi de tous les hommes éprouvés dans les 
affaires, des poètes et des savans, et poussait son inimitié à 
l'extrême, en se livrant contre eux à toutes sortes d'injures : 
sa haine était clairement écrite dans les sombres rides de son 
front. » 

XXin — Page 379. 

Koutbeddin, dans les Notices et extraits des manuscrits de la 
Bibliothèque du Roij t. IV, p. 49^ » Ali, f. 354* La Bibliothè-- 
que des Médicis, à Florence , n^' CXXVIII, possède l'ouvrage 
intitulé : Deliles salik fi khaïril^mesaUk (échelle du voyageur 
sur la meilleure des routes), par Kaït-El-Davidi ; l'auteur, qui 
avait fait vingt- deux fois le vojage de la Mecque, donne 
toutes les stations. Schemseddin-Mohammed, B. Mohammed, 
B. Ahmed, auteur d'une relation écrite en 941 (i534) sur ce 
même sujet, se trouvait au service des gouverneurs égyptiens, 
Daoud- Pascha et Souleïman,et conduisait la troupe que 
Daoud envoya au-devant des pèlerins ; il fit aussi à la suite de 
Sinan-Pascha la campagne d'Arabie (976-^1 569), et cite dans 
l'appendice de son ouvrage les stations suivantes : Melkan , 



5!ia NOTES 

manque d*eau ; Idaro^ eau très-bonne ; Saadijet ; Al-badhab; 
£l-leis; Sewkan , manque d'eau ; £r-roubatb , de l'eau à quel- 
que distance de ce lieu ; Sewké j beaucoup d'eau ; Alabsa, de 
même; Kanfada; et de là à la Mecque, où l'on s'arrêta pendant 
onze jours du mois de ramazan ; Yeba ; Halli , beaucoup 
d'eau; Scbifkaty point d'eau; Ëiberek iî&/n; Seliban, sources 
abondantes ; Hamdba , puits profond ; El-magbair, beaucoup 
d'eau; Ghadir-silaa , source abondante; Escbscbakik; Atoud, 
pnîts profond; Biscb, sans eau; Sabia, îdemi camp dans une 
vallée près d'Abou-Aariscb ; Abou-Aariscb , sans eau, fête du 
Baïram; El-aaliyet, puits d'une profondeur de quatre-vingts 
brasses ; El-kbadhaïra , puits profond de soixante-dix brasses; 
Haïran, peu d'eau; Katbiet idem; Mour idem; Beïtol-Fakih 
(la maison du légiste, endroit fort connu); Ed-dhaba, puits; 
El-gbanemijet, puits d'une profondeur de cinquante brasses; 
Wadii-remi; nous arrivâmes dans cet endroit le i5 schewai 
et le i6 à Sebid; 22 Terijetol-balifi ; Hobaïs (Houbaïscb?), 
endroit fort connu ; Haîtsemar le 24 schewai ; Terijet béni Se- . 
bid et Elkeden, endroits connus ; Mewzaa (Maousaa) 26 sche- 
wai; Mokhale28; le 3 silkidé nous arrivâmes à El-Aakama. 
£l-Kaschibet; Reesol-hassb ; Wilajedol-hadjrijet ; Hobah 
près de Schedret-Yakout ; Taaz le 8 silkidé ; de là nous par- 
tîmes le 27 pour Khoban. El-kaïdet le 28; Wadiol-amid; 
Nedjdseda, Kaaol-djerbé ; Wadii Inan; Kaaol-Medjid , situé 
dans une plaine; Si Souwad Wadi Heïnem (Heîtem) Si hadad; 
Nedjdol-aïzeri près de Djobla; £l-schebeket près d'Ab ; ville 
d'Ab; Nassiret, appelé aussi Souhoul; El-mahfid; bas Nakil 
Semaret , haut Nakil Semaret ; Al - hakal ; Berim ; Si-djezb ; 
Damar; Bejaz-damar; Mahdjar Damar; Hedjr Menkada; Si- 
radje ;Siraol-keld , fondrière souterraine; £f-zeîlet; Seïjaret; 
Rimet; Senhan; Sanaa; Yemens; Silaa ; Mankab le 7 rebioul- 
ewwel; le 9 Schibam; £d - daaret , entre Schibam et Tola^ 
mont Kewkeban le a8 djemazioul- ewwel; Abou Aarisch , 
puits profond de soixante brasses ; Beîtol - Faki h , puits de 
fioizante-diz brasses; Ez-zeïdijet, puits de soixante brasses. 



ET ÉCLAIRCISSEMENS. 5^3 

L'ouvrage de Schemseddin-Mohammed est divisé en quatre 
chapitres; dans le premier, Fauteur décrit la route du Caire k 
Akba ; dans le second , celle d'Akba à Islam ; dans le troi- 
sième, celle d'Islam à Yeubouou ; et dans le quatrième, celle de 
Yeubouou à Mekké. On compte, du Caire à la Mecque, cent 
quarante-un bûrids; le biirid a quatre parasanges, donc cinq 
cent soixante-quatre parasanges; la parasange a trois milles; 
le mille a mille toises (koladj); la toise a trois pas; la me- 
sure géométrique de chaque mille esl calculée à quatre mille 
aunes; Faune a 24 pouces; le pouce a la longueur de six grains 
de blé, et chaque grain de blé représente la longueur de six 
grains de poivre. D'après ce calcul, le voyage à la Mecque est 
de quatre cent cinquante-trois lieues , le retour, de cinq cent 
vingt-sept lieues, et le voyage entier demande soixante -six 
journées de marche. 

XXIV. — Page 38 i. 

Koutbeddin , f. 2o3 , cite à cette occasion les vers de la 
Borda. Voyez Constantinople et U Bosphore, t. I, p. 65. 



LIVRE IXXVI. 

I. — PilBB 384. 

Istoria di M. Vberto Fogliettc délia sacra lega contra Selim e 
dialcune allre imprese di suoitenpi. Genova 1698, p. 5. Anton. 
Marco Gratiani de Bello Cjrprojuxta exemplar Romœ impres- 
sum L. I. p. 24. Historia dellecose successe dal principio délia 
guerra mossa da Selim Ottonano ai F'enetianiy da M. Gio. 
Pietro Contarini. Venezia 1649 p- 2. Etienne Gerlach l'aîné, 
Tagebuch von H. Dat^id Vnpad^s Gesandtschaft, Francfort, 
1674 , S. 59 , 279 ^ 3o3 , 426 (Journal de V ambassade de Da- 
vid Ungnad). Extrait du Ripport de Vambassadeur vénitien 



5ïi4 I90TES 

dan» les archives I. R. daté des mois d'octobre , novanbre et 
décembre i566. 

IL — Page 385. 

Pialé avait été destitué de ses fonctions d'amiral , surtout 
pour avoir employé à son profit le butin remporté de File de 
Khios. Rapport d'Albert de Wjss du mois de mai i568. Les 
discours que Foglietta met dans la bouche du grand-TÎzir et 
des deux vizirs Pialé et Bf oustafa sont de pure invention. 

m. ^ pags 390. 

Gomp. sur V Histoire de 7tle de Chypre, l'excellent traité de 
MeursiuSy la ChronograpKa et hreve historia urUversale deW 
isola di Cipro du dominicain Etienne Lusîgnan ; Dapper, Des~ 
cription exacte des fies de r Archipel^ Jauna , Histoire de Chf- 
pre^ et celle de Reinhard, pibliée à Erlangen en 1766. 

IV. — Page 896. 

Le II® vol. du Lib. deipattiy f. 97, contient le premier acte 
qui confère aux Vénitiens despriviléges dans l'île de Chypre; il 
est daté du 3 juin i3o6 : Actim in insula Cypriin Cit^itate Ni- 
cosiœ in palatio infrascripti Dtmini Gubernatoris , et le traité si- 
gne par Hugo IV le 4 septembie 1820 : « Pactum inter Serenissi- 
n mum Principem Dominum Hugonem Dei Gratia Jérusalem 
w et Gjpri Regem illustrem ei tractatores per eundem Regem 
» deputatos — ^ et Joannem Veierio Sjndicum et procuratorem 
w inclyti et magnifie! Domini «oannis Superantio Dncis Vene» 
» tiarum, etc. » Le doge dennnda : u Petit francbisiam per 
M totum regnum et insulam Gy^ri : nullus Venetus uUam da- 
>» tionem(taxe) vel tholonium dirictum (droits) padagrium 
» vel commercium (péage) emeido 9 vendendo , ponderando , 
» mensurando solvat aliquo mido intrando y exeundo , mo- 
n rando ; petit 9 quod habere dïbeant in Nicosia ^ Limesso , 
M Famagosta^ Bafo ecclesiam y comum pro Bailo et plateam 



ET ECLAIRCISSEMENS. 5i5 

M oonvenientem non clausam suis ubi morari possit Bailu» 
n sive officiales communîs Venetianim et alii Veaeti possint 
» emere domos salvo quod si de dictis locis habitationum 
w deberet solvi seiisiv^a vel affictus (loyer) He^i quod prop«- 
» terea Bajulas et Vencti non ieneantur aiiquid solvere.— -Item 
» qaod dieti Yeneti sive eoram officiales possint habere bas- 
» tonem et portare per totam regnum et facere poni pannnm 
M seu gridam (appel et conyocation de l'arrière-ban) in omni- 
n bus terris rcgni. » De son côté, le doge s'oblige : « Dux of- 
M fert amicitiam -— item quod Yeneti non babeant societatem 
» contra praefatum Regem Cjpri ; — item quod omnes Yeneti 
« erunt pro defensione iocorum in quibus se reperuerint — * 
• B.ex possit extrabere de civitate Yenetiœ equos et arma — 
» Bajulus nuUum affirancabit pro Yeneto nisi Yenetum — item 
» offert Domino Kegi finem remissionera et pactum de non pe- 
» tendo nec ulterius inquietando de omnibus et singulis juris^ 
» dictionibus et possessionibus, quas Yeneti et commune Ye^ 
» netorum solebant et ascerebant babere in insuU Gjpri. » Ce 
traité fut renouvelé le 16 août i56o, entre Pierre, roi de Chy- 
pre, et le doge Jean Del6n (t. III, Lib, deipatti) : « Gonfirma- 
» tio pactorum inter Serenissimum Principem Dominum Pe~ 
» trum Dei gratia Jérusalem et Cyprî Regem et iuclytum Domi- 
M nupx Ducçm Delpbyn, eadem gratia Ducem Yenetiarum, etc. , 
» e% tractata egregiorum virorum Dominorum Joannis Dan- 
» dulo et Pantalepnis, Barbo Ambaxatorum et Syndicorum 
» dicti Domini Ducis Yenetiarum. » On y trouve encore, f. 60, 
sous la date du 10 août i36o, une convention avec la France 
sur l'exercice de la juridiction pénale et maritime; enfin, f. 62, 
la lettre de récréance pour les ambassadeurs , porteurs de ces 
dociunçns , et datée de IMikosie , 10 septembre i36o. 

Y. — Page 4<>o. 

GraUani de bello cyprio, 1. II, p. 1 17 : « Militibns ex liber- 
» tino génère ; » ces Uhertini sont les francomati de Lusignan 
et de Gaiepio ; peut-être aussi c'étaient des fils naturels de /i- 



5aC NOTES 

hertins , <ïomme les quatre mille bâtards néi da commerce des 
soldats romains avec des femmes espagnoles^ et que le sénat 
envoya eh colonie à Carteia (Tite-Live, XLIII^ 3). A ces &- 
beriird etjrancomati correspondent dans l'armée turque les 
ghourrebas et les mouteferrikas, comme les cemede ( les élus) 
des Italiens correspondent aux janissaireS| les stradiotes aux si- 
pahis et les guastadori aux akindjis. 

VI. — P-AGE 4ûi. 

« Discordia Hectoris Boleonis et Collateralis Comitis Bo- 

• canii , qui nuUus alteri cedere volebat, est factum, ut classi 
» non occuretur, itaque copiis ad Tusla ( Larnaca ) expositis 
» recte Nicosiara ductore Mustafapassa contendere, quo ^5 Ja- 

• lii pervenere — Summa rernm erat apud Gomitem Jacobum 
» de Tripoli pnefectum tormentorum, qui vix unquam antea 
» tormenta videra t; Cornes Rocani Magister arabiorum rei mi- 
» litaris valde ignaros. Golonellus Bouchon Gubcrnatorem ci- 
» vit / inter quos maie coaventum fuît. — Praefecto Fama- 
w gostae provisoris Nicosiae Danduli caput abscissum missum. » 
Rapport de Rym du mois de juillet 1570. 

VII — Page 402. 

Foglietta, p. 81. Paruta^ p. 79. Lusignan. p. 16. Les noms 
de ces onze bastions étaient : Podocataro, Gostanza , Davila, 
Tripoli , Roccas , Mula , Querino , Barbaro, Loredano, Abra, 
Carafia. L'historien turc Sirek (f. 1 1), au lieu de ces onze bas- 
tionsy en compte douze. 

Vm. — Page 4o3. 

Ali, f. 359, joue ici avec les mots sebaa (sept) et sibcui (béte, 
farouche) , et compare les commandans de ces sept bastions 
à des lions furieux. 

IX. — Page 406. 

L'auteur de cette Histoire a eu le bonheur de retrouver les 



ET ECLAIRCISSEMENS. 527 

raines du temple de Paphos et d'Amathus. Voj. Topogra-- 
phische Ansichten auf einer Reise in die Lei^ante, et Petrestini 
Papiri greco-egizj, p. 70, 

X. — Page 4o6» 

Oumm Haiam Bintol-maban qui y mourut lors de l'expé- 
dition de Moawia en l'année de Fhégire 27 (647). Son tombeau 
est encore de nos jours un Heu de promenade hors des murs 
de Larnaka. Le Raouzaioul^ebrar dit, f. 304, que l'ile de 
Chypre avait rapporté aux Mamlouks une somme annuelle de 
six mille ducats. 

XL — Page 4' 5. 

Le dominicain Calipio , emprisonné dans le bagne comme 
espion du pape, essaya en vain de voler cette peau. Voy. Lu- 
signan , f. 1 3o. 

XIL — Page 4ï6. 

Histoire de la Russie j par Gh. Levesque. Paris, 1812, t. II, 
p. 89, d'après Puffendorf. L'abbé Maschini , à Venise, possède 
un manuscrit latin du siège de Famagosta, par un professeur 
de Padoue, Antonio Riccoboni, Cicogna iscrizioni venete^ fas- 
4!icolo m, p. 262. 

XIIL — Page 418. 

Consultez encore sur la guerre de Chypre, outre les ouvra- 
ges dont nous avons déjà fait mention : lo Paruta , 20 Foglietta, 
3o Gratiani, 4° Contarini , S^ Calepio , 6® Lusignan , 70 Bizari 
Pétri , Cyprium hélium inter F'enetos et SeUmum; 80 Antonii 
Guarncri de bello cyprio lihri tres} 90 Cristoforo Silvcstrani 
vita efattidel Capilano Bagliani con la guerra di Ciproy 
Verona 1591. lO© Cas. Gianotti Parère, sopra il ristrelio 
délie riuoluzioni di Cipro» Francof. i633. ii^ Impresa di 
Selim del regno di Cipro d'incerto autore (dans Sansovino). 



5!i8 NOTES 

ia« Brew ac vere narratio belli çyprii inter Venetos et Tur- 
casgestù a. 1670 rt 1571. iS® Anighide bello Cyprio. Pator 
vu 1764* i4° Conii le istorie dei suoi tempi, iradotte da 
Gian Carlo Saraceni sopra V originale latino accresciuto 
daW autore prima délia morte» Venez. iSSg. //• x^'^ Vas- 
sedio et presa di Famagosta, doi^e s'intende mùniUssima" 
mente tutte le scaramuccie et bcUterie, mine ed assalti dad 
ad essajbrtezza et ancora i nomi dei capitani, et numéro 
deUe genti, morte, cosi de Christiani, corne de Turchi^ et 
medesimamente di guelli che sono restati pregionieri. Ve- 
nezia 157a. Belazione di tutto Usuccesso di Famagosta, da 
Martinengo. Venez. iS^a. und Brescia 1572. 180 Narra- 
zione délia guerra di Nicosia faita nel regno di Cipro da 
Turchi l'annç 1570. Bologna 1571. 190 II ragguaglio délia 
perdita di Nicosia da Gioi^anni Sosemeno i5^o. ao* Rap- 
port précité de Martinengo , imprimé à Bologne , Brescia et 
Venise y et traduit en allemand sous le titre : TVahrhaftiçe 
Belation und Bericht (vas massen die ge<paltige Stadt und 
Befestigung Famagusta in Cipro so von mœnniklich fur 
ganz ungewûnnlich gehalten^ von den Tûrken im jéugust 
des 1571. Jars mit unerhœrten Gewalt erobert und einge- 
nommen worden. Beschrieben durch den (vohlgehomen Gror 
i^en und Herm Nestor Martinengo , so mit seinen unterge- 
benen Knechten selbst inné der Besatzung *vom Anfang 
bis zum Endy bey aUen Dingen mit und dabey gewesen; 
maniklichen zu einer Ge<pamung durch ein gutherziger aus 
ivelscher sprach in teutsch transferirt in guter Vollendung 
in Druck geben. a4* FTahrhaftige und umstendliche Ses- 
chreibung wie die Tùrken anfenglich das treffiiche Kanig- 
reich und Insel Cypem mit grosser Macht tAerfallen^ und 
darinnen die Hauptstadt Nikosia mit Gecvalt erobert, auch 
Jblgent solckes ausser der eynigen statt und Port Fama- 
gusta unter âiren Getpalt gebracht; Erstlicht beschrieben in 
itaUenùcher Sprach durch PhUippum Nembre grossen ToU- 
metsch in tûrkischer und arabischer Sprach zu Nikosia und 



ET ECLAIROSSEMENS. 529 

jelzt in TèiUsch verfertigt sambt einer kurzen F^ored und 
sumarische Beschreibung der Inscl Cypem sehr nûtzlich zu 
lesen 1571. 25° enfin Topuscule imprimé à Vienne : Newe 
Zeitung, wie der Tûrk die Stadt Nicosiam in Cypem dièses 
verlaufene 1571 Jar eingenommen ^ auch <pie viel tausent 
Ckristen er gefangen, ediche tausent gesebelt^ was von ge-- 
meinem Kriegsvolk gewesen ist, was aber Junker und an^ 
sehnliche Leute waren^ hat er gen Constantinopel und 
Alexandria geschicht, etliche Tausent haben sich und TVJeib 
und Kindt > dass sie den Tùrken nit in die Hande kamsn 
jemmerlich erstochen und umbbracht i5yi* a&> Pétri Conta- 
rini, De bello super Fenetiis à Selimo II Turcarum Imper, i7- 
laio. Basileae iS^S. 27oAli.28oPetscliewi. agoÇelaniki. 3o® Ha- 
sanbegzadé. 3i® Tarikhifethi Kibris (Histoire de la conquête de 
Chypre)^ par Sirek, mort en i574. 3i® Un autre ouvrage sous 
le même titre, par Ahmed, mort en 17469 et SS^' Hadji Khalfay 
Histoire des guerres maritimes. 

XIV. — Paûe 421. 

Paruta, f. 162. Cette alliance se trouve dans Foglietta, 
F. 2i5. 

XV. — Page 423. 

Hadji Klialfa, f. 4^9 compte dix galères de Florence, quatre 
de la Calabre , douze de Sicile , quatre du Portugal ; en tout, 
deux cent douze navires chrétiens, tandis qu'il ne fixe qu'à 
cent quatre-vingts voiles les forces ottomanes. Contarini| f. 44» 
donne la liste complète des navires des deux flottes, mais il 
paraît se tromper en évaluant le nombre des galères turques 
portant fanaux à quarante au lieu de vingt. 

XVI. — Page 429. 

Hadji Khalfa, Histoire des guerres maritimes ^ f. 43) donne 
leurs noms; il est donc facile de rectifier les erreurs de Diedo, 
T. VI. 34 



55o NOTES 

p. 27 et de Contarini , f. 44" 47» ^^ ^^ ^^^^ ^^i*^ Schoultà an 
lieu de Siroco ; Salih au lieu de Sala ; Khizr au lieu de Saîder; 
Scbâban au lieu de Sieban. 

XVII. — Page 43 i. 

Sur aucun événement du seizième siècle il n'existe autant 

de rapports que sur la bataille de Lepanto. Consultez, outre 

les sources déjà citées, Paruta, Foglietta, Contarini et Gra- 

tianî : i^ Commentarii délie guerre faite coi Turchî da D. Gio- 

i^anni â^Ausiria doppo che venue in Italia^ scritti da Ferrante 

Caracciolo Conte di Biccari, Fiorenza i58i. ao Lettera del 

Clarissimo S. Girolamo Diedo nobile f^enetiano aW Illmo, 

Sgr. Marc. Antonio Barbaro^ Venesia i588. 3** Giomata na- 

i^ale de* F'enetiani col Turco (dans Sansovino). 4** Relacion 

delà guerra de Cipre y suecesso de la hatalla de Lepanto por 

Fernando de Herrera^ Sevilla iS^a. 5o Wahrhaftige Bes- 

chreibung des glOcklichem Jreidenreichen wassersigs , so die 

Chris tenheit erlangt hat an den turkischen Erbjeind 27. Ocl 

1 57 1 Augsbourg. 6* Zerjrtung und Berichty von der ganz herr' 

lichen und ser ge<valtigen Ohsigung und P^iktoria der ChristU» 

chen <vider die tûrkische Armade dergleichen hierpor niemahls 

vorgangen ist , beschechen 4o (velscher Meil oberhalh Lepanto 

Sonntags den 7. Tag Oktohrîs dièses iSji Jars ged. Aug*- 

burg. 70 yoUkominene <vahrhiifte und grûndtUche Beschreibung 

der christlichen Armada aussfart erlangten herrlichen viktorie 

wider den Erbfeind christlichen Nammens ailes das nœchst vers- 

chinenen 7 1 Jars verhffen . in welcher kîcrzlick zu finden aile 

particulariteten und a? as zu çollkommener historischer wahrhaften 

Beschreibung zu œissen , dergleichen hieuon niemals in Druck 

ausgangeri. Ailes von ansehnlichen Befehlsleuten, die selbsten 

mit und dabey geœest^ beschrieben und aus italieniscker in 

teutsche Sprachen veadollmetscht , mit jR. K. M. Freyheit, Dil- 

lingen 1572. 80 Ordentliche undmehr dann hier und zuvornoch 

niemalf ausgegangene eigentliehe Beschreibung .• mit mas [von 

Gott dem Allmachtigen verliehenen ) grossen Sieg und wunder* 



ET ËCLAIRCISSEMENS. 55 1 

harUcken Gluck etiicke der Christeinkeit hohe Potentaten und 
Bundestferwandts dess allgemeinen tûrkischen Erbfeindes gantze 
Armade erobert und auff dem Mer geschiagen auch bis auffs 
Haupt erlegt haben» Wie solches mt aileùi der Jurnembsten 
Haubdeut ob der christlichen Armade geihane schnftUche Urkun- 
den, sondera auch etUcher nahmahflen und gen Venedig ge- 
brachter gefangener Tûrken selbs eigene Aussag ertPeîssen^ 
sambt angekenkier hemacher gefolgter Confirmation und Besteti- 
gung aus itaUenischer sprach in unsere hoch deutsche Gebracht 

XVIII. — Pagb 43 1. 
A rAcadémie des Beaux- Arts , à Venise. 

XIX. — Page 454« 

L'entretien qui eut lieu une année auparavant entre Barbaro 
et Koubad est un digne pendant de celui que le premier eut 
avec Sokolli; le rapport du baile vénit.^.daté du 12 novem- 
bre 1670, dit : « Yenuto ieri Cubât mi disse : ti riferisco quel 
» tante che mi ba ordinato il Bassa cbe ti dica e communi- 
» cbi : Tu dicesti giù cbe corne pescatori cbe siete , sapeste 
» coglier il pesce nella rete; ora sua magnificenza ti addi- 
» manda ci6, cbe bavete fatto e dove è la vostra armata; il 
» vostro capîtano è andato in Candia e pôi si è fuggito, il Donà 
» si è partito in dispiacer col vostro Générale, percbe poteste 
» conoscer, cbe niuna amicizia e miglior di quella di questo 
» Signore. » Consultez sur cette paix les deux, manuscrits sui- 
vans : Difesa dei Signori f^eneziani per Vimputaiione datagîi 
a tempo délia guerra e pace faita col Turco^ fol. 406-467 > 
et Riposte aile giustificationi délia Serenissima Signoria di Ve- 
nezia per la pace fatta col Turco, fol. 469-49^ • ( Manuscrit de 
Rangon, ho XVII, à la Biblotbèque I. R.) 

XX. — Page 435. 

Laugier et Daru fixent la date au i5 mars; Flnssun au 



53a NOTES 

i3 avril; Caraccioli seul indique le 7 mars. Le rapport de 
l'ambassadeur vénitien du 25 mars s'exprime ainsi : « Con il 
M nome dell' Omnipotente Iddio roando la capitulasione délia 
N pace I cbe io conclusi tra Lei e questo Sermo. Sîgnor, et nel 
M formar detta capitulazione ho atteso a due cose principal! , 
N Tuna cbe la sia formata con parole onorevoli» et Taltra cb'ella 
» comprendi solamente quelli capi, cbe mi ba commesso ^ fug- 
M gendo di entrar in trattazione dei altri j sopra i quali po- 
n teva nascer qualcbe difficoltà j ne sono formate due con le 
» med^ime conditioni , Tuna nella solita forma di capitula- 
» zioni altre voltefattcvi, e l'altra è corne scrittura fatta da 
» me per la conclusione délie cose traltate tra noi con la mia 
» sottoscrizione. — Ho fatto far l'interpretazion da Orcmbeg 
». Dragomano grande, Msgr. d'Aox mi ba detto ch*aspetta qui 
» Mr. de Montagnac suo nipote. » 

XXI. — Page 436. 

Rapport de Barbaro : « Per osservazione délie que le tutte 
*• cose S. M. Impériale ne darà suo nobil comraendamento 
M con il suo giuramento e promissione per la confirmazione di 
• detti capitoli. » Caraccioli, III, p. 104, donne plus de dé- 
tails; d'après lui, Sélim conserve les villes conquises en Dal- 
matîe, telles que Dulcigno, Antivari et Budua ; les Vénitiens 
restituent Sopoto , Margarito et Marino , et réparent à leurs 
frais les dégâts commis dans ce dernier port. Les Vénitiens 
s^obligent à n'entretenir sur mer que soixante galères. On 
trouve dans les Scritlure turchesche les reçus du tribut pour 
File de Zante , des années 1490 9 i5o2, iSig, i525, i536, 
i538, i54o, 1542, i544> i547, i55o, iSSot, i555, 1557, 
i559, 1662, i566, 1567, 1573, i577, 157g et i583. 

XXI bis, — Page 446. 

Il arriva le i5 septembre, car Barbaro rapporte sous la date 
du 18 : M Gionse il terzo giorno un ambassador moscovita. 



ET ECLAIRCISSEMENS. 553 

• 

» L'ambassador moscovita non aveva portato altro cfac qoerele 
» contro i Tartari.» Rapport de l'ambassadeur venit, du 9 oc- 
tobre 1571. L'envoyé russe, porteur d'une lettre de son sou- 
verain, qui était arrivé à Constantinople le 12 mai iS^o, eut 
son audience le 16, trois jours avant celle de l'ambassadeur po- 
lonais. Rapport de Rym. 

XXII. — Page 4^1. 

C'est le même Mohammed qui avant la guerre avait été en- 
voyé à Venise, et qui pendant toute sa durée avait été retenu à 
Vérone. 

XXni. — Page 455. 

Âli se trompe en fixant sa mort au lundi 18 scbâban , au 
lieu du 27, dans la nuit du dimanche au lundi. 

XXIV. — Page 455. 

Les rapports des ambassadeurs témoignent de Tivrognerie 
habituelle de Sélim. Nous ne citerons qu'un seul passage : 
u Quod tertius indigne ferens, cum Cicadae, nobilis istius Py- 
» ratae Siculi hic in carcere mortui, filio, summa apud Seli- 
» mum in gratia constituto, allercari et sibi praetendere cœpit; 
» altercans irato ictu illura pugione petit in prxsentîa dùorum 
» Ëunuchorum (le khaznedar et le khassodabaschi] Selimus illi 
» feraur sagitta trajecit, dein foras elato cervicem per carnifi> 
» cem praccidi jussit; dein pœnitentia motus exstincto juveni 
» magnificum monumentum erigi jussit. Selimum vino œs- 
I* tuasse, juvenem concubitui ul|;imae noctis fretum contra 
» suam praerogativam sese opposuisse. » Rapport de Stœckel 
de l'année iSyo : « Selimus bellua vitiis monstruosa, guise, 
» crapulae, venerique (proh scelus!) raasculae indulget. Ibid. » 



FIN DES NOTES DU TOMB SIXIEME. 



ERRATA 

DU TOME SIXIÈME. 



Page 67, ligne 12, lisez le ferman finissait par ces mots : salut et protection 
à celui qui suit la parole, au lieu de leur salut était à ce prix. 



TABLE DES MATIÈRES 

cozrrxNUBS 

DANS LE TOME SIXIÈME. 



LIVRE XXXI. 

Le grand-vizir Mohammed SokoIIi , le moufti Ebousououd et le 
moufti Elkass-Mirza. — Mort du grand-yizir Souleïman-Pascha 
et de Khosrew-Pascha. — Campagne de Perse. — Prise de 
Becse, Becskerek, Csanad, Illadia et Lippa. — Siège de Te- 
meswar. — Assassinat de Martinuzzi. — Attaque de Szegedin 
par les Hongrois et de Wessprim par les Turcs. — Chute de 
Temeswar et d*autre8 châteaux hongrois. -^ Prise de Soinok 
et siège d'Erlau. — Exécution du prince Moustafa. — Fin de 
la guerre de Perse. — Négociations de Ferdinand conduites 
par Yerantius, Zay et Busbek. — Changement des princes de 
la Moldavie et de la Crimée. — Révolte du faux Moustafa. x-83 

LIVRE XXXII. 

Mort du grand-vizir Ahmed-Pascha, et réintégration de Roustem. 

— Achèvement de la mosquée Souleïmaniyé. -» Mort de 
Roxelane. — Relations amicales entre les Ouzbegs et les Otto- 
mans. — Guerre de Hongrie. — Siège de Szigeth. — Des- 
truction de Babocsa. - — Prise de Tata. — Envoyés de Fer- 
dinand et d'Isabelle. — Arrivée des agens du roi d'Espagne et 
du duc de Ferrare à Constantinople. — - Causes de la guerre 
civile. — Défaite de Bayezid, sa fuite en Perse; négociations 

à ce sujet, suivies de son exécution et de celle de ses fils. 84-142 

LIVRE XXXIII. 

Mort du grand-vizlr Roustem. — Son successeur Ali conclut la 
paix avec Tambassadeur autrichien Busbek. — L'aventurier 
Basilicus, prince de Moldavie. — Ambassade de Ferdinand.— 
Négociations avec le roi d'Espagne et la république de Gènes. 

— Traité de commerce avec Florence. — Mariage des filles de 
Séiim. — Inondations, aqueducs, construction de plusieurs 
ponts. — Faits d'armes des marins ottomans Xorghoud et Pialé, 
Piri-Reïs et Sidi- Ali , dans la Méditerranée et dans la mer de 



556 TABLE DES MATIERES. 



Pages.' 



l*Inde. — Siège de MeKdijré par les Espagnols. — Conquête 
de Boudja, Oran, Benesert et dévastation de Mayorqne. — 
La place de Djerbé conquise par les Espagnols et reprise par 
Torgkoud. — Entrée triomphale de Torghoud à Gonstanti- 
nople. — Prise de Pinon de Yelez par les Espagnols. — Siège 
de Malte. — Négociations avec TEmpereur pour la ratification 
de la paix. — Campagne de Szigeth. — Exécution d*Arslan- 
Pascha. — Mort de Znny et de Souleïman. i43-a37 

LIVRE XXXIV. 

Monumens et hommes distingués du règne de Souldman I* -— 
Secrétaires d*État, poètes, jurisconsultes. — Réorganisation du 
corps des oulémas et de Tarmée. — Système féodal, impôts , 
lois pénales et réglemens de police. — Causes de la décadence 
de l'empire ottoman, à dater de la mort de Soulefman. a 38-9 89 

LIVRE XXXV. 

Arrivée de Sélim à Constantinople et à Belgrade. — Révolte des 
janissaires après l'annonce officielle de la mort de Souleïman. 

— Expédition de Pialé dans Tile de Khios. — Chute de Ba- 
bocsa et d'Tenœ. — Incursion dans la Camiole. — Négocia- 
tions et traité définitif avec Fempereur Maximilien. — Am- 
bassade persane. — Événemens à Andrinople, à Bassra, dans 
l'Arabie et la Moldavie. — Renouvellement de la paix avec la 
Pologne. — Départ d'un ambassadeur ottoman pour la France. 

— Construction de la mosquée Selimiyé à Andrinople. — 
Essai d'une jonction du Don et du Yolga. — Position topo- 
grapbique de l'Arabie, sa nature physique et ses dernières 
destinées. — Conquête de l'Témen. a9o-38a 

LIVRE XXXVI. 

Rupture de la paix avec Venise. — Guerre de Chypre. — Siège 
et conquête de Famagosta. — Bragadino est écorché vif. — 
Événemens militaires en Dalmatie. — Bataille de Lepanto. — 
Conclusion de la paix avec Yenise. — Conquête de Tunis. 

— Expédition contre Iwan de Moldavie. •— Renouvellement 
de la paix avec l'Autriche. — Renégats. — Mort de Sélim. 

— Monumens et caractère de son règne. 383-4&7 ' 

sur DE LA TABLE DU SIXIÀME VOLUME. | 



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